r* Ép. à Timothéc, ii
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le premier en indiquant d'un mot comment la contradiction relevée au sujet de la virginité n'est qu'une apparence.
D'abord, l'état de virginité suppose une vocation spéciale; saint Paul le note soigneusement d'après le Christ. Bien qu'il soit conseillé, cet état se trouve donc classé au rang des exceptions, et il n'y a pas lieu d'en faire mention dans une sentence tout à fait générale. De plus, s'il était vrai que les rôles féminins doivent en tous cas tendre à se rapprocher du rôle maternel, la contradiction qu'on prétendait relever dans la doctrine n'aurait plus cours, même à ne regarder que l'exception; la virginité se trouverait rentrer par une voie détournée dans la sentence paulinienne.
Cette sentence se justifie-t-elle en ce sens qu'elle contiendrait une vérité de fond pouvant servir de base à des conclusions rationnelles touchant l'activité féminine, c'est ce que j'ai présentement à examiner. Ces deux propositions contiennent ce que j'en veux dire :
Premièrement, la femme, dans certaines conditions, sous l'empire de nécessités pressantes ou de vouloirs énergiques, peut faire, dans nos domaines de vie, à peu près tout ce qu'elle veut, je veux dire tout ce que font les hommes.
Deuxièmement, elle reçoit cependant de la nature des indications nettes, et ces indications sont dans le sens de saint Paul, c'est-à-dire que les fonctions maternelles et tout ce qui de près ou de loin en dépend. — Vous verrez que cela
est large — doit lui être en principe attribué. Pour commencer par le commencement, remarquons avec Darwin que chez l'homme, ainsi que dans toutes les espèces animales, les caractères secondaires de chaque sexe se retrouvent dans l'autre à l'état latent, prêts à se manifeste i dans des conditions favorables. Ainsi, l'on dit que la femme est plus faible de corps, et cela est vrai ; mais dans certains états de civilisation . elle peut croître étonnamment en force. Des chefs sauvages prétendent que la femme est faite pour travailler corporellement, et ils en donnent cette preuve qu'une femme peut porter ou traîner comme deux hommes. Aux Antilles, lorsque Christophe Colomb y aborda, les bandes qui s'opposèrent à lui étaient composées ex-éequo d'hommes et de femmes. On connaît le cas des Amazones, celui des femmes de Sparte. Tacite affirme que les femmes des Germains égalaient leurs époux en taille et en force physique. D'ailleurs, sans aller ni si loin ni si bas, les Américaines des guerres d'Indépendance et de Sécession ne semblent pas avoir été, pour la force et pour l'endurance, très inférieures à leurs hommes. Les femmes Scandinaves arrivent par l'exercice à égaler les hommes dans les sports. Même chez nous, les femmes du peuple que des circonstances particulières condamnent à de durs travaux y acquièrent à la longue une force et une adresse remarquables. Il en est, pour emprunter une comparaison d'un savant, comme d'une plante qui pousserait plusieurs jets, dont l'un étant introduit dans une
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serre chaude se développerait puissamment, tandis que les autres, bien que tenant à la même racine, ne donneraient à l'air froid que des tiges frêles.
Il en va de même des capacités intellectuelles et du caractère. Ce qu'on appelle nature féminine existe, et je le dirai; mais son influence peut se combattre, de même qu'elle peut s'exagérer. Quand on la détermine en elle-même, il faut donc être circonspect, faute de quoi on arriverait à parler de nature féminine comme on parlait autrefois de nature esclave, de nature barbare; comme on parlerait aujourd'hui de natures paysanne, ouvrière, militaire ou fonctionnariste.
Beaucoup de ce qu'on appelle aptitudes naturelles, chez la femme, sont simplement des habitudes ou des traditions. La preuve, c'est que les descriptions qu'on en fait varient de peuple à peuple et d'époque à époque. Mais cela même qui est nature peut se plier, à la demande, dans de très fortes proportions. Le tout sera de savoir si l'on doit opérer cette pesée ; si on le doit, dis-je, pouvant faire le contraire.
Au cours des siècles, les femmes se sont exercées à bien des métiers : elles ne se sont montrées incapables en aucun, et elles ont excellé souvent dans ceux que l'on dit réservés aux hommes : tel le gouvernement.
Au fond, beaucoup de ceux qui déduisent longuement les incapacités de la femme ne savent pas ce qu'ils disent, et aucun d'eux ne le sait tout à fait ; car ainsi que l'écrivait un grand observa-
leur, personne n'est en état aujourd'hui d'avoir une opinion précise et vraiment scientifique en pareille matière. Pour fonder une telle opinion, il faudrait pouvoir mettre à part et définir nettement tout ce que l'éducation et les circonstances extérieures peuvent conférer à la formation du caractère, au développement des aptitudes; car cela seul peut être légitimement appelé naturel qui ne peut pas être artificiel. Or cette étude est commencée; mais elle date d'hier, et elle ne va pas loin. Jusqu'ici, il n'y a guère qu'une façon de savoir ce que la femme peut vraiment ou ne peut pas, c'est de la laisser essayer.
Je dirai à propos du travail féminin où me semble être ici la prudence. Mais en ce moment, là n'est pas la question. Nous ne demandons pas : Qu'est-ce que la femme peut faire en rigueur? Ou : Que peut-elle faire en se forçant plus ou moins? Nous demandons : Que convient-il qu'elle fasse, quand elle en a le choix? Quelle part lui revient normalement, en raison des indications naturelles les plus claires, dans la division du travail humain?
Or, ici, la réponse ne semble plus douteuse. Car si la femme peut devenir, dans certaines circonstances, plus ou moins semblable à l'homme, il est bien clair qu'à l'état normal elle ne l'est point. Dire qu'elle peut effacer dans une large mesure, par l'exercice, les caractères secondaires de son sexe, c'est dire tout d'abord qu'elle les a. Et qui ne voit que nous sommes ici en face d'une évidence !
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La femme et l'homme diffèrent à fond. J'entends par là que les matériaux tout premiers dont leur constitution est faite, et cette constitution elle-même, et son évolution régulière ne sont pas exactement semblables.
Physiologiquement, la femme diffère de l'homme non seulement par les organes spéciaux qu'appelle sa vocation maternelle, mais par le tout, et par son étoffe. Autre tissu musculaire ; autre tissu nerveux ; autre ossature. Autre pâte ; autre produit. Autres matériaux; autre maison. Et cela dès avant la naissance, de telle sorte qu'on ne puisse pas dire : C'est le fait de l'éducation. Et cela dans des conditions de croissance particulières, puisqu'on sait que l'évolution organique de la femme est beaucoup plus rapide que celle de l'homme.
Or, pensez-vous que de telles différences organiques puissent subsister sans comporter parallèlement des différences d'àme? Le croire serait ignorer ce que c'est que l'être humain.
L'àme et le corps ne sont pas deux choses, mais une seule. Ce n'est pas le pilote dans son navire, ce qui permettrait de supposer que le navire étant différent, le pilote serait identique. Sous cette comparaison se cacherait un spiritualisme excessif, qui n'est pas plus celui de la grande tradition chrétienne que celui de la science.
L'être humain est une unité, et si on l'appelle une âme, il faut ajouter aussitôt : Incarnée; si on l'appelle un corps, il faut ajouter aussitôt :
Animé. Et de même que ranimation du corps change le corps, ainsi l'incarnation de l'Ame change l'âme. Il n'y a pas en nous de fonction, fût-ce la plus spirituelle, qui ne soit comptable du corps, comme il n'en est aucune, fût-ce la plus corporelle, qui ne soit conditionnée par l'âme. Beaucoup de chrétiens ne savent pas cela, mais il faut qu'ils l'apprennent, car c'est la clé d'immenses difficultés que sans cesse l'incrédulité nous oppose.
Mais s'il en est ainsi, et si Vindividuation de l'âme, comme disent les philosophes, est acquise par le corps, tellement qu'à tel corps doive correspondre nécessairement telle âme, il ne sera pas plus vain de parler d'âme féminine qu'il n'est vain de parler de corps féminin.
Et comment voudrait-on qu'une fonction absorbante comme celle qui est dévolue à la femme, n'imprimât point en elle des caractères profonds! La femme appartient à la race plus que l'homme ; elle est la mère du genre humain ; c'est en elle que la vie s'élabore ; c'est à son sein qu'elle se nourrit ; c'est dans ses bras qu'elle se conserve; c'est par ses soins qu'elle croit; c'est par son influence qu'elle s'oriente à Tétat naissant. Comme la Vierge-Mère a donné au monde Jésus son Sauveur, la femme donne à l'humanité l'enfant, sauveur du lendemain de la race; rédempteur qui l'absout d'une mort prochaine et éternelle.
Cette fonction est tellement haute que la na
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ture lui sacrifie tout, pliant tout le reste aux fins de ce « vouloir vivre », ne craignant pas d'imposer à la femme — sans doute en escomptant son acceptation généreuse — toutes les misères et toutes les restrictions qui font d'elle l'éternelle malade dont certains hommes ne parlent qu'avec dédain.
Je ne sais rien de plus odieux et de plus bas que certains sarcasme qui atteignent, à travers l'anonyme féminin, nos mères, nos sœurs, tout ce que nous devons vénérer et chérir sur la terre !
Seulement, sous prétexte qu'on les honore, il ne faut pas oublier les conditions imposées à la pauvre chair par les exigences d'une telle œuvre.
Alors que la fonction paternelle n'est pour l'homme qu'un surcroit, pour la femme, la maternité est une fonction qui l'absorbe toute, qui met sa marque sur les moindres particularités de sa vie physique, intellectuelle et sentimentale.
Un physiologiste dira, avec cette brutalité que nous pardonnons volontiers à la science : La femme est un chantier de vie comme un lion est une mâchoire géante, munie de ses services auxiliaires. Ainsi que chez le fauve tout semble s'élancer vers la proie; ainsi que partout un caractère dominant se subordonne tout le reste, chez la femme tout paraît s'orienter vers l'exclusive fonction maternelle.
« Tout dans la femme est énigme, dit Zara-
92 1 i:mimsme et christianisme.
thoustra, et tout dans la femme a une solution qui a nom enfantement. »
Toutefois, messieurs, je ne voudrais pas que ces façons de parler nous invitent à nous laisser troubler par des outrances. Les systèmes vont toujours trop loin. Nous savons que la femme est avant ioui une personne, un individu humain immortel. Nous verrons par ailleurs que le mot maternité prend dans la vie sociale des sens indéfiniment élargis. Mais il demeure certain que toute la vie de la femme, et d'abord tout son être, ont par rapport à l'homme un caractère spécial, du fait de la divine vocation qui est la sienne.
Aussi les sentiments, les tendances instinctives, qui sont comme la poussée de la nature en nous, dénoncent-elles chez la femme cette vocation impérieuse.
Regardez des enfants qui jouent, jeunes automates dont la nature a monté les ressorts. Toutes leurs allures font éclater au regard la différenciation des sexes. L'espace, le bruit, la rue attirent le garçon; l'intimité, les occupations calmes retiennent la fille. L'un joue aux brigands et aux soldats; l'autre soigne sa poupée, c'est-à-dire qu'elle s'exerce à être mère. Tous les gestes du premier sont relatifs à l'action extérieure qui crée et qui défend ; tous les gestes de la seconde sont relatifs à l'action intime qui dispose et qui administre.
S'il n'y a pas là une indication, où donc y en aura-t-il? Voudrait-on contester que nos tendances innées révèlent nos pouvoirs; que ten-
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dances et pouvoirs marquent en nous ce qu'entend tirer de nous la nature?
Plus tard, des plis de surface pourront essayer de voiler ces maîtresses formes de la vie : ils ne tromperont que quelques dames féministes, se coudées çà et là par quelques docteurs complai sauts. La vérité résiste. Il y a une âme féminine^ et cette âme est sous certains rapports inférieure, sous d'autres supérieure, au total équivalente et diverse : complémentaire, par rapport à celle de l'homme.
Les grands docteurs chrétiens, avec l'assentiment de la science la plus sérieuse, affirment unanimement l'infériorité de la femme en tant que raison ferme. Ce n'est pas une injure : c'est la rançon de son rôle. L'âme féminine est plus proche du corps, parce qu'elle est l'ouvrier du corps. Elle confine à la chair fragile et riche; elle s'éloigne de l'abstrait pour chercher ses triomphes dans le sensible et dans des formes d'idéalité où l'imagination a plus d'empire. La rigide philosophie du moyen âge dira que c'est là être inférieur en humanité, considérant que la raison ou puissance d'abstraction est la caractéristique de l'homme, sa différence^ comme ils disent. Mais au point de vue de l'être intégral, âme et corps, ce n'est là qu'une diversité où l'infériorité se rachète. La femme, qui a pour son compte une raison moins ferme, affermit celle de l'homme en s'appliquant à la promouvoir. Elle est mère des esprits comme des corps. « L'humanité, a écrit Auguste Comte, sera faite par
Ui FÉMINISME ET CHRISTIANISME.
riiomme pensant sous Tinspiration de la femme. »
Les qualités relatives des deux sexes, aussi bien que leurs défauts, se déduisent tous de ce facile point de départ.
Intellectuellement, la femme se caractérise par l'intuition, le sens pratique, l'attention au détail, le soin, la vivacité imaginative, le génie du concret et la divination des causes immédiates. Ajoutez le goût et la spécialité du bel ordre.
Moralement, elle accuse la délicatesse, la grâce, la réserve , l'amabilité , la compassion, le dévouement instinctif, la résignation généreuse, la patience dans Tépreuve et une faculté étonnante de s'adapter à tout, gardant courage jusque dans les difficultés les plus graves de la vie.
Comme on pouvait le prévoir, les défauts sont corrélatifs à ces qualités : une certaine légèreté de jugement, de l'obstination, de la nervosité , une impuissance relative à abstraire, une étroitesse d'horizon qui la rend moins propre aux grandes entreprises. Dans le commandement, plus de caprice, et par là moins d'autorité, en dépit des qualités éminentes qu'elle déploie; une conception moins grave de la vie, tenant à son amour de l'immédiat et du sensible.
Au physique, plus d'adresse et de délicatesse des sens que de fermeté et de force ; plus d'activité que d'endurance, d'audace que de constance. Au moral, la coquetterie, le penchant à parler sans sujet, l'avance du cœur sur la raison, la fra-
gilité afférente à la grâce, la disposition aux extrêmes, fruit de sa vive imagination.
En tout, la spontanéité de la femme est frappante ; la culture a relativement moins de prise sur elle que sur l'homme ; elle se développe plus vite; elle est, quant à l'ensemble de sa vie comme en chaque circonstance, plus promptement elle-même.
Qu'on regarde à ce tableau, qu'on le complète, et l'on verra avec évidence que dans la pensée de la nature — la nature c'est Dieu — l'homme et la femme, dans tous les sens du mot, forment un couple : un couple d'êtres pour la propagation de la vie, mais aussi un couple de forces pour la constitution de la vie.
Et chose remarquable, cette différenciation complémentaire s'accentue à mesure que la race progresse. Dans les races primitives, où la division du travail social obéit à des lois moins complexes, les différences sont moins subtiles. Que penser de ceux qui veulent les supprimer tout à fait ! Ils veulent nous ramener à la barbarie. En cherchant à égaliser les sexes; en renonçant au partage éminemment utile de fonctions qui les différencie, on opère un mouvement rétrograde pareil à celui qui se produirait aujourd'hui dans nos industries si l'on venait à y méconnaître l'incomparable fécondité de la division du travail; si par exemple on voulait faire fabriquer par chaque ouvrier la montre complète, ou le paquet d'aiguilles, ou le jouet de métal articulé.
Utiliser dans ce sens la plasticité relative des
deux sexes, ce serait appauvrir la vie. Mieux vaudra l'enrichir en mettant en synergie ces deux forces; en réalisant , sauf la folie mystique et le verbiage, le couple-prêtre des Fouriéristes, c'està-dire, ainsi que traduisait Saint-Simon, « l'individu social, homme et femme ».
<( Il n'est pas bon que l'homme soit seul «, a dit la Bible. Les féministes qui veulent le doubler ne voient-elles pas qu'en le doublant elles l'isoleront ? Au lieu de l'être humain au complet , il n'y aura plus que deux moitiés, et ni intellectuellement ni moralement, non pas même physiquement, il n'y aura de vie intégrale.
Là n'est pas certes la vérité.
La vérilé est dans ce que nous avons toujours dit être la loi fondamentale de toute vie, à savoir le concours.
Le concours, qu'est-ce à dire? C'est-à-dire tout d'abord l'exclusion des antagonismes, et par conséquent la condamnation de cette étrange théorie qui veut donner comme pendant à la lutte des classes la lutte des sexes, lutte homicide s'il en fut, puisqu'elle oppose, chacun à chacun, précisément les êtres dont l'union est la source première de toute fécondité sociale.
La femme ne doit pas lutter contre l'homme, à moins que ce ne soit contre l'injustice de l'homme qui lui refuse sa place. L'homme ne doit pas lutter contre la femme, à moins que ce ne soit contre la folie de la femme qui voudrait rejeter son fardeau, trésor commun de l'humanité.
La femme est mère, avons-nous dit, dans tous
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les sens du mot; et précisément parce qu'elle est mère, elle a besoin d'être fécondée, et il ne lui sied pas de rompre spirituellement plus que matériellement avec l'homme ; mais il lui sied de revendiquer, et cela dans des domaines de plus en plus larges, la liberté de sa maternité, au lieu d'être traitée comme l'enfant inconscient et irresponsable.
Le concours, c'est ensuite une division intelligente du travail, chacun apportant au groupe le secours d'une action en rapport avec ses aptitudes et ses tendances. Ce que sait faire la femme, ce qui attire la femme, ce qu'elle est par conséquent en état de réaliser d'une façon supérieure, voilà ce que doit se demander avant tout un féminisme rationnel et respectueux des lois de la vie.
Bien entendu, cela ne préjuge rien relativement aux libertés qu'il faudra concéder à la femme. Je définis une base d'action, je n'appelle aucune contrainte. Celles-ci, je saurai faire voir que je ne les aime point ; mais plus on les écarte, plus il est essentiel d'apprendre aux affranchies l'usage de leur indépendance.
Le christianisme y est passé maître, et Ton ferait bien, dans le camp féministe, de consulter sa haute expérience. Ce qu'il prêche, ce n'est pas l'égalité sotte, l'égalité niveleuse, la confusion et la destruction sous prétexte d'égalité. Cela, pour la femme, ce serait à ses yeux se dévoyer — pour un train nous dirions dérailler, et quand un train déraille, qui sait ce que deviennent les voyageurs ! L'égalité voulue par le christianisme pour
l'homme et pour la femme, c'est l'égalité devant le devoir, l'égalité devant la destinée, par là l'égalité devant le bonheur, en ce monde et en l'autre.
Aménager à deux le bien commun à la façon de pouvoirs inégaux dans des âmes égales; régir à deux la vie en distribuant ses rôles en sagesse, confiant à cette sagesse, qui est bienveillance du ciel, le soin d'être ouvrière du bonheur autant que la terre peut le permettre : tel est l'idéal chrétien. Nous en serons loin toujours, ne nous y trompons pas ; ce monde n'est point la patrie de l'idéal ; mais ainsi que nous le disions, il faut marcher sous sa lumière. Tout le monde s'en trouvera bien, car une chose sûre à laquelle ne réfléchissent pourtant pas ceux qui favorisent indûment Tun ou l'autre sexe, c*est que le bonlieur de l'homme et celui de la femme sont étroitement solidaires. Le bonheur ni le progrès ne peuvent être une spécialité. La femme malheureuse fait l'homme malheureux ; la femme esclave fait l'homme dissolu; la femme médiocre fait l'homme inférieur à lui-même. D'un point de vue très élevé que nous devrons plus tard confronter avec les faits, on pourrait dire pour caractériser leurs rôles : L'homme crée le succès; la femme l'utilise : il ne faut pas que le progrès se prive de la moitié de ses ressources. S'il les conserve, tout sera bien en place dans la maison de famille humaine. Pour autant que la nature de la femme est identique à celle de l'homme, elle aura les mêmes droits et les mêmes devoirs ; pour autant qu'elle en diffère,
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elle en aura d'autres et elle n'aura pas les siens. Voilà ce qu'il faut retenir.
Ce n'est là, direz- vous, qu'une proposition vague.
C'est vrai, en ce sens que cela est très général; mais pliit à Dieu que dans nos groupes on ne l'oubliât point ! Car c'est le dessin sommaire qui dirigerait l'action ; dont on ne peut au contraire s'écarter sans bouleverser la vie sociale. Une esquisse n'est pas un tableau, mais elle en est le point du départ. Il faut que l'inspiration de l'artiste y revienne sans cesse. Nous y reviendrons toujours pour notre part. Si le féminisme y consentait, et si ses adversaires en tombaient d'accord, tout se résoudrait facilement et sans disputes. Que la pratique répondît ensuite aux discours, et se serait un effort humain dont les conséquences lointaines seraient incalculables.
Il a plu à des féministes de comparer l'éveil de l'activité féminine au frémissement de la nature aux approches du printemps : je vous abandonne la naïveté charmante de cette phrase; mais le printemps mis à part, on peut signer ce pronostic qu'en cessant d'être serve ; en ne se bornant plus à être attendrissante et poétique, comme disait Michelet ; en se gardant pourtant de préférer à son œuvre propre celle qui convient à l'homme, la femme enrichira le patrimoine humain plus qu'on ne peut dire.
Réjouissons-nous comme chrétiens de cette espérance, et disons, pour reprendre la comparaison introduite tout à l'heure, que si cette espérance
se réalise, l'œuvre d'art qu'est la vie sociale s'embellira sans cesse, parce que prenant pour loi les pensées de l'Artiste divin, elle deviendra, selon les expressions de Michel-Ange, « une copie de ses peifections, une harmonie, une musique, l'ombre de son pinceau ».
LE FÉMINISME