‹ Feminisme et christianisme. --Chapitre 19 sur 40 · ET LE MARIAGE · texte numérisé non relu

ET LE MARIAGE

Messieurs,

Ceux qui revendiquent pour la femme des conditions meilleures d'existence, qu'ils raisonnent bien ou mal, qu'ils aillent dans le sens des vérités qui délivrent ou dans celui des utopies pernicieuses, ne peuvent en aucun cas négliger la situation de la femme à l'égard de la famille.

Que ce soit avant, pour la construire ; que ce soit pendant, pour l'organiser; que ce soit après, si l'on consent à la dissoudre, la famille et le régime adopté pour elle doivent être aux yeux de tous de la plus capitale importance. On ne saurait s'étonner de l'insistance avec laquelle féministes et antiféministes poussent sur ce point le débat, comme si dans ce champ clos devait se vider définitivement leur querelle.

Or, si Ton regarde aux groupes qui consen-

180 FÉMINISME ET CHRISTIANlbilE.

tent à se laisser désigner par ce mot : féministes, on y peut distinguer en gros trois zones d'influence.

Une part est avec nous pour dirimer les questions familiales au nom de l'esprit chrétien, bien entendu d'un esprit chrétien en éveil et en marche, c'est-à-dire, quoi qu'en pensent quelques-uns, de l'esprit chrétien vrai.

Une autre part suit un courant contraire et glisse vers des aberrations dont l'union libre est le type.

Enfin, entre les deux, une flottille évolue en des sens assez divergents, mais avec quelques points de concentration qui permettent de poser des bouées indicatrices, sur lesquelles il faudrait écrire : Divorce, Association ullra-égalitaire des époux, Mariage sans garantie de consentement de la part des parents, etc.

Il faut examiner à la lumière de la foi — et de la raison aussi dont notre foi n'est ici que l'interprète, quelles solutions nous pouvons accepter, quelles nous devons rejeter, parmi celles dont on dit qu'elles sont conformes au devoir ou au bonheur de notre clientèle féminine.

Ces deux aspects de la question ne doivent-ils pas arriver à coïncider?

Je fais aux féministes l'honneur de supposer qu'eux-mêmes honoient assez la femme pour ne pas penser travailler pour elle, travaillant contre son devoir. En tout cas, notre position à nous est très nette. L'Évangile nous a dit : Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice. Tout le

reste vous sera donne' par surcroù. Si nous recherchons ce surcroit pour celles dont le sort fraternellement nous inquiète, c'est à la condition qu'il demeure lié à ce qui le justifie, le sanctifie, l'éternisé; c'est en pensant que le bonheur, reflet authentique du bien, doit en garder la haute allure, en reproduire la valeur et en répandre la contagion.

« Hors la mort, a écrit Tolstoï, il n'y a rien de plus important ni de plus irrémédiable que le mariage. » C'est que l'un et l'autre, chacun à sa manière, fixe la destinée, et si, sous plus d'un rapport, le mariage la fixe moins que la mort, en un sens il la fixe mieux, car ainsi que l'écrivait Pascal, l'homme aux mots terribles : « On meurt seul » ; mais on se marie à deux. A deux, ce n'est pas assez dire ; car les enfants en sont déjà, et les enfants de vos enfants, et les objets indéfiniment élargis de leur activité et de la vôtre, de sorte que ce sont des destinées en nombre inconnu qui, pour une part indéterminée, mais certaine, se fixent à ce grand et redoutable moment.

Peut-être convient-il qu'on y mette un peu de son regard et de son âme!

Le christianisme y a mis toute sa puissance d'observation et d'amour, et sous la garantie des divines influences qui le couvrent — je devrais

dire qui le constituent — il a posé au sujet du mariage des déterminations que je tiens à rappeler d'abord. Elles seront notre norme. Ce qui les respectera nous sera acceptable; ce qui les favorisera nous sera ami; ce qui les combattrait, nous ne pourrons que le combattre, puisque pour nous la religion de l'Évangile est la maitresse de vie.

Aux yeux donc du christianisme, le mariage s'établit en une triple essence. C'est une institution naturelle. C'est une institution sociale. C'est une institution religieuse.

Le mariage est une institution naturelle en ce que la constitution toute première de rtiumanité l'appelle pour compléter chaque individu en lui donnant cette u aide semblable à soi » dont parle la Bible; puis, pour assurer la nutrition de l'espèce dans des conditions suffisantes ou heureuses.

Et par cela même que le mariage s'établit ainsi au départ, il doit devenir une institution sociale ; car s'il est naturel à l'homme de contracter avec la femme une union durable, comme il ne lui est pas moins naturel de vivre en groupe, il faudra bien que ces deux natures des choses s'harmonisent, et qu'un régime familial sagement établi assure d'une part le droit de l'individu, et donne satisfaction cependant aux exigences collectives.

Enfin, les mêmes raisons feront du mariage une institution religieuse, parce que la religion rattachant l'homme à sa Source première, où se trouve

la raison de sa nature et donc aussi sa loi, il ne pourra pas se faire que la religion ne prenne à son compte le droit individuel et le droit social de l'homme, pour les confirmer l'un et l'autre de son autorité, leur fournir ses sauvegardes, les inviter à s'épanouir sous son influence.

Or, de ce triple fait résulteront des conséquences faciles à prévoir.

De ce que le mariage est une institution naturelle, il suivra que les individus qui y convolent ne pourront pas le plier à leur guise. Ils pourront y entrer ou n'y pas entrer — encore, sous certaines conditions morales; mais s'ils y entrent, il faudra qu'ils acceptent ses modes, pour autant que la nature et son acquis normal à un moment donné de l'évolution humaine les détermine.

De ce que le mariage est une institution sociale, il suivra que les lois pourront et devront en connaître, au lieu de livrer à l'anarchie une institution où la société trouve sa première assise, celle sur laquelle repose tout, de telle sorte qu'on peut dire : Telles familles, tel État, bien plus encore que tels individus, tel peuple.

Et de ce que le mariage est une institution religieuse, on sera amené à penser que la religion est dans son rôle quand elle impose à ses enfants avant, pendant et après mariage, des conditions qui paraissent dures à la chair, mais que des motifs d'une importance suprême justifient, et que les perspectives éternelles réduisent au rang de misères sans prix, de simples concessions provisoires.

18i FÉMINISME ET CIIRISTIAMSMIS.

Telle est, Messieurs, d'un mot, la conception chrétienne du mariage. Vous pourrez voir qu'il suffit d'y recourir pour trouver une réponse à tout, pour débrouiller les sopbismes enchevêtrés où certains se plaisent. Mais dès maintenant nous pouvons juger à sa lumière l'attitude de ces féministes qui croient prêcher la libération, le bonheur, et ils osent le dire, le bien, en prêchant ce que j'ose, moi, à peine nommer, tant ce mot, pour des chrétiens, renferme de folie et de perversité outrancière, je veux dire l'union libre.

L'union libre, je vous disais il y a quelques années : « Je ne veux point en parler; c'est inutile; cette grossière et absurde conception ne mérite pas l'examen d'un moraliste, à plus forte raison d'un chrétien ^ » Mais les temps ont marché! Nous allons vitel L'union libre a aujourd'hui des défenseurs nombreux, quelquesuns distingués, et derrière ceux-ci, la foule des sociologues de rencontre se presse, emplissant les colonnes des journaux de sopbismes tranquilles, et précisément parce qu'ils sont tranquilles, effrayants.

Je lisais dernièrement, sous une signature connue, un article où l'on rappelait qu'en Amérique, le maTidige provisoire, le mariage à Vessai, c'est-à-dire une façon d'union libre, cherche des partisans. Et l'auteur — homme connu, je le répète, — tâchait de calmer les craintes que pour

Page 1