Naquet, Religion, Propriété, Famille
l'intérêt féminin qui est pour nous la préoccupation principale.
Les femmes ont laissé faire la loi du divorce ; beaucoup d'entre elles y ont applaudi, l'ont réclamé. Mode ou passion, légèreté sentimentale ou impatience d'un joug réputé avec raison redoutable, elles ont été complices, ne voyant pas que ce seraient elles, elles, dis-je, collectivement, qui porteraient le plus grand poids de la faute.
Un groupe de féministes s'est rué contre le mariage indissoluble sous prétexte qu'il met la femme sous la domination de l'homme. Il serait moins faux de dire qu'à l'inverse, le mariage indissoluble met l'homme sous la domination de la femme. Mais ne faisons pas de paradoxe. Le mariage indissoluble ne met personne sous la domination de personne; il impose simplement à chacun le respect de son conjoint, et à tous deux le respect de leur rôle familial et social. Mais ce qui est vrai, c'est qu'à l'oubli de ce respect, la femme a plus à perdre que l'homme. Nous l'avons dit à propos de l'union libre, c'est elle qui, comme épouse et comme mère, a le plus grand besoin d'être mise à l'abri du caprice et des abandons. C'est à elle surtout qu'est nécessaire la complicité du temps, parce que les longues patiences sont sa force ; parce que le temps travaille pour elle, et qu'il peut, s'il manquait, travailler terriblement contre elle; parce que son égalité avec l'homme n'est réelle que si le contrat assure l'avenir, attendu que l'avenir de la femme est engagé déjà par la force des choses d'une façon incom-
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parablement plus grave ; qu'elle rengagera toujours plus à mesure que Tâge et les complications maternelles viendront lui lier les mains et le cœur, Thomme se liant aussi, mais dans une proportion infiniment moins croissante, de sorte qu'on ne peut rétablir l'équilibre qu'en posant sur les deux le joug commun qui attache à l'œuvre de vie l'attelage consentant et noblement courbé sur sa tâche.
« Entre le fort et le faible, a écrit Lacordaire, c'est la liberté qui opprime, et c'est la loi qui affranchit. » Or en face du divorce, la femme est le faible, parce qu'elle est la plus engagée. Pour une fois que le divorce la délivrerait, vingt fois, cent fois il serait pour elle, selon l'expression d'un homme dont la compétence en matière féminine est indiscutable 1, « le moyen d'être légalement lâchée ».
Le christianisme, ami de la justice et de l'œuvre humaine, ne le veut pas. Il prétend émanciper la femme par le fait seul qu'il fait le mariage indissoluble, parce que les contraintes naturelles qu'il lui impose la mettent à l'abri des contraintes arbitraires, filles des fausses libertés dont profiterait surtout l'homme. Celui-ci n'est plus le maître de son sort, comme sous les antiques lois. Il est dominé lui aussi. Il doit, comme on lui doit et comme on lui accorde plus spontanément qu'il ne fait lui-même, la fidélité, et comme sous la domination du ciel qui nous rend