‹ Feminisme et christianisme. --Chapitre 32 sur 40 · Cf. supra, La Femme et le Travail · texte numérisé non relu

Cf. supra, La Femme et le Travail

Soit SOUS le régime dotal, emprunté au droit écrit du midi de la France, soit sous le régime de la communauté, fils du droit coutumier du centre et du nord, la femme est sacrifiée dans une mesure qu'on doit trouver excessive.

On remarque avec justesse que le code actuel représente un progrès notable par rapport à celui qui régissait les rapports des époux avant 1804 : mais est-ce là beaucoup dire?

A ce moment-là, un double état d'esprit assez étrange semble se partager l'àme virile. L'homme affecte à l'égard de la femme une admiration, une ferveur d'idéalisme qui cohabite, on ne sait par quel moyen, avec un assez étroit despotisme. La femme est sur un trône ainsi que le veut Balzac; mais on l'y a juchée si haut qu'elle ne peut en redescendre pour vivre. Sa royauté ne lui sert de rien. On a beau proclamer que par l'intelligence, la fermeté ou l'héroïsme, les femmes ont lié leur action au développement de la civilisation française; on a beau exalter une pléiade de noms au-dessous desquels des myriades d'autres que l'on ne cite point feraient figure plus qu'honorable ; on a beau môme s'empresser de reconnaître — en théorie — que dans la pratique quotidienne des affaires — celles qui importent précisément quand il s'agit de fixer sa capacité juridique ou morale — la femme ne se montre dans l'occasion ni moins habile ni moins tenace que l'homme : n'importe; la défiance, l'orgueil et, il faut le dire, l'autocratie virile persistent. La tradition en est si bien établie que les meil-

leurs s'y laissent prendre. Ils dressent contre la femme des réquisitoires qui conviendraient à l'immense majorité des hommes; mais ils n'aperçoivent point le sophisme, et ils s'y appuient pour décider du sort de l'épouse.

Un jurisconsulte a dit avec esprit qu'il y avait alors plus encore qu'aujourd'hui deux opinions en France : Celle des hommes et celle des maris; l'une relative à la femmCy en qui l'on reconnaît volontiers la collaboratrice de l'homme ; l'autre à V épouse j dont il était commode de faire autant que possible une servante. On lui accordait un rôle d'ensemble, une influence dont on tirerait profit et agrément sans se réduire ; mais au foyer, chaque homme entendait bien être « maître chez lui ». Cette tendance généralisée trouvait chez les jurisconsultes des esprits assez pénétrants — et pénétrés — pour lui trouver de solennels motifs ; assez renseignés pour la confirmer au besoin par l'histoire. L'histoire est complaisante, et la « doctrine » aussi : on les faisait dogmatiser, légiférer loin de toute contradiction, établissant le mari « seigneur et maître de la communauté « comme disent les anciens légistes, organisant la servitude légale que corrigeraient tant bien que mal l'amour, quand il serait de la fête, ou la ruse féminine dressée pour sa défense, ou enfin les mœurs et les nécessités de la vie *.

1. I) serait naïf d'insister sur ce fait qu'en dépit des lois qui consacrent une dépendance excessive de la femme par rapport à l'horome, en tout ce qui touche aux biens el à la >ie extérieure, les mœurs et la nécessité des faits créent souvent une dépen-

La Révolution agit comme nous le disions en général : à coups d'aspirations élevées et d'utopies. Cambacérès pose en thèse l'égalité de l'homme et de la femme, supprime la puissance maritale et l'incapacité de l'épouse ^ Mais cela n'ayant nulle attache solide avec la vie réelle ni avec le passé juridique du pays ne fut pas viable. Quelques années seulement, et le même Cambacérès — lui et ses amis — collaboreront au code Napoléon, qui n'est rien moins qu'égalitaire.

Napoléon méprisait les femmes. Il ne les croyait bonnes qu'à faire des enfants dont il se chargerait, lui, de faire des soldats. Les libérer; hausser leur personnalité afin de leur permettre un plus riche développement de leur nature, rien n'était plus étranger à sa pensée.

Mais une chose venait corriger le mépris que Napoléon avait pour la femme, c'est celui qu'il avait pour l'homme, c'est le dédain de ces questions de dignité, de responsabilité, de développement individuel, d'autonomie, dont, sous l'an-

dance bien plus grande de l'homme Yis-à-vis de la femme en ce qui touche à la vie essentielle, je veux dire aux conditions intimes, profondes et par suite capitales de la vie. La liberté de la femme est donnée à l'homme ; mais le bonheur de l'homme n'estil pas bien souvent donné à la femme? Or nous sommes faits pour le bonheur, non pour la liberté. Que le mari soit intelligent, sage, et la femme incapable, la famille périclite, en dépit de tous les droits d'administration masculine. Que le mari soit ignare et lâche, mais la femme supérieure, la famille peut se sauver, en dépit de tous les droits de dilapidation masculins. La femme tient l'essentiel. Ce nest pas une raison pour lui refuser ses droits en tout le reste. Il suffira de lui enseigner en môme temps ses devoirs.

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