‹ Feminisme et christianisme. --Chapitre 34 sur 40 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Il est essentiel d'obser?er que même en matière légale, le code n'est pas tout. C'est une façade. Il arrive que la façade belle, cache une maison sordide, et que décrépite, elle laisse sub sister à l'intérieur des appartements fort habitables. Cest ce qui peut arriver ici en deux sens. Les lois trop jeunes, celles qu'on réclame à cor et à cris ne sont pas appliquées tant que les mœurs ne s'y prêtent pas encore, et les lois trop vieilles, qu'on critique avec fureur, ne sont plus appliquées parce que les mœurs ne s'y

Il faut serrer le lien, et c'est en quoi Bonaparte avait raison; mais ce qui entre dans le lien, il faut que ce soient des valeurs, et il ne faut donc pas s'organiser de manière à ce que fille ou veuve, la femme soit quelqu'un; mais qu'une fois dans le mariage, elle soit annihilée, alors que le mariage est fait pour la décuplera

prêtent plus. C'est ainsi que l'inégalité odieuse maintenue par le code entre l'homme et la femme adultères n'a plus rien d'effectif. En droit, le mari peut tuer sa femme sur le coup ; s'il n'agit point, la loi menace la femme de l'emprisonnement jusqu'à deux ans. Or, en fait, la femme s'en tire ainsi que son complice avec une légère amende, et le véritable puni du procès, c'est le mari.

De même, la recherche de la paternité est interdite; mais on accueille les poursuites civiles destinées à faire fournir une pension alimentaire par le père, à qui l'on doit évidemment reconnaître d'abord cette qualité.

Ce qui reste vrai, c'est que ces cotes mal taillées appellent à un moment donné des refontes plus complètes. Des pays voisins l'ont compris avant nous. L'Allemagne et la Suisse ont mis leurs codes mieux en harmonie avec les faits en ce qui concerne la capacité de la femme dans le mariage. Notre retard nous servira-t-il du moins à profiter de leur expérience?

1. Il ne faut pas dissimuler que l'émancipation morale de la femme doit amener au début une diminution du lien. L'équilibre n'est pas la première chose qu'on trouve : il faut d'abord créer les forces, puis se livrer à de pénibles essais d'organisation. Dans un foyer à plusieurs âmes, le libre développement des individualités côte à côte tend d'abord à les faire diverger. La vie commune est exposée à languir; les sphères d'activité, à se distinguer et peu à peu à devenir lointaines. C'est aussi là un danger de l'amitié, d'où cette remarque des moralistes qu'en fait, les amitiés les plus durables sont ordinairement celles où l'un des deux amis s'efface devant l'autre. Cyrano et Lebret; Don Quichotte et Sancho Pança. Mais comme l'amitié est plus riche entre deux hommes! C'est qu'après tout deux âmes valent mieux qu'une. Cela fait plus d'humanité, donc plus de richesse sociale. La paix du cimetière, l'ordre de Varsovie et l'unité par suppression d'éléments concurrents (ils pourraient devenir concourants) ce n'est pas l'idéal. L'idéal sera de cultiver assez les individus pour leur faire comprendre qu'ils sont autre chose que des indi-

276 I KMIMSME ET CIIIUSTIANISME.

Résumons-nous.

Entre l'homme et la femme dans le mariage, la règle supérieure est celle-ci : Égalité de principe; partage d'attributions. Gouvernement par le mari en ce qui concerne le dehors; mais avec la collaboration de la femme. Gouvernement par la femme en ce qui concerne l'intérieur; maiavec la collaboration du mari. Pour garder l'unité, on restreindra ainsi les capacités de l'un et de l'autre; mais au profit des deux, puisque ce sera au profit du groupe où ils s'engagent, et ultérieurement au profit de tous.

Ainsi, messieurs, le progrès pousserait sa pointe.

Au début des sociétés, il n'y a pour ainsi dire pas d'égaux; tout homme est dominé ou dominateur. Ceux qui pourraient être ses égaux sont ses ennemis, en tout cas ses adversaires, en raison de la lutte pour l'existence. Mais la civilisation a pour but de faire disparaître cet état de guerre. Qu'elle y travaille prudemment, nous ne saurions trop l'y inviter, et c'est à quoi le féminisme même chrétien n'est pas toujours disposé dans la mesure nécessaire. Mais l'idéal est net. Le christianisme, émancipateur de la femme, y applaudit, et il ne tiendra pas à lui que sur l'étroit canot qui confie à la mer les destinées de la famille, chaque passager n'ait à la place qui lui revient sa ration de vivres et son baril d'eau douce, sans oublier

vidus, qu'ils sont personnes en liaison essentielle ayec d'autres personnes, avec des groupes sans cesse élargis. L'étroite individualité divise; la personnalité supérieure relie.

que suivant les défilés où ron passe, lui ou elle connaissant mieux la mer ou l'écueil, il faut confier la barre à qui la donne le capitaine, je veux dire Dieu, dont le reflet en nous est raison.

IG

l'INSTRUCTION FÉMININE

Messieurs,

Est-il bien nécessaire de plaider pour la femme l'instruction? Sur ce point tout au moins, les féministes considèrent à bon droit que leur thèse a cause gagnée auprès de l'opinion publique. A peine quelques récalcitrants, se souvenant du bonhomme Chrysale, ou de Joseph de Maistre, ou de Montaigne, et négligeant les péremptoires réponses qui leur furent faites, tout d'abord par leurs pairs, puis par leurs maîtres, nos maîtres à tous, les événements — à peine, dis-je, quelquesuns font-ils grise mine aux progrès de l'instruction féminine.

Il est vrai de dire qu'ils se trouvent pour une part dans les groupes religieux. Pourquoi, la raison en est trop claire, bien que mauvaise. Le mouvement est parti de Fanticléricalisme. Les intentions de ses promoteurs, nettement hostiles au principe religieux, avaient de quoi nons mettre en défiance. Les résultats immédiats de-

valent d'ailleurs accentuer ce recul. On sait ce qu'il est sorti, ce qu'il sort encore souvent de cette formation hâtive d'intelligences derrière lesquelles on négligeait de voir des âmes.

Mais les applications sont une chose et les principes une autre. Au point de vue du principe, il convient de nous ressaisir; il est temps, et combien facile doit nous être ce retour si, au lieu de nous hypnotiser sur de l'immédiat, nous étendons le regard sur nos grandes traditions chrétiennes!

Quand il croit innover en instruisant la femme, l'anticléricalisme est en retard. Voici vingt ans qu'il y travaille; voici tantôt vingt siècles que l'Église y a travaillé autant que le permettaient et les ressources des temps, et l'état des mœurs ambiantes et surtout l'égoïsme viril, les passions, c'est-à-dire le contraire de son influence.

Dès le début, cet antagonisme entre l'esprit chrétien et les résistances intéressées se fit sentir. Les clercs voulaient instruire les femmes, dont ils jugeaient l'ardeur à apprendre et la valeur pour l'apostolat. Le monde laïque faisait la sourde oreille, craignant une émancipation mal commode. L'opposition cessa avec les inveisions barbares parce que le principe du pouvoir étant alors la force, et la femme ne risquant plus, instruite, de devenir une concurrente, elle fut un ornement accepté. Jusqu'à la fin du moyen âge, les groupes ecclésiastiques mis à part, la femme fut plus instruite que l'homme. Par la suite, l'esprit païen de la Renaissance la relégua; les fa-

milles, c'est-à-dire les traditions viriles s'imposant, les éducateurs même religieux cédèrent en partie. Toujours est-il que ce furent les vices du milieu, non l'influence chrétienne authentique, qui retardèrent Téclosion de l'âme féminine. Il fut un temps où des femmes enseignaient le droit aux universités de Padoue et de Bologne, les mathématiques à Milan, et personne ne s'en étonnait. On ne s'étonne déjà plus, en France, de cette tradition renouée. Ce n'est pas à nous, chrétiens, de protester.

Je voudrais vous montrer que, toutes précautions prises, toutes conditions remplies, l'instruction féminine la plus élevée possible est un vœu de la religion autant qu'une nécessité de l'heure. Si j'y réussissais, j'aurais le droit de dire une fois de plus au féminisme anticlérical qu'il a tort, et qu'il peut bien essayer de nous convertir, mais à nous-mêmes et non pas à nos adversaires.

Quand nous nous opposons à l'ascension intellectuelle de la femme, ce n'est point parce que nous sommes chrétiens, c'est parce que nous ne le sommes pas assez.

Nous n'allons pas redire que la femme est une personne humaine; qu'elle a une vie à soi; qu'elle n'est pas faite pour l'homme; que si l'on parle de destinée et non pas de rôlCj elle n'est

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pas faite non plus pour la famille, ainsi que certains le prétendent, mais la famille pour elle, toute organisation temporelle n'ayant chrétiennement de raison d'être qu'en vue de l'individu éternel qui s'y engage. Ces décisions nous sont connues. Si nous les appliquions à notre cas ainsi que nous avons fait à d'autres, elles créeraient en faveur de Tinstruction féminine un préjugé favorable qui ne serait pas facilement vaincu.

Mais ces données sont trop générales. Rapprochons-nous des faits afin de juger de ce que l'idée chrétienne y introduit. Car il est sûr que la personne féminine eût-elle en général tous les droits, si ces droits devaient tourner contre elle; si les rôles effectifs qui lui sont dévolus aujourd'hui ou toujours par la Providence s'opposaient, au regard de l'homme prudent, à un développement un peu avancé de la spécialité intellectuelle, on devrait dire dans ce cas ce que Ton dit en beaucoup d'autres : Inclinons-nous devant les principes, mais agissons selon les faits.

Qu'en est-il donc? Peut-on craindre vraiment que l'instruction accrue ne diminue la femme au lieu de la grandir; ne l'écarté des tâches qui, dans la division du travail humain, se présentent comme les siennes? On le dit encore de-ci de-là; bien peu d'ailleurs avec une autorité qui arrête la critique.

Remarquons d'abord que si le mouvement général de la civilisation élève le niveau commun, il est juste, il est fraternel d'y faire participer la

femme. Il serait trop horrible de prêcher délibérément la (( femme sans tête », création de la bohème romantique. Il serait trop absurde et horrible aussi, pour le cas où ce serait sérieux, de continuer à dire avec Lessing : « Une femme qui pense est aussi ridicule qu'un homme qui met du rouge. »

« Le grand défaut d une femme, disait Joseph de Maistre, c'est d'être un homme, et c'est vouloir être homme que de vouloir être savante. » Eh bien non ! Ces sentences de génie sont de solennelles erreurs. Elles prouvent que les meilleurs ne savent pas se défaire des préjugés, tant que l'avancée du genre humain n'est pas venue piétiner leurs barrières.

Certains états de civilisation ajournent légitimement l'idéal; mais ne nions pas celui-ci; consentons encore moins à ce qu'on essaie de le jeter au ridicule. L'idéal chrétien consiste à faire progresser de concert l'homme et la femme, avec les seules différences qu'imposent leurs aptitudes et leurs rôles.

Si l'on parle aptitudes, nous sommes suffisamment renseignés^. Nous savons que les différences qui distinguent intellectuellement la femme de l'homme sont complémentaires et non pas négatives; que ses défauts se rachètent; que ses qualités la rendent capable de tout ce qu'il s'agit de lui confier. Son activité mentale est plus grande que la nôtre. Si elle tourne quelquefois

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