Op. cit., p
ne Tétions pas, en matière si délicate, nous aurions vite quitté la voie que la raison et l'Évangile nous tracent ; mais nous serons généreux aussi. Il ne faut pas que la philosophie appliquée par nous au cas de la femme puisse mériter cette définition de l'une d'entre elles : « La philosophie est l'art de supporter allègrement les peines d'autrui ». Que d'hommes, qui se rengorgent dans de beaux principes, ne veulent pas, voir combien la question féminine est aujourd'hui angoissante sous beaucoup de rapports, éminemment utile sous d'autres, intéressante toujours! On s'étonnera plus tard d'avoir été au sujet de la femme si résistant, si illogique, si sophistique, et si égoïste aussi. On reviendra sur les sentences hâtives et bouffonnes; on ne se contentera plus, ainsi que l'ont fait, disais-je, même de très grands hommes, de phrases superficielles et d'épithètes banales, j'oserai dire d'idioties ^ pour qualifier celles dont nous tenons la vie, dont nous pourrions la tenir davantage. On se rendra compte que la « moitié » de l'homme n'a pas été traitée par l'homme comme l'égale de celui qu'elle achève; que cette moitié d'humanité n'a pas donné, par notre faute, ce qu'elle pouvait donner dans le travail collectif auquel s'efforcent plus que jamais les générations présentes, et l'on rougira de n'avoir su tempérer l'injustice et l'autocratie masculine, dans des cas où manifestement elles régnaient, que par des madrigaux,
1. On connaît l'appréciation de Schopenhauer sur l'intelligence féminine : « La femme a les cheveux longs et l'esprit court ))I...
comme on disait jadis de la monarcliie française que c'était un gouvernement absolu tempéré par des chansons.
« La manière d'être de l'homme pour la femme, a écrit A. Comte, témoigne pour ou contre lui » : nous témoignerons pour nous en rendant à nos femmes, dans l'éducation, dans le mariage, au foyer et hors du foyer, dans le travail, dans l'action sociale, le rang qui lui revient.
Réjouissons-nous comme chrétiens de cette espérance. Mais le christianisme ayant là, comme toujours — plus que toujours — un rôle nécessaire, appelons-le tout d'abord pour juger. Qu'il soit le guide et le conseil. Veillons à ce qu'il ne soit pas la borne. Plus d'un essaie de lui imposer ce rôle : nous combattrons ce christianisme ultra-conservateur. L'Évangile est de tous les temps; il ne doit point fixer leur course. Il n'est pas la lanterne attachée au poteau et dont ne profite que celui qui consent à s'asseoir dans le cercle étroit de sa lumière : c'est le flambeau que nous portons à la main et qui, à mesure que nous avançons, éclaire au-devant de nous des espaces sans cesse renouvelés. Cette belle comparaison de Tolstoï gagnerait à être méditée par beaucoup; nous essaierons de ne pas mériter le blâme éventuel qu'elle comporte. Ce que la femme peut légitimement réclamer; ce que la femme peut donc prudemment espérer : tel est le thème en apparence double , en réalité un ; car il convient que ces deux choses arrivent à coïncider quelque jour. Sera-ce bientôt, je ne
sais, les résistances seront vives; mais volontiers j'engagerais celles qui soupirent après cet âge d'or à ne pas désespérer. Leurs ennemis sont bien imprudents : ils les instruisent. Quand elles seront instruites, elles considéreront sans doute leur condition actuelle comme plus insupportable encore; mais aussi elles seront armées pour la vaincre, et s'il est vrai de dire : Ce que femme veut Dieu le veut, combien plus ce proverbe aura gain de cause si les femmes font en sorte que la réciproque en soit vraie, et si ce que veut la femme, c'est ce que veut Dieu lui-même, parce que le veulent la nature, la raison et la révélation chrétienne : son œuvre, son prophète et sa voix