DANS
LE MOUVEMEiNT D'ÉMANCIPATION FÉMININE
Messieurs,
N'êtes-vous point frappés comme moi de voir le féminisme, comme le socialisme, comme le libéralisme, comme le républicanisme, comme beaucoup d'autres mouvements ou sentiments modernes, se partager, dans leur rapport avec la religion chrétienne, en deux courants antagonistes? Il y a un féminisme chrétien, comme il y a un socialisme, un libéralisme, un républicanisme chrétiens , et il y a un féminisme , un socialisme, un libéralisme, un républicanisme antireligieux; en tout cas — car il y aurait là des réserves à faire — anticatholiques et antichrétiens.
Ceux qui sont catholiques prétendent conclure
de là leurs doctrines. C'est parce que je suis catholique, disent-ils, que je suis démocrate, socialiste, libéral, féministe; c'est l'Évangile (fui m'inspire ce qu'il y a de fondamental dans mes thèses et qui me souffle l'ardeur pour l'action. A l'inverse, les autres disent : Si je combats le catholicisme, c'est que je le vois contraire à ce que je défends d'abord : la liberté, la démocratie, la république, les droits de la femme, etc.
Il serait important de voir qui a raison; ou si tout le monde n'aurait pas raison ; ou si tout le monde n'aurait pas tort, suivant le point de vue auquel on se place.
En ce qui concerne le féminisme, seul objet que nous ayons présentement à juger, des quiproquos énormes ont été commis et des vérités de tout premier ordre ont été méconnues qui aideraient puissamment à la pacification des esprits, si tant est que les esprits fussent ici seuls en cause. Au fond, je ne le crois pas; trop de passions sont mêlées aux disputes pour qu'on puisse espérer ramener ses adversaires par des explications théoriques. Mais du moins pour notre instruction, l'examen que nous allons faire est utile. D'ailleurs, ne fît-on évanouir qu'un préjugé, sur mille qui encombrent la route, ce serait assez pour un modeste effort.
Donnons le nôtre aujourd'hui à la question de savoir quelle est la place du fait chrétien dans le mouvement d'émancipation féminine. Serait-il un point d'arrêt, comme le prétendent quelquesuns et quelques-unes? Serait-il un lieu de pas-
sage? Serait-il pas un point de départ? Et si ce dernier sentiment était le vrai, quelles perspectives restent ouvertes, de l'Évangile vers l'avenir? L'Église a-t-elle tout dit? Défend-elle qu'on progresse? Quelle doit être à ce point de vue l'attitude du chrétien moderne?
Je n'insiste pas sur l'importance de ces questions : elle s'impose. Que Dieu nous donne d'y répondre clairement, et selon la vérité.
11 est de fait qu'avant le christianisme, la femme n'a jamais obtenu son rang de personne humaine. Les mœurs en bas, la pensée philosophique audessus d'elles, les religions au sommet — peutêtre en certains cas faudrait-il renverser les termes — ces influences combinées se sont de tout temps liguées contre la femme ou insuffisamment employées pour elle. Esclave, elle l'a été« avant que l'esclave fût ^ ». Même épouse, même mère, elle a été traitée comme un objet, au maximum comme une institution, jamais, sauf exceptions qu'une vue en large a le droit de négliger, comme une personne^ c'est-à-dire comme un être ayant sa destinée propre, ses droits inaliénables et sa responsabilité. Quand elle a été reine, elle l'a été en faveur d'un principe, par un respect superstitieux pour ce principe. Quand elle a joué un