‹ Femme, ou sabre (The trail of the sword) [microforme]Chapitre 15 sur 55 · CRIS AR AT · texte numérisé non relu

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et avec la plus grande précaution, il fit sauter les chevilles de la porte extérieure,fafin de faciliter l’entrée par le jardin; puis il revint dans la salle à diner en fermant solidement la porte derriére lui ; il remarqua avec plaisir quelle n’avait pas de verrou à ressort et qu’elle pouvait être ouverte du côté du couloir. Il remit sa bougie en place, reprit presto son siège à table, et partit à rire aux éclats en se frottant le menton de son crochet,

Lorsque Morris retourna, Bucklaw, un verre de vin à la main, fredonnait un air quelconque, en jouant iécèrement de son crochet sur la nappe. Le moment d'après, un domestique apparaissait avec un plateau. L’Ecossais ne fut pas moins étonné de l’appétit féroce de Bucklaw, que de la dextérité avec laquelle il utilisait ce qu’il appelait “son tigre” pour découper et se servir.

Bucklaw se mit à manger et à bavarder tout à la fois. Il s’attarda longtemps à table. Fatiguée comme elle l'était de la journée, Jessica monta se reposer. En passant dans le corridor, elle entendit le boucanier qui chantait. Le son de cette voix lui causa une impression si désagréable, qu’elle s’enfuit du cûté de sa chambre en se bouchant les oreilles, et se jeta sur son lit, en proie à un sentiment inexplicable d'angoisse,

Au moment où le gouverneur et ses amis se séparaient pour la nuit, d’Iberville, en souhaitant le bonsoir à Gering, lui dit à voix basse :

—Au même endroit, à la même heure, demain soir, et aux mêmes conditions, n'est-ce pas ?

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—Très-bien, Monsieur, répondit Gering, et tous deux s’inclinèrent cérémonieusement.

Le gouverneur avait par hasard entendu un ou deux mots de leur conversation. Croyant à une partie de cartes ou d’autre jeu de hasard entre eux deux :

—Partie de piquet ou charade, Messieurs, dit-il ?

—Ni lune ni l’autre, Excellence, répondit Gering ; on pourrait plutôt appeler cela un jeu de renard et d’oie,

— Bravo! se dit d’Iberville en lui-même, voilà mon puritain qui se réveille,

Le gouverneur était en bonne humeur.

— Alors, il s'agit d’une charade, dit-il, Sur mon âme ! tous deux vous devriez ferrailler comme de vieux bretteurs,

—Oh! pour une passe ou deux, fit sechement d’Iberville, Entre nous, ca ne s2rait pas long,

Durant ce temps-là, une embareation glissait rapidement du rivage de Vile dans la direction d’un navire qui portait, au dessous d’une antique et curieuse cariatide, le nom de Nell Gwynn. Deux hommes montaient le canot et causaient avec animation, mais à voix basse :

—Tu vas vu’, mon vieux brigand, disait l’un d’eux, comme j'ai toute l'affaire dans la main, Ecoute! j'ai été recu par le gouverneur et ses amis, Les doublons les ont tous rendus fous. Mais ils ne sont pas pour eux les doublons, mon cher Radisson, ; ils sont pour toi, pour moi et pour un autre qui vaut un peu

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mieux que le colonel Richard Nicholls, Ah! Ah! je le connais, mol, l’homme qui va diriger les opérations et trouver le trésor, C’est le seul chrétien dans tout ce maudit Boston, dont je refuserais de dévorer le cœur à belles dents, soit dit sur l’âme de Judas I[scariote! Quant à son nom, je ne le dirai pas. (Ca sera pour plus tard, Mais, je le ferai grand homme.

Derechef, il éclata de rire,

—tLa bas, reprit-il, a Londres, ils le presseront sur leurs poitrines ; 1a bas, à Londres, Sa Majesté le sacrera chevalier, La trouvaille d’un pareil trésor vaudra bien Vattouchement d’une épée royale, et le roi dira :

—Relevez-vous, sir William! Allons! ca n’est pas le moment de dire son nom ; tout de même il ne s’agit pas ici de Richard Nicholls, non plus que de Hogarth Leveret.

Et il repo: tit à rire comme un enfant.

—Ah ‘untinua-t-il, je t’ai sous la main, Hogarth Levere’ :° je te préssurerai jusqu'à ce que tu aies rendu la üe:suère goutte de ton sang,

De temps à autre, Radisson le regardait en dessous et ses lèvres esquissaient un sourire sardonique,

— Alors, dit-il enfin, tu es content, Eh bien! moi aussi je suis content, J’ai des affronts à laver et, bon Dieu! je les laverai à fond,

—Tu marches done avee moi, hasarda 12 pirate, même au sujet de la jeune fille ?

hi! je le ations et

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—Oui, la jeune fille avec, répliqua Radisson en articulant un horrible juron.

—C’est bon! c’est parfait, dit Bucklaw...... Sang de mon âme! voilà douze ans que j'attends... douze E 0 CROPPOAE CTI CEE

—Tu ne m'as jamais rien dit, interjeta le rénévat, Parle donc un peu.

— 11 y aurait trop à dire, mon bon, mais maintenant que nous sommes associés pour toujours, je vais te raconter le plus gros. C'était un capitaine à l’Âme rapace. I] y avait de l’or à bord, Nous nous mutinimes et nous le mimes, lui et quatre autres vautours comme lui, dans une chaloupe avec abondance de provisions. Puis, nous times voile pour Boston, Il ne nous était jamais venu à l’idée que ces marins improvisés atteindraient terre. Mais, corbleu! ne nous arrivèrent-ils pas en dérive, Nous On me mit d’abord aux chaînes, pieds et poings liés, jusqu'à ce que je fusse

juste au moment où nous étions dans le port.

fûmes arrêtés et condamnés.

mûr pour le pilori; du pilori je passai au chevalet,

{t il se mit à rire, mais d’un rire strident, un vrai rire de pie-grieche,

— Puis je goûtai au fouet, jusqu’à ce que j’eus le corps en marmelade de la tête aux reins.

condamna à être pendu.

Après cela, on me J'avais été le seul traité de cette facon; les autres avaient tout simplement été condamnés à être pendus haut et court,

Je ne fus pas pendu, et pour cause: je réussis À in’évader de la prison.

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Pendant des années, je vécus esclave chez les Espagnols. Quelques années plus tard, en tout douze, je revins au pays muni de cette petite carte; j'avais mon but, et ce but là devait m’en faire atteindre un autre,

Quel était donc celui qui m'avait infligé ce chemin de calvaire, depuis les chaînes jusqu’à la potence ? Ni plus, ni moins que Hogarth Leveret, administrateur de la justice dans le Massachusetts, au nom du Roi, par la grâce de Dieu. Je m'étais mis dans la tête de le faire prisonnier et de lui faire faire à lui aussi un petit voyage dont on ne revient pas souvent; mais, sang de Dieu! le cher homme était parti. Restait son enfant, Ecoute, mon bon! Lorsque j'étais cloué au pilori, une femme amena un jour la fillette au pied de l'instrument de supplice, et, la levant dans ses bras, elle dit:

— C’est votre père qui a mis la cette canaille.

Cette fernme, c’était la sœur de Pun des chiens que nous avions envoyés promener à la dérive.

L'enfant jeta sur moi des grands yeux tout effarés, Je la regardai fixement, quoique j’eusses les yeux fort malades, La pauvre petite créature poussa des cris de frayeur, et la femme l’emporta. Ce soir, aujourd’hui, dis-je, lorsqu'elle a revu ma figure, elle est restée stupéfaite, sans cependant paraître pouvoir se ressouvenir,

Tout radieux, ilse mit à se frotter le menton de son crochet, puis à s’en tambouriner le genoux.

—Ah! je n’ai pas pu pincer le père, mais j'aurai la fille, et, quant à la rançon, mon vieux, grogna-t-il, en tapant de son “tigre” l'épaule de Radisson, elle en vaudra la peine,

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