‹ Femme, ou sabre (The trail of the sword) [microforme]Chapitre 17 sur 55 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

sive. Bucklaw s’en apercut et parut se demander si vraiment le jeu valait la chandelle, La ville devait être sur pied, et tout ce qu’il avait gagné jusque-là pour sa peine, était un échec, I] n’était aucunement sûr de pouvoir tuer son ennemi et d'enlever la jeune fille. A part ca, il n'avait nulle envie d’occire d’Iberville, car pareils coquins ont aussi leurs sympathies comme leurs antipathies, et il s'était de suite épris d’une certaine considération pour le jeune brave.

Son hésitation ne dura qu’un moment,

En effet, que valait donc la vie de ce jeune gars en comparaison de sa vengeance ? Le tuer eut été insensé de sa part, car un seul coup de feu eut mis les gens sur ses traces. Il tira néanmoins un pistolet de sa ceinture et fit feu, La balle effleura le jeune homme à la tempe, en lui enlevant une mèche de cheveux. D’Iberville chancela, affaibli qu’il était par la perte de son sang, et, mit par un sentiment instinctif de conservation, s’aflaissa aux pieds de Jessica,

On entendit bientôt des bruits de pas et des craquements de branches,

Bucklaw se baissa pour reprendre sa proie, mais un individu émergea à Vinstant du bois, et lui tomba dessus. Il vit alors que la partie était perdue, Dans un acces de rage, il leva à demi son coutelas pour frapper, mais ce fut l’affaire d’une seconde ; le meurtre n'avait pas été prévu dans son programme de vengeance ; il pensait bien avoir tué d’Iberville; c'était assez, Il bondit du côté où ses complices l’attendaient,

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| | I] n'avait cure maintenant que de fuite.

| : | Le nouvel arrivant accourut, et apercut le jeune : Li homme et la jeune fille qui gisaient comme morts sur le | | sol, Un instant, il contempla d’Iberville, puis, épaulant q | sa carabine, il fit feu sur le fuyard, Il tira un peu au lia hasard, car il était loin de faire clair, et la silhouette de i t Bucklaw s'était fondue dans les ténèbres, ai i Alors, Vindividu se jeta à genoux et se mit à palper || | Iberville à la région du cœur, | | i —Vivant! dit-il vivant! Grices soient rendues à À i la Sainte Mère de Dieu ! Mon brave d'Iberville ! Tous | | toujours les mêmes, l’aïeul, le petit-fils. ‘i. | . En retirant sa main, il heurta le soulier, Prenant la ty | mignonne chaussure, il Pexamina et se tourna du côté À | EL: de la forme féminine qui gisait inerte. Il écarta le | | | | manteau qui la recouvrait et se mit à contempler la | figure pile de Jessica.

Fa —Toujours le même, marmotta-t-il, en secouant la H 1 tête, toujours le même: pour le roi, pour un ami, pour | 1 is | une femme, voila bien un Le Moyne.

| | | Tout en monologuant, il n’était pas resté à flâner. | |A Avec la courtoisie chevaleresque des coureurs de bois, ET il s'était mis à prodiguer ses soins à la jeune fille, Il | | lui prit la tête, l’appuya sur son épaule et, lui desseri Ht rant les dents, lui versa quelques gouttes de sa gourde | i if | d’eau-de-vie, i | —M'amzelle, ma p'tite demoiselle, dit-il, Aiions ! \ | i Eveillons-nous ! Ca n’est rien, vous êtes sauvée, Ah !

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la chère p'tite dame. Allons! Voyons ! Laissez-moi voir la couleur de vos yeux. Eveillons-nous, s’il vous plait! Ca n’est rien du tout.

À ce moment là, la jeune fille ouvrit les yeux. De nouveau, il lui mit sa gourde sur les lèvres, Jessica tressaillit, avala une gorge d’eau-de-vie ; se sentant un peu ranimée, elle se recula soudain.

--La! la! bien, dit-il, tout va bien. Maintenant, voyons à mon pauvre d’Tberville,

Prenant la tête du jeune homme sur son genou, il lui introduisit aussi sa gourde dans les dents, tout comme il avait fait pour Jessica, D’Iberville revint brusquement à lui. Un moment, il regarda d’un air surpris et hagard son sauveur; tout à coup ses yeux brillèrent de satisfaction.

— Perrot ! ce cher Nick Perrot ! murmura-t-il, Oh! bien! très-bien : articula-t-il plus faiblement encore. Puis, sur un ton de douloureuse angoisse :

—Où est-elle ? demanda-t-il. On est-elle ?

—Je suis en sûreté, répondit doucement Jessica. Mais, vous, vous êtes blessé, Elle se pencha et se trouva à genoux auprès de lui.

— Un peu, rien qu'un peu. Prends soin d'elle d’abord, enjoignit-il à Perrot,

Celui-ei se prit à sourire,

—Ces LeMoyne ! murmura-t-il dans les dents. Puis, haussant la voix:

—La jeune dame d’abord, Monsieur, n’est-ce pas ?

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— Oui, répondit d’Tberville. Et Bucklaw, ce misérable Bucklaw ?

—Si vous voulez parler du coquin qui vous a fait tout ca, dit Perrot, en touchant les blessures qu'il avait déjà pansées, je crois qu’il s’est échappé, grâce à l’obscurité,

Jessica se disposait à déchirer sa mantille pour faire un bandage pour le blessé, mais Perrot lui dit en mauvais anglais :

— No, pardon! Not so. The cloak la bas will do.

Elle alla chercher le manteau et l’apporta. Perrot, en la regardant faire, jeta un coup d’ceil sur les pieds de la jeune fille, et, d’un ton un peu goguenard :

— Pardon, dit-il, m’amzelle, vous avez perdu un soulier,

Il avait prévu le côté piquant de cet incident et était disposé à s’en égayer, en dépit du côté dramatique de la situation,

—Il doit être tombé quelque part, fit Jessica er rougissant ; mais ca n’a pas d’importance

D'Iberville rougit aussi de son côté, puis un sourire erra sur ses lèvres.

—Si vous voulez seulement mettre la main dans mon gilet, ici, dit-il, vous l’y trouverez.

Timidement, elle fit comme il lui disait, retira le soulier et le chau: à.

—Vous voyez, dit d’lberville, toujours faible par

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suite des hémorrhagies sérieuses qu’il avait subies, un Francais peut se battre et aussi faire la chasse, chasser la pantoutle,

La figure de Jessica prit tout à coup une expression douloureuse.

— Monsieur Geriny, interrogea-t-elle, vous.…........... vous ne l'avez pas tué, n’est-ce pas ?

— Ah ! non, Mademoiselle, répondit d’Iberville ; cette fois encore, vous avez fait manquer la partie.

I] lui raconta alors ce qui s'était passé, en lui disant que Gering était allé donner l'alarme en ville.

Il insista à se remettre debout pour retourner avec eux tous à la résidence du gouverneur, Ce fut après Vénergiques efforts qu'il y réussit ; il s’appuya de tout son poids sur Perrot et mit une main sur l'épaule de Jessica, sur les instances réitérées de la jeune fille,

Chemin faisant, Perrot raconta Imi aussi par quel hasard il s'était trouvé la, Une bande de coureurs de bois, en route pour Québec, les avait rejoints lui et le vieux LeMoyne dans la forêt, LeMovyne était reparti avee ces gens-là, pendant que «Perrot avait repris le chemin de New-York où ilétait arrivé juste au moment de Venlevement, En entendant le cri poussé par Jessica, il avait aonné dans la direction d’où il était parti. En route, 1! avait rencontré Gering; quant au reste, on le SA Vail,

L’incident fit manquer plusieurs choses. <Ainsi, le gouverneur de New-York ne crut pas devoir s'engager

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de suite dans une expédition au pays des Espagnols. On donna vivement la chasse à Bucklaw, mais le bandit séchappa. D’Iberville et Gering ne firent pas une troisième tentative de duel, Perrot les en empécha, D’Iberville repartit, non,cependant sans avoir appris trois choses: d’abord, qu’il était le premier Francais de Québec qui avait été aussi populaire à New-York ou était probablement en train de le devenir; ensuite, que Jessica Leveret, avec la plus charmante candeur, lui avait témoigné les sentiments de la plus affectueuse gratitude, ce qui lui avait fait faire les rêves les plus enchanteurs pour l'avenir; et enfin, que Gering et lu, en dépit de toutes les marques extérieures de courtoisie, étaient restés ennemis, Gering ne pouvait oublier que, dans le drame qui venait d’avoir lieu, c'était d’ Iberville qui avait sauvé Jessica ; il avait été le héros, tandis que lui-même n'avait été qu’un héraut.

— Nous nous rencontrerons encore, dit enfin d’Iberville ; du moins, je l’espère,

—J’en serai heureux, répondit machinalement Gering,

—Mhuis il est probable que je viendrai vous trouver avant que vous ne veniez vous-même, ajouta d’Iberville d’un ton sivnificatif.

Jessica Leveret se tenait à quelques pas de 1a, et Gering ne répondit pas de suite.

Durant ce moment de silence, d’Iberville dit :

—Au revoir! À bientôt! Et il partit,

ndit troi-

A ce moment-là, il se retourna et, avec un sourire plein de mordante ironie, fit un geste d'adieu à Gering. Ce sourire et ce geste eurent pendant longtemps sur ber- À Gering l'effet d’une cuisante brûlure, trois

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Deuxieme Epoque.

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