‹ Femme, ou sabre (The trail of the sword) [microforme]Chapitre 29 sur 55 · BETA · texte numérisé non relu

BETA

as es

Se bare ste

er

ten Steen SREY ROTTEN

rentes

— Par l'épée ! murmura-t-il entre les dents, Le monde entier et une femme par l’épée, il n’y a pas

d'autre cheinin à suivre.

D’Iberville était bien de son époque. T/épée, c'était le talisman par excellence, tout un article de foi, Deux hommes se trouvaient par hasard à aimer la même femme, Rien de plus naturel alors que de permettre à l'épée d’entrer en scène, et d'assurer plus d’un bonheur ; car il existait alors une croyance, fort décréditée et fort impopulaire aujourd’hui : c'était que l’amour d’une femme est plutôt affaire de conquête que d’instinct, à la condition toujours que les rivaux fussent d’égal mérite et d’écale valeur.

Sa taille sembla grandir dans la brume. La rosée donnait à sa chevelure des reflets argentés ; ce qui lui prétait un aspect étrange de vieillard et de jeune homme tout ensemble, Il resta ainsi longtemps immobile, pendant que l’on chantait :

A l'horizon le lac scintille

Sous les feux du soleil couchant.

Svelte et rapide la flottille

Glisse sous la rame et le chant.

Soudain, l’on entend dans l’espace :

N'est-ce pas le jeune seigneur D'Iberville debout qui passe,

Et s’en va droit au champ d’honneur ?

Qui vive ! Qui vive !

Est-ce Ononthio

Qui vient de la rive,

Qui vient en canot ?

; Le a pas

c'était Deux même Lettre à nheur ; itée et r d’une nstinct, ; d'égal

a rosée qui lui homme mobile,

Quelqu'un toucha d'Iberville au bras, C’ctait Dollier de Casson. D’Iberville se retourna. Tous deux demeurérent. d’abord silencieux ; le prêtre connaissait trop bien son ami.

— Nous réussirons, cher abbé, dit enfin d’Iberville.

—Dieu fasse, Pierre, que votre querelle ait un juste motif! répliqua gravement le prêtre.

—Les forts appartiennent à notre roi, reprit d’Iberville ; quant à l’homme, c’est mon affaire, mon cher ami,

—Je comprends, observa Dollier de Casson ; mais si nous faisions le désespoir d’une jeune femme ?

—Ne m’avez-vous pas de sa part apporté un présent ? répliqua @’Iberville. Et du doigt, il indiqua son pourpoint.

—Elle est anglaise, mon cher Pierre, hasarda le prêtre.

—Elle est ce que Dieu l’a faite, rétorqua d’Iberville,

—Elle est peut-être fiancée à cet homme-là.

D'Iberville tressaillit, puis fit un geste d’incrédulité,

— Il n’est pas digne d’elle, répliqua-t-il.

—FEt vous-même, l’êtes vous? hasarda le prétre.

—Je connais la jeune fille et ce qu’elle vaut, fit-il, et mieux que lui je sais l’apprécier,

—Vous ne l'avez pas revue depuis quatre ans,

observa Dollier de Casson.

—Vous-même, vous ai-je vu depuis quatre ans ? et

COPONAANE, ..0rsrcecersere vooees

—Mais, vous ne la vites dans le temps que quelques jours à peine. Elle était bien jeune alors,

—Que peuvent faire les jours etles années ? répliqua d'Iberville. Certains sentiments restent enfouis au fond du cœur; un incident les fait surgir soudain, et alors ils vous tiennent pour toujours, Quand je baisai la main du roi Louis, j'aimais mon roi, je le savais; quand je baisai celle de la Montespan, je détestais cette femme et la détesterai toujours, Quand, pour la premiere fois, je vis cette jeune anglaise, je devins homme ; ve fut pour moi, je n’en pouvais douter, et je le crois plus que jamais, une renaissance an monde, à la vie.

—Et votre rival ?

— Entre ennemis, on se reconnaît facilement. Le cas est clair, Dollier: cet liomme est l'ennemi de mon roi, et à part ca, j'ai plusieurs comptes à régler avec lui. Rappelez-vous le pays des Espagnols,

D’Iberville mit la main sur la poignée de son sabre. La figure du prêtre resta calme et grave, mais ses yeux étincelaient. Au fond de l’âme, il était soldat, loyal sujet, et gentilhcmme de France. A cet instant-li même peut-être, des souvenirs de jeunesse hanterent-ils son cerveau, souvenirs antérieurs à certain évènement de sa vie qui avait déterminé son entrée au service de Dieu, après avoir été soldat du roi.

Le chant des voyageurs allait s’affaiblissant de plus en plus le long de la ligne des canots, et l’on finit par

elques

pliqua uis au lain, et > baisai savais ; étestais pour la devins r, et je onde, à

Le cas où roi, vec lui.

n sabre.

es yeux t, loyal à même -ils son ment de ‘vice de

de plus finit par

ne plus entendre qu’un écho lointain qu’on eut dit murmuré par la brume elle-même :

Qui vient de la rive, Qui vient en canot ?

Puis, encore une fois, tout retomba dans le silence, Mais voilà que tout à coup un autre écho arriva aux oreilles des voyageurs, redisant :

Qui vient de lu rive, Qui vient en canot ?

Les avirons restèrent comme figés dans l’eau; ce fut un moment de stupeur sur toute la ligne, D’Iberville lui-même et ses compagnons tressaillirent comme les autres,

Soudain, à gauche et en avant de la flottille, un grand canot émergea du brouillard; à Vavant et à Varriere, on distinguait les silhouettes de deux grands gaillards occupés à ramer. Ces gens-là ctaient vêtus de longues couvertures et avaient la tête ornée de plumes. Au centre du canot, il paraissait y avoir un cadavre recouvert d’une sorte de drap mortuaire; à la tête et aux pieds du mort, du feu brûlait dans des cassolettes ; une odeur d’encens leur arriva. Le canot passa leste et rapide, puis disparut dans la brume; c’est à peine si on eut le temps de le voir. A bord, pas un signal, pas un mot; il avait paru et disparu comme un songe, Qu'est-ce que cela voulait dire ? Personne

pas même d’Iberville, n'avait pu deviner. Toutefois,

d'Iberville eut l’idée que c’étaient là les funtrailles d’un membre marquant de quelque tribu sauvage ; ou bien encore, que ce pouvait être la dépouille mortelle de quelque missionnaire que des sauvages amis transportaient au sud, Quoiqu'il en fit, l’impression que l'incident produisit sur les membres de Pexpédition fut étrange et bien caractéristique, A la seule odeur de Vencens brûlé, tous jusqu’au dernier se signèrent, et pour peu que le jésuite Silvy ou labbé de Casson y eussent mis de la complaisance, l'événement eut certes pris d'emblée un caractère surnaturel,

Le brouillard s'évanouit quelque temps après, et les voyageurs mapercurent derrière eux rien autre chose que la plaine liquide immense et les rives qu’ils avaient quittées, Au loin, en avant, d’autres rives parurent à leurs regards ; les voyageurs finirent par les atteindre, Mais qu'était done devenu lénigmatique canot ? Encore une fois personne ne put éclaircir le mystere.

Le soleil se leva et se coucha bien des fois, et la bande cheminait toujours, sans relâche, au milieu d’incroyables misères, faisant portage à travers des lisières de pays impraticables, et s’aventurant, à tout hasard, dans des repides absolument inconnus.

Un jour, sur la rivière de l’Aile Noire, un canot s’éventra sur un rocher ; les trois hommes qui le montaient furent précipités dans les rapides. Deux d’entre eux, habiles nageurs, réussirent à se cramponner à un autre canot qui descendait, et à arriver en eau tranquille et sûre, tout meurtris, il est vrai, mais saufs, Le

ig d’un u bien lle de Wns por- On que ion fut leur de rent, et Casson ent eut

s, et les re chose savaient rurent à tteindre.

Encore

la bande royables de pays dans des

anot s’¢le mond’entre ner à un au tranhufs, Le

troisitine était un jeune garcon, le plus jeune de toute

la bande, un orphelin du nom de

Maurice

Joval.

Ca n'était pas sans avoir hésité un peu que d'Iberville

avait consenti à lamener avec lui ;

Inais, au souvenir de

ses propres ambitions de jeunesse, il avait fini par dire

oui, et par convaincre de Troyes que le jeune garçon

méritait sympathie et encouragement,

Le

D'Iberville, avec son canot, se trouvait à peu de

distance en arrière, lorsque l'accident arriva,

Il vit le

jeune garcon lutter bravement des pleds et des mains

pour se tenir à flot, puis le courant le saisir et Vemporter

du côté d’une falaise taillée à pie ;

un gros caillou,

il alla donner contre Un moment, il parut étourdi par le

choc, mais il réussit à se cramponner à une roche héris-

sce d’arêtes; tout ensanglantés qu'il eut les mains et

les bras, il tint bon.

D’Iberville enleva son pourpoint et se prépara à

sauter au moment où son canot passerait,

Mais u

autre quelqu'un était déja pret à en faire autant ; ce

quelqu'un était Vabbe,

Il avait 6té

sa soutane, et maintenant son torse vigoureux, ses membres admira-

blement découplés apparaissaient aux yeux de tous. Mettant la main sur l'épaule de d’Iberville :

— Restez ici, dit-il, j'irai moi-même ; je suis le plus

fort.

Malegré les cris de protestations que firent entendre tous ses compagnons,—’ l'exception du petit Maurice Joval

qui n'avait encore rien dit,—--d’Iberville piqua une téte

dans le torrent. Il ne fut pas longtemps seul. Jetant un regard autour de lui, l’abbé fit le signe de la croix, et plongea tête première dans un remous au-dessous ; puis, faisant la coupe à angle droit, il nagea vers ses deux compagnons. On l’eut dit dans son élément, royalement secondé qu’il était par sa force herculéenne, Il vit d’Iberville, tout bousculé qu’il fût par le courant, déployer une vigueur inouie, et réussir enfin à empoigner le jeune garcon, Tous deux alors, se soutenant l’un et l’autre, se mirent à nager vers la rive escarpée, De Casson devina ce qui allait arriver, Changeant de direction, il coupa droit du côté de la rive. Au moment où il allait l’atteindre, il vit avec désespoir que le rocher était taillé à pie et absolument dépou llé d'arbres, Mais son œil vif et scrutateur lui fit découvrir un peu en aval, un tronc d'arbre rabougri qui émergeait du roc ; c'était le salut. Immédiatement au-dessous apparaissait toute une série de rapides écumants, Les lèvres du prêtre marmottèrent machinalement une prière; à ce moment-li, cependant, il avait plutôt le cœur à la lutte qu'à l’oraison. Il aimait le danger pour le danger même; ses seules craintes étaient pour d’Iber 1! et Vorphelin.

L'abbé avait deviné et calculé juste; d'iberville, maintenant, avait à soutenir le jeune garco': évanoui ; pouvant à peine distinguer quoique ce fût «evant lui, aveuglé qu’il était par le sang de ses propre: blessures, il se trouva à la merci du torrent furieux. J! put cependant entendre la voix de Dollier de Cass’ a, et, faisant

Jetant a Croix, ESSOUS ; vers ses lément, léenne, sourant, poigner ; l’un et : Casson irection, nt où il

rocher s. Mais | peu en du roc ; araissait vres du e; à ce

la lutte danger

pila et

berville, vanoui ; vant lui, lessures, t cepen- , faisant

Er ~ a = = = = a ~~ = i>} Le] a 2) bea

SD mn mme een me snp

un effort supréme, j] s’élanca, toujours Soutenant Maurice Joval, du côté de l'abbé, Celui-ci nageait vigoureusement 3 leur rencontre ; dès qu’ils furent à portée, il les empoigna solidement, J usque-ld il avait économisé ses forces, Jetant son bras gauche autour du jeune SaTÇon, il débarrassa d'Iberville de son fardeau, tout en lui criant de se tenir solidement après lui, Le Sang continuait d’aveugler d’Tberville 3 il n’y pouvait Presque plus voir.

Ce fut alors une lutte entre Ie prêtre et le torrent, déchaîné. Une fois, deux fois, trois fois, tous trois disparurent, mais ni l'abbé, ni d’Iberville ne lâchèrent prise, et bientôt, aux cris d'angoisse de leurs Compagnons suceédérent des hourras frénétiques ; De Casson venait

de saisir le tronc d'arbre rabougri et S'y tenait ferme, L'arbre ne broncha Pas, et, pour le moment du moins, le plus fort du danger était passé,

A environ un quart de mille au-dessous, i] Y avait "ne nappe d’eau tranquille, Les canots firent bientôt helés à terre, et aussitôt Perrot, Sainte-Hélène et d’autres d'accourir au secours de leurs COMpagnons en péril, 11 était temps, On jeta des amarres en bas de la falaise et l’on hissa en haut, d’abord Maurice Joval toujours évanoui : puis, ce fut le tour du prétre, car d’Tberville, Meurtri comme j] était, refusa de bouger, tant que le prétre ne serait Pas monté, Ce fut une forte épreuve pour la corde ; heureusement, dans le rocher, il y avait des fissures et des crevasses dont on pouvait s’aider dang

l'escalade, De Casson finit par consentir À} Monter, pour 9 ,

mt

faire plaisir à d’Iberville qui, toujours chevaleresque dans ses sentiments, avait décidé que le soldat devait d’abord voir à la sûreté du prêtre, D’Iberville opéra lentement la montée ; avec la commotion nerveuse qu’il venait de subir, il se sentait les membres engourdis, endoloris. Ses vêtements étaient en lambeaux, et il avait la figure abimée, comme si elle eut été tailladée à coups de sabre.

I] refusa de se faire sorter, Sa sollicitude fut d’a’ 1 pour le jeune garcon. Celui-ci n’avait pas eu de blessure tres grave,

— Vous avezsauve lenfant, dit le prêtre à voix basse,

— Vous êtes toujours humble, mon cher abbé, répliqua d’Iberville, Mais c’est vous qui nous avez sauvés tous deux, Tonnerre de Dieu! Quel homme le roi a perdu en vous perdant!

—Bah! rétorqua le prétre. Affaire de muscles, tout simplement... Dieu soit loué !

jouter,

s’empressa-t-il d’a-

sque yvait ypera reuse irdis, et il dée a

a! | bles

basse.

pliqua bs tous

perdu

es, tout il d'a

Bien des jours de misères et de fatigues, par terre et par eau, suivirent cet accident. Puis, on eut à faire face à un autre danger,

Un jour, l'expédition se trouva à traverser un grand lac du nord. De chaque côté, sous les rayons d’un soleil de printemps, la terre avait fait toilette fraiche ; des bandes de canards sauvages s’envolaient fuyant dans toutes les directions ; des groupes de caribous venaient s'abreuver sur le bord du lac. On entendait ca et là très distinctement, car l'atmosphère était pure et le ciel était d’un bleu ravissant, des cris de hcrons, de grues et de poules d’eau,

Les voyageurs s’en allaient au fil de Peau, chantant et marquant la cadence avec les avirons, lorsque soudain, apparut à distance une grande flottille de canots à hautes pinces, et, deriitre ces canots, une série d’Tots qu'ils n'avaient pas encore vus, Les embarcations étaient remplies d'hommes, des sauvages vraisembla-

blement, si on en jugeait par les plumes qui parais-

saient orner leurs chevelures, L’instant d’avant, il n’y avait pas âme qui vive dans ces parages. Cette apparition soudaine produisit chez les voyageurs encore plus d’émoi que l'étrange canot qui leur avait passé au nez sur le lac des Vents, D’Iberville ne tarda pas à s’apercevoir que ce n’était là qu’un effet de mirage ; de sorte que la mystérieuse apparition ne hanta pas trop longtemps l’esprit superstitieux de nos gens, Mais ils se trouvèrent fixés sur un point: c'était que, quelque part non loin de là au nord, il y avait une forte bande de sauvages ; que ces sauvages-là fussent hostiles, c’était fort possible ; quant à eux, ils étaient tout au plus quatre-vingts, Il était probable que les sauvages les suivaient, et essaieraient de leur barrer le passage quelque part ; cependant, depuis qu'ils avaient laissé la rivière des Outaouais, ils n'avaient vu ni rencontré personne, à l’exception des gens qui montaient l'étrange canot du lac des Vents. A l’est, se déroulaient les tristes solitudes du Labrador; à l’ouest, des plaines et des collines désolées qui s’étendaient jusqu’à la valice de la Saskatchewan.

Commandant de fait ’expédition, d’Iberville ordonna à ses gens de se mettre au guet et de se préparer à l'attaque, Au même instant, le mirage s’évanouit soudainement comme il était venu. Le voyage se continua ainsi pendant plusieurs jours, sans que l’on apercut un seul ¢tre humain, On atteignit enfin un autre lac ; après lavoir traversé, on entra dans l’embouchure d’une petite rivière qui paraissait couler du

6, il Yette core é au as à ; de ; trop is ils elque bande 18, C’Éu plus yes les assage ; laissé ncontré trange int les laines wa la

rdonna yarer à it souse conà aper-

autre

mbouer du

nord, Cette rivière se rétrécissait à peu de distance de son embouchure, puis, en certain endroit, formait un coude, En doublant cette pointe, le premier canot se trouva tout à coup en face d’une cinquantaine de canots qui bloquaient le passage, Les sauvages qui montaient ces canots, couchaient déjà les nouveaux arrivants en joue avec leurs flèches. Ces sauvages-li venaient du nord, et n'avaient pas encore vu de blancs ; tous Ctaient gens de forte stature et, apparemment, d'humeur peu commode ; mais ils n’avaient pas d'armes à feu, La petite bande, on s’en apercut de suite, leur causa un profond ébahissement, lorsque, sur les ordres de Troyes qui était avec d’Iberville dans le premier canot, ils la virent s’'avancer sans la moindre hésitation.

Lorsque blancs et sauvages se trouvèrent en présence, il y eut une pause, et d’Iberville, qui connaissait plusieurs dialectes sauvages, leur demanda de livrer passage. Ils ne le comprirent pas; mais, il leur avait montré du doigt le drapeau blanc de France, chamarré de fleur-de-lys, et peut-être aussi, les sabres au clair et l'attitude martiale de la bande, en grande tenue ce jour-l—car c’était l'anniversaire de naissance de d’[berville,—suthrent-ils à leur faire comprendre ce qu’il voulait, Les flèches s’abaisserent, et les sauvages attendirent un mot de leur chef. Auprès de celui-ci se tenait un gaillard qui mesurait bien sept pieds de hauteur, une sorte de garde du corps qui parla un moment à Voreille du chef, Celui-ci fronca les sourcils, et parut faire quelques objections; finalement sa figure prit

Seebgiesuige

nips mire tn aéberpn an pis atitane n om.

meilleur air, Brandissant d’une main une flèche, il salua le chef francais, et lui indiqua du côté du rivage un endroit où il y avait une clairicre, une sorte de plateau.

De Troyes et d’Iberville, pensant qu’il s’agissait de parlementer et de conclure une armistice, rendirent le salut avec leurs sabres, et là-dessus tous les canots gagnerent la rive.

C’était un spectacle tout à fait curieux que celui que présentaient ces sauvages aux figures graves et solennelles, en plein soleil, à la peau aux reflets de bronze, aux panaches de plumes ondoyants, aux bracelets massifs et, quelques-uns d’entre eux, aux colliers de cuivre ou d’airain, Le chef était un robuste indien, au regard dur et cruel; mais la personnalité la plus frappante de toutes, sauvages ou francaises, était certes celle du garde du corps du chef, C'était vraiment le Goliath de la tribu, et, comme, du reste, tous ses pareils, il avait lair de lancer des défis au monde entier, au nom de son souverain; sa charpente (tait massive, et ses bras étaient musculeux, Cependant d’Iberville remarqua chez l'individu que le torse n’était pas développé en proportion des autres parties du corps, et que l’encolure était plus faible qu’elle n'aurait dû l'être, Ca n’était là après tout que de menus détails, car, à tout prendre, ce sauvage (tait un superbe type d'homme. Voilà ce que d’Iberville fit observer à De Casson. Tout en l’écoutant, celui-ci se redressait involontairement ; de taille et de formes athlétiques qu’il était lui-même, il n'avait jamais pu voir un homme d’une certaine stature,

salua ce un ateau.

sait de rent le canots

ui que solenbronze, ts mascuivre 1 regard jante de u garde h de la rait l'air de son es bras marqua pppé en neolure était la prendre, Voila out en bnt ; de ôme, il tature,

sans éprouver l'envie de se mesurer avec lui, non par vanité, mais l'instinct du guerrier chez lui était plus fort que le reste, Tout prêtre qu'il fût, il ne pouvait s'empêcher de partager les sentiments de d’Iberville, quoique les années fussent venues tempérer chez lui la fougue de la jeunesse.

I] était impossible aux chefs de l’expédition de prévoir comment cette étrange parlementerie se terminerait, et, en voyant d’autres sauvages arriver en grand nombre sur le rivage, ils comprirent qu'ils auraient un rude moment à passer.

—Que penses-tu de tout ca ? d’'Iberville, demanda De Troyes.

—On y voit aussi clair que dans un four, répondit d’Iberville. Allons ! voyons done Perrot.

Perrot confessa qu’il ne connaissait absolument rien de cette tribu, Les chefs de Vexpédition, eux, qui navaient pas encore entendu parler de sauvages se battant en rase campagne, étaient fort d'humeur d’en venir aux mains, malgré la supériorité numérique des peau x-rouges,

Tous les canots avaient été tirés sur le sable. Sans autre démonstration, les sauvages commencèrent à défiler à la queue-leu-leu vers le centre de la clairière, où ils se mirent à planter un certain nombre de tentes, Celles-ci furent disposées en cercle autour du plateau, et le chef fit halte au centre de la place. Lui et ses gens avaient à peine fait attention aux Francais qui les avaient

T2 te ET ITY EY ms

suivis; ils n’avaient pas même eu l’air de penser qu’ils pouvaient être attaqués par derrière ; ils avaient paru s'en rapporter complètement à l'honneur des nouveaux venus.

C’étaient bien ces sauvages là que l’on avait vus dans le mirage. Ils avaient suivi les Francais pendant une dizaine de milles, sur une ligne parallèle, et enfin, au tournant de la rivière, ils leur avaient tendu ce guetà-pens.

La conférence fut courte. Les Francais se rangèrent en colonne d’un côté, les sauvages de l’autre, et le chef s'avança, De Troyes en fit autant; non loin derrière lui se tenaient d’Iberville, les autres officiers et Perrot. En arrière du chef venait le champion, puis à quelque distance, à droite et à gauche, les conseillers de la tribu,

Le chef fit un geste de la main, en montrant avec un air d’orgueil, tout en parlant, les guerriers armés, rangés

derrière lui, comme pour faire voir sa puissance ; puis,

d’un autre geste sur lequel il n’y avait pas à se méprendre, il montra la petite poignée d'hommes blancs qu'il avait devant lui. Enfin, désignant du doigt son champion, il parut demander que la rencontre se réglût par un combat singulier,

Les Francais comprirent ; Goliath voulait avoir son David, Le colosse se mit aussitôt à entonner un chant de défi pendant lequel d’Iberville et ses camarades tinrent conseil en toute hâte, Le champion promena ses regards sur toute la ligne, puis tout à coup lesarréta sur la taille athlétique de Dollier de Casson, qui le re-

qu’ils paru eaux

dans t une n, au guet-

zerent e chef arriere Perrot.

relque tribu.

vec un ‘anges ; puis, se meblancs gt son réolat

ir son chant arades

omena parreta le re-

garda faire avec le plus grand calme, D'Iberville s’apercut de la chose et, quoique la situation ne prétit pas beaucoup à la gaieté, il ne put réprimer un éclat de rire, à l’idée du bon abbé se battant pour toute la bande, C’est alors que l’hercule peau-rouge se mit à se frapper la poitrine d’un air courroucé et menacant,.

Se débarrassant de son pourpoint, d’Iberville fit signe à ses camarades de se retirer. D'abord ceux-ci étaient demeurés perplexes, ne sachant trop quoi faire ; mais comme Perrot avait déjà oftert de relever le défi, et qu’ils supposaient que le combat aurait lieu à main armée, ils avaient de suite consenti. Il devint bientôt évident qu’il s'agissait d’une lutte à mort, corps à corps et sans armes, D’Iberville fit taire toutes les protestations, et ses compagnons reculèrent de quelques pas.

Le champion lança un défi suprême, et se tut. Les sauvages poussèrent des hurlements de satisfaction, puis, eux aussi, à leur tour, se reculèrent, Le chef tomba en arrière, et les deux combattants se trouvèrent seuls dans l’arène improvisce. D’Iberville, dont la contenance était devenue grave, alla trouver l'abbé De Casson, et lui murmura quelque chose à l'oreille, L'abbé lui donna sa bénédiction, tourna sur ses talons et reprit sa position. D’Iberville salua de la main ses frères et ses camarades, avec la grâce d’un noble et preux chevalier, puis se dévôtit et se mit en position,

Ce fut un spectacle étrange, le plus étrange qu’on eut jamais vu; il y avait là aux prises avec un athlète peau-rouge, un gentilhomme de France sans armes, nu

CEE

jusqu’à la ceinture, comme les gladiateurs antiques, I] est vrai que cela se passait dans un pays nouveau, et que d’Iberville pouvait y faire ce que nul autre de son nom et de son rang n’eut jamais osé faire, Seul, un autre homme au Canada, eût pu risquer pareille partie; cet homme, c'était le vieux comte de Frontenac, qui, lui-même, en grande tenue de cour, avait une fois, à la lueur de flambeaux, dansé la danse de guerre avec des chefs Iroquois.

Ainsi dépouillé de ses vêtements, le buste magnifiquement proportionné de d’Iberville ressortit davantage. I] n'était pas massif de formes, mais de la tête aux pieds sa musculature s‘harmonisait parfaitement, L’admirable entraînement qu’il avait reçu, sa puissante constitution fortifiée qu’elle était par un succulent régime et aussi par des soins scrupuleux et réguliers, comme, dans ces temps-là seuls, on savait en donner au corps, tout cela mettait des chances de son côté, quoiqu'il eût à lutter contre un colosse. D’autre part, d’Iberville, dans son enfance, s'était souvent battu avec les sauvages et connaissait leurs stratagèmes. Ajoutons à cela qu’il était parfaitement au courant des méthodes des lutteurs à l'étranger, et que cette expérience ne pouvait certes manquer de lui servir dans cette occasion. Pourtant, la partie paraissait bien inégale, et quiconque fût arrivé dans le moment sur le terrain, en apercevant les deux combattants, n’eût pu s'empêcher de conjurer le jeune homme de se retirer.

a ee

Jamais combat singulier ne fut plus court, D’Tber-

iques.

Aveau, tre de

Seul, pareille ntenac, ne fois, re avec

nagnifivantage.

éte aux t, L'aduissante ieculent souliers, donner ON côté, re part, ttu avec Ajoutons éthodes ence ne becasion.

iconque ercevant conjurer

D'Iber-

ville, plein d’amour-propre, et ne voulant pas permettre à son antagoniste de faire, pour une minute même, de la jonglerie athlétique, fonditsurlui, Pendant quelques instants ce fut une formidable étreinte, puis, tout à coup, le champion se renversa la tête en arrière, et s’affaisse comme une masse inerte sur le gazon, la colonne verttbrale disloquée,

Sauvages et Francais furent un moment tellement stupéfaits, que tous restèrent comme clouds sur place; quant à d’Iberville, il retourna tranquillement reprendre ses habits, Le premier moment de stupeur passé, les sauvages se mirent à pousser des hurlements de rage et de douleur et à s’armer de leurs flèches, L: chef leur fit signe de se calmer, puis il s’avanca du côté du cadavre, Il le regarda un moment, et comme d’Iberville et De Troyes s’approchaient aussi, il se prit à considérer d’Tberville avec l'expression du plus profond étonnement,

Il y avait quelque chose d’abasourdissant dans cette mort soudaine du Goliath peau-rouge. L’exploit de @lberville conquit d'emblée tous ces sauvages qui, par dessus tout, admirent sans réserve les prodiges de valeur, même chez un ennemi, Ce fut alors un revirement de scène, Les Francais exigerent courtoisement, mais fermement, foi et homimage de la part des sauvages, et obtinrent ce qu’ils voulurent, comme du reste les races supérieures obtiennent, même à distance, foi et hommage de leurs inférieures, surtout lorsqu'elles réussissent à affirmer leur supériorité, Il n'y avait là, à ce moment, qu’une simple poignée de

gens, mais de gens sans peur, à l’allure martiale, portant des armes que les sauvages n’avaient jamais vues auparavant, faisant résonner des clairons, et conduits par un chef, devenu soudain héros lui-même aux yeux de ces barbares, en cassant, comme on casse une branche, le cou d’un colosse,

D’lberville et le chef s'étaient donné la main, A partir de ce moment-là, ils étaient devenus amis. Deux jours après, lorsqu'ils se séparèrent de ces sauvages, tous jusqu’au dernier, se dirent prêts à suivre d’Iberville jusqu’au bout du monde, Dans les circonstances, cependant, d’Iberville et De Troyes crurent préférable de faire l'expédition avec leur poignée de braves. Ils quittèrent Vendroit, après avoir fait distribuer des présents au chef et à ses gens. Le cadeau qui fit le plus de sensation, fut un mousquet que le chef prit d’abord, puis tourna et retourna avec une crainte superstitieuse, comme si le mousquet eut pu le tuer lui-même sur place, La tribu fut grandement étonnée, après une décharge de mousqueterie par toute la bande, de voir un caribou tué sous ses yeux ; mais, quand le chef lui-même, après plusieurs essais, tua un autre caribou, les sauvages restèrent ¢bahis, On se sépara avec, de part et d'autre, toutes sortes de marques d'amitié.

Deux semaines plus tard, la petite escouade, api avoir essuyé bien des contretemps, après avoir perdu presque tous ses effets, déboucha, mourant de faim, sur les rives de la baie d'Hudson. :

iale, porais vues conduits ux yeux branche,

ain, A is. Deux auvages, > d’Ibercirconscrurent once de fait dis- 2 cadeau t que le vec une at pu le idement ar toute ; mais, , tua un On se marques

le, api r perdu ulm, sur

Page 1