‹ Femme, ou sabre (The trail of the sword) [microforme]Chapitre 31 sur 55 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Trois mois après, George Gering se préparait joyeusement à entreprendre deux voyages, qui avaient ensemble des rapports très intimes ; il avait pour le moins autant d’amoureuse impatience à faire l’un que de vif intérêt à entreprendre lPautre. La plupart des hommes, pourtant, trouvent autant de jouissance à la recherche de Vor qu’à la conquête d’une femme,

Gering avait obtenu de Jessica une promesse de mariage. I] devait aussi partir sans délai avec William Phips pour le pays des Espagnols. Son retour à New- York avec la nouvelle de la prise des postes de la baie d'Hudson, avait répandu la consternation, Il n’y eut pas, de par toute l'Amérique, d'homme plus furieux que le colonel Richard Nicholls, ni, de par le monde, de personne en proie à une plus grande surexcitation que Jessica. Elle était à ce moment-là en promenade chez le gouverneur, en compagnie de son pcre qui attendait

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maintenant, avec une profonde satisfaction, le mariage de sa fille; car il s’était pris d’une certaine affection pour Gering, depuis que celui-ci avait fait litiere de son puritanisme,

Pendant longtemps, il s'était bien douté que la jeune fille portait plus qu'un vif intérêt à d’'Iberville, St eût su que deux lettres du jeune seigneur, demeurées sans réponse, avaient été lues, relues et précieusement conservées, il en eut certes éprouvé une profonde inquiétude, Que sa fille devint la femme d’un Francais, seigneur et flibustier, catholique, ennemi des colonies anglaises, et dont les compatriotes excitaient les sauvages aux hostilités et aux massacres, il ne fallait pas y penser un instant ; e’Ctait invraisemblable,

En outre, ’ Honorable Hogarth Leveret, dont la réputation dans la colonie se trouvait souvent fort compromise dans des aventures galantes, et que des pertes d'argent avaient fait prématurément vieillir, ne pouvait se faire à l’idée d’entrainer Jessica avec lui dans ses désastres, Sa fille, c'était la prunelle de ses yeux; pour elle il eut enduré toutes les miséres; et il se refusait absolument à la voir souffrir de quoique que ce fit, Comme foule de gens, une fois l’effervescence de la jeunesse passée, il s’imaginait que les sentiments des jeunes filles peuvent être dirigés et contrôlés de telle ou telle facon, S'il eût pu prévoir ce que devait coûter à Jessica la promesse de mariage qu’elle avait donnée à Gering, il n’y eut jamais consenti, Le fait est que Jessica ne pouvait elle-même, pas plus que d’autres,

percer le voile de l’avenir. Dans ses rêves de jeune fille, elle avait bien songé à la possibilité d’un événement qui avait séduit son imagination; distance, différence de race, de langue et d’existence, tout prétait à d’Iberviile un charme fascinateur., Outre cela, quelle est la femme qui peut oublier l’homme qui larrache à un sort comme celui que le misérable Bucklaw lui reservait ? Toutefois, elle avait compris que la situation était sans espoir, que tout militait en faveur de Gering. Enfin de compte, les malheurs de son père lui avaient fait prendre une décision finale.

Quand Gering arriva à New-York et raconta son histoire, non sans rendre, disons-le à sa louange, un tribut d'hommage à d’Iberville comme soldat, elle éprouva une des plus profondes émotions de sa vie, Brave et loyale anglaise qu’elle était, la défaite des Anglais l’attrista ; l’insuccès de son fiancé lindigna; sa courageuse évasion lui inspira un sentiment de fierté ; pour un instant, elle eut été tentée de croire qu’elle en voulait à Iberville. |

Cependant, elle se sentit douloureusement froissée, lorsqu'elle entendit son père et d’autres, traiter celui-ci de boucanier, de flibustier, et éprouva grand plaisir en voyant le vieux William Drayton, qui n'avait toujours eu que du bien à dire du jeune Francais, ridiculiser les termes injurieux dont on se servait à l’adresse de d’Iberville, et proclamer hautement que c'était le garcon le plus brave, le plus loyal et le plus charmant, enfin ’e plus beau caractère qu’il eût jamais rencontré, et que la

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— Oui, sur mon Ame! insista-t-il, c’est là un véritable cour de force, un coup de génie, et si jamais il vient de ce côté-c1, i] sera cordialement recu, quoiqu'il puisse fort bien nous arriver les armes à la main,

Dans le premicr moment d'émotion que hu avait causé le retour de Gering, remplie d'une tendre compassion pour les souffrances et les cruelles déceptions qu'avait éprouvées son futur fiancé, Jessica, cédant à une vive impulsion, lui avait mis ses deux mains dans les siennes, et lui avait donné sa parole qwelle Pépouserait. “le était jeune, et une jeune fille peut rarement expliquerses propres impulsions ; Viine situation sans espoir, elle se laisse doucement choir du côté d’un pis-aller réalisable, ou bien cède au premier transport d’un désir ardent; se mouvant exclusivement dans une atmosphère d'émotions, elle ne peut par conséquent jamais être parfaitement sûre d'elle-même,

A ce premier mouvement, succéda la réaction. Dans la solitude de sa chambrette au-dessus du couloir d’où elle était sortie un soir pour tomber entre les mains de Bucklaw, mille pensées poignantes l’assaillirent, Si on lui eut demandé si elle aimait d’'Iberville, elle eut répondu que non, france et net. Mais, c'était toujours un amoureux possible; et la femme fait souvent pencher la balance du côté de l’amoureux possible contre Vamoureux assuré, connu, officiel, Que de fois, à ce jeu-la, le cœur d’une femme ne s'est-il pas trouvé pris sur le coup et sans retour !

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Peu de jours après son arrivée à New-York, Gering dut filer sur Boston pour y rencontrer Phips. Ilespérait que M. Leveret et Jessica l’accompagneraient, mais le gouverneur Nicholls ne voulut pas entendre parler de la chose, pour cette fois-li du moins, La vérité est que partout où Jessica se trouvait, elle apportait avec elle un rayon de soleil, toute une atmosphère de gaieté ; pourtant ses minières étaient toujours réservées, et son vif enjouement résiduit surtout dans ses prunelles. Elle était toute d’impulsion, mais l'impulsion chez elle était tempérée par une réserve à la foi délicate et pleine de charmant abandon, On laffectionnait aussi tendrement à New-York qwi Boston,

Deux jours après le départ de Gering, elle était à fliner dans les allées du jardin, lorsque le gouverneur la rejoienit,

—BPien! le bonjour, mon gentil conseiller, dit-il. Veuillez faire l’aumône d’une heure à un pauvre vieillard en quête de distractions.

— Une heure et davantage, fit-elle gracieusement, en lui passant un bras sous le sien,

Un sourire errait sur ses lèvres, mais elle avait les yeux humides. Tout grands ouverts, brillants et séduisants qu'ils fussent à ce moment-là, ils avaient une expression de doulourev:: embarras, qui frappa même le vieux soldat, Il n’y comprit absolument rien, du reste, mais se contenta attirer davantage à lui le bras qui s'était glissé sous le sien et de le tenir ferme, Pendant quelques instants, il resta muet. De son côté,

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la jeune fille ne chercha pas non plus à rompre le silence ; elle ne fit simplement que le regarder, toujours réveuse, toujours souriant à demi,

Tout à coup, le gouverneur, comme s'il eut enfin trouvé un moyen de sortir d’embarras, lui dit :

—Radisson est venu.

—Radisson! s’éeria-t-elle,

—Oui, répondit-il, vous savez, c’est hu qui a aidé Mr, Gering à s'évader,

—— Vraiment, vous ne me dites pas ca, répliqua-t-elle, M. Gering ne m'en a jamais soufllé un mot.

Elle resta toute perplexe, déconeertée, sans cependant pouvoir se rendre compte de ce qu’elle éprouvait,

Gering n'avait pas amené Radisson à New-York; il lui avait même défendu de se montrer là ou à Boston, tant qu'il ne recevrait pas d'ordre, Il comprenait bien qwalors il aurait à amener le coquin au pays des Espagnols et il ne pouvait oublier le rôle qu'il avait joué comme complice de Bucklaw. Mais Radisson, Gering parti, avait jeté son bonnet par dessus les moulins, en dépit de lédit de proscription lancé contre lui,

—Mon gentil conseiller, dit le gouverneur, je crois que nous aurons à rendre la liberté à cet homme-là, quoique nous l’ayions mis au ban, comme vous vous en rappelez,

Il se prit à rire,

—Vous devriez demander cette faveur pour lui,

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— Et pourquoi? fit-elle,

—Saints du ciel ! exclama-t-il avec un profond soupir,

éclairez-moi, car je n’y comprends plus rien. Pourquoi, dites-vous ? Vous demandez pourquoi? Tonnerre de Dieu ! mais n’a-t-il pas sauve votre fiancé des griffes de ce faquin de Francais ?

— En effet, dit-elle ; mais ces sortes de coquins rendent parfois des services pour si peu de chose, Monsieur Gering eut pu restor avec Monsieur d’Iberville, en tout honneur, et, pour le moins, en toute sûreté. Maintenant, dites-moi, pourquoi donc traitez-vous celui-ci de faquin ? Vous en pensiez bien autre chose autrefois. Vous ne pouvez pourtant mettre sa bravoure en doute. Tout ennemi qu’il puisse être de notre pays, je ne puis certes que parler en bien de lui, Ne m'a-t-il pas sanvé la vie ?

—Bien avisée comme toujours, mon beau conseiller, repartit le gouverneur désireux d’être agréable à la jeune fille, Quel ours que je suis! Si je Pai traité de faquin, c’est qu'il est Français et que je suis Anglais, et que, comme tel, je le déteste. Imaginez donc! trois ou quatre forts enlevés, un navire capturé, le gouverneur de la compagnie prisonnier, et la réputation de notre jeune commandant fort compromise. On peut se facher à moins, n'est-ce pas, mademoiselle ?

La jeune fille sourit.

—Monsieur Gering, ajouta-t-elle, avait de bonnes raisons de ne pas amener Radisson ici; moi, je me défierais de cet homme-li, Un traître est toujours un traître,

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; rendent Monsieur », en tout intenant, e faquin ?

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C’est aussi un Francais, et comme tout bon Anglais, ne devriez-vous pas détester tows les Francais ?

—Vous êtes une irrésistible petite fée, dit-il, Mais où done prenez-vous toutes ces idées-li ? Tenez, moi, vous me diriez de me mettre à genoux, eh bien ! je m'y mettrais, quoi ! ajouta-t-il en hochant la tête d’une facon ironique. Et si Monsieur d’Iberville venait frapper à ma porte, je suppose que vous m'imposeriez l'obligation de le recevoir avec la plus grande amabilité, n'est-ce pas ?

—Assurément, répliqua-t-elle. Ne sommes-nous pas en temps de paix ? Est-ce que le roi, par amitié pour le roi Louis, ne nous a pas ordonné d'avoir les meilleurs égards pour le Canada ?

Le gouverneur se mit à rire en se pinçant les lèvres,

— Oui, oui, son amitié ! des égards ! hum! faudra voir ca, rétorqua-t-il. Comment pouvons-nous vivre d'accord avec des boucaniers ?

Leur conversation finit là.

Quelques jours plus tard, cependant, au même endroit, Morris se présenta à eux tout à coup,

—Ill y aun navire en rade, dit-il, et son capitaine envoie la lettre que voici.

Linstant d’après, le gouverneur se tournait du côté de la jeune fille, Sa figure était devenue grave,

— Votre avis de l'autre jour, dit-il, va être mis en pratique à assez courte échéance, Jessica, Cette lettre

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vient de Monsieur méme; il désire me présenter ses hommages,

Ce disant, il lui passa la lettre. Celle-ci disait que d’Iberville amenait des prisonniers anglais qu’il était disposé à échanger contre un égal nombre de prisonniers francais, entre les mains du gouverneur.

D'Iberville entrant dans le port de New-York avec un seul navire, ce fait-li seul eut suffi à mettre en pleine lumière et sa hardiesse et son intrépidité qui frisaient même la témérité, Le trait n’échappa pas à Jessica qui avait tout de même changé de contenance, et froissait nerveusement la lettre.

—Qu’allez-vous faire? demanda-t-elle timidement,

—Ma chère Jessica, répondit le gouverneur, je vais le traiter aussi bien qu’il m’en donnera la chance.

Deux heures après, d’'Iberville montait la rue avec Sainte-Hélène, De Casson et Perrot, escorté par Morris et un officier de la milice de New-York, Quant à de Troyes, il était allé à Québec, Il n’y eut pas de déinonstrations hostiles envers les Francais ; bien des gens se rappelaient encore de l'exploit qui avait autrefois rendu d’Iberville si populaire dans toute la ville. Le fait est que (Iberville, dont la mémoire était des meilleures, eut à distribuer ca et li, chemin faisant, des poignées de main, ici à un Anglais, la à un Hollandais, tous vieilles connaissances,

Le gouverneur ne se montra pas très cordial de prime abord, mais grâce à sa désinvolture martiale, à ses

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allures de noble chevalier, à la facon généreuse dont il avait traité les prisonniers anglais, d’'Iberville réussit à reconquérir ses bonnes grâces et son amitié, tout comme quelques années auparavant, Le gouverneur le complimenta sur sa renommée croissante, et finit par l’inviter à dîner, en lui disant que Mademoiselle Leveret serait sans doute très heureuse de revoir son sauveur.

—M’est avis, ajouta-t-il, qu'il y aura bien un peu d’embarras chez l’un de vous deux, car la jeune fille peut difficilement oublier que c’est vous qui avez fait son fiancé prisonnier ; mais il faut bien parfois passer par dessus pareilles choses. <A part ca, vous et M. Gering, vous me paraissez être aussi facilement à couteaux tirés que d’autres en amitié,

D’Iberville était resté complètement abasourdi. Ainsi done, Jessica et Gering étaient fiancés, Et que signifiait done cette boucle de soulier qu’elle lui avait envoyce et qwil conservait précieusement sous son jabot de dentelles ? Comment expliquer ces instables sympathies de la femme, ces impulsions de coquetterie innée, ces caprices de l’amour lui-même? Il n’était après tout qu'un homme, et il avait encore là-dessus beaucoup à apprendre,

Il accepta l'invitation à diner en ajoutant :

—Quant à M. Gering et à moi, Excellence, je vous déclare que nous sommes aussi facilement ennemis que lui et Radisson sont camarades de euerre,

— Voilà qui est un peu dur, Monsieur, observa le

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D A RE tere qe

gouverneur, Quand un homme s’évade de prison, il

utilise le premier outil venu, Vous offensez un honnête

homme,

—Je ne crois pas, Excellence, que Monsieur Gering et moi nous soyons l’un pour l’autre plus généreux qu’il ne faut, répliqua d’'Iberville sur un ton de complète insouciance,

Cette franchise plut au gouverneur qui, peu après, conduisit d'Iberville au salon. Jessica ctait là assise près de la cheminée de la pièce, Sans quitter son siège, elle se mit à regarder d’[berville avec son air d'autrefois. Puis, elle lui tendit la main en souriant,

—Je crains fort, Mademoiselle, que ma visite vous soit peu agréable, hasarda d’Iberville en esquissant un sourire, Vous avez eu probablement à mon sujet des nouvelles peu réjouissantes, n'est-ce pas ?

— Au contraire, répondit-elle gracieusement, je suis fort contente de vous voir. N'oubliez pas, Monsieur, que j'ai contracté envers vous une dette éternelle, Vous ne me revenez pas, je Vespere, comme vainqueur d’Anglais.

—Je viens à vous, répondit-il, comme Pierre Le Moyne d'Iberville qui, un jour, eut Phonneur de vous rendre un petit service, Je ne lai jamais oublié, parceque J'ai toujours eu lespoir que, pour cette raison-là méme, je ne serais pas oublié; ce fut là un incident que je regarde comme le plus important de ma vie,

Elle s’inclina sans prononcer une parole. Sur les

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— Pourquoi done êtes-

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—Je serais allé dix fois plus loin, pour Je même motif rpondit-il, et il darda sur elle un rec

gard pénétrant.

4 Elle détourna la téte,

— Vous êtes téméraire comme toujour les yeux baissds, et, sur Un ton de d

ours Intrépide

8, dit-elle. Puis, ouceur exquise :

» Ajouta-t-elle.

le méme Motif,

—Et comme to uj

— Toujours pour dit d’Iberville.

—Mais alors, grand

quel peut être ce t-elle,

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Une femme peut-elle toujours réal Certaines paroles ? Jessica elle-meéine, (uestion, s'était.

elle rendy compte du Panimait 2 Savait-elle le dé

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sous ce point d'interrogation ? Ou encore, était-ce franc et sincère intérêt de sa part? Elle jouait avec le feu, On ne pouvait traiter à la légère un homme comme d’Iberville ; chacune de ses paroles comptait trop pour quelque chose,

Il se rapprocha de Jessica, en la fixant du regard, comme s’il eût voulu scruter tous les plis et replis de son âme,

—Comment pouvez-vous m'adresser pareille question? lui dit-il gravement. Si vous désirez savoir ce qui en est, très-bien! Mais si vous m/’interrogez tout simplement comme une femme curieuse de savoir ce qui se passe au fond du cœur d’un homme, alors ........

—Oh! cessez! cessez ! murmura-t-elle,

Elle palit, et dans son regard se peignit une expression douloureuse.

—Ne me répondez pas, continua-t-elle, Je n’ai pas le droit de vous interroger, Oh! Monsieur, je voudrais vous avoir toujours pour ami, si c’était possible, quoique vous soyez l'ennemi de mon pays et de l’homme que je SUIS... soso pour Epouser,

—Je combats pour mon roi, répliqua-t-il, et je suis l'ennemi de celui qui peut s’interposer entre vous et moi. Apprerez que, dès le moment où je vous rencontrai pour la première fois, je savais qu’un jour ou un autre, aujourd’hui même, j'aurais à vous déclarer, Jessica, que je vous aime vraiment de toute mon A ame,

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—Oh! pitié ! supplia-t-elle, je ue puis vous éeouter, Je ne le puis, en vérité,

— Vous m’écouterez, insista-t-il, car vous vous êtes souvenu de moi, et vous avez tout compris. Voici, ajouta-t-il, en retirant brusquement la boucle d’argent de son pourpoint, voici ce que vous m’avez envoyé. Voyez vous-même où j'ai toujours gardé ce souvenir... Il est toujours demeuré là, là sur mon cœur,

Elle se recula et se cacha la figure dans les mains, Tout à coup, étendant les deux bras en avant comme pour l’empécher de s’approcher :

—Oh! non! non! murmura-t-elle, (Ca ne se peut pas. Je suis fiancée, .

Puis, lui souriant d’un air suppliant à travers les larmes qui lui inondaient la figure :

—Mon Dieu, s’écria-t-elle, pourquoi ne vous retirezvous done pas? Ou bien, non! restez, mais oubhez, je vous en prie, tout ce que vous avez dit, Nous ne sommes guère plus que des étrangers pour l’un et l’autre ; Je. VOUS: GONMNAIN G DONS Je 4 à & oe 4 à ve

—Nous ne sommes étrangers ni à l’un ni à l’autre, interrompit-il, Comment cela se pourrait-il, lorsque pendant des années, ma pensée est demeurce avec vous, et la vôtre avec moi? Mais, je suis prêt à attendre, car mon amour devra triompher, Vous,

Se rapprochant vivement de lui, elle lui prit les deux mains,

—Rappelez-vous, fit-elle, avec son enjouement carac-

téristique et sa grâce inimitable, rappelez-vous quels bons amis nous fûmes le premier jour que nous nous rencontrimes, Restons donc, pour le moment du moins, ce que nous fûmes, Ne m'accorderez-vous pas cette raveur pour aujourd’hui ?

—Et demain? interrogea-t-il, avec la détermination dans son for intérieur de rester dans le port de New- York et de l'emmener comme sa femme, non à la facon de Bucklaw, mais après s'être mis en règle sur tout point,

Sur les entrefaites, le gouverneur revint au salon. La demande formulée par d’Iberville, devait rester à jamais sans réponse, Iberville fut aussi empêché de dîner chez le gouverneur, car on vint lui apprendre en secret que des vaisseaux anglais avaient quitté Boston pour tenter de le faire prisonnier, Il n’eut donc d'autre parti à prendre que de mettre à la voile le jour même et de filer sur Québec, Il n’eut jamais voulu risquer un seul instant la vie de ses hommes, pour simplement régler une affaire personnelle de cœur.

Il n’est pas facile de dire ce qui serait arrivé, s’il fût resté à New-York. La destinée est souvent tissue d’étranges bagatelles, La jeune fille, subissant l’influence de l'esprit supérieur de d’Iberville, et du charme exceptionnel de ses manières, eut probablement, comme beaucoup d’autres, fini par retirer la parole qu’elle avait donnée, Tout de même, elle écrivit une longue lettre à d’Iberville et l’envoya par un courrier qui ne la remit jamais à son adresse, Pur la même fatalité, de toutes

us quels ous nous lu moins, pas cette

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arrivé, s’il ent tissue nt l’influu charme t, comme elle avait rue lettre > la remit de toutes

les lettres qu'il lui écrivit, une seule arriva à destination, Dans cette lettre, Iberville lui disait qu’au retour d’une certaine croisière, il lui ferait de nouveau visite, car, disait-il, je suis si grand ennemi de votre pays, qu'il me tarde énormément d’aller y cueillir la perle qui lui prête son plus bel éclat,

Gering, avant de partir pour le pays des Espagnols avait insisté sur son mariage, mais Jessica lui avait opposé un non tout court, et comme il avait insisté, elle lui avait tourné le dos, Ce que voyant, il lui avait fait ses adieux, et avait mis à la voile en compagnie de Phips et aussi, bien contre son gré, de fiadisson. Bucklaw n'était pas du voyage. Il était parti pour l’Angleterre à bord d’une goëlett: de traite, et devait rejoindre Phips au port de la Planta. Gering ignorait que Bucklaw avait une part dans les bénéfices de l'expédition, et Bucklaw ne savait pas non plus que Gering y avait des intérêts.

A deux semaines de la, après que Phips eût mis à la voile à bord du Bridgwater Merchant, avec un équipage de vingt bons marins résolus et aguerris et vingt sanons, et en compagnie de Gering, qui avait été investi du commandement du Swallow, navire de plus petit tonnage, d’Iberville faisait aussi voile dans la même direction, Il avait trouvé, qui l’at‘endait, à son arrivée à Québec, un prêtre chargé de lui remettre des dépêches et une carte qui venait d’un autre prètre, mort au pays des Espagnols.

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