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de sang jaillit sur le lingot. Avec un éclat de rire effrayant, il retomba la téte en avant sur le précieux métal ; il avait cessé de vivre. Le sang de Bucklaw, telle fut la consécration des prémices du fameux trésor,
Lorsque Je navire se mit à remonter la baie, on jeta le cadavre à la mer.
—Il y en a de pires, Monsieur, dit Phips à Gering, j'oserai dire de bien pires, dans l’entourage du roi. Drôle de chenapan après tout que ce Bucklaw.
Le navire alla mouiller près des bouées, et l’on ne perdit pas une minute. On envoya des plongeurs qi:' par un heureux hasard, tombèrent sur la chambre galion où étaient renfermés les lingots, On doubla l’équipe des plongeurs, et l’extraction des lingots dura toute la journée, Rien n’absorbe un homme comme la passion de l’or ; de haut en bas du Bridgwater Merchant, c'était dans le moment le dieu du jour,
On travailla jusqu’à la brunante. Le soir, les conversations se prolongèrent bien avant dans la nuit et l’on dormit peu. Au soleil levant, on se remit à la besogne, En trois jours, on recueillit trente-deux tonnes de lingots.
Dans l’aprés-midi du troisième jour, le compartiment se trouva entièrement vide. On se mit alors à chercher dans la cale du galion, On y découvrit, adroitement distribués dans le lest du navire, un grand nombre de sacs de pièces de huit ; mais, comme ces valeurs séjournaient déjà depuis bien longtemps dans
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l’eau, il s'était formé tout autour une sorte de croûte métallique épaisse et résistante qu'il fallut casser a coups de barre de fer,
Il avait été réservé à Phips de faire cette importante découverte, Après avoir revêtu un costume de plongeur, il était descendu lui-même dans la cale du galion, Il avait bien trouvé de l’or et de l'argent, mais, convaincu qu'il y avait d’autres valeurs, il commenca à faire de nouvelles recherches, Il finit par découvrir une boîte dans un coin dérobé de la cabine du capitaine, Lorsque cette boîte fut tirée du fond et qu’on en fit sauter le couvercle, on la trouva remplie de perles, de diamants et autres pierres précieuses.
La besogne tait terminée. A bord du Bridgwater Merchant, il y avait maintenant un trésor de plus de trois cent mille louis.
Ce fut le cœur bien joyeux que Phips donna l’ordre de lever l’ancre, non sans avoir fait parmi les habitants de la baie, une généreuse distribution d’argent, de vin et de vivres. Il quitta le port avant le coucher du soleil par une brise favorable, En sortant de la baie, il mit le cap sur le nord; le Swallow, qui avait pris les devants, agissait comme guide, Tout ctait joie et allégresse à bord. Il ne restait plus qu’un danger à courir. On avait bien opéré sans encombre le sauvetage du trésor, mais allait-on pouvoir le transporter sain et sauf à Boston, et de là en Angleterre ? Phips se serait assurément posé cette question très sérieusement, s’il eût su que la Belle de Provence était à louvoyer au nord-est,
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dans la direction du port qu'il venait justement de quitter,
La Belle de Provence avait eu un voyage périlleux, Après avoir échappé, comme l'or sait, à des vaisseaux de guerre anglais, elle était tombée sur des pirates, Elle donna sus aux écumeurs de mer, eribla de boulets leur navire, puis s’éloigna, vint au vent, et se laissa emporter à la dérive sur le navire, dont elle fit l’abordage, Après un combat acharné, tous les pirates furent massacrés ; il n’en resta qu’un, le capitaine qui, pour certaines raisons, fut emmené comme prisonnier, Le navire fut ensuite coulé à fond, et l’on se remit en route au plus coupant pour le port de La Planta, Malheureusement, par suite de la tempête, de cet abordage et d’un écart notable dans sa course, la Belle de Provence se trouva avoir perdu dix jours, chemin faisant, C’est ce qui fit qu’elle arriva au port quelques heures après le départ du Bridgwater Merchant et du Swallow.
Les expéditionnaires attendirent au lendemain matin pour entrer dans la baie; ils s’y aventurèrent avec précautions pour se trouver en face d’un...
désappointement. I] n’y avait qu’une chose à faire, et d’Iberville se décida promptement. Le temps de s’ap-
provisionner de fruits et d’eau fratche et de faire quel-
ques réparations au navire, car les pirates avaient tapé dur, et Bérigord mit sur la haute mer le nez de son vaillant vaisseau. Sous l’impulsion d’une franche et loyale brise, celui-ci repartit avec l'allure d’un limier sur une piste.
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D’Iberville était de fort mauvaise humeur; et ce
n'était pas sans raison, Chez lui, le guerrier était doublé à la fois de artiste et du joueur, 1 dit en conséquence à Perrot:
~-Kh bien! Nick; ils nous ont sauvé le trouble de tirer le trésor du fond ; nousallons maintenant voir qui va le mettre à terre,
Il se dit que les navires anglais avaient dù faire voile pour Boston, afin de mieux s’éyuiper avant de s'aventurer au côté de la Manche, Il ne s’illusionnait pas sur les chances précaires qui lui restaient ; mais il lui fallait avant tout remonter le courage de ses gens, Plusieurs jours durant, ils naviguerent sansapereevoir une seule voile, Enfin, il en parut trois à l'horizon; elles disparurent tout aussitôt, La Belle de Provence fila to .t de même sans broncher, en passant au large de la Floride et de la Caroline, A bord, on avait Vespoir d'arriver à Boston avant les deux navires, et de les dépouiller chez eux même, Il y avait bonne chance de réussir, car la Belle de Provence s'était montrée fine et franche voili¢re au plus rude de la traversée,
D’Iberville avait caleulé juste.
Un soir, après cette grande course du côté du nord, aussi belle que la descente au sud avait été mauvaise, les expéditionnaires se trouverent à moins de quarante milles de Boston, N’ayant rien de mieux à faire, ils se mirent à prendre des bordées Wici de là, toujours en se tenant sur le qui-vive. Le lendemain matin, l’atmosphere était embrumée, signe précurseur d’un épais
brouillard ; voilà ce que d’Iberville avait redout’, mais tout de même ce qu'il cherchait ne devait pas lui échapper. Au moment où Bérigord, désappointé, faisait une figure assez maussade, la vigie dans les haubans signala deux navires qui paraissaient gagner la côte, En un instant, on mit toutes voiles dehors pour aller à la rencontre Ces nouveaux arrivants ; on ne fut pas long à découvrir que c'était justement ceux que l’on cherchait.
Phips ne pouvait certes pas prévoir le cas d’une attaque si près de Boston ; il ne lui vint pas non plus à l’idée que le navire qui arrivait sur lui était un ennemi, Il le prit, au contraire, pour un navire anglais désireux de lui souhaiter la bienvenue, Mais, tout aussitôt, il apercut le drapeau blanc de la France flottant au mit
de misaine, et en même temps, un boulet vint siffler à travers les cordages du Bridgwater Merchant.
La partie était de deux contre un; tout naturellement, l'avantage semblait devoir être du côté de Phips, Le bal ne tarda pas à s'ouvrir. Les vaisseaux de Phips donnèrent ensemble, et la mitraille commenca, Le Bridgwater Merchant étant hant sur l’eau, le premier boulet qu'il lança ne causa pas grand dommage à la Belle de Provence ; celle-ci ayant le vent pour elle, se rapprocha de plus en plus des deux navires, Le Swallow, avec une vingtaine de vieilles pièces, fit meilleure besogne ; il abattit la misaine du navire ennemi et tua plusieurs matelots. D’Iberville, néanmoins, continua de s’avancer lentement ; voulant se débarrasser d’abord du Swallow,
louté, mais it pas lui inté, faisait 8 haubans la côte, En ‘aller à la ut pas long . on cher-
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il lui tira bordées sur bordées, tant et si bien, que le tillac du navire fut bientôt encombré de morts et de blessés, son bordage démoli et son grand mât abattu,
On entendit la canonnade à Boston même ; et, quelques heures plus tard, deux navires marchands armés de bons canons quittaient le port pour le théâtre de l'engagement,
Le vent, cependant, tomba subitement, et au moment où la Belle de Provence qui voulait tenter l’abordage du Bridgwater Merchant, donna dessus, un brouillard survint ; les deux navires se perdirent de vue, et de part et d'autre on cessa de mitrailler, D’Iberville laissa aller son navire au courant ; ce qu’il voulait, c'était un engagement corps à corps avec le Bridgwater Merchant. Les grappins étaient prêts ; à bord, tout ¢tait silence ; on était dans l’attente, et tous les yeux étaient braqués sur un seul point,
Soudain, la silhouette d’un navire se dessina au sein du brouillard, et instant d’après la Belle de Provence venait en collision. On entendit des craquements épouvantables d’ais fracassés ; l'avant du Swallow avait été enfoncé, Il y eut des hurlements indescriptibles, et aussitôt, le navire se mit à couler bas. Les grappins de la Belle de Provence restèrent en place. D’Iberville entendit une voix vociférer un commandement qui fut suivi de nouveaux hurlements ; puis, il vit une dizaine d'individus sauter par dessus le bossoir éventré du Swallow, À l'avant de son navire, dans l'intention tout probablement d'engager l’action, Tous, moins un, man-
quèrent leur élan et disparurent, Le saut à faire était énorme, mais le plus heureux de la bande franchit l’espace d’un bond, se cramponna aux chatnes des ancres, et se hissa sur le pont. Des bravos Vaccueillirent ; les Francais n'avaient pu s'empêcher d'admirer cet acte d’intrépidité, L’Anglais ne parut s'occuper de personne à bord. Il se tourna aussitôt du côté de son navire qui s’enfoncait nez premier dans l’abime et disparut tranquillement aux regards, Il ne restait plus rien à la surface de l’eau, rien que le brouillard, et cependant l’Anglais avait toujours les yeux fixés sur l’endroit où le navire avait sombré, Finalement, il hocha la tête, et étouffa un sanglot qui lui montait à la gorge. Ses braves marins, ses fidèles compagnons, s'étaient tous laissé engloutir avec le navire, sans proférer un seul mot,
Il se retourna et se mit à toiser ses ennemis. D’Iberville, Sainte-Hélène, Perrot, Maurice Joval et les matelots, tous haletants d'émotion et de curiosité, s'étaient groupés sur J’avant, Reprenant de l’aplomb, il les regarda tous d’un air de fauve acculée, D’Iberville fit un pas en avant. Sans dire un mot, Gering lui montra un fourreau sans sabre suspendu à sa ceinture.
—Non, Monsieur, dit séchement d’Iberville, il ne s’agit pas de cela; vous n’étes pas notre prisonnier ; c’est vous qui avez l’avantage sur nous; à bord vous serez notre hôte.
—Je ne veux pas de quartier, dit Gering avec hauteur et d’un ton assez bourru.
faire était le franchit des ancres, llirent ; les er cet acte er de perôté de son l’abime et restait plus rouillard, et xés sur l’ennt, il hocha ; à la gorge.
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—Monsieur, répliqua d’Iberville, il ne peut être question de quartier, Vous êtes seul contre nous tous. Vous ne pouvez tirer l'épée. Vous vous êtes sauvé la vie en faisant l’abordage de notre navire. L’hospitalité est sacrée ; et vous ne pouvez être prisonnier de guerre, puisqu'il n’y a pas de guerre entre nos deux pays.
— Etes-vous venu ici pour régler une querelle personnelle ? interrompit Gering.
—Assurément, répondit d’Iberville, et aussi pour le trésor; c’est là un autre sujet de querelle qui, je crois, en vaut la peine,
Il y eut un instant de silence. Gering resta debout mais de profil, prêtant l'oreille ; le Bridgwater Merchant avait disparu dans le brouillard. Se retournant du côté de d’Iberville, il eut un sourire ironique et provocateur, D’Iberville comprit tout, mais n’en fit rien voir; il pria seulement Sainte-Hélène de conduire Gering à sa cabine.
Quand le brouillard fut dissipé, le Bridgwater Merchant n'était plus en vue, Convaincu qu'il avait fait voile pour Boston, et que des vaisseaux anglais devaient être à la recherche de la Belle de Provence, il repartit de suite pour Québec avec Gering à bord.
A Québec, les deux rivaux se séparèrent, et Perrot fut chargé d’escorter jusqu’à une certaine distance l’infore Q Q : \ tuné Gering qui s’en retournait à Boston.
Gering, avant de partir, avait remercié d’Iberville de sa courtoisie,
—En effet, Monsieur, avait dit d’Iberville, c’est peutêtre une dette, comme vous voulez bien l'appeler, mais une dette pour laquelle je préférerais ne pas être remercié. Il me serait infiniment plus agréable de régler une fois pour toutes mes comptes avec vous, et d’en tirer ensuite parti d'autre facon.
—Monsieur, rétorqua Gering avec une certaine hauteur, voilà la troisième fois que vous venez me trouver; la prochaine fois, ce sera mon tour.
—J'’espère, Monsieur, que vous tiendrez parole, répliqua d’Iberville en souriant,
Ce jour. là même, d’Iberville, malgré toutes les représentations qu'il fit valoir, dut, par ordre, s’embarquer pour la France, sur un vaisseau qui l’attendait depuis un mois dans la rade de Québec, Frontenac, lui-même,
n’y put rien ; l’ordre était venu du ministère,
est peut- Vappeler, pas être réable de vous, et
aine haue trouver ;
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les repreembarquer ait depuis lui-même,