‹ Femme, ou sabre (The trail of the sword) [microforme]Chapitre 43 sur 55 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Gering subit son procès devant le gouverneur Frontenac et le conseil souverain. On savait parfaitement que, pendant qu'il était prisonnier à Québec, il avait envoyé à Boston des plans de la ville, des fortifications, des magasins, des armements en général et des approches

de la place, car sa lettre avait été interceptée, Son plaidoyer fut net et franc: prisonnier sur parole, il eut été honteux de sa part d'agir de la sorte; mais simple prisonnier qu'il était, il croyait son acte tout à fait justifiable,

Le sentiment de la cour lui était hostile; et ee qui ageravait pour lui la situation, c'était l’inimitié des Jésuites. Ceux-ci, en haine des puritains, réclamaient justice exemplaire, Pour eux, il était évident que tous les saints du ciel étaient intervenus en faveur de la colonie dans les diverses phases du siège et que Dieu lui-même avait livré Gering aux Francais. De bien de secrètes facons, leur influence était grande auprès des membres du conseil, surtout de ceux qui appartenaient

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pas à l’armée, Un soldat est toujours très sensible à la bravoure, et Gering s'était montré très brave. Mais il avait eu le malheur de tuer Sainte-H'line, et Sainte- Hélène était l’un des plus intrépides et des plus aimés parmi les officiers canadiens.

Frontenac, qui savait que le procès aurait une issue que le Conseil ne pouvait pas même soupconner, résuma avec assez d’impartialité les faits de la cause ; son réquisitoire fut hostile à Gering,

Gering se défendit avec habileté, dignité, et parfois avec véhémence, A deux ou trois reprises, ses remarques cinglérent comme d’un coup de fouet les Juges en pleine figure. Il ne trahit aucune crainte, pas plus qu'il ne demanda de clémence, IT insista sur le fait qu'il était prisonnier de guerre et qu’il avait droit d’être traité comme tel.

Son plaidoyer fut si serré, et il montra tant de courage et Vaplomb que, si le réquisitoire de Frontenac lui eût été un tant soit peu sympathique, il eût été acquitté comme espion, Mais, avant le proces, d'Iberville avait eu avec le gouverneur une entrevue particulière, Au cours de cette entrevue, certaine demande d’un côté, et certaine promesse de l’autre, avaient été réitérées,

Gering fut condamné à mort,

Ce fut probablement le moment le jlus beau de toute sa vie d'aventures et de bravoure,

— Messieurs, dit-il, j'ai bien entendu votre sentence, Si peu soucieux que vous soyez de l'honneur militaire,

vous n’oserez cependant pas mettre cette sentence a

RU ‘ j exécution. N’allez pas croire, parceque nous avons

échoué cette fois-ci, que nous ne réussirons pas une

autre fois, J’ai l’honneur de vous dire que si, au lieu de marins novices de Boston, de garcons de ferme, de cabotiers, de bateaux de pêche et de traite, J'avais eu seulement trois vaisseaux de guerre anglais et un millier d'hommes, j'aurais ras’ votre ville depuis la citadelle jusqu’à l’autel Saint-Joseph. Je ne crains pas la mort, et je ne mourrai pas non plus, simplement parceque vous l'avez déerété, Si, cependant, vous exécutez votre sentence, vous winspirerez que le mépris et le dégoût qu'éprouve tout vrai cœur d’Anglais pour tout ce qui est injuste.

Sa harangue n'était guère de nature à attendri juges ; son allusion à lautel Saint-Joseph avait fait monter là moutarde au nez de plusieurs. Lorsqu'il avait parlé du peu de souci qu'ils avaient de Phonneur militaire, Frontenac avait eu dans les yeux des éclairs de mauvais augure ; cependant, celui-ci se contenta de dire :

— Vous avez l'humeur assez revéche, Monsieur, Le régime au pain et à l’eau vous fera probablement baisser le caquet. Il vous serait peut-ôtre utile aussi, nonobstant votre étrange religion, de vous préparer à passer de cette vie à une autre,

On ramena Gering À la prison, En traversant les rues, il lui fallut faire énergique contenance. On savait déjà en ville le langage violent et insultant qu’il avait

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tenu ; naturellement, on renchérissait, et l’on dénaturait même ce qu'il avait dit, Bref, les gens au passage se mirent à l’accabler d’invectives, Ce fut pour Gering une rude humiliation, et lorsque, de temps à autre, il sentendait hurler aux oreilles le nom de Sainte-Hélène, un nuage lui passait sur les yeux et il éprouvait un violent serrement de cœur.

Il n'avait pas rencontré d’Iberville depuis son arrestation, En entrant dans la prison, il apercut tout a coup son ennemi ui, la figure pâle, les sourcils froncés, se tenait à queique pas de la porte d'entrée, Tous deux restèrent absolument impassibles, mais ce fut Padme navrée que Gering franchit la porte de la prison,

Etrange caprice du sort que celui qui avait mis ces deux hommes constamment aux prises pendant douze ans !

Laissé seul dans sa cellule, sur son lit de paille, avee une ration de pain et d’eau, Gering se mit à regarder machinalement autour de lu, On était encore en pleine après-midi, L'idée lui vint tout à coup que la cellule n'était pas celle qu'il avait déjà occupée, I] se leva et commença à en faire l'inspection, puis, comme tous les prisonniers qui ont bon pied et bon ceil, il se mit à songer à la possibilité d’une évasion.

La pièce ne lui parut pas être une cellule régulière, car elle avait une deuxième porte de sortie, Cette porte, situce dans un angle, était très étroite, Les murs ne se rejoignaient pas à angle droit, mais étaient soudés ensemble par un autre pan, Il essaya de retracer dans

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