CHAPITRE XXI
Quelques jours après cet événement, Jessica était chez elle à Boston, dans la même chambre où elle avait promis à son père de devenir la femme de George Gering, Tout comme cette fois-la, elle était assise à la fenêtre et, réveuse, contemplait la mer et l'horizon; la mystérieuse rumeur du large lui arrivait aux oreilles, se bercant dans atmosphère en longues et majestueuses vibrations.
On était en octobre,
Non loin d'elle était assis un vieillard les mains appuycées sur les deux bras du fauteuil, un livre sur les genoux et le menton penché sur la poitrine. Ses traits,
quoiqu'amaigris, respiraient encore un grand air de
distinction, une expression de noble fierté,
Tout à coup, il releva la tête; son regard à demi éteint se ranima en rencontrant la jeune femme,
—Ma chère Jessica, dit-il, est-ce que la flotte n’est pas encore de retour? Est-ce que Québec n'est pas
pris ?
sica était
où elle le George ssise a la rizon ; la « oreilles, stueuses
$ mails e sur les es traits,
air de
à demi tte n’est
Past pas
be Or
— Non, mon père, répondit Jessica, pas encore,
—Phips est un grand homine, un bien grand homme, dit-il d’une voix attendrie, Ah! ce cher trésor...
Jessica ne dit rien, Elle se contenta seulement de porter une main à ses yeux, ce qui parut avoir l'effet de soulager ses paupières un peu enfiévrées,
— Ah! Ah! continua-t-il d’une voix chevrotante, voilà qui nous a joliment remis sur farine, Ht j'ai pu pourvoir à ta dot,
Il souligna ces paroles d’un sourire doux, affectueux, plein de satisfaction et d’orgueil, et tendit la main à sa fille, Elle lui répondit en souriant de même facon ; il y avait toutefois une note de plus dans ce sourire; à sa charmante oaiété de jadis, se mélait une teinte de mélancolie ; mais elle gardait son empire sur eile-méme,
Elle se rapprocha du vieillard, et placant dans les siennes ses deux vieilles mains ridées, elle se mit à causer avee lui sur le ton le plus affectueux. Tout en causant, elle s’apercut que le vieillard s'était assoupi. Elle resta sans bouger quelque temps auprès de lui, Au moment où elle se disposait à se lever et à essayer de reconduire le vieillard à sa chambre, elle entendit du bruit dans la rue, Ele alla à la fenêtre, et apercut en bas des gens qui parlaient avec beaucoup d’animation. Elle éprouva instinctivement un sentiment de vive inquiétude. Tournant précipitamment sur ses talons, elle alla déposer à la hâte un lhaiser sur le front du vieillard et quitta la chambre, Dans le passage, elle
rencontra Hulm, sa vieille domestique, qui l’aborda les mains tendues et l'air effaré, © —Qu'y a-t-il done, Hulm ? demanda-t-elle vivement, toute frissonnante d’émorion.,
—Comment done vous dire ca? gémit la vieille femme. Notre flotte a été battue, et mon maitre a été fait prisonnier,
—Conte-moi tout, ma pauvre Hulm, articula Jessica qui se prit à trembler de tous ses membres, Elle avait deviné qu'il y avait autre chose, mais elle était prête à tout entendre,
—Ah! ma bonne et chère maîtresse, s’écria la vieille, ca mest impossible,
—Hulm ! conjura Jessica, tu vois que je suis bien calme, Pourquoi me faire souffrir avec toutes tes hésitations ?
—Ils veulent, gémit Hulm, ils veulent lui faire un procès et le condamner à mort.
Jessica chancela étourdie par le coup, et Hulm dut s'élancer en avant pour la soutenir.
Cependant, elle se remit tout aussitôt. Elle était d’une pâleur affreuse, mais elle resta calme, Sa physionomie exprima une douleur si intense que Hulm
éclata en sanglots.
Jessica demeura quelque temps comme abfmée dans ses pensées.
—-Hulm, demanda-t-elle soudain, est-ce que ton frère Aaron est à Boston ?
borda les rivement,
a vieille itre a été
a Jessica ‘lle avait It préte à
la vieille,
suis bien outes tes
lui faire ulm dut lle était Sa phye Hulm
ace dans
on frère
—Oui, ma chère maitresse, il est ici en bas dans la maison, répondit Hulm,
— Alors, prie-le donc, dit-elle, de venir dans la salle à manger, Tu iras ensuite trouver mon pere, Mais, Hulm, ma pauvre Hulm, écoute-moi un peu: il est inutile de pleurer comme ca; tu m’aideras infiniment mieux autrement,
Elle descendit précipitamment à la salle à manger, par Pesealier de service, L’instant d'aprés, Aaron Hulm entrait,
— Aaron, dit Jessica au pauvre garcon tout ahur de trouver sa maîtresse dans pareille agitation, connaissezvous le chemin qui mène à Québec 7
—-Certainement, Madame, je le connais tres-bien, Mais, Madame, je suis chagrin................. RON
— Bien ! interrompit Jessica, ne parlons pas de ca maintenant ! Pouvez-vous m'avoir quelques gens pour aller jusque-là ?
—Oui, Madame, dans une heure d'ici,
—Trés-bien, alors, fit-elle énergiquement, je serai prûte,
— Prôte ! Comment ? Vous prête, Madame? Mais vous ne pensez pas y aller auss’ vous ?
—Oui, j'y vais, répondit-elle résolument.
— Mais, Madame, objecta respectueusement Acion, les chemins sont loin d’être sûrs. Les Alénaquis et les
— Est-ce li votre amitié pour moi, Aaron ? répliquat-elle, Est-ce d’un bon ami ce que vous faites là, Aaron Hulm ? N’ai-je pas eu soin de votre mére, QUANG inisrvsvcsnsecsses
Aaron tomba aux genoux de Jessica, lui prit une de ses inains et la baisa respectueusement,
—Madame, dit-il, avec un accent qui respirait la plus sincere loyauté, je ferai tout ce que vous voudrez, J'ai simplement eu peur pour votre propre sûreté,
Une heure après, elle entrait dans la chambre où son père dormait encore, Se penchant sur lui, elle l’embrassa tendrement et caressa les fines meches de sa chevelure blanche. Puis, s'adressant à Hulm:
—Tu lui diras, murmura-t-elle que je reviendrai bientôt, que mon mari requiert ma présence et que je suis allée le trouver, Tu lui diras que nous reviendrons ensemble tous deux, tous deux, Hulm, tu comprends ?
—Chère maîtresse, oul, oui, je comprends, fit la pauvre femme en faisant un geste de doute et de désespoir.
(C’est comme je te le dis, nous reviendrons ensemble tous deux, réitéra tranquillement Jessica, aussi vrai que Dieu n'entend, Aie soin de mon père, D'ailleurs, je sais que tu en prendras grand soin, Ecarte de lui toutes les mauvaises nouvelles, et remonte-lui constamment le courage.
Elle lui dit atfectueusement adieu et se retira dans sa chambre où elle s’agenouilla et pria avec ferveur, Quand elle se releva, elle se murmura à elle-même: Je suis bien heureuse de ne pas avoir d'enfant,
nas répliquafaites li, re mere,
t une de
it la plus rez, J al
re où son Ile l’em-
es de sa
eviendral at que je riendrons prends ?
a pauvre spoir.
ensemble vrai que leurs, je ui toutes anment
h dans sa Quand Je Suis
Dix minutes après, une petite escouade, avec Aaron Hulm en tête, partait de Boston dans la direction d’un blockhaus, à quinze milles de li, où l’on devait faire halte pour la nuit,
Ce fut un voyage semé de mille dangers, au point que l’on se demanda bien des fois si l’on arriverait en vie à Québec, Il n’y eut pus un homme de lescouade qui ne fit preuve de plus dardeur que Jessica ; sa bravoure et son intrépidité ne faillirent pas un moment, [ lui arriva cependant, parfois, durant des nuits sans sommeil, de pleurer abondamment, et, sous le poids de la fatigue et de l'anxiété, éprouver l'envie d'en finir avec la vie, en se laissant choir dans le Richelieu ; mais ces courts instants de défaillance ne se produisirent que la nuit, Le jour, la marche et le mouvement ap portaient une trève à la tension morale dont elle souffrait.
Un jour, enfin, elle eut la satisfaction d’apercevoir les hauteurs de Lévis et la citadelle de Québec.
A leur arrivée, les voyageurs eurent à subir un moment d'arrêt ; on les questionna, et enfin de compte on permit à Aaron et à Jessica seuls de traverser le fleuve à Québec. Jessica voyait Québec pour la première fois. L'aspect massif, inabordable de la ville, lui glaca le cœur; elle comprit qu’en arrière de ces murs il y avait des gens qui uc badinaient pas. Ils furent conduits sans être molestés au Chateau Saint-Louis.
La pauvre femme, qui se mourait d’anxiété, voulait à tout prix voir d’abord le comte de Frontenac lui-même,
ESP tase