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et ensuite aller trouver Iberville, Tout ennemi qu'il fût de son pays, elle voulait faire appel à sa générosité. in gravissant la côte de la Montagne, harassée qu’elle était par l'émotion et le voyage, elle avait été près de s'évanouir; mais, sentant bien des yeux curieux braqués sur elle, elle s'était Cnergiquement redressée et avait repris sa fermeté de contenance,
Elle futadmise presque de suite chez le gouverneur : eelui-ci était à diner lorsqu'elle arriva. En recevant le
message, il fronca les sourcils sous le coup d’une stupe-
faction et d’une perplexité profondes. [appela Maurice Joval et lui ordonna de faire entrer la jeune femme dans son cabinet et de la traiter avec tous les égards possibles.
Quelques instants après, Frontenac entrait Iui-méme dans le cabinet, IT eut un moment de surprise et dadmiration ; il ne s'attendait euere à rencontrer une femme d'aussi exquise beaute, Lui, le vieux vert-galant, s’y connaissait joliment en femmes, Il comprit alors comment d’Iberville avait été fasciné. A Lévis, elle avait fait sa toilette ; il ne restait plus chez elle ancune trace de son long et rude voyage; ses mains et sa figure seules avaient Iégerement bruni, L’éloquence de son regard, ce sourire profondément mélancolique qui maintenant lui était devenu particulier, remucrent lime du vieux guerrier, avant même que la jeune femme eût articulé une seule parole.
Et lorsqu'elle eut parlé, qu’elle eut plaidé la cause de son mari, et qu’elle eut fait appel à ses sentiments de
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preux et noble chevalier, Frontenac se sentit plus ému que jamais, et plus que jamais aussi plongé dans l’embarras. Tirant sa montre, il se mit à regarder attentivement Pheure, Puis, se dirigeant du côté de la porte, il appela Maurice Joval, Il lui dit quelques mots à voix basse, et ie jeune homme partit,
—Madame, dit-il, vous avez parlé de Monsieur d'Iberville, Lui aussi, il y a quelques années, me parla de vous.
Jessica baissa les yeux, et, relevant tout-à-coup la tête, le regard france et ferme :
—Je suis sûre, répondit-elle, que Monsieur d’Iberville vous dira que mon mari n’a jamais pu commettre un acte déshonorant. Lui et Monsieur d’Iberville sont ennemis, mais de nobles ennemis.
—Je crois, Madame, répondit Frontenac, que Monsieur d’Iberville a quelque raison d'en vouloir à M. Gering. La mort d’un frère, je pense, doit compter pour quelque chose.
—La mort d’un frère ? fit-elle avec effroi,
—Oui, Madame ; votre mari a tué le frère de Mon. sieur d’Iberville.
Elle chancela,
Mais le vieux guerrier s’empressa d'aller soutenir la jeune femme, avec autant de prestesse que s'il eût eu vingt-cinq ans. Il ne pouvait certes demeurer impassible devant le désespoir d’une aussi noble ertature,
Elle lui faisait vraiment peine, 11 savait aussi que si
le programme de d’Iberville était mis à exécution, avant une demi-heure, cette jeune femme serait veuve,
Avec d’autres femmes, peut-être, il n’eut pas balancé un instant. Il se fut probablement dit: Au vainqueur les dépouilles, et, Gering disparu, qui sait ? Jessica se tournera peut-être du côté de d’lberville, Mais il avait senti que cette jeune femme sortait de l’ordinaire.
Il interrogea de nouveau sa montre, Jessica se méprit sur ses intentions.
—Excellence, dit-elle, je vous en prie, ne m’en voulez pas des quelques instants que je vous dérobe pour plaider en faveur d’une existence, d’un acte de justice,
—Vous faites erreur, Madame, dit-il, ce n’est pas
pour mon compte que je regarde Pheure,
Juste à ce moment-là, Maurice Joval entra et dit quelques mots à l'oreille du gouverneur,
— Madame, dit Frontenac, en se levant, votre mari s’est évadé.
Elle poussa un eri,
—EÆEvadé ? dit-elle, Evadé !
Elle remarqua dans le regard du gouverneur une expression étrange,
—Excellence, s’éeria-t-elle, vous ne m’avez pas tout dit ; il y a autre chose, Je vous en conjure, parlez.
—Il y a ceci, Madame, répondit Frontenac, Monsieur Gering peut être repris, et................
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—Etelors ? Qu’arrivera-t-il ? interrogea Jessica d’une voix tremblante,
—Et alors, ajouta-t-il sechement et aussi comme à regret, je ne pourrai plus rien faire,
Mais devant l’air suppliant de la jeune femme, l’éloquence de ses yeux pleins de larmes, le gouverneur, quoique tenu au secret, ne pouvait certes garder indéfiniment la contenance d’une borne.
—lIl n’y a qu'une chose que je puisse faire pour vous, dit-il enfin. Vous connaissez, n’est-ce pas, le Père Dollier de Casson ?
Elle fit un signe affirmatif.
—FEh bien! dit-il, allez done le trouver. Ne lui faites aucune question, S’il y a quelque chose à faire pour vous, il le fera. Mais sera-t-il en mesure d’agir ? Voilà, je n’en sais rien,
Il y avait là une énigme qu’elle ne pouvait comprendre de prime abord, mais qu'elle avait tout de même à déchiffrer. Quoiqu'il en fût, le grand point, le point principal était que son mari s'était évadé,
—Excellence, reprit-elle, vous ferez néanmoins fout ce que vous pourrez.
—En vérité, Madame, j'ai déjà fait tout ce qui m'était possible, répondit le gouverneur.
Sous l'impulsion d’une vive reconnaissance, elle prit la main du vieux guerrier et la porta à ses lèvres. L’instant d’après, elle partait avec Maurice Joval qui avait ordre de la conduire auprès de l'abbé, rien de plus,