I.K l'OKTK MOLRAkkH.il I. WCIKY AIUKTTK
«i Femmes ravissantes, de leur chevelure s'exhalait le musc le plus suave, leur face élail un brillant disque d'or, les extrémités de leurs doigts avaient la couleur du henné.
« Voilà ! leurs demeures sont détruites, cl les ruines n'en sont plus que comme des signes incertains d'ornements que le calam (à écrire) a tracés en parures sur le cuir.
« Non, je ne suis point de ceux qui, par nature, s'en vont divulgant les secrets des autres, et dévoilant ce qu'ils devraient cacher. »
Ces vers de Mourakkich l'ancien, étaient passés dans les chants publics.
Mourakkich l'ancien, était oncle de Mourakkich le jeune ; et tous deux étaient de la. tribu des Béni Bekr. La tribu des Bek rides était, d'origine, sœur d'une autre tribu non moins puissante, celle des Tarlabidcs ou Béni Tarleb. Tous habitaient de préférence le Tihàmah. Une immense fraction de la tribu des Tarlabides émigra, alla planter ses tentes dans le désert a l'Est du |litloral de la Syrie et embrassa le christianisme.
Les deux Mourakkich étaient des personnages les plus distingués, et leur courage, leur prudente habileté, leur infatigable acharnement conire les ennemis de leur tribu méritèrent à tous deux une haute considération. Nous avons parlé précédemment de Mourakkich le jeune. Voici la légende de Mourakkich l'ancien, telle que la raconte l'A rânî ; c'est un des petits drames touchants de noire répertoire légendaire.
AYANT I.ÏSI.AMISMK \ï*
Mourakkich, encore très jeune, s'épril d'amour pour Asmà lille de Aûf son oncle el un des plus valeureux cavaliers des Bekridcs. (le fui Aùf qui, par sa vigoureuse contenance, força ses contribuas à vaincre les Tarlabides à la journée de Kidali.
Mourakkich demanda a son oncle de lui fiancer Asmà. Mais Mourakkich élait trop jeune, cl surtout était trop pauvre. « Je te donnerai ma fille, répondit Aûf, quand lu auras mis à ton nom quelque éclat, quelque relief, cl quand tu auras su l'acquérir une certaine aisance, une fortune convenable. » Il fallut céder. Notre jeune poète se rendit chez un roi d'une autre tribu, y resta assez longtemps, til des vers a l'éloge du roi arabe et pour cela recul de magnifiques présents.
Aûf, dans sa tribu, vivait pauvrement. Un Arabe des Monrâdides ou Béni Mourâd, tribu de l'Yémen, vint demander Asmà en mariage et offrit en don nuptial un troupeau de cent chameaux. L'accord lui conclu, le mariage fut fait, et le Mouràdide s'en alla avec sa jeune épouse.
Assez longtemps après, Mourakkich revint. -Ses frères furent informés de son retour prochain et convinrent de dire, au poêle qu'Asmà n'existait plus. Ils égorgèrent un bélier, en mangèrent la chair, en enveloppèrent ensuite les os dans un suaire, les enterrèrent et dressèrent un tombeau par-dessus.
Mourakkich arrive. On lui dit qu'Asmà a cessé de vivre; on lui en montre la tombe... El le poète allait fréquentes fuis pleurer sur les restes de son amante. Un jour qu'il était couché par terre, enveloppé tout entier dans son taùb ou grand manteau, les deux fils d'un de ses frères se mirent à jouer aux osselels à quelques pas de lui. Ils se querellèrent, et l'un d'eux vint à dire « Cet osselel est à moi ; c'est celui que m'a donné mon père quand on a tué et enterré le bélier, et qu'on a dit à Mourakkich, en lui montrant le lieu où on
(1) Il parall qu'à ce jeu on rangeai! les o*selcU en ligne, et qu'on lançait un aotre oiselet ou une petite pierre, dans le l»ut de rompre la ligne.
ISO 1KMMKS Ait VlïKS
l'avail enfoui : « Voilà où est déposée Asmâ. » Notre poète était gravement malade. Mais dès qu'il entend les paroles de son neveu, il sorl ia tête et la dégage de son taûb, appelle l'enfant, le questionne, cl apprend qu'Amnà n'est pas morte, qu'elle est mariée à un Monràdide.
Mourakkich rentre chez lui. Il lait venir sa servante ; elle était femme d'un Okalide ou Arabe des Béni Okail, qui était au service du poète. Mourakkich ordonne à celle femme d'appeler son mari et de lui faire seller aussitôt des chameaux, pour aller tous les trois ensemble à la recherche du Mourâdide... On part. La maladie du poète s'aggrave en route : il ne peut bientôt plus supporter la marche du chameau. On descend ; on s'abrite dans une caverne à peu de distance de NedjrAn. Ils étaient alors sur le territoire des Béni Mourâd. Mourakkich semblait presque mourant. Il entend TOkalide dire à sa femme : « Laisse-le là ; il va expirer. Ici, nous risquons de périr bientôt de faim et d'épuisement. Veux-tu me suivre ? si non, je t'abandonne, je pars. ► El la femme pleurait - Mourakkich savait écrire ; il avait appris, ainsi que son frère Harmalah, d'un chrétien de la ville de Hirah, auquel il avait été confié par son père. Mourakkich, après avoir entendu les paroles de son serviteur, tira à soi la selle de son chameau, et y iraça, sur le dossier, les vers suivants :
« 0 mes deux compagnons, restez près de moi, ne
vous hàlez pas de partir. Me quitter silôt ! ce n'est pas
ce que vous m'aviez promis.
« Bientôt la mort va me séparer de vous ; pourquoi
vous presser ainsi avant qu'elle ne m'arrive? « Voyageurs étrangers, qui aHcz visiter la terre bénie
de l'Arond (le territoire sacré de la Mekkc et de Mcdine),
portez à mes frères Anas et Harmalah ces paroles : - Lait de Dieu pour vous et pour voire père! Ne
laissez pas impuni le lâche Okalide; qu'il périsse î
AVANT I.TSI.A.MISMK. 1*1
« Ali ! qui annoncera à ma tribu que Mourakkich lut pour ses deux serviteurs un importun fardeau,
« El que loin des lenies des Doubcyiah (branche des Bckrides) ils onl abandouué son cadavre en pâture aux lions? »
L'Okalide pari avec sa femme. Ils arrivent, à la Iribu du poète et disenl à ses frères'qu'il est morl. Mais Ilarmalah, en examinant la selle de Mourakkich, aperçoit les vers tracés sur le dossier. (I les lit ; puis il appelle les deux serviteurs, les questionne, les menace el leur ordonne de lui déclarer la vérité. Ils racontent toui el indiquent l'endroit où ils ont laissé Mourakkich. Ilarmalah les fait mettre à mort. Ensuite il part à la recherche de son frère. Il arrive à la caverne ; nulle trace de rien. Il va s'informer partout de ce qu'est devenu Mourakkich ; il apprend que le poète élait demeuré dans la caverne jusqu'à ce qu'un jour vinrent près de lui des troupeaux, puis un berger.
El le berger avait dit au poète : « Qui es-tu? Que fais-lu là? — Je suis de la tribu des Béni Doubeytah; el toi, qui es-tu? — Moi, je suis des Béni Mourâd. — Pour qui fais-lu paître ces troupeaux? — Pour Karn el-Razâl (corne de gazelle, c'est-à-dire Soleil levant.) » C'était le mari d'Asmâ. Mourakkich ajoute aussitôt : « Pourrais-tu voir Asinâ el lui parler? — Non; jamais je n'approche d'Asmâ. Mais, chaque soir, une esclave vient au troupeau ; je lui trais une chèvre, et l'esclave emporte le lait à sa maîtresse. — Alors, prends cet auneau ; lu le mettras ce soir dans le lait ; si Asmâ voit l'anneau, elle le reconnaîtra. Rends-moi ce service, et je te donuerai une récompense comme jamais berger n'en aura eu.»
Au soir, l'esclave vient avec un vase. Le berger trail le lait et y dépose l'anneau. L'esclave s'en retourne... Elle présente le lait à Asmà qui, selon son habitude, en laisse s'abaisser l'écume, cl ensuite le boit. L'anneau vient loucher el s'ar-
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réler aux dents d'Asmà. Elle le prend, l'examine à la lumière et le reconnaît. <• D'où vient cet anneau ? dil-elle à l'esclave. — Je .ne sais pas. » Asmâ envoie de suite appeler son mari qui était à une montagne des environs de Nedjràn. Karn cl- Razàl arrive tout troublé « Pourquoi m'as-tu fait appeler? dit-il à Asmâ. Fais venir à l'instant le berger qui garde tes troupeaux. » Quand il est venu : « Demande lui, dit Asmâ à son mari, comment il a eu Panneau que voilà. » Karn cl- Kazâl sort, et il interroge le pâtre, qui lui dit : « Je l'ai eu d'un étranger que j'ai trouvé à la grotte de Djabân, et qui m'a dit : « Dépose cet anneau dan3 le lait que doit boire Asmâ. » Et pour cela une récompense m'a été promise. Du reste", j'ignore quel est et bomme. Je l'ai laissé presque mort. Karn el-Razâl rentre. « Qu'est-ce que c'est que cet anneau? demandc-t-il à Asmâ. — C'est l'anneau de Mourakkich. Va, va vite, cours le trouver, porte-lui secours. »
Karn el-Kazâl saule h cheval, fait monter Asmâ sur un autre coursier, et tous deux se mettent aussitôt en roule. Vers le milieu de la nuit, ils arrivent à la grotte de Djabân. A la vue d'Asmà, le poète se ramiuc; et déguisanl le nom d'Asmà sous un nom étranger et sous l'allégorie de jeunes beautés, il adresse à sa cousine de tendres reproches dans ces vers qu'il articule d'une voix faible el tremblante :
« L'image de ma chère Soleïma m'a visité cette nnit ;
elle m'a éveillé, et tout dormait autour de moi.
<< -Je réfléchissais alors à mon malheur, et ma pensée
se portait aux lieux éloignés qu'halntent sa famille et la
mienne.
« Mais voilà que tout à coup, de loin, mon œil crut voir un feu élincelanl dont la flamme était jusqu'à El-Arlâ.
« Alentour étaient de jeunes filles comme d'élégantes antilopes à la gorge blanche, comme de jolies gazelles à la blanche poitrine, accroupies auprès du feu.
AYANT l/ISLAMISMK. tX.'{
« A leur peau brillante et soyeuse on devinait que les peines de la vie ne les avaient point effleurées ; heureuses auprès des lentes, elles n'avaient jamais eu a chercher de lointains pâturages.
« Elles allaient, venaient ensemble, d'un pas tranquille et lent, parées de vêtements aux couleurs safranées et de lourd brillants (ou manteaux de l'Yémen).
'< Elles habitent nos tribus, et moi je suis loin d'elles. Nos promesses et nos serments d'amour, tout est donc perdu !
» Ah ! pourquoi leur suis-je resté fidèle, puisqu'elles ont laiili à mes espérances? Pourquoi suis-je devenu leur victime, leur victime infortunée, moi qui jamais n'ai pensé a les affliger?
« Que de fois, avec ces vierges sémillantes, aux joues iines et légères, à la chevelure en longs Ilots, au cou ravissant,
« Vierges à la bouche humide et distillant une salive enivrante, aux lèvres fraîches et limpides,
« Que de fois, jeune et ardent, j'ai passé avec elles des jours de délices ! Que de fois aussi mes nobles chamelles et mes vers sont allés à elles !
« Eemmcs d'amour et de bonheur ! Quand je les eus perdues, mon cœur toujours recherchait leurs traces. » Et après, le poète expira ; Asmà était près de lui... Il fut inhumé sur le territoire des Béni Mouràd.
Mourakkich l'ancien ne laissa pas seulement des poésies éroliques. Voici quelques vers d'une autre expression et qui furent composés après le succès d'une expédition qu'il dirigea contre les Tarlabides, sur les terres de Nedjràn. Le poète et ses compagnons d'armes avaient réduit leurs ennemis à demander merci et leur avaient enlevé nombre de chameaux et de prisonniers.
184 FEMMES AKABES '
« Il m'était venu nouvelle que ees Amirides allaient tomber sur nous ; et la nouvelle se vérifia.
« Les Béni Radjm marchaient avec eux ; et toute celte ioule brillait sous les armes comme l'éclat des astres avant l'aube du jour.
• C'étaient, de toutes parts, des ehevaux en laisse, bondissant dans l'ombre de la nuit, de superbes alezans à longue taille, à l'étoile au front.
• Et nons voyons soudain les scintillations des cimiers sur les tétes des cavaliers.
• Je pars contre eux... Un moment après je revenais déjà ; ils étaient vaincus ; je revenais presque avant d'y avoir pensé.
« Et cependant que de cadavres j'avais taillés de mon sabre, et tous cadavres de nobles seigneurs ! je ne faisais que lancer et ramener mon coursier.
• Combien n'en laissâmes-nous pas à Nedjràn, la lace ruisselante de sang, le front roulant dans la poussière ! »
OHWAII ET AERA
Toujours la pauvreté est l'empêchement de tant de mariages ! grâce aux calculs intéressés et personnels des parents qui oublient qu'ils ne sont pas les amants qu'ils tourmentent. Deux cœurs tendres s'aiment, dès les temps de l'enfance ; ce sont presque Paul et Virginie. Notre héros, à nous Arabes, s'appelle Orwah, et notre héroïne est Afrâ sa cousine.
Orwah était poète ; toujours des poètes, nous en trouvons partout. L'Arabie en fourmillait ; femmes poètes et hommes poêles, gazelles, lionnes et lions du désert. On n'a de notre héros ri amour qiu; les vers que lui inspira sa belle, aimante
cl aimable cousine ; vers naïfs et candides, lais lonl saccadés de plaintes, doléances d'un cœur qu'à toute heure abreuve la Irislesse comme une amère coloquinte. Plusieurs des vers d'Orwah sont passés dans les chants publics. Ainsi, les neuf vers que je présente ici sous le titre d'ariette, ont fourni trois thèmes à trois musiciens et chanteurs ; les quatre premiers vers formaient une ariette on cantilène ; les cinquième, sixième et neuvième en formaient une autre ; les trois derniers en formaient une. Une autre cantilène encore avait trois vers.
ARIETTE
• Oui, le jour où j'étais à Hoslres avec ma chamelle, elle et moi intimes compagnons de voyage, nous étions cependant en lutte de désir.
« Bonne chamelle (lui disaisje), eh ! si lu emportais sur le dos ce que j'ai d'amour (pour Afrâ1!, avec tout ce que tu as de désir (de revoir ta tribu), tu boiterais, ce serait trop lourd fardeau pour tes jambes.
« 0 vous, couple heureux de corbeaux qui avez votre nid d'amour au coin le plus secret de ma demeure, dites-moi, est-ce parce que ma chère Ali à s'est éloignée de vous, que vous criez vos cris plaintifs i
« Si ce que ces plaintes semblent m'annoncer de son départ est vrai, oh ! alors, tenez ! emportez ma chair dans votre aire, et mangez, mangez-là (je ne veux plus de lajie).
« \J monde ne saura pas quelle aura été ma mort, cl les autres oiseaux ne pourront dévorer ce que vous aurez laissé dans votre gite. (Nul ne saura ce que je suis devenu et je ne serai pas la pâture des oiseaux de proie. Seuls vous saurez mon sort.)
m FEMMES ARABES
« J'avais promis large récompense, pour ma guérison, au savant docteur de l'Yamâmah, à ceux de Hidjrân ; science impuissante!
< El cependant ils n'ont ménagé aucune ressource de leur science, a|cune adjuration, aucune évocation; ils ont tout épuisé ;
« Que le bon Dieu te guérisse ! me dirent-ils ; nous le le jurons, nous n'avons en main rien qui puisse alléger ce qui t'oppresse la poitrine. »
« Il me semble qu'à mon cœur un blond kata (\) soit suspendu par son aile frémissante, tant mon cœur palpite et bondit (d'amour). »
r.ANTti i:>F..
« Ce que j'ai enduré pour Afrâ excède mes forces, affaisserait les montagnes le plus solidemeul assises.
< 0 mon Dieu ! toi seul peux me soutenir sous le fardeau des souffrances dont mon amour pour Afrà m'accable depuis si longtemps.
< Il me semble qu'à mon cœur un blond kata soit suspendu par son aile frémissante, tant mon cœur palpite et bondit d'amour. »
Orwab était de la tribu des Hizâmides ou Béni Hizàm, sous-lribu des Jiéni Ozrah. Il fut un des martyrs de l'amour; l'amour l'a tué.
Hizàm en mourant laissa son fils Orwab en bas âge. Orwali resta sous la tutelle de son oncle paternel Ikâl lils de Mouhàdjir. Ik;'il avait une fille à peu près du même âge
I Le kala esl k ganga, ou leirao rl-rlutd, la perilrix rou**r. (« Mm Moud* <l» .k»fri . repère dit*- ptrrorir* pnr Trmmitirk.
AVANT USLAMISMK. IS7
qu'Orwah. l^es deux enfants jouaient, vivaient ensemble, ne se quittaient point ; innocents et simples comme on Test à leur âge, ils s'aimèrent l'un l'antre, s'aimèrent de tout leur cœur. Ikâl voyant la naïve et mutuelle tendresse de ces enfants, disait déjà à Orwah : < Sois tranquille, prends dès à présent augure d'espérance, va; Afrâ sera ta compagne, sera la femme, s'il plail à Dieu. »
Le temps passa ; Afrâ devint nubile ; Orwah devint homme. Un jour, il va trouver une tante paternelle à lui ; c'était Hind lille de Mouhàdjir. En conversant il arriva à lui dire : « Chère tante, depuis longtemps je voudrais bien le dire quelque chose..., mais je n'ose pas ; tu m'imposes. Jusqu'à cette heure, je ne t'ai pas ouvert mon secret, tant j'étais inquiet; j'ai le cœur serré ; j'ai les bras dans les entraves de la crainte. » La chère tante comprit ce que voulait dire le jeune neveu. Elle alla de suite trouver son frère Ikâl. « Mon frère, dit-elle, je viens le parler d'une affaire toute particulière, à laquelle je serais heureuse que tu consentisses. Dieu te récompensera de ta bonne action ; il s'agit de resserrer des liens de parenté, c'est une question de famille que je te veux proposer. — Voyons, ma sœur, dit Ikâl; voyons, parle : quoi que lu me puisses demander, je te l'accorde à l'avance. — Promets-moi de marier Orwah ton neveu, avec ta lille Afrâ ; fiance ces deux enfants l'un à l'autre. — Je n'ai absolument rien à objectera (a demande, ma sœur, et mon neveu n'est pas homme donl on puisse répugner à accepter l'alliance. Quant à moi en particulier, je n'ai rien qui m'éloigue de lui, ou qui m'engage à contrarier ses désirs. Il n'y a qu'une chose contre lui, c'est qu'il ne possède rien; et puis, je ne vois pas de motif si grand a précipiter ce mariage. »
La tante apporta le résultat de son message à Orwah. Le jeune amoureux trouva dans la réponse de son oncle, bien qu'elle fut ambiguë p1 vague, de quoi calmer un peu ses snu-
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cis d'amour, de quoi se leurrer d'espérance, presque se tranquilliser.
Mais la mère d'Afrà étail plus âpre, plus revèche a traiter que son mari ; elle voulait un gendre qui fut dans l'aisance, un gendre riche. Orwah avait les qualités qui font le relief d'un homme, il était beau ; c'était là sa seule richesse. Arrivé à Page drètrc marié, il apprend qu'un Arabe de sa- tribu, un homme de richesse, de fortune, d'aisance, demaudc la main d'Afrà. A cette nouvelle, Orwah se trouble; agité et effra\é il court chez son oncle, et sans autre préambule : « Cher oncle, dit-il d'une voix tremblante, tu sais bien quels sont mes droits d'après les promesses; tu sais bien à quel degré je te suis parent ; je suis ton enfant ; j'ai été élevé dans ton sein ; tu as eu soin de ina vie ; auprès de toi a été mon bonheur; je viens d'apprendre qu'un de mes contribules demande la main d'Afrâ; si tu acceptes cette demande, tu me frappes à mort, lu verses mon sang. Je t'en supplie au nom du ciel, au nom de notre parenté, au nom des espérances que tu m'as données! » Ikâl fut touché jusqu'au fond de l'âme. Il s'attendrit. « Mon tils, dit-il, malheureusement lu es sans fortune ; et nous, notre fortune est à peu près comme la tienne. Moi, je ne veux accorder ma lille qu'à toi, à toi et pas à d'autre. Mais sa mère, sa mère refuse obstinément de la marier ; elle veut une dot, et une riche dot. Vois, mon garçon; cherche, trouve un expédient ; prie le ciel de te venir en aide, de l'envoyer quelque fortune. »
Orwah ne sut que répondre. Il alla chez la mère d'Afrà, la supplia, la conjura, s'efforça de la fléchir. I*a mère fut inexorable, resta insensible à toutes les prières; elle ne voulut s'engager à rien avant qu'il eût la dot qu'elle exigeait et avant que, comme mère, elle eût reçu la part ou moitié qu'elle voulait de celte dot. Orwah dut céder. Il promit à la mère de la satisfaire; il comprit que ni parenté, ni autre raison que ce