‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 14 sur 36 · I BIMKS WtAM S · texte numérisé non relu

I BIMKS WtAM S

Oi'kCM'I.m's i'!'>utlpitsi-s, nin-irteiine». I.e* (irand* de Medinv demande» par h' dernier Tnbliu dont ou a tut* le (il s. Oliailiah ; dexoiiciueiil de >•> rluiileuse !Molaïkah. Snliu.1, f iin me iI'OIijiIi.iIi ; ctnuliliuii i|n'elle im.j pour ■.<>« mariage. - Comment Solma i|nilta «on mari et »auva s» tribu.

Par suite de l'application du korau, la position sociale do la femme, comme nous l'avons déjà répété, est décime. ta femme esclave même, tout en gagnant par la religion nouvelle le bénéfice considérable d'entrer dans la famille, d'être libre à la mort de son maître lorsque, esclave, elle a subi les volontés de ce maître et lui a ainsi donné une progéniture, cette femme, dis-je, a perdu sous certains aspects de la vie ordinaire, au point de vue même de la considération de l'esclave. Ainsi, avant l'islamisme, il y avait dans la société bédouine, des esclaves artistes ; toutes les musiciennes, chanteuses, ou instrumentistes, ou compositeurs, étaient des esclaves. Celte coutume, comme nous le verrons, se commua longtemps dans l'Islamisme. Aujourd'hui elle est éteinte ; on n'achète plus nulle part une esclave à titre et en qualité rie musicienne. Jadis celle qualité avait une valeur pour ainsi dire monumentale et donnait aussi aux femmes esclaves une considération immense au point de vue des jouissances de la vie. Les . kamah, c'est-à-dire les chanteuses, les artistes, étaient lïime de toutes les fêtes, avaient toutes les adorations. On les achetait des prix incroyables; on se les donnait en présents ; c'était l'aristocratie de l'esclavage, mais établie au moins sur un mérite; c'était le luxe des grands et ries riches, mais releté encore par une pensée d'art. Les qualités désirées et mliei-

W VNT I. ISI.AMISMK

citées chez les chanteuses étaient, dans l'ordre d'appréciation, la beauté, le talent musical, et l'esprit : trinité précieuse, line chanteuse était lenue d'être belle ; autrement sa fortune n'avait pas assez d'espérances... Du reste, rattachement de ces femmes esclaves pour leur maître allait souvent jusqu'au dévouement. J'en ai un exemple qui date au moins d'un siècle avant la prédication de l'islamisme (WîO à i72 de J.-C).

Le dernier des Tohha il), appelé Acad, roi des Himiarides et de l'Yémen, partit en expédition du côté du Bahreïn. Il laissa son (ils à Vathrih iMcdine). Le jeune prince lut assassiné dans un gucl-apens. Le roi revint tout furieux pour se venger, résolu de saccager et ruiner la ville, de couper tous les palmiers, d'égorger les habitants, d'emmener les entants en esclavage. Il arrive sur le territoire de Médine et mande à son camp les principaux personnages de la ville, qu'il désigne par leurs noms. Parmi ces personnages était un appelé Ohaïhah; il était riche, il possédait même plusieurs donjons ou castels fortiliés qu'il avait lait construire. Ohaïhah, à rencontre des autres, ne prévoyait rien de bien de la part du Tohha .

On se rendit au camp du roi. Ohaïhah suivit les autres personnages ; mais il se (il accompagner d'une jeune chanteuse, son esclave, appelée Molaïkah, et emporta une lente et du vin. Arrivé au camp, il dresse sa lente avec soin, y place la chanteuse et le vin, et il va de suite solliciter une audience du Tobhâ. On l'introduit ; le roi le faii accroupir sur le même lapis que lui; puis, après quelques mots d'entretien, demande au médinois quelles sont ses richesses el ses propriétés. Ohaïhah les lui énuméra ; à chaque fois qu'il en indiquait une nouvelle, le Tobba disail : <• Tout cela est majntenant ici présent sur mon tapis. » Sa Majesté entendait par là qu'elle avait résolu de tuer le propriétaire et de confisquer

• Vmr la noir do I i p,»pr .VI.

FKMMKS AHAUKS

les propriétés. Ohaïhah comprit parfaitement. Il prit congé et sortit.

Il rentra dans sa tente ; des gardes du Tobba étaient apostes à côté, en sentinelles. Ohaïhah se met à boire; il afleele joie cl gailé ; sentant sa verve échauffée, il fait chantera sa chanteuse, sa chère Molaïkah (petit ange, petite reine) qui l'accompagnait sur la mandole, les vers suivants qu'il lui improvise : « L'amour enchaîne mon cœur auprès de Molaïkah ; que ne peut-elle ce soir répondre à mes amoureux désirs !

« Qu'il est beau le beau cou de Molaïkah ! que belle est sa poitrine! que belle est la gorge qui la pare!

« Dieu ! que ne puis-jc l'avoir encore celte nuit, quand tout repose endormi, quand le chien vigilant dort

aussi !

« Une nuil, où nul passant ne nous voie, nul que l'œil brillant des éloiles!

« Que la chanteuse et son luth me pleurent ; que me pleurent le vin et mes joyeux buveurs ;

« Que la chamelle me pleure cl quand on la selle pour le départ, et quand ses hautes épaules disparaissent dans les espaces du déseri !

« Que I on me pleure dans les réunions ! L'homme sait-il jamais le destin qoi l'attend ? » Molaïkah chanla le reste du jour, continua fort avani dans la nuit. Lorsque les gardes apostes à la lente Turent endormis : « Je pars, dil lout bas Ohaïhah a sa belle chanteuse ; je retourne à Yalhrib. Ferme bien la tente sur loi : quand l'envoyé du Tobba viendra m'appelcr, réponds : « N dorl#. » S'il insiste et veut h toute force nf éveiller, dis alors : «< Il est parti, mais il m a charge d'un message pour le roi. » Si l'on te conduit au Tobba, expose-lui les paroles que voici : « Ohaïhah k< dit : venge-toi sur une chanteuse, on

AVANT I. isu.mis.mi;. sr»

laisse-la ; c est comme lu voudras ; elle esi à la discrétion, elle se livre à la irailressc vengeance. » Puis Ohaïhah s'esquiva el alla se réfugier dans son donjon de Dahyan.

Celle même nuit-là, le Tobba lii saisir et égorger toute la députalion *dcs médinois. Il envoya aussi prendre Ohaïhah. Mais la chanteuse, quand les émissaires du roi vinrent l'interpeller el demander Ohaïhah, répondit : « Il (tort. » Ils s'éloignèrent, puis revinrent, revinrent encore ; el toujours Molaïkah répondait : « Il dort. • Enfin : « Eveille-le, crièrent-ils, où nous entrons de force. — Il est parti, répliqual-elle ; mais il m'a chargé d'un message pour le roi. » On la conduisit au Tobba. < Où esl Ohaïhah ? lui demanda celui-ci. — Il s'est enfui. Mais il te dit : satisfais ta traîtresse vengeance sur sa chanteuse, si cela le plait ; ou laisse-la. »'

[jc roi dépêcha une troupe de cavaliers a la poursuite du fuyard ; on le trouva avec ses gens en défense dans son donjon. On ne put le forcer... On assiégea Médine ; mais on trouva une résistance vigoureuse et on dût faire la paix. Le Tobba rentra dans ses Etals.

Ohaïhah, dans une expédition qu'il dirigea contre les Na~ djàrides ou Béni Nadjâr, tua le frère d'un appelé Acim. 1>< là, vengeance ; le sang pour le sang. Acim, vers la nuit, rôdait autour de Dahyân, cherchant à surprendre Ohaïhah. Deux fois Acim lança une flèche au moment où Ohaïhah rentrait à son donjon ; et deux fois la porte lit office de bouclier et reçut la flèche. Ohaïhah résolut d'aller tomber à l'improvisle sur les Nadjàrides. Il fixa à ses gens le jour du départ.

Ohaïhah avait pour femme Solma, d'une illustre famille Nadjàride. Elle ne se maria jamais qu'il condition de rester libre de disposer d'elle-même, c'est-à-dire à condition que, si quelque chose lui déplaisait dans celui qu elle acceptait pour

itti KKMMkS AHAliKS

mari, elle le quitterait «|iimi<l elle voudrait. Apres qu elle eut quitté ( Humait, elle Cul mariée au bisaïeul de Mahomet. Or. voici comment elle se sépara de notre médinois.

Solma apprit le projet d'aller surprendre les Nadjàrides ses contribules. Elle avait d'Ohuihah un fils qui venait d'être sevré. Elle passa une corde autour de cet enlanl et la serra légèrement, mais assez pour que la gène qu'il en ressentait le lit pleurer. Le pauvre petit pleura toute la nuit. Solma le prenait à chaque instant entre ses bras, cherchait à le calmer. Ohaïhah passa avec elle la nuit, sans sommeil, et lui répétait: «< Qu'a donc mon tils, ma chère amie ? — Mon Dieu, répondait-elle, je n'en sais rien. » Au point du jour, elle délia le marmot qui alors s'endormit. Solrna parut alors accablée de fatigue cl se plaignit de mal de téle. < Par Dieu ! dit alors Ohaïhah, cela vient évidemment de la veillée de la nuit. » La migraine dura, sans laisser trêve, et le mari passa encore la nuit suivante sans sommeil, occupé à appliquer et à renouveler des bandes et des compresses sur la téle de sa femme, et il répétait : « Ce ne sera rien, Solma; ce ne sera rien. » Un peu avant l'aube : « Va, dit Solma à son mari, va dormir un peu ; je me sens bien maintenant ; je n'ai plus rien ; mon mal est dissipé. » Dans tout cela, elle n'avait eu d'autre but que de fatiguer Ohaïhah par une longue veille et de l'obliger à uu profond sommeil. Une fois qu'elle voit son mari bien endormi, elle va prendre une forte corde, l'attache solidement au haut et en dehors du donjon, s'y suspend à deux mains, descend, atteint le sol, court de suite à sa tribu et y donne l'alarme. On se prépare, on prend les armes, on se rassemble. C'était le jour tixé pour l'attaque. Ohaïhah avant son départ, dans la matinée, ne s'était pas informé de la santé de Solma. Arrivé près du camp de la tribu il trouve les Nadjàrides sur leurs gardes et bien disposés a le recevoir. « Voilà l'oeuvre de Solma, s'écrie-t-il ; elle m'a trahi ; elle en est venue à son but. »

AYANT LIS1.AMISMK *J7 Ohadiah aliaquc les Nadjàridcs ; mais la .résiMance était prêle ; la rencontre fnl nulle.

Solma ne revit plus Ohaïhah. En mémoire du procédé qu'elle employa pour fuir du donjon ou castel marital, elle reçut le sobriquet de moulédallyah on la suspendue.

De la nuiMi|iie m», i. nnc «le* Ar.ilo ». - Le.» ileu\ rli.iiilen>e< appelles Djerr.olali \.l ou les riR.ilrs île* Ail. - De* rh;inleii*cs comme lu\r. Ahit MI.iIi et *..n père DjouiUn ; le poêle Omoali liU il'Aliou I -Sali. Abil Allah lui iloune seiwlctix «hanleii*e«.

La canlatille de Molaïkah fut longtemps conservée dans les chants publics. Ou la chantait encore avec enthousiasme à Bagdad, à Itosrah, a Moussoul (le vrai nom est Maùssil), sous les règnes d'Emin et de Mâmoûn. tous deux fils de Haroùnel- Hachid. Elle avait alors, sans aucun doute, un tout autre air que celui que dut improviser la chanteuse d'Ohaihah. Los règnes de ces trois kalifes et aussi celui de Motacem qui les suivit, lurent les beaux temps de la passion musicale chez les Arabes ; alors vivait Ishàk (Isaac), la plus belle et la plus sympathique voix qui ait |>eut-étro retenti parmi les Arabes ; nous aurons souvent à en parler. Avant l'islamisme, la musique n'était guère (prune psalmodie peu ambitieuse, que variait et brodait la chanteuse ou le chanteur, selon son goût, selon son émotion, selon Teflet que Ton voulait produire. Ces variations ou plutôt ces caprices, ces fioritures se prolongeaient à l'infini, sur une syllabe, sur un mot, sur un hémistiche, de telle façon qu'en chantant une cantilène de deux ou trois vers seulement, on en avait parfois pour des heures. C'est encore aujourd'hui la même méthode, la même manière; quel vayageur, quel touriste, en Egypte, n'a pas entendu chan-

J:w * 1 LMMKS Alt.VM S

ter pendant une demi-heure cl plus, sans s'arrêter, avec les deux seuls mois : yâ léily, ô ma nuit !

Le timbre de la voix, sa flexibilité, ses vibrations, le sentiment qui faisait sonner ou frémir le timbre, différenciaient le mérite des chanteuses. La vivacité, la gaîté, la langueur amoureuse, étaient les ressources les plus puissantes et les plus sûres ; le vin et l'amour payaient les plus forts écots dansées anciens concerts à une voix ou à deux voix à l'unisson.

Deux chanteuses, musiciennes, compositeurs, se tirent une réputation brillante et une vie plus brillante encore, peu de temps avant l'islamisme. On les appelait, et l'histoire leur a conservé leur titre, les deux Djerrâdah Ad, ou les deux cigales des Ad, par allusion à deux célèbres chanteuses des Adides ou Béni Ad, lesquelles avaient, dit-on, le sobriquet de Djerrâdah, mais dont le nom était Youmàd et Youâd. I.es Ad, si souvent cités dans le Koran (I), étaient des tribus de géants, vrais patagons de l'Arabie des plus vieux siècles... C'est comme si nous disions, nous, les deux cigales gauloises ou gaéliques.

Ces deux esclaves, d*où venaient-elles? Étaient-elles d'origine étrangère à l'Arabie ? Étaient-elles esclaves noires ou esclaves abyssiniennes comme étaient et sont encore généralement les esclaves mâles ou femelles en Arabie? Les traditions n'en disent rien. D'après les légendaires, elles furent célèbres, cl elles appartinrent h Abd Allah fils de Djoudân. i.cs esclaves chanteuses étaient un luxe des riches personnages. Ce luxe se continua ; les kalifes avaient pour les fêtes de leurs palais, pour leurs festins, pour leurs orgies avinées, des chanteuses achetées à grands prix ; et ces belles esclaves avaient les faveurs et les générosités de ces souverains orthodoxes, amis dévoués au vin, à la musique, et aux vers. Seulement, alors, les cours et les petits soupers étaient en-

I Voy. chap. Il, M, », «U1, 50, ré, etc.

\VA\Ï I ISI .AMISMK.

tore hantés et réjouis ou parfois attristés par les chants joyeux, ou louchants, ou philosophiques des chanteurs et îles musiciens. Avant l'islamisme, les chanteuses, et toujours elles étaient îles esclaves, mais esclaves adorées de leurs maîtres, étaient en possession du chant et même de la composition musicale; c'était presque un monopole dont personne ne leur disputait les charmants bénéfices. Après l'islamisme, mais assez longtemps après, il y cul des chanteuses non esclaves, des chanteuses et cantatrices de profession. Aujourd'hui l'habitude et la profession existent encore... Nous reparlerons un peu plus loin de la musique, des chanteuses et des chanteurs.

U'S deux cigales de Djoudân ont laissé des chants de premier mérite. En voici un qui est conservé dans la catégorie d'honneur appelée les cent airs choisis. C'est au point de vue musical que l'antiquité musulmane a établi et fixé ce choix. Mais comment retrouver la musique de ces cantilènes. lMus d'un maestro, plus d'un Félicien David serait encore plus curieux que moi de rencontrer ces souvenirs que le temps a dévorés. Le temps ! Comment, à cet avalcur perpétuel, faire rendre gorge? Il vous répondra qu'à ces époques, comme chez les Grecs, on n'écrivait pas la musique ; un air, comme encore à présent chez les musulmans, est une propriété ; pour l'avoir il faut le demander au compositeur ou au chanteur, qui vous l'apprend de voix à voix. Ils n'ont pas d'autre moyen de transmission ; écrire un air est pour eux chose étonnante, incompréhensible.

CAN I ATII.I.E.

< Macif n'a plus d'habitants, est devenu sauvage, et de même encore la vallée de Nakhlah, el aussi Rarif. ♦ Me pourra-t-elle conduire de ces lieux abandonnés

2 ill FKMMKS AKAHKS

jusqu'à ma tribu, ma chamelle mahrienne au pas facile et infatigable ?

. Ma belle Oumm Othmàn, réjouis mou cn^ur; la moindre caresse de loi me fera tant de bien !

« Nos oncles paternels, ces boni mes au front noble et grand, sont du sang de Louay ; oui, certes ! *ît nos oncles maternels sont du sang de Thakîf (1 1. » Le clianl de celle cantatille fut composé par les deux Djerràdah «l'A M Allah fils de Djoudàn.

AIW AU. AH ; SON PfcHK : SES I»K l X CHANTKl SES.

Abd Allah élait un des riebes Arabes de son temps. Djoudàn, son père, vécut d'abord dans l'extrême misère, les deux mains dans la poussière. C'était d'ailleurs un mauvais sujet et un assassin, ne tenant à conscience aucune œuvre de mal quelle qu'elle fut. Son père et sa mère s'étaient fatigués de payer les rançons de ses méfaits. Enfin il fut expulsé de sa famille qui avait juré de ne le plus jamais recevoir.

ïl se retira alors dans les vallées et ravins du territoire de la Mekkè, ne sachant plus que devenir, adjurant la mort de le délivrer des horribles ennuis de la vie. Or, en rôdant près d'une montagne éloignée de la Mekke, il aperçut une ouverture \ il y pénétra, espérant trouver quelque serpent qui lui donnât la mort. Djoudàn ne voit rien d'abord. Il avance lentement;... il arrive à un serpent monstrueux au front duquel deux yeux brillent et pétillent comme deux flambeaux. Le serpent s'élance sur lui. Djoudàn se précipite sur le reptile qui alors s'éloigne en tournant autour de la caverne comme pour revenir sur son adversaire. Djoudàn fail un bond vers

I ThaWif fut la *.»ur»ic d'une nombreuse Irihu. - l,ouâ> esl le nom du 8' aïeul de Mahomet.

AYANT I. ISKAMISMK M tu bête qui alors silllc un sillleincnt de stridence saisissant*'. Djoudàn avance encore; le .serpent recule épouvanté, puis s'arrête. Djoudàn s'arrête aussi, le fixe, l'examine,... réfléchit. « Est-ce que ce serpent, se dit-il, serait un être artificiel? » El Djoudàn se jette sur la bête, la saisit et l'étreinl a deux mains,... regarde encore... C'était un serpent en or, ayant pour yeux deux rubis. Djoudàn le brise, et en extrait les deux yeux. Puis il pénètre plus avant dans le souterrain et il aperçoit de grands cadavres d'hommes étendus sur des estrades et ayant près de la tête chacun un écriteau en argent, donnant à lire la date de l'inhumation. Djoudàn examine de près; tous étaient des rois descendants de Himiar (1). Ils avaient des vêlements enrichis de broderies, mais tellement épuisés par le temps que tout ce que Djoudàn en touchait s'en allait en poudre impalpable commences fines poussières qu'on voit se jouer au milieu d'un rayon de soleil, dans une chambre ou une tente. L'inscription d'un de ces vieux rois, appelé Noufaïlah quatrième arrière-petit-fils de Kahtân (le Joctan de la Bible) portait ceci : « Je suis Noufaïlah fils d'Abd el-Moudàn... J'ai vécu cinquante ans. J'ai coupé, taillé, Touillé la terre en dedans et en dehors. J'ai cherché les richesses, la gloire et la puissance ; mais rien n'a pu me garantir de la mort. >

Au milieu de l'hypogée était un énorme tas de pierres précieuses, d'émeraudes, de perles, d'or, d'argent. Djoudàn prit de tout cela tant qu'il en put porter. Et il sortit, ferma l'entrée du souterrain avec un bloc de pierre qu'il marqua de certains signes. Il retourna du côté de la demeure de sa famille, et fit parvenir une partie de ce qu'il avait recueilli, à son père, lui demandant d'être réintégré à la demeure paternelle et d'être pardonné. Le père pardonna; Djoudàn rentra

(V, Noe fut le 8? aïeul de Himiar qui était frère île SalA. Ilimiar me parait avoir > " contemporain de Taré père d'Abraham.

•ti KKMMKS MtARKS

«•il grâce <-t «m» famille. Il enrichit Ions s.-s parents ; il vécut dans le luxe et l'abondance, tenant table ouverte à tons, répandant et semant ses bienfaits. 11 dressa une immense chaudière, de façon qu'un passant monté à chameau pouvait y prendre à manger sans descendre de sa monture et sans la faire agenouiller. Une fois un jeune garçon tomba dans la chaudière et se noya dans la sauce. Abd Allah continua son père. Mahomet a parle de celte chaudière ou sébile-monstre, et a dit : « Je me suis mis à l'ombre auprès de la sébile d'Abd Allah fils de Djoudàn, au fort de la chaleur du jour. »

L'histoire merveilleuse de la fortune de Djoudàn est une des mille explications souvent admissibles des fortunes subites et inconnues d'origine. Quel qu'ait été le fait, Abd Allah hérita de son père et devint une sorte de Lucullus, de Crésus de l'Arabie. •

Le poète Oméyah lils d'Abou l-Salt qui était lié d'amitié intime avec lui, vint un jour le trouver. Le poète avait l'air préoccupé et soucieux. < Qu'as-tn donc aujourd'hui? lui dit Abd Allah; qu'y a-t-il? — Eh! des chiens qui me sont venus aboyer sus, des créanciers qui me happent et mordent au vif. — Tu arrives en un mauvais moment; je suis en défaut ; j'ai des obligations, certaines dettes auxquelles je ne puis faire face de suite. Attends un peu, que je rassemble ce que j'ai à toucher; je me porte garant de ce que tu dois, et je ne te demande pas même qu'elle est la somme, ni la valeur. > Oméyah rendit grâce à la générosité si empressée et si complaisante de son ami et se retira. •

Abd Allah paya les dettes du poète ; cl le poète revenant chez son ami, lui récita une petite kacideh ou pièce de vers dont la reconnaissance et l'amitié avaient inspiré les sentiments et l'expression. Ainsi, entre autres choses, il disait : « Homme généreux, dont le matin ni le soir ne peuvent changer la noble nature!

AVANT L'ISLAMISMK iW

« Tu es l'image du veut kiciilaisanl ; tu verses tes dons et tes largesses eu ces jours où le rude hiver relègue même le chien dans son réduit.

< Qirune seule fois on dise ta louange, cela suffît à ton cœur; il ne sert de rien de l'exposer ce dont on a besoin. (Tu sais le voir, et tu donnes.)

« Vous éloignez-vous d'Abd Allah? Alors sachez bien que nulle part ailleurs vous ne trouverez de générosité pareille.

« Oui, je vous le dis, il a élevé la libéralité a la hauteur où l'œil voit le ciel.

t Est-ce que le ciel est caché pour quelqu'œil que ce soit? Est-ce que le soleil levant peut-être inaperçu? (Non; ainsi est la munificence d'Abd Allah.) » Lorsqu'Oméyah récita ses vers, Abd Allah avait près de lui ses deux chanteuses; et, partant d'un élan de joie et de bonheur : « Omcyah, s*écrie-t-il, prends de mes deux belles* chanteuses celle que tu voudras, elle est à toi. — Le poète, qui tenait sur elles ses yeux fascinés, ne pensa même pas à refuser; il en prit une immédiatement. Quelques instants après, il se retirait emmenant son précieux cadeau.

Chemin faisant il passa près d'un groupe de Koreïchides (1). Voyant le poète et la chanteuse on comprit de suite qu'il l'avait reçue en présent. On blâma le poète de son irréflexion. • Commeut ! lui dit-on ; lu sais bien qu'Abd Allah est dans un moment de gène. Va lui rendre son esclave ; ce brave vieillard en a besoin pour son service. En la lui ramenant, tu le loucheras au cœur, sois eu |>ersuadé, tu lui feras œuvre à ses yeux plus généreuse même que tout ce qu'il a fait en se posant caution de tant d'obligations. Va, reconduis cette fille à son premier maître. » Le poète fut frappé, ému de la vérité

(lj L«» kor«ichi<le» ou H*ui liorHch cUicnt la plus illuUrr Iribu arabe; c'esli»

iii FKMMKS AHABKS

et de la sagesse de ces paroles ; elles tombèrent au co-ur d'Oméyah. Il se repentit de la précipitation avec laquelle il avait accepté l'offre de son ami, et il retourna immédiatement chez Abd Allah afin de loi remettre la chanteuse.

Oméyah entre ; Abd Allah en l'apercevant lui dit : • Je suis sur que tu viens me rendre ma jeune esclave? Je suis sûr qu'on t'aura blâmé de l'avoir reçue. » El il répéta h peu près les mêmes paroles qu'avaient dites les Koreïchides comme blâme et comme conseil. « Tu ne te trompes pas, reprit Oméyah; c'est exactement là ce qu'ils m'ont djt. — Et que leur as-tu répondu? — Mon cher ami, répartit-il, écoute. » Et il improvisa ces deux vers :

< Toi, quand tu donnes, tu prodigues toujours jusqu'au degré du luxe ; tout le monde ne va pas comme toi jusque-là. (Les autres ne donnent pas au-delà de ce dont on a besoin.)

« En venant te demander à toi, face à lace, on n'a jamais auprès de loi d'échec à subir comme auprès de» autres. >

— Prends encore cette autre chanteuse, prends-là aussi, te dis-je, elle est à toi. » Oméyah dut la prendre.

I>e poète partit, emmenant les deux chanteuses. Il passa de rechef vers les Koreïchides qu'il avait rencontrés, et dont il avait suivi le conseil. Il s'approcha d'eux, et dans l'enthousiasme de sa reconnaissance, il improvisa plusieurs vers où il exalta la générosité et la munificence de son ami.

Oméyah demeura propriétaire des deux célèbres chanteuses.

AVANT I/ISLAMISMK

WXII

ï)c la ffmmf esclave. — Delà qualité de mère de l'enfanl, a\anl elaprc» I islamisme; de la liberté de l'enfant. - Suballernisalion de la femme. — La femme comparée a l'bomme.

Cette position de chanteuse était pour les femmes esclaves la plus séduisante et la plus élevée qu'elles pussent espérer. Toute autre situation pour elles chez les Arabes était des plus humbles et des plus minimes. Les femmes esclaves étaient à la discrétion de leur propriétaire, et il avait, en sa qualité, le droit absolu d'user et d'abuser. Elles servaient à tout et de tout. L'islamisme a relevé la femme esclave ; il l'a laissée, il est vrai, aux caprices voluptueux du maître, à la discrétion entière du propriétaire : mais de cette destinée sociale ellemême, la religion nouvelle a déduit, en les consacrant, certains droits qui impalronisent la femme dans la famille dont elle est la marchandise. Ainsi, la femme esclave qui est devenue mère par l'œuvre de son maître libre, est en possession formelle de ce qu'on nomme les droits de maternité. Cette femme devenue, comme dit la loi, mère de l'enfant,, ce qui signilie mère d'un enfant de son maître libre, mère d'un enfant de la famille de son maître, a droit à des égards en raison du titre de mère qu'elle a gagné, a droit à l 'affranchissement après la mort de son propriétaire. Le maître ne doit plus vendre celte mère de son enfant ; elle est entraînée et assise sur le bord du giron de la famille qui est obligée de la respecter. Mais en n'accordant la liberté qu'après la mort du maître (le maître peut toujours affranchir quand il lui plaît), la loi a voulu empêcher l'accession d'un héritier au partage de la succession, et par

m KKMMKS AKABES

suite ne pas gêner les chefs de famille dans la multiplication des enfants en faisant craindre une trop nombreuse hérédité. L'enfant est forcément de condition libre, car c'est la paternité qui consacre la valeur sociale des enfants. Aux siècles du paganisme, il n'en était pas ainsi. L'esclave, même devenue mère par le fait de son maître libre, restait esclave comme auparavant, n'acquérait aucun droit légal qui tendit à améliorer le sort de la mère et de l'enfant. Celui-ci restait esclave aussi ; et ni lui ni sa mère n'avaient à espérer d'affranchissement que de ta bienveillance et de la générosité du maître. Ainsi, le fameux Anlar, le poète, le cavalier des cavaliers, conquit sa liberté sur le champ de bataille: il était (ils d'une esclave;* et le père, dans un moment de danger, dans une rencontre sanglante, promit à son fils esclave de le déclarer libre si ce fils parvenait a culbuter l'ennemi. L'intrépide esclave culbula l'ennemi, et fut homme libre. Mais sa mère resta esclave. Le roman qui détaille la vie d'Antar sous des formes si pittoresques, est assez connu.

En somme, je le répète, ce n'est toujours que la position matérielle que l'islamisme améliore ; il éloigne la femme de toutes les œuvres sociales ou intellectuelles ; il la renvoie et la séquestre au harem. Bien plus, il l'exclut même des prières solennelles et publiques, à moins qu'elle ne soit déjà d'un âge avancé et annulé. A plus forte raison l'exclut-il des fonctions publiques ou même gouvernementales. « Un pays gouverné par une femme est un malheureux pays, » a dit Mahomet. Voila la loi salique, la pragmatique sanction. Quelle exclamalion eut poussée Mahomet, s'il eut vu une hippiade royale!

Ainsi, dans toutes les civilisations, jusqu'aujourd'hui, toujours la suballernisation de la femme. Nous voyons même Jésus traiter une fois sa divine mère d'une manière presque humiliante pour elle. Mahomet a feint de ne pas savoir tout ce qu'il v a de qualités à exploiter an profil de la so< iélé dans la

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femme. C'est toujours et partout la tendance de l'homme : dominer, imposer sa volonté. Selon l'homme, la femme est un composé d'innombrables défauts ; mais selon la femme, croyez-vous que l'homme ne soit pas un compost; bien autrement multiple et vicieux ?

Les natures vivantes et humaines se ressemblent comme type général. I^a combinaison physique et la combinaison passionnelle et intellectuelle, dans la femme et dans l'homme, ont les mêmes éléments, les mêmes proportions d'éléments, donnent des individualités analogues, des différences analogues d'individualités. L'esprit femme ou l'esprit homme grandit en tout pays par la culture. Les nuances sont l'effet des localités, mais le fond est le même.

Partout le cœur des femmes est rempli d'émolious, de générosités, de sentiments profonds. Si l'homme a parfois de la délicatesse, de la sensibilité, du dévouement, de la tendresse de la femme, si le type féminin se caractérise parfois en nous, la femme aussi est souvent a l'unisson de l'homme en vigueur, en énergie, eu hauteur de pensées, en virilité de génie. La femme et l'homme ont, plus que quelquefois, l'hermaphrodisme intellectuel et inoral ; dans Tune et dans l'autre se manifeste le dualisme de la création ; l'une et l'autre est parfois, pour ainsi dire, père et mère, lils et tille, frère et sœur, en même temps. C'est l'unité multiple; c'est le mot homme, pour dire l'homme et la femme. La guerre a eu ses femmes héros, ses héroïnes hommes ; le cirque de l'intelligence a vu pareillement sur sou arène les femmes gagner des couronnes ; les sciences ont eu leurs femmes philosophes, les lettres leurs femmes poètes. En manquons-nous aujourd'hui ? Depuis longues années, combien n'y a-t-il pas de femmes célèbres sur le panorama de la société française et de lu société anglaise ? L'individu homme ne veut pas partager l'empire; même axer ce qu'il aime, et son dictionnaire,» ce point

2 W FKMMKS AB.ABKS

de vue, est si restreint, si bref, si égoïste, qu'il n'y a mis qu'un seul mot : Moi, et encore ce mot a-l-il une initiale majuscule. Donnez une éducation grande et bien nourrie à la femme; et, pour citer un mot heureux d'un contemporain, comportez-vous en cela comme vous feriez en cédant à l'enfant gourmand qui vous dit : « Donnez-m'en trop. . Mais non, la vanité fait cabrer l'homme. Certes, la femme a bien le droit de s'écrier : « En vérité, le métier de femme est un

dur métier. « Et puis, de deux adversaires, le moins fort est regardé comme le plus coupable.

\XMH

Relation» enlre le* esprits ei fes cires humains. - Le» différent» e»prtl*. djinn, chailan, goules etc. — Esclave attrapée par un maxbab. — Goule du poêle Taanbata C.harran. — Ine sl'làh mariée a un homme. - Jeune fille reprise a un afrll. - Salomon, roi de* esprits. — Djinn le préadarnite. — l>i»e» ; péri». — |,e grand diable Iblis; ses cinq fils. — Les hàtcT ou voix du ciel, l'n jaloux informé par un hâlef. — Jalousie chez les Arabes. — Nouer la branche ou nouer le r<Uam.

Les anciens Arabes païens avaient aussi admis des femmes dans le monde invisible et croyaient de foi sincère que ce monde-là et le nôire avaient des relations amoureuses, et que les esprits, ou mâles ou femelles, des créatures intermédiaires, soit qu'ils prissent un corps comme le nôtre, soil qu'ils restassent dans leurs formes inatlingibles à nos yeux, communiquaient avec nous, avec les hommes et avec les Irmmes, par des immixtions erotiques.

La genlililé arabe avait ses gnomes, ses stryges, ses cphialles, ses willis, ses empuscs, ses dives, ses péris, ses ondines et ses apsnras, ses elfes et ellines, ses mixes et ses Unes, ses lémures et ses lamies, ses belles walkyrics cl se*

AVANT L'ISLAMISME. 449 effrayants imbloques ou brucolaques. Mais au désert, aux villages ei aux villes d'avant et d'après l'islamisme, ces êtres mystérieux s'appelaient et s'appellent encore — les djinn ou géoies, — les djinoy ou géniens, créatures teuant de l'espèce humaine et des djinnah ou djtnn femelles ou djinnesses, — les amloûk tenant de l'homme et du si'làh, et le si'lâh est une sorte de goule, — les alyân, créatures intermédiaires entre l'homme et l'ange, — les delhàth, qui habitent les îles reculées des mers. Les dclhatli ont la forme humaine et mangent la chair des cadavres d'hommes que la mer rejette sur les rivages. Un voyageur a raconté qu'un delhâlh vint, étant a califourchon sur une autruche, barrer le chemin à un bâtiment maritime pour s'en emparer. On se battit contre ce démon ; mais soudain il poussa un épouvantable cri et tout l'équipage tomba renversé sur la face. Le delhâlh sauta à bord, se contenta d'enlever un homme de l'équipage et s'en alla.

On croyait que les anciennes tribus des Djourhoum étaient un produit né de l'union d'anges et d'êtres humains, que Bilkis ou Makéda, la belle reine de Sabà, qui alla admirer Salomon et se maria avec lui, était issue de l'union d'un être ange ou génie cl d'un être humain. Les populations des Chikk, des Gog, des Mâgog el des Daùlafany, toutes créatures monstres mangeant serpent el vipères et scorpions, et situées au Nord de la Chine, par delà la Grande Muraille, ce barrage eu pierres scellées de fer el de plomb fondu, que leur opposa Alexandre le bicorne afin qu'ils n'inondassent pas la terre, étaient des progénitures nées de l'union de plantes avec des animaux. Cet Alexandre, lui-même, avait eu pour mère Kabra el pour père Abra ; Abra était un ange el Kabra une femme de ce monde. Des gens qui, âmes désespérées ou furieuses, se sont aventurés à courir le monde, allant devant soi, sans savoir où, et de te nombre d'aventuriers fantasques et errants

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lui un certain Siiiâu, oui été jugés bons producteurs et pris par des djinn qui les prièrent de leur faire l'honneur de rendre les djinnesses mères.

Les mariages réels et les surprises coupables et momentanées avaient lieu de la part des djinn mâles et femelles, à l'égard des .êtres humains. Cette donnée est fournie par des traditions lhalmudiques qui enseignaient que des anges ou des esprits viennent des planètes visiter les filles des hommes, parce que ces anges ou esprits les trouvaient belles. La djinnesse qui, dans ses débauches et passions volu pieuses, voulait s'unir par surprise et sans mariage à un homme qui lui plaisait pour amant, se livrait à lui. Mais ensuite il était sous l'influence puissante et mystérieuse de la djinnesse. Cette influence, au moment des rencontres, se traduit par l'épilepsie ; l'homme ne sait plus où il est ; il se convulsionne ; il écume; et puis il revient à lui. De même se conduisent les djinn avec les filles des hommes. Amours terribles, amours redoutables, pavées par force, et dont la lin fatale, la mort, se précipite à mesure que se rapprochent les exigences de ces esprits trop puissants. Les grandes dames d'entre les djinnesses, disaient aulrefois les Koreïchides, ces païens qui étaient les aïeux des contribules futurs de Mahomet, ces grandes dames, les princesses de chez les djinn, étaient des filles du Dieu de miséricorde.

Faut-il citer encore les khirrit? Ces démons, ces esprits-là, se plaisent à courir les sinuosités des déserts, mais pendant les heures et les jours les plus brûlants, à harceler les voyageurs pour les faire étouffer de chaleur et de soif.

Kt les mazhah, tribu des chaïtân ! Certains portent des fanaux devant les gens, s'attachent surtout au soft et lui apportent à manger et h boire dans sa retraite ou en voyage. D'autres récitent des vers des poètes arabes. Ln domestique, esclave d'un voyageur, prit la fuite. « Je me suis mis à la

AVANT l/ISUMISMt:. 1,1 recherche du fuyard, a dit le voyageur, el je rencontrai tout à coup quatre individus qui se récitaient des vers de nos poètes Farazdak et Djérir. Je m'approche ; je salue mes quatre inconnus. « Qu'est-ce que tu veux ? me disent-ils. — Itien. — Tu cherches ton esclave, me réplique l'un d'eux. — Et qui t'a appris la fuite de mon esclave. — La même chose que ce qui m'apprend ton ignorance et ta bêtise. — Moi ! je suis un ignorant !... — Certainement ; et de plus -un extravagant, une tète sans cervelle. » Et mon interlocuteur si peu poli disparail un moment et revient avec mon esclave garolté. Je lus tellement abasourdi que je m'évanouis. Quand je fus revenu à moi-même, mon inconnu me dit : < Souille-lui sur la main. > J'obéis, et les liens de mon esclave se délièrent. De ce jour-la, je ne soufflai sur chose que ce fût de cette nature qui ne se déliât, sur douleur ou malaise on gêne que ce fût, qui ne s'évanouît. *

Il y a aussi les ghoûl, c'est-à-dire les goules, ogres de méchanceté, vivant dans les endroits déserts, les lieux hantés des serpents, aux détours des vallées de malheurs, ogres se ruant sur les gens. Le goûle est un être errant, solitaire, diiïorme, en dehors des allures naturelles des créatures, tenant de l'homme et de la brute. 11 court seul dans les solitudes, comme la bête sauvage. Il se laisse voir du voyageur qui voyage seul dans la nuit, dans les heures auxquelles nul ne veille ; il se donne pour homme el il l'ait perdre le chemin au voyageur.

Un poète, terrible pillard, coureur infatigable, gueux lieffé, célébrité du désert, un appelé Taabbala Charran, eut maille à partir avec des goules. Il en avait une qui le suivait |iarfois dans les sables et dont il demanda les faveurs. Il fut refusé. Une lois, disent les légendes «le ce poète anléislamique, une fois, par un temps noir, au milieu du tonnerre et des éclairs, il passa la nuil «mi plein désert , retait à un lieu

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appelé Kaha-Bilàn. Toul-à-coup Taàhhata Charran «si accosté et assailli par une goùle qui lui barre le chemin. Pendant toute la nuit, jusqu'aux premières lueurs du jour, il se battit coulre la goùle ; elle cherchait à le saisir ; elle s'acharnait contre lui, furieuse, comme un lion, mais de ces lions irrités sous la figure desquels se transforment les djinn. Lui. attentif, esquivait les assauts de la goùle. Elle, elle fondait sur lui, l'assaillait de tous les côtés, par mille feintes, cherchait à le happer, à l'empoigner. Elle n'y put réussir. Il la tenait en échec ; il ne put s'en débarrasser qu'en la tuant. Il la tua ; et ri resta là, assis sur elle. Au point du jour, il la prend, l'emporte sous son bras et revient trouver ses amis. « Que tiens-tu là ? lui disent-ils ; tu portes le malheur sous ton bras ! » Ces dernières paroles présentent le sens des deux mots Taàbhata Cbarran, qui devinrent dès-lors un sobriquet ; car notre poète s'appelait Thâbil fils d'Omaylhal, le Fahmide ou de la tribu des Béni Fahm. Mais le sobriquet a prévalu et est demeuré comme un nom ordinaire. C'est à propos de la rencontre de la goùle que notre gueux, notre poète, a dit. déciivant cette longue harpade :

« Qui dira aux braves des Fahmides la rencontre que j'ai eue à Raha-Bilân ?

< J'avise une goùle qui marchait à moi sur un sable luisant et uni comme une lame de sabre.

« Nous sommes, dis-je à la goùle, tous les deux fatigués de rôder dans ce désert, à l'aventure ; laisse-moi passer mon chemin. »

« Mais elle se lance sur moi, furieuse. Ma main lui alonge un coup de mon sabre de l'Yémen.

« Je redouble, et redouble ; je ne bronchai pas. Soudain ma goùle s'abat, tombe les deux mains et le gosier collés par terre.

« Va-l-en. me dit-elle. — Bouccmeiil î lépliquai-jc.

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Reste là, loi. Sache bien <|ue j'ai le c<eur solide dans la poitrine. »

« Je ne démarrai pas. Je m'assis sur elle. Je voulais voir, au jour levé, ce que j'avais rencontré là.

« Et voilà que j'aperçus deux yeux sur une tête hideuse, une tète de vilain matou, une langue bifide,

« Des jambes comme celles d'un chamclin qui vient au monde, une échine de chien, pour habit un abâ qui ressemblait à une vieille outre. • Les si'lâh le plus souvent habitent les étangs, les eaux profondes. Lorsqu'un si'lâh a vaincu un homme et s'en est rendu maître, il le fait sauter, danser, il joue avec lui comme joue le chat avec la souris. Les loups, dit-on, donnent la chasse aux si'làh et les mangent. En certain pays, quand le loup en a pris un, le si'lâh crie : < A moi ! à moi ! le loup me va manger ! » El ori l'a même entendu ajouter : « Au secours ! Qui me délivre, j'ai cent dinàr (ou deniers d'or) que je lui donne. > Mais comme on sait parfaitement que ces cris sont des cris de si'làh, personne ne va au secours et le loup avale le lutin.

Les si'lâh courent aussi les amours des hommes. Une variété ou espèce de ces êtres s'aflublaii et se parait à la' manière des femmes et se montrait aux hommes pour en capter les cœurs. Un individu se maria, bien entendu sans savoir à qui il se donnait, avec une si'lâh déguisée. Les deux époux demeurèrent un assez long temps ensemble ; et de ce mariage il résulta des enfants, garçons et filles. Un soir, après nuit close, que la dame était montée avec son mari sur la plate-forme de la maison et promenait ses regards dans les fonds de l'horizon, dans les longs espaces, elle aperçut un feu allumé au loin, en plein désert. Elle s'émeut, elle s'anime : « Vois-tu, là-bas, dit-elle à son mari, vois-tu ces feux des si'làh? Ce sont les si'làh. » Et elle est toute agitée; elle

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change de maintien cl de ligure. Tes garçons, les filles, toi, dit-elle au mari ébahi cl absourdi, je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur. Toi, je le recommande d'avoir soin de ces enfants, et de les bien traiter. » Ces mots furent à peine achevés, que l'épouse prit son vol, et retourna à ses consorts. Le mari ne la revit jamais plus.

Les raddàr ou traitreux sont les lulins des extrêmes contrées et solitudes de l'Yémen. Il y en a parfois aussi aus terres basses ou lihâmah, et même dans l'Egypte supérieure. Ils appellent a eux les gens, tombent dessus et leur enfoncent dans le corps un bâton comme une corne de taureau.

Les chikk ou demi-êtres sonl comme les nasnâs ou à peu près; et les nasnâs qui, dit-on, sont des produits nés du chikk et de l'homme, sont des êlres qui ne se composent que d'une moitié d'homme, en long; ce qui ne les empêche pas de courir avec une vélocité extrême. Les chikk sonl aussi des coupeurs de chemins ; ils se battent à mort avec les voyageurs. Ils oni, comme les nasnâs» une moitié de tête et de corps humains, un seul bras, une seule jambe.

Les croyances aux djinn ont persisté. L'islamisme en a hérité; mais, disent les savants, il s'est gardé du blasphème qui les déclare ou suppose filles ou fils de Dieu. Les musulmans ont encore les chaïtân ou satans dont le roi est le Grand- Diable ou Iblis ; et puis aussi les afrit ou ifrit, autres génies, démons, méduses, lutins qui continuent et conlinueront probablement encore pendant bien longtemps à faire l'ennui et le tourment du monde, à taquiner les hommes et les femmes. Tous ces êtres sont démons malfaisants que nous, ont cédés les anciens Grecs et la mythologie jovienne, farfadets dont, en notre temps, Berbiguier a étudié et décril la vie, les natures, les faits et gestes.

Un livre arabe intitulé: « Un peu de tout » (c'est le Mous-

AVANT I. ISI.AMISMi:

tairai) a, dans son chapitre (les djinn, section des chaïlâneries, quelques détails dont voici échantillons.

Les alrit, dit-il, enlèvent, ravissent les femmes. On raconte que, à l'époque d'Omar le second kalife, un afrît enleva la fille d'un musulman. « Une nuit, a dit en présence d'Omar un voyageur de Bilherlh, je partis moi dixième avec neuf individus. Nous allions en Syrie. Nous étions a poursuivre notre roule dans le désert. Tout à coup je me sentis obligé à m'arréler el à descendre de ma monture. Je m'éloignai un moment de mes compagnons. La nuit était noire. Pour revenir à notre caravane, je me trompai de direction, je m'égarai... Je marchai chercbanl la trace de mes compagnons; et j'aperçus un grand feu ; je m'acheminai de ce côté. J'arrivai à une tenle. J'approchai : je vis alors une jeune fille magnifique. Elle étail assise devanl la tente. « Qui es-tu ? demandé-je h celle fille; que fais-tu ici, dans ce déserl? — Je suis, dit-elle, des Fézârides (ou Béni Fézarah). Un afrîl m'a cfHevée. Cet afrll se nomme Zalim (le brutal) ; il m'a installée ici ; la nuit, il s'absenle. Au point du jour, il revient me trouver. — Suis-moi, dis-je à cette fille. — Mais alors nous sommes perdus, toi et moi. Car il nous poursuivra; il nous alleindra ; il me reprendra ; et loi, il te tuera. — Il ne pourra ni te prendre, ni me luer; je t'en réponds. » Je redouble d'instances, si bien qu'enfin la jeune fille consent à partir avec moi. Je fais agenouiller ma chamelle ; la pauvre fille monte dessus ; et nous voilà franchissant l'espace. Nous cheminons jusqu'au premier poindre de l'aube.

A ce moment, je me retourne, et j'aperçois un individu de haute taille, énorme, effrayant. Il nous venait sus, el ses deux pieds battaient dur sur le sol. « C'est lui, s'écrie la jeune fille ; le voilà qui arrive sur nous. » Je fais accroupir ma chamelle; et autour d'elle je trace une ligne sur le sable, eu prononçant des versels du Kotan, et en invoquant le secours et la protection do Dieu tout-puissant.

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L'afrii npprochait ; il est bientôt vers nous ; il m'interpelle ; je lui réponds et lui commande de renoncer aux tilles des hommes. « Retire-loi, éloigne-toi, lui dis-je ; nous savons que lu n'es pas le premier djinn qui ail été amoureux.» Soudain il se métamorphose en lion; il me harcèle; je le harcèle; nous luttons corps h corps un assez long temps. Mais aucun de nous deux ne vint à bout de son adversaire. Désespérant de me dompter, il me dit: « Veux-tu me couper le toupet comme on fait aux vaincus ? Ou bien veux-tu accepter une de trois conditions?— Quelles conditions? — Ou je le donnerai deux cents chameaux ; ou je te servirai tout le temps que je vivrai ; ou je te compterai à l'instant mille dinàr ou deniers d'or ; et laisse-moi, moi et celte jeune fille. — Ton toupet, pour moi, est moins que rien. Des chameaux de toi, je n'en veux pas; ton or, je le méprise; ton service, je n'en ai que faire. Je ne vends point ma religion contre la tienne ; nous ne pouvons pactiser ensemble, à aucun prix. Dépèche -loi de déguerpir par où lu es venu. » Le monstre partit, grommelant et roulant des paroles incompréhensibles pour moi.

Je reconduisis la jeune tille à sa famille. Je la demandai en mariage ; elle me fui accordée, et j'en eus des enfants.

Salomon, le fils de David, eut h ses ordres des légions de ces êtres extra-humains. Les musulmans ont raconté de longs récils à propos de celle royauté excentrique ; j'en donnerai quelques indications.

D'abord il faut dire en deux mots ce que c'étaii que Djânn fils de Djânn, monarque universel du monde préadarnite et constructeur des grandes pyramides d'Égypte avant la création d'Adam. Les sujets de ce Djânn fils de Djânn étaient les djinn de toutes espèces et variétés, mâles el femelles, des péris, dives cl fées qui ont régenté el gouverné la terre pendant sept mille ans, puis deux mille ans, qui se révoltèrent contre Dieu, et qui furent 'combattus, battus et chassés par

A\ A M l/ISI.AMISMh.

l'ange Iblis, lequel en confina les masses reslantes dans les Iles les plus éloignées. Iblis. plus lard, après la création d'Adam, se révolla à sonlour conlre Dieu el devint, en punilion, le Grand Diable, le Lucifer.

\At bouclier de Djânu tils de Djàun fut aussi extraordinaire que celui d'Achille et celui d'Enée, au moins, et passa de main en main à trois Salomons qui successivement s'illustrèrent par des exploits inouis. Avant la création d'Adam, les Esprits se livrèrent à de nombreux désordres, tellement que Dieu ne pouvant plus les souffrir résolut de créer l'homme elde l'établir son vicaire ou Représentant sur la terre.

Parmi les dives, les ner ou nérés sont, dit-on, les mâles el les péris sont les femelles ou ce que nous appelons les fées. .Mais la croyance la plus accréditée est que les péris, les dives, les nérés ont leurs mâles el leurs femelles. Seulement les dives sont affreusement laids, les péris magnifiquement belles et se nourrissent d'aromates el de parfums.

Revenons au Salomon fils de David, le prophète aux immenses harems el, pour cela aussi, tant admiré et vanté par les légendes islamiques.

Lorsque Dieu, disent les récits, eut soumis les génies à l' autorité de Salomon, l'ange Gabriel alla crier de par le monde entier : « Voyons! vous tous, djinn et chaïtàn, venez à l'ordre du prophète de Dieu, Salomon fils de David ; telle est la volonté, tel est le commandement de l'Eternel ; arrivez ! » Soudain, des monts, des cavernes, des cryptes, des vallées, des ambages déserts, des forêts, sortirent les légions des djinn et des chaïtàn qui accoururent criant : « Nous voilà, nous voilà ! nous sommes à toi. » Et les anges les chassaient devant eux comme un pâtre chasse un troupeau. Ils arrivent en foule, foule humiliée. Ils étaient alors vingt-quatre classes ou divisions. Ils s'arrêtent devant Salomon. Le prophète les examine, les passe en revue ; et il y en avait des noirs, des roux,

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des pies, des tigrés, des blancs, des jaunes, «les verts ; et aussi sous toutes les formes de bêtes, les uns avant tête île lion sur un corps d'éléphant, les autres ayant leur museau eu trompe et une longue queue, d'autres ayant des cornes en têle et les piedsen sabots de chevaux, et mille assemblages étranges et bizarres. Salomon demeura ébahi de tant de diversités inimaginables ; il se prosterna rendant grâces et hommages an Très-Haut et disant : • Mon Dieu revêts-moi toi-même de la force et aussi de l'imposant de la grandeur, afin que je puisse fixer d'un œil ferme tous ces êtres. » A l'instant apparaît l'ange Gabriel qui dit v Salomon : « L'Eternel te donne toute force sur ces créatures-là. Lève-toi. » Le prophète se lève ayant au doigt son sceau merveilleux. Kl tous les djinn et chaitân de se prosterner jusqu'à terre ; puis redressant la tête : « Fils de David, disent-ils, nous voilà rassemblés devant toi et pour toi ; nous avons reçu l'ordre de l'obéir en toutes choses. » Alors Salomon se mit à questionner ces êtres extraordinaires sur leurs religions, leurs espèces, leurs séjours, leurs natures, sur ce qu'ils mangent et boivent. Ils répondirent à toutes les demandes. « Pourquoi, dit ensuite Salomon, avez-vous des formes si différentes, vous qui tous avez eu Djânn pour seul et même père primitif ? — Nos diversités de formes ont eu pour causes nos révoltes contre Dieu, nos diverses unions avec diverses races d'êtres. » Ensuite Salomon voyant leurs malheureuses tendances et passions de mal faire, les distribua par catégories auxquelles il assigna tels travaux. Les uns il les obligea à tailler les rocs et les pierres, à couper les arbres ; les autres à plonger dans les mers ; les autres à construire des remparts et des citadelles; d'autres à extraire les métaux et les pierres précieuses, les perles à travailler le fer et le cuivre.

Les femelles, il les obligea à hier la soie, la bourre de soie, 4e coton, à tisser les tapis, les housses. Par d'autres de ces

AVWÏ I. ISI XMISMK 5.V.»

êtres il lit faire des chapelles ou oratoires, des niches, des statues, des coupes comme des baquets, des marmites monstres. Ils lui fabriquèrent des auges ou cuves en pierre dont chacune contenait de quoi donner à manger à un millier d'esprits. Une catégorie fut soumise à faire travailler les moulins; une autre à pétrir et cuire le pain ; une autre, à tuer et à écorcher les animaux pour la cuisine ; une autre, à creuser des puits et des canaux, à détourner les eaux des rivières et des fleuves; une autre à chercher les trésors sous terre et à les en retirer ; les autres à dresser, élever les chevaux difficiles et rétifs. Chaque catégorie fut appliquée à des occupations pénibles, afin d'empêcher ces êtres, autant que possible, de se livrer avec tant de frénésie à leurs mauvais penchants, à leurs entraînements au désordre.

C'est ainsi que le roi des rois dressa l'édifice de sa puissance et de sa richesse. El quand il voyageait, il avait, en surcroit de son cortège, des djinn, des chaïtân ; les oiseaux lui faisaient ombre et loj» vents le transportaient sur son immense tapis. Nous avons vu quelques détails à ce sujet en parlant de la reine de Sabâ.

Il y a le Crand Diable, Iblis, le mal par excellence, le chef des damnés. Iblis a cinq enfants, tous garçons, à*chacun desquels il a attribué et confié une partie de ses fonctions et œuvres de mal. Ces enfant» infernaux s'appellent Thabr, A'war, Mabsoût, Dâcem, Zalaohoûr. Le premier est l'être des malheurs ; il ordonne et dirige les calamités, les vols et les dépouillements. Le second est l'être des débauches et de l'adultère; il les ordonne et les embellit aux yeux des hommes et des femmes. Mabsoût est l'être au mensonge. Oàcem se met entre les époux; il jette entre eux le dégoût et la haine. Enfin Zalanhonr est le démon hantant les bazars ; c'est par son <euvre que les gens des marchés sont en querelles et disputes.

Enfin il y a les hâtef, sortes de farfadets ayant voix que l'on

ïtin i immks akahks

entend, et corps que l'on no voit pas. Ils existaient chez les Arabes avant l'islamisme et ils y sont encore. Mais ce fui à l'époque du Prophète qu'ils y pullulèrent à foison. Maintes fois Mahomet et ses disciples en entendirent. C'étaient les voix du ciel. Vn appelé Amr fils d'El-Ala a raconté la bizarre histoire que voici :

« Nous voyagions plusieurs pèlerins, partis ensemble de Basrah, allant en pèlerinage. Un individu de notre caravane se prit a dire tout en cheminant : « Je voudrais bien savoir, par Dieu! si. ma femme m'aura joué quelque trahison. » Et la parole en resta la.

Après le pèlerinage accompli, nous partîmes de la Mekke. Quand nous fûmes à l'endroit où notre compagnon de voyage avait énoncé son désir de mari en peine et eu souci de son honneur, et nous avions la nuit la plus obscure, une voix cria : < Oui, oui ; et le complaisant de la dame est Hadjabah; et ce Hadjabah est un rougeaud, un gaillard carré, ayant une loupe à la nuque. » Notre homme ne dit mol. Nous continuâmes notre route.

Peu de temps après que nous fûmes de retour à Rasrah, il nous conta ceci : « A mon arrivée, les voisins accoururent en foule me Téliciter, me saluer. Parmi eux, je remarquai un fort gaillard, rougeaud, carré, ayant loupe à la nuque. Alors je dis à ma femme : « Quel est donc cet individu ? — Oh ! reprit-elle, cet homme-la a été pour nous le plus charmant des voisins, le plus complaisant voisin, que Dieu le récompense ! — Ah ! Et comment s'appelle-t-il ? — Il s'appelle Hadjabah. — En ce cas, ma dame, retourne de suite chez tes parents. »

La dame, ainsi répudiée, s'en fut immédiatement de la demeure conjugale. Par la seule parole du mari le mariage était rompu.

J.a jalousie, comme on le sait, a beaucoup d'imagination,

AVANT I/ISI AMISMl itif a toujours beaucoup de procédés, de rubriques, de voies ridicules pour autoriser et éclairer ses craintes. I.a jalousie, considérée sous le rapport de la quantité que Dieu en a dispensé dans la niasse humaine, étant évaluée à cent doses distribuées aux diverses nations, les Arabes prétendent qu'ils en ont reçu quatre-vingt-dix-neuf doses, et que toutes les autres nations, ensemble, n'en ont eu en lot qu'une dose. Aussi disent-ils en proverbe : « Qui n'est pas jaloux est un àne. » Anciennement, avant la venue de Mahomet, ils prenaient un singulier moyen de se l'aire informer de la sagesse de leurs femmes pendant les absences qu'entraînaient les voyages.

On s'adressait pour cela, très candidement, à un débile arbuste, le ratam; c'est le genêt. Le mari que le soupçon jaloux préoccupait, allait, en parlant, à un ratam, en nouait ensemble deux rameaux, puis se met fait en route. Si le susdit mari, à son retour, trouvait dénoués et désunis les deux rameaux, il s'écriait : « Ma femme m'a trahi. » S'il retrouvait les deux rameaux comme il les avait entrelacés en nœud, le mari content se disait : • Elle ne m'a pas trahi. »

Voilà ce que c'était que nouer la branche, nouer le ratam * Ainsi, un coup de vent pouvait emporter la réputation et la vertu d'une femme.

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