‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 15 sur 36 · XI · texte numérisé non relu

XI

Dr* femme» poêle», d avant I i*Umi»me. - Omaunan. Soo éloge poétique des Korer rhides et de *on frire A hou Soflàn, tue* dan» le* guerre* de Fldjar.

L'Arabie, avant l'islamisme, a eu comme les autres pays, ses femmes de renommée littéraire, ses femmes poètes. Les souvenirs en sont dans les légendes. Nous y verrons, par

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exemple, comment Khansâ, c'est-à-dire la camarde, le nez h la Roxelane, élait poêle, combien elle avait la virilité «lu génie poétique, la vigueur et l'éclat «le l'expression, la force et la saveur de la pensée. Nous verrons dans les vers de cette maîtresse femme «ne poésie bien repue, une température mâle et tendre en même temps, ce vieux langage arabe robuste et charnu, primitif comme les formes frustes du chameau et du déserl, ou adoucies comme les contours fins et gracieux de la gazelle, ou souriantes comme la fraîche verdure des oasis. Je vais m'efforce r" dans mon langage de traduire tout cela. Mais, trop souvent, la meilleure traduction n'est qu'un travestissement.

Je rendrai hommage auparavant à une autre femme poète, appelée Omaïmah ou Petite-Mère, contemporaine de Khansâ. Mais d'Omaïmah je ne connais qu'une pièce de dix-huit vers, composés à la suite des guerres de Fidjàr ou guerres impies, appelées ainsi parce que les rencontres qui les signalèrent, eurent lieu, quoiqu'en plusieurs années, dans les trois mois sacrés, c'est-à-dire les mois dans lesquels la guerre était prohibée, devait toujours cesser, ou s'interrompre. Il avait bien fallu consacrer ainsi des moments de trêves, des trêves- Dieu, afin d'assurer quelques périodes de repos et de sécurité ii toutes les tribus. Encore voyons-nous que parfois on violait ce principe.

Les guerres de Fidjàr coûtèrent la vie à nombre de personnages distingués d'entre les Koreïchides ; et à la dernière rencontre, à la journée de Horaïrah, fut tué Abou Sofiân frère d'Omaïmah. C'est à propos de la perle de ces illustrations des Koreïchides et de la perle de son frère, qu Omaïmah composa sa kacideh. Bien que je ne connaisse de celte femme que ce petit poème, je n'hésite pas à la placer dans la pléiade des poêles de l'Arabie ancienne. Ce n'est pas le nombre, c'est la valeur poétique «les vers qui les pose parmi les titres

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de gloire d'un pays. Cray, en Angleterre, n'a-l-ilpas conquis l'immortalité pour une élégie de ceni vingt vers? Il mourut jeune, comme s'il n'était venu paraître sur la terre que pour se rendre immortel à aussi bon marché. Les vers d'Omairaah sont aussi un hommage, un soupir, pour des morts, un cri de douleur et d'adieu, un éloge funèbre, un désespoir. Les trois premiers vers ont passé dans le domaine des chants publics. Le célèbre chanteur el compositeur Ishàk (Isaac) flls d'Ibrahim composa un air pour ces trois vers qui devinrent ainsi une canlilène.

« La nuit ne veut pas finir ! Mon regard reste vainement attaché aux astres (ils ne veulent pas s'en aller).

« Voilà toujours devant moi l'étoile des présages sinistres, la, entre le Verseau et le Scorpion.

« Cette aurore que j'appelle ne viendra donc pas ! elle ne veut donc ni marcher, ni approcher !

« Hélas ! nous avons perdu de nos frères, grands de nature, illustres d'origine.

« Sur eux a roulé la fatalité aux canines de ter, aux griffes déchirantes.

« Elle s'est ruée sur eux quand ils se croyaient loin d'elle; eh' nul ne la peut arrêter, ni annuler;

« Lorsqu'elle arrive, rien n'est abri, rien n'est asile. « 0 mes yeux, pleurez-les, ces en!ants, pleurez d'inimaginables larmes.

« Que je les pleure! ob oui!... car ils étaient mon orgueil, ils étaient mon appui, ils étaient mon soutien;

« Ils étaient la tige dont je suis un rameau ; c était ma race, c'était mon sang ;

<« C'était ma gloire, c'était mon éclat; c elaient mes espérances quand je devais craindre ;

i. Ils étiiicnl ma bnce, ils étaient mon bouclier, ihw étaient mon sabre, quand grondait ma colère.

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« Combien d'entre eux dont la parole ei les conseils n'ont jamais donné soupçon de mensonge !

« Combien dont la voix éloquente étonna par le brillant et la magie du langage !

» Combien, parmi eux, de cavaliers vêtus de fer, toujours parés des insignes des béros dans les batailles !

«< Combien d'hommes à la sagacité et à l'expérience consommées, au génie pénétrant et toujours prêt !

« Parmi eux, combien de familles aux grands et généreux foyers, et auxquelles en foule on accourait rendre hommage !

« Combien avaient la bravoure, la munificence comme les Hots, hommes de noble sang, de grandeur d'âme, pères d'une glorieuse postérité ! »

khap&a, ou la Camarde, porte. — Elle refusa pour mari le »ieu\ poète Doraid. — Franchise du langage. — La tuorl de deux frères est le motif principal des ter» dp khansa.— Le poêle kuoufaf ; de l'esclave hédjin ou quarteron. — Poêle» appelés corbeaux.

El maintenant il nous faut parler de Khansâ, ou la Camarde. Remarquons un peu, en passant, ce que signifient les nez camards et comme creusés ou concaves, les contraires des aquilins. Les camards appartiennent souvent h de rudes têtes ; ils n'ont le nez renfoncé en concavité que parce que le bas du front pousse en grosse saillie. Ix; nez n'est pas positivement et seulement affaissé ou rentré, il est "débordé et dépassé. Cet arrangement suppose presque toujours quelques excès, toujours de la malice, souvent de la force d'esprit, souvent de la presque méchanceté, presque toujours de la rélivité. Notre Khansà, tille de Amr, était aussi une

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forle femme, une femme homme; elle était jeune encore lorsqu'elle devint veuve. Son père pensa à la remarier. Kilo voulut un homme, non un homme fatigué, non un homme ayanl déjà trop perdu de sa vie et de sa vigueur par le cours des années. Toute femme en se mariant voudrait ou vçul un mari suffisamment homme ; mais elle ne sait ou n'ose pas le dire; elle le nie même au besoin ; elle ment. Dans les époques encore assez primitives* la femme est plus sincère dans l'expression de sa pensée ; et elle cherche à apprendre ce que vaut , conjugalement, le mari qu'on lui annonce, surtout s'il est dépareillé sous le rapport de l'âge. Ce que je veux «lire ici en général, et aussi à propos de Khansâ, est difficile h dire avec la convenance voulue. Nais il faut se rappeler que dans les sociétés encore un peu sauvages, dans les rusticités on les libertés du désert, on n'a pas les précautions ou détours oratoires des conversations de nos salons. Il faut donc ici pardonner une naïveté bien naturelle, un peu sans façon, un peu adamiqiic pour ainsi dire.

Khansâ fit suivre le mari qu'on lui proposait, par une servante, à elle dévouée, intelligente. Khansâ recommanda à sa servante d'observer quelle trace laisserait ce mari, Doraid, ce poète guerrier dont nous avons déjà parlé, lorsqu'il s'arrêterait pour certaine circonstance nécessaire... ta servante revint et dit à sa maîtresse : • Homme usé ; » <*t ce fut fini ; la jeune poète ne voulut pas du vieux poète, même appelé Doraid; il était alors presque sexagénaire. Elle voulait bien d'un poète, mais d'un poète mieux assorti à elle par l'âge et pour le mariage. Ayant jugé et condamné son prétendant. Hle déclara la guerre, une guerre poétique au noble vieillard ; elle lança l'arme dont le fer est le plus amer, le plus brûlant, la satire.

ïjc peu que le récit arabe rapporte de la proposition de mariage qui , au nom de Doraid lils de Simmah, fut faite

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ii Khansâ, renferme des crudités d'idées et d'expressions que j'adoucis, tempère et même estropie autant que je puis. Encore une fois, il faut se rappeler que les langues, mœurs» et manières de l'antiquité, des populations encore trop incultes, ne tiennent pas plus compte des précautions de la pudeur > que l'innocente simplicité des petits enfants.

« Le latin dans ses mots brave l'honnêteté, > nous disait-on quand nous étions au collège. Mais ce n'est pas seulement le latin, ce sont toutes les langues anciennes. Quand, par exemple, Homère, dans son premier chant de l'Iliade, fait apostropher un de ses héros par : • Sac à vin. toi qui as des yeux de chien et un cœur de cerf, » a-t-il là une forme que l'épopée aujourd'hui, si on fabriquait encore «les épopées, pourrait soufl'rir ? Il n'y a que les langues européennes, ou nées ou devenues chrétiennes, qui aient, et cela encore depuis peu, la politesse, la retenue, la pudeur, la convenance de la raison, le respect des personnes et des choses, dans les écrits que toute la société lit et étudie.

Khansâ, à nos yeux à nous, et quoique veuve, a dépassé le ton el les paroles d'une retenue sévère ; mais Khansâ, par le fait, donne la critique la plus nette de la manière dont tant de jeunes tilles chez les civilisés sont sacrifiées par le sacrifice du mariage à des maris vieillis el usés déjà dans •l'âge qui, par le nombre des années, n'est encore que l'âge «le la virilité et qui en réalité est une ruine prématurée, hâtée par les prodigalités d'escomptes payés tous les jours. Khansâ préfère à Doraid quelqu'un de ses cousins ; car ils sont jeunes et forts, ils sont beaux. Mlle a raison. Et cependant cette jeune veuve a lîni ensuite par accepter pour mari un homme déjà vieux.

Khansâ perdit ses deux frères. Sakhr et Moàvvvah^ frappés ii mort dans leurs incursions contre la tribu des Mourrides ou Béni Mourrai). Ce double malheur inspira à la lille de Ami

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des vers pleins d'énergie et de douleur. Avec ces poétiques «•loges, les traditions ont transmis les récits abrégés de la vie et de la mort de ces deux jeunes Arabes, et ont ainsi complété la légende de Kliansà. De là un tableau de famille dont les physionomies de caractère, d'expression et de couleur, sont deux jeunes cavaliers, guerriers renommés aussi par leur générosité, et avec eux la physionomie énergique et ferme de la femme poète, figure pleine d'amour fraternel et pénétrée d'une douleur profonde mais toujours mâle, même dans l'excès des larmes, khansâ pleure comme pleure un cœur que les malheurs secouent avec violence, mais qu'ils ne sauraient abattre.

A côté de ce groupe se dresse une noire face, un poète crépu, un corbeau, comme disaient les anciens Arabes ; c'est Khoufaf, le cousin de Moàwyah par voie paternelle, le hédjin « verna, vernaculus des Romains) ou quarteron, esclave né d'un père Arabe libre et d'une esclave noire concubine, Khoulaf, le pendant du célèbre Antar, autre noir hédjin et autre poète cavalier, je voulais dire chevalier, du groupe de ces quelques poètes antéislamiques qui forment le groupe des corbeaux. Ainsi notre tableau est : hommes, cavaliers, femme, poètes, esclave, au milieu de ces Ilots de sable « Où le ciel est si pur, où la mer est si grande. » Il y avait donc là aussi, comme il y en avait dans les Ilots des neiges septentrionales de notre Europe, des physionomies de braves, poètes et scaldes.

(Test à propos de deux vers de Khansâ, qui passèrent dans les chants publics, que l'auteur de VArâny ou grand romancero arabe raconte la légende nu chronique de Khansâ et de ses deux frères.

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l.t-geiidcde khdti»a ride ses frères Saklir ri MuAvk \ ait. Doraid déclare -.on amour cl >a demander la main do khan*a. Kpretne. Satire*. - OLAz: «oleonilés annuelle!». — Morl de Moawvali. - khoiifaT. — Kazia. Présage. -- Femme décrivant di s rat «lier*. Ualaille. Ver* de K limitai, de Klian«a. de Doraid.

AHIETTE.

« Pleurez, nies yeux ; versez «les larmes, intarissables; ne pleurez-vous pas Saklir la main de la générosité ?

♦ Ne pleurez-vous pas l'homme de courage et de beauté ? ne pleurez-vous pas le héros de sa tribu ? •

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