LÉGENDE DE KHANSA ET DE SES DEUX FRERES MOAWYAH ET SAKHR
khansà était (ille de Amr,...de la famille des Charîd et de la tribu des Béni Solaim ou Solamides iet non pas Solaimides>. Le véritable nom de la (ille de Amr était Toumâdir. khansà. ou la camarde. la camuse, le nez retroussé, est un sobriquet <pii lui est resté comme nom ordinaire et sous lequel elle est toujours désignée. Klle avait été mariée fort jeune à Mirdâs un des chefs des Solamides ; elle resta veuve quelques années après.
Le vieux Doraid, le poète, iils de Simmah, vint un jour à passer à peu de dislance d'un endroit isolé où Khansâ était occupée à oindre de goudron un chameau galeux. Klle s'était vêtue, pour cet oflice, de mauvais et grossiers vêtements. Klle les garda jusqu'à ce qu'elle eut terminé son opération. Puis elle les nia, se la>a, et re\ètit d'autres habits. Doraid
A Y \\i L ISI.AMISMI
l'observait cl l'examinait, sans 4|u*oll«> sans doutât. Emerveillé des charmes de L solamidc, il s'en retourne de suite ehez lui et il déclare son amour dans les vers que voici :
« Allez, mes amis ; saluez la belle Toumàdir, et saluez-la encore; séjournez vers elle, restez-y. c'est mon désir (afin qu'ensuite vous me parliez d'elle longtemps .
< khansà, mon cœur se trouble d'amour pour toi ; l'amour l'a frappé; c'est du délire, de la folie.
« Non, jamais je n'ai vu, jamais je n'ai ouï vanter une aussi belle frotleuse de chamelles malades.
« Ravissante frotleuse, dont les vêlements usés, négligemment tenus, laissaient paraître ses charmes tandis qu'elle appliquait l'onction à l'endroit galeux.
• Elle frottait en perfection versant le liquide liniment et l'étalant avec un colon moelleux.
• Demande, khansà, demande à ma tribu qui je suis, ce que je fais quand le malheur, quel qu'il soit, guerre ou diselle, vient nous serrer sous sa dent. »
I* lendemain Doraid alla trouver le père de khansà et le pria de la lui donner en mariage. « Mon cher Doraid, dit Amr, l'homme généreux comme toi, on ne rejette pas ses propositions ; le chef honoré comme loi, on ne repousse pas ses désire ; l'étalon comme toi, on ne lui donne pas sur le nez. Mais je dois te dire ceci : Ma fille a en tête des idées, des manières de voir, que n'ont pas les autres femmes. Je vais lui parler de toi ; mais je la laisse libre d'agir comme il lui plaît. — Très bien. » Amr entre chez sa fille. « khansà, lui dit-il, un valeureux chevalier, un noble personnage, le chef des Djouchamides (ou Béni Djoucham), Doraid enfin, le fils de Simmah, vient le demander en mariage. Du reste, tu connais ce qu'est Doraid. — Mon père, laisse-moi quelques jours de délai ; avant de répondre, je veux me consulter. •
Amr revient auprès de Doraid, et : * Ma fille, lui dit-il,
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désire attendre pour donner uni» réponse «lélinilivo. J'espère d'ailleurs que l'on acceptera ton alliance. Reviens dans quelques jours. — D'accord. » Et Doraid se relire.
La belle envoie aussitôt une de ses servantes sur les pas du prétendant. « Va, dit-elle à sa servante, suis cet homme lorsqu'il s'écartera des tentes pour certaine circonstance nécessaire. Vois la trace qu'il laissera. Nous jugerons s'il est encore en force virile. » La servante obéit. Peu d'instants après elle est de retour. « Homme usé, » dit-elle à sa maîtresse. Doraid revint. Et Khansâ répondit a Amr lorsqu'il lui demanda ce qu'elle avait résolu. « Je ne veux pas renoncer à m'unir à quelqu'un de mes cousins, jeunes hommes beaux comme de belles et grandes lances, pour me marier avec un vieux Djouchamide qui aujoud'hui, demain, va rendre sa chouette (lame). » Et elle ajouta ces vers :
ii Quoi! lu me proposes d'épouser Doraid, justice de
Dieu ! quand tu as refusé un chef de la noble iribu des
Rédrides ?
« Que le ciel me préserve d'être la femme d'un jambegrêle qui, au su de lous, esi de la race des Djoncham- Rekr!
« Me fiancer à un Djoucham ! mais ce serait, le jour même de mon mariage, me jeter dans l'abaissement et la misère. »
Doraid était dans la lenie, mais dans la partie réservée aux hommes; il entendit la réponse de Khansa. Il fut peu satisfait d'un refus aussi crûment prononcé, il partit, et il se vengea par la satire que voici.
« Que le ciel le préserve, tu as raison, ma fille, qu'il le préserve de maris comme moi, de moi surtout !
« Garde -toi bien, par Dieu ! de faire des enfants comme moi, de prendre un mari comme moi. Oh ! garde loi bien de pareil malheur!
AYANT I. ISI.AMlSMi: Î7I
« On sail, ma chère, qui je suis, que duns les mois allâmes do Djotimâda (1), lorsque les nourrices mêmes oubliant leurs nourrissons, ci cela chez les nobles familles, se bâtent de dévorer les restes de viande attachés aux os.
« On sail partout que, dans ma tribu, par respect pour moi, nul ne questionne l'hôte qui s'abrite chez moi, et que mes protégés n'ont jamais de nuits inquiétées.
« Quand les nourritures des autres sont épuisées, les nôtres au foyer bouillonnent et regorgent ; et les femmes de ceux qui n'ont plus de quoi jouer au meïçar viennent invoquer l'amitié bienfaisante de ma femme.
<> Moi, j'ai toujours à jouer au meïçar; en tous temps je lais les petites flèches h cannelures fines et comptées, (lèches parfaitement polies.
a Et à chaque soleil, au matin, je tiens le jeu avec les premiers joueurs qui acceptent la partie et se posent, au défi, accroupis sur leurs genoux.
« Elle déclare, la belle, que je suis vieux, trop vieux ; lui avais-je donc fait dire, moi, que je suis d'hier?
« Elle veut avoir, et certes mieux vaut pour elle ! un lion à jambes robustes, aux griffes patues, un de ces lourdauds qui, vers la nuit, travaillent aux fumiers des troupeaux.
« Moi, je suis et fais autre chose ; ma main est forte, mais c'est pour les œuvres sérieuses que j'ai résolues; la flèche de mon nom n'a jamais été abattue et brisée.
« Dans les grandes crises, ni la lenteur ne m'enchaîne; ni la précipitation ne m'emporte ; j'ai, en tout, prudence et sagesse. »
Quand ces vers se furent répandus, on conseilla à Khansâ d'accepter Doraid pour mari. « Impossible, répondit-elle, de
I Le cinquième et le sixième mois de l'année arabe lunaire.
m h;mmi:s au vhi s
m'uiiir à un homme que j'ai si nettement refuse ei que j'ai heurté de ma satire dédaigneuse ;
« Oui, que Dieu me préserve d'être la femme d'un
jambe-grèle, qui, au su de tous, est de la race des
Djoucham-Bekr. »
Mais passons au récit de la mort de Moâwyah frère de Khansâ. Nous avons déjà aperçu ce que c'était que les grandes assemblées ou foires d'Okaz, celte Olympie arabe, dont Mahomet encore détruisit les solennités annuelles, solennités commerciales, littéraires, poétiques. On dressait au Nâbirah, le poète ami de Nomân, dont nous avons parlé, une tente en cuir, pour les vingt jours que durait l'assemblée d'Okâz. Okâz était un lieu planté de palmiers, à trois journées de la Mekke, du côté de Tâïf. De toutes les parties de l'Arabie on allluait à Okâz, et tant que s'y présenta le Nâbirah, les poètes venaieut réciter publiquement leurs vers à ce poète et les soumettre à son jugement. Kiiansâ alla aussi donner un échantillon de sa poésie à ce grand congrès où d'ailleurs des hommes révérés donnaient à la foule des conférences de sagesse, eu plein vent. L'année que se produisit ainsi la fille de Amr, des vers avaient été d'abord récités et déclamés par le poète El-Acha, puis par le poète liaçan fils de Thâbit. Après eux, Khansâ dit au Nâbirah ce vers :
« Sakhr était le phare et le modèle des hommes de
bien; il était, pour eux, comme les feux allumés sur les
cimes des montagnes. »
El le Nâbirah s'écria, s 'adressant à khansâ : « Par Dieu ! si je n'avais entendu les vers d'El-Acha, je dirais que tu surpasses en poésie les hommes et les génies. »
Moàwyah, frère de Khansâ, étant à se promener à une des solennités annuelles d'Okâz, rencontra la belle Asmâ, de la tribu des Mourrides. Il la prit pour une fille de joie, l'appela et l'invita à l'accompagner. La belle repoussa le galant pro-
WA.VI' I.'ISLAMlsMK i7:j voeateur. « Tu ne sais donc pas, lui dit-elle, que je suis sous la protection du chef Hàchem fils de Harmalah? — Par Dieu ! répartit Moàwyah désappointe par ces paroles, je saurai l'enlever de ses mains. — Ça, c'est une affaire à voir entre vous deux ; démêlez- vous. »
De retour auprès de Hâchem, Asmâ conta l'aventure et répéta les paroles de Moàwyah et celles qu'elle avait répondues. « Qu'il vienne ! dit Hâchem. Je le jure par ma vie, il ne sortira pas de notre tribu sans que nous voyions ce qu'il sait faire. »
Quand le mois sacré fut expiré et que la foule des tribus se fut retirée d'Okâz, Moâwvah marcha en expédition, en razia contre les Mourrîdes, tribu secondaire des Fézârides ou Béni Fézàrah. Khoufâf fut de l'expédition ; il montait son cheval Ahva(l). Khoufâf était fils d'une esclave noire appelée Noudbah, qu'un Solamide, Hàrith fils de Charid, prit captive dans une incursion sur une tribu. Hàrith fit cadeau à son fils Omair, de cette captive ; et elle devint mère de Khoufâf.
L'expédition partit. Moàwyah et sa troupe de cavaliers arrivèrent à un endroit apelé Haûzah. Là, un corbeau vint à croasser eu traversant l'air au-dessus de Moàwyah, et une gazelle passa devant la troupe, de droite à gauche. Moàwyah tira mauvais présage de ces deux circonstances et ramena ses cavaliers sur leurs pas. Hàchem informé de leur retraite, s'imagina qu'ils avaient rebroussé chemin par peur et par poltronnerie.
L'année suivante, l'expédition fut renouvelée. Quand on fut à Haûzah, une gazelle encore et un corbeau passèrent à distance de Moàwyah et de droite à gauche. De là, autre présage sinistre, et de nouveau le chef rebroussa chemin. Mais la troupe presque toute entière continua sa route en avant. Moàwyah s'en retourna avec dix-neuf cavaliers seulement,
I , Prononcer comme : aloi.
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lesquels ne se soucièrent pas de poursuivre l'expédition. Dès (pi on fui séparé, il lit volte-face pour regagner sa tribu lui et sa petite troupe.
lis arrivèrent près d'une réserve d'eau, vers laquelle était plantée une lente en poil de chameau. Ils appelèrent ; et une femme sortit : « Qu'es-iu? et qui es-iu? lui demandèrent-ils. — Je suis une femme, et je suis des Béni Djohaïnah. »
Les cavaliers s'approchèrent de l'eau pour boire et pour abreuver leurs chevaux... La femme disparut. Elle alla en toute hâte trouver Ilàchem fils de Harmalah ; elle lui annonça l'arrivée des cavaliers, en indiqua le nombre ; « et, ajouta-l-elle, je suis persuadée que Moâwvah est avec celte troupe. — Femme que lu es, va ! dit Hachem. Vraiment ! Moâwvah viendrait avec dix-neuf cavaliers ! Tu Tes trompée, ou tu es une fourbe, une menteuse. — Point du tout. Ce que je te dis est la vérité. Pour te le prouver, je vais, si tu le veux, te décrire tous ces dix-neuf cavaliers, en détail, l'un après l'autre. — Voyons, je veux bien. — Voici : J'ai remarqué parmi eux un jeune homme dont la chevelure tombe alongéc et luxuriante de dessous son mirfar ou nuquière (I). C'est une belle figure, d'un teint brillant cl animé. Ce guerrier a le ventre assez saillant; il monte une jument au fronl étoilé. — C'est bien cela ; c'est Moâwyah, avec sa jolie jument El- Chammâ. — J'ai encore remarqué un individu d'un leinl bronze-foncé. Celui-là esi un poêle ; car je l ai entendu dire des vers à ses compagnons. — Celui-là, c'est Khoulàf fils d'Omair. — Un autre se tenait toujours au milieu de la iroupe, et on ne le nommait et interpellait qu'en criant — Ah! c'est Abbâs, le sourd. — Il y en a un de haute stature.
(1/ l.e mir(ar ou couvre-nuque, garde-nuque, nuquière, est un tissu en mailles «le 1er qui? l'on menait sous le casque, qui garantissait le front, les côtes de la face, le ou cl la nuque, et tombait jusque sur le» épaules.
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auquel on adressait la parole en lui disant : « Abou Habib, >. et auquel lous témoignaient le plus grand respect. — Celuilà est Noubaichah. — J'ai vu encore parmi eux un jeune homme superbe, d'uuc beauté extraordinaire; les cheveux lui descendaient derrière les oreilles en flots des plus gracieux. — C'est Abbâs fils de Mirdâs; c'est le (ils de Khansâ. — Puis un vieux, à deux nattes de cheveux. Et je l'ai entendu dire a Moàwyah : « Par la vie de ton père ! tu vas nous faire rester ici trop longtemps ; prends-y garde, nous ne sommes pas en sûreté. — C'est le vieux Abd El-Azlz, le mari de Khansà. — Puis encore... — Cela me suffit. » Et de suite Hâchem allaappeler ses gens aux armes. On monta à cheval et on se mit en marche.
La petite troupe de Moàwyah vit tout à coup déboucher les Mourrides de Hàchem. Elle se lança sur eux à pleine course et leur tomba sus droit en flanc. • Ne les attaquons pas homme par homme, dit Khoufaf. Eux, leurs chevaux sont frais, répondront vigoureusement a notre attaque, supporteront sans effort les coups de nos armes. Nous, nos chevaux sont fatigués, ont fait une longue roule. •
On se battit. En un clin-d'œil, Hàchem et Doraid son frère (non pas le poète Doraid dont nous parlions tout-à-l'hcure) prirent à partie Moàwyah. Doraid le charge; puis aussitôt fait semblant de prendre la fuite. Moàwyah fond sur lui, et le fuyard, tout en combattant, gagne le large; mais il reçoit une blessure au bras. Alors Hâchem se précipite sur Moàwyah, et, à la surprise, par derrière, lui alonge un coup de lance, le renverse, puis lui fend la tète d'un coup de sabre. Ce que voyant, Khoufâf se lance; comme une flèche sur Màlek le chef suprême d'une tribu des Fézârides et le tue. Ce Màlek était dans la troupe des Mourrides. C'est à propos de ce coup, que Khoufàf fit les vers suivants :
« Je lui disais, à ce Màlek, quand sa framée lui bran-
■>-,\, I KMMKS A KAKI*
(lissait à la main : > Uegardc bien Khoufàf; c'est moi qui suis Khoufâf. >
• Kl j'arrête mon Aiwa devant lui. Les nôtres chancelaient : je voulus et la gloire du danger et le talion du mort.
« Kn ce moment apparaissait le disque du soleil, et notre troupe au galop cherchait de tous côtés les voies de salut.
« Quand j'aperçois nos cavaliers en désordre, déroulés, fuyant a grande course,
« Je me précipite, je cherche des yeux le bélier (chef) de la troupe ennemie ; je le découvre ; je laisse, je passe les autres, les hommes de rien ;
« El ma main lui fait cadeau d'un superbe coup de lance qui lui habille les reins d'une superbe couche de sang <J'un beau noir.
« C'esl que je suis le cavalier défenseur' de ses proches, celui en qui les braves ont depuis longtemps mis leur espoir.
« Que Hâchcm m'ail échappé, d'accord ; mais en revanche j'ai régalé Mâlek d'un coup qui lui figea une noire ceinture de sang tiré de ses entrailles. » Khansâ déplora la perle de son frère Moâwyab dans les vers que voici.
« Non, je ne vois dans les tribus personne de comparable à Moâwyab lorsque, dans une attaque, on malheur subit venait fondre sur nous,
« Une de ces attaques périlleuses qui niellent aux écoutes les chiens inquiets et font paraître ce que chacun a dans le cœur en force et en courage pour le salut de ses frères.
« Je ne vois point de cavalier comme le cavalier qui s'abreuva à l'eau de la vieille femme, point que Ton puisse
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comparer à mon frère quand l'audace et l'intrépidité l'emportaient,
« Qnaod la flamme de la guerre faisait heurter les hommes corps à corps, quand la bataille en fureur retroussait jusqu'aux cuisses sa longue cotte d'armes,
< Quand il poussait, Moâwyah, chevaux contre chevaux, vampires et vautours enfourchés par des démons.
< Oh ! jamais ne tarireronl mes larmes pour toi, mon frère ; jamais oe s'arrêteront mes sanglots et mes accents de douleur, tant que mortel ici-bas adressera des vœux au ciel.
« La mort nous a frappés ; et les monts de Tiâr sont encore debout, et le monde entier reste tel qu'il est. » Autre kacideh de khansû sur la mort de Moâwyah :
« Qu'ont-ils donc tes yeux ? quoi ! tes paupières, 6 Khansâ, sont inondées de larmes!
« C'est que le fils de Amr, le rejeton du sang de Charid, n'est plus, lui par qui la terre (qui l'a reçu dans son sein) a honoré et glorifié les morts qu'elle recouvre !
« Puis-je donc, ô ciel ! éprouver une douleur égale pour un autre trépas ! non, non. Et je ne demanderai jamais à qui pleurera : « Pourquoi tant de douleur? » ^Car la mienne surpasse toute douleur.)
« Désormais je n'ai plus qu'une résolution à prendre. Mourir?... ou bien supporter la vie?
« Nous la méprisons la vie ; et la mépriser aux jours des horreurs de la guerre est plus grand et plus digne de souvenir.
* Combien de fois nous nous sommes précipités contre d'épais bataillons hérissés de casques de fer, bardés de doubles cottes de mailles !
< On eut dit les lourdes masses de nuées orageuses entassées par étages, se poussant avec furie l'une sur l'antre.
« Kl loi, Moâwvah, que de rimes lu as chaulées, rimes perçantes comme des fers de lances ! Elles vivenl parmi nous, et celui qui les a diles n'existe plus.
« Combien tu en as dit, (ils de Amr, que jetait sans eflbrt ta verve inimitable !
* Moàwyah, les Mourrides l'ont tué ; mais aussi leurs cavaliers sont tombés sous ses coups.
« Après le trépas du fils de Amr, que les étoiles s'éteignent, que le soleil anéantisse ses rayons.
« Combien de malheurs, feux terribles dont Peffroyablc aspect eut fait avorter 1rs mères enceintes,
« N'as-tu pas, ô fils de Amr, éloignés des femmes de la tribu, sans appeler de secours lors même que d'autres étaient plus à portée que toi de les détourner !
« El ce ne fut pas une fois seulement, mais cent fois qu'il eut à repousser loin de nous les périls qui nous assaillaient,
« A fondre au milieu des pèle-mèles serrés des batailles, là où devant lui la mort traînai" les pans de son manteau dans le sang.
« Que de belles et blanches femmes tu as sauvées le matin (à l'heure des combats), lorsqu'elles erraient éperdues et leurs voiles en désordre, par la frayeur de la mêlée!
« Et les chameaux avant le sceau de noble race (et pris à l'ennemi), comme tu les chassais devant loi, tranquille sur ta monture ! et à la pointe de ton sabre comT bien de chameaux communs tu as marqués (et enlevésti l ).
« Les nobles et rapides coursiers que tu avais, coursiers solides comme les rocs qui font les margelles des puits, tu en as laissé les membres épars ver? cette eau où tu as succombé ;
1; Lr» chameaux «If rarp étaient maniuc» d'un siRtif que 1rs < hameaux rommiin» n at aient jamaU.
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« Mais au moins tu les as laissés à un roi d'une tribu, non pas à des hommes de rien. Eh ! ce n'était pas à cela que tes cavaliers s'étaient habitués avec toi ! (Mais quand tu as succombé, tout fut perdu.)
« Et toi, que de lois, dis-je, tu avais chassé devant loi les chameaux «le noble sang ! Que de fois, tranquille sur ta Chammâ, tu avais marqué de la pointe de ta lance la foule des chameaux communs (que tu avais enlevés i.
« Toujours tu avais tes chevaux sur les contrées ennemies, si bien que tes nobles cavales jetaient leurs poulains pendant tes expéditions. (Tu ne leur donnais pas le temps de mettre bas.l
« Que de captives désolées tu as conduites devant toi. en troupes comme de belles antilopes que mettent en émoi les premières gouttes de pluie ! » Le poète Doraid lils (le Simmah, celui que khansà avait refusé comme mari, exprima aussi la douleur qu'il ressentit lors de la mort de Moâwyah, dans cette kacideh que voici :
« Elle est venue dès l'aurore, celle que j'aime, me reprocher outre mesure mon chagrin. Femme, tu es allée à l'excès dans tes reproches, et tu étais en face de moi, chez moi.
« Si lu ne cesses ce blâme insensé, tu te reprocheras à toi-même, un jour, tes injustes paroles.
« Est-ce donc que tu aurais plaisir à me voir sous les coups du malheur, malin et soir,
« Tandis que, toi, tu serais, pour toi-ménie et pour les biens, à l'abri des atteintes douloureuses qui troublent et affligent toute la durée de la vie !
t Erreur ! illusion qui te leurre ! Détrompe-toi ; ni crainte, ni résignation, rien ne conjure le malheur, il ni ou tard tu auras tes perles à déplorer.
« Moi. ma grande douleur esl du jour uii j<« m'arrêtai
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à la tombe de Moàwyah ; je l'appelai el je n'entendis pins sa voix.
• Je vis sa demeure dernière ; je l'avais rencontré quand on l'y transportait. Demeure abandonnée aux feux du soleil, demeure affreuse, ô Doraid enfant des Békrides.
« II y fut déposé ; c'était sous les rocs el les pierres, au milieu de quelques pieux plantés en haie ; et de sombres rameaux de salamah furent jetés sur lui.
• C'était parmi des tombeaux sur lesquels depuis longtemps déjà passent les années et les jours.
« Certes, s'il eut pu entendre de ta part des cris de guerre, tu l'aurais vu se hâter, se précipiter, accourir à ta voix,
« Sous l'armure du guerrier consommé el sans reproche, et surtout s'il eut entendu un de ces braves, ces héros dans des corps de tigres.
« Mais quoi ! Tu es là-bas gisant sous la tombe, abandonné dans une terre infestée de cadavres.
« Que ta perte, fils de Amr, m'est une douleur poignante ! Elle éteint en moi la résolution et le courage. »
AYANT l/ISI AMISMK
XXXYÏI
Suite. — Sakhr s'occupe de prendre le talion de *on frère. — Expédition. Morlde Hâchero fil* de ilarmalab ; ver» de KhansA a ce sujet. — Mort de Sak.hr — Elégies de sa sœur. — Adjrah mère de* deux frère». — Khansa xil Mahomet. Elle et son fila Abbas embrassent l'islamisme. — En récitant un de leur» ver». Mahomet manqua à la mesure prosodique.
Au commencement de l'année qui suivit la mort de Moawyah, Sakhr partit en armes et se rendit chez les Mourrides. Il avait à venger son frère. Il arrive chez les deux meurtriers; Doraid n'était pas encore guéri de la blessure qu'il avait reçue au bras. » Lequel de vous deux, leur dit Sakhr, a tué mon frère Moàwyah? » Ils ne répondirent mol ni l'un ni l'autre. Alors Hâcbem dit au blessé : « Pourquoi ne réponds-tu pas?
— Je me trouvai aux prises avec lui, dit Doraid à Sakhr ; il m'a porté un coup de lance qui me perça le bras. Soudain mon frère fondit sur Moàwyah et le coucha mort sur la place. Par conséquent, quelque soit celui de nous deux dont tu verses le sang, tu auras ton talion, car c'est par noire œuvre commune que ton frère a succombé. Seulement nous n'avons pas enlevé sa dépouille. — Et sa jument qu'esl-elle devenue?
— La voilà là; tu peux la prendre. » La noble cavale fut remise à Sakhr qui la reçut et l'emmena.
Lorsque Sakhr fut de retour à sa tribu, on l'engagea à rimer quelques vers de satire contre les deux Ois de Harmalah. « Nous avons autre chose de mieux à faire que de la satire, répondit Sakhr ; nous avons à prendre le talion de mon frère. Si je ne pensais que la satire et l'injure me rapporteraient trop peu d'honneur, ils auraient de mes vers ; mais je dédaigne celte misérable vengeance. »
Un an après cette visite aux deux (ils de Harmalali, Sakhr
FKMNES AH Ali ES
partit cd expédition contre les Mourrides. Il montai.1 El- C ha m ma. Arrivé à pen de distance des stations de la tribu ennemie : « Je crains, dit-il, qu'ils ne reconnaissent El- Chammâ à l'étoile blanche qu'elle a au Iront ; je deviendrais alors le point de mire de tous leurs efforts. ■> Sakhr tondit le front de sa cavale. Mais lorsqu'on fut a Haûzah, tout près du camp des Mourrides, El-Chammâ fut reconnue parone jeune lille qui passait et qui s'écria subitement : « Par Dieu ! voilà El-Chammâ. » Sakhr regarde la jeune fille et lui dil : « El- Chammâ a une tache blanche au front, et celte jument-ci n'en a pas. » Un moment après, les cavaliers Mourrides fondent sur la troupe ennemie. On se bat ; et dans la mêlée Sakhr tue Do raid et plusieurs autres Mourrides. Ce coup de main fut le motif de quelques vers de Sakhr ; j'en citerai deux seulement :
« Ces Mourrides ! dès l'aurore, nous leur avons souhaité le bonjour avec la mort, cl, sans vauilé , nous avons bien abreuvé de sang les fers de nos lances.
• Mais je veux la réduire aux abois celle tribu ; oh ! nous en tuerons de ces Mourrides; nous les écraserons. »
Plus lard, Hâchem fui tué par surprise, lorsqu'il allait a une incursion. En passanl sur le terriloire des Djouchamides. il descend de cheval pour satisfaire à un besoin ; il s'était retiré à l'écart, s'engageani dans un fourré d'arbusies. Un Djouchamide appelé Kals aperçoit Hàihcm qui s'éloigne sans précaution aucune; Kais le suit des yeux : «« Bien! se dit-il, c'est le meurtrier de Moâwyah. Que je perde la vie, s'il ne perd la sienne ! » Quand Hâchem csi arrèlé, kais se glisse furtivement, sans bruit, à travers les arbres, arrive par derrière assez près de Hâchem, lui lance un trait à large fer, ei le 4ue raide.
Khansà informée de la mort de Hâchem, s'écria :
AVANT LTSLAMISMt:. m « Je donnerais ma vie cl la vie de tous ceux qui me sonl chers, pour récompenser le cavalier Djouchamide ;
• Je lui donnerais la vie de nos Solamides, où qu'ils soient, en voyage, ou en repos à notre iribu.
« Car (en vengeanl ainsi mon frère) lu as rafraîchi mes yeux abîmés de larmes ei qui ue savaient plus ni dormir ni laisser dormir personne. »
Ce Hâchem (ils de Harmalati était le plus puissant, le plus redoutable, le plus iulrépide des Arabes. C'est de lui qu'un poêle a dil :
a Hâchem, le fils de Harmalah, a ressuscité la mémoire de son père en le vengeanl
« A la journée d'EI-Habâlain et a la journée d'EI- \amalah.
« Il a loul massacré, coupables et non coupables; « Et les rois lues aulour de lui avaient la face dans la poussière.
a Son sabre a laissé tant de mères sans enfant ! >> Quant à Sakhr, le frère de Khansâ, il fut frappe à mort à la journée de Zàt-el-Elhl ou la journée des lamarix... Sakhr, avec un de ses conlribules appelé Anas, dirigea une expédition contre les A ça d ides ou Béni Açad. On sorpril la tribu et on enleva les troupeaux el nombre de femmes. De grands cris s'élevèrent dans loule la tribu ; on prit les armes el on courul ii la poursuite des ravisseurs. On les atteignit à Zài-cl-Eibl. On se baltit à outrance. Itabyah l'acadide porta à Sakhr un coup de lance dans le liane. Le fer en pénétrant entraîna un anneau de la colle de mailles.
Sakhr ne mourut pas sur le coup. La blessure s'irrita ; il s'y forma une tumeur. Sakhr eul à endurer les plus cruelles souffrances ; il languit presque une année entière ; à la lin Selma, sa femme, se fatigua, se prit d'ennui et de dégoùi.
284 FEMMLS ARABES
La mère de Sakhr le soignait avec la plus altenlive sollicitude, avec une patience maternelle. Un jour, de son lit de douleur, il entendit une voisine demander a Selma : « Comment va ton mari? — Que te dirai-je, ma chère? Ce n'est ni un vivant pour qui on puisse espérer, ni un mon sur qui on puisse pleurer. Cet homme-là nous fait avaler les deux amertumes (l'aloëset la moutarde).» Ce fut alorSVpicle malheureux blessé improvisa ces vers :
« La mère ne se fatigue pas, elle, de soigner son fils ; mais cette petite Selma, elle est ennuyée de la couche et de la demeure de son mari.
« Va, je ne crains pas de devenir cadavre ; qui donc s'aviserait de dire que la mort est un accident incertain ! (Tous meurent.)
< Je voudrais bien, si j'en avais la force, finir par un coup de résolution; mais aujourd'hui l'onagre est hors de service (I).
« Ah ! Selma, tu m'as réveillé de mon sommeil. (J'avais ion de croire à ta bonté pour moi.) Tu t'es fait entendre à qui avait des oreilles pour entendre.
« Certes, mourir me vaut bien mieux que vivre. La vie n'est qu'un rayon de frelons sur la pointe d'une lance.
« Que tout homme qui estime sa femme à I égal de sa mère, ne trouve que des jours de misère et de mépris ! » Sakhr désespéré voulait hâter sa mort, « finir par un coup de résolution. » Il demanda son sabre afin de voir, dit-il à Selma, s'il aurait encore la force d'en soutenir le poids, mais en réalité dans l'intention de se tuer. On lui mil l'arme entre les mains, il ne put la soulever.
Il s'était développé sur la blessure une excroissance ton gueuse, comme du feutre. On proposa à Sakhr de l'extirper.
;l. <>h« rxprc»»inn proverbiale r appliquai! à Ions le* penre». il imputante ad tfnllre.
AVANT I. ISI.AMISMi: 2«à m Si lu laissais exciser celle tumeur, il y aurait peut-être espoir de guérison. — Comme vous voudrez » dit le patient. Quelques amis cherchèrent à le dissuader de se soumettre h l'opération ; il rejeta leurs conseils el persista dans sa résolution. « La mort, dit-il alors, m'est plus douce que l'état de tortures où je m'épuise. » On fit rougir au feu un couteau et avec ce couteau incandescent on coupa la tumeur. Mais Sakhr n'avait aucun espoir de salut... Il entendit sa sœur Khansâ demander: « Comment a-l-il supporté l'opération? » el incontinent il improvisa celte réponse :
t Chère sœur, les malheurs ont mille formes dans le monde el frappent ceux qui les méritent.
« Tu demandes comment j'ai supporté la douleur ; eh ! je sais tout supporter, j'ai l'expérience des vicissitudes de la vie.
• Quand ils ont appliqué sur moi le couteau brûlant, je suis resté ferme, seulement j'avais la face d'un rouge de sang comme la femme qui accouche.
« Ma sœur, désormais pour moi plus de voyages, ni de courses; mais ma mémoire durera tant que durera le mont A cib. »
Sakhr fut inhumé sur le territoire de sa tribu, près du mont Acib et par conséquent a peu de distance de Médine. On fixa
sur la sépulture un signe qui servit a la reconnaître
kliansà, à la mort de son frère, lit les vers que voici :
< Est-ce un fétu, est-ce une maladie qui m'irrite les yeux? ou bien tombent-elles mes larmes parce que notre demeure est veuve de ses enfants ?
< Hélas! celle qui verse ces pleurs cuisants, pleure un frère qu'elle a perdu ; entre elle et lui est jeté désormais un voile, la terre récente de la tombe.
* Tout doit subir la mort, la mort si capricieuse dans ses coups. Et puis la destinée est si bizarre, si fantasque!
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« () Sakhr, In os parti pour celte réserve d'eau dont tons goûteront un jour l'amerture. Tu y es allé pur et sans tache,
« Et comme va le tigre hardi qui se lance dans les tourbillons des combats, armé de ses doubles armes, dents et griffes.
« Non la chamelle qui privée de son chamelin nouveauné tourne autour du simulacre qu'on lui en a donné (1), qui pousse des plaintes de tendresse et des cris de détresse,
« Qui broute h peine quelques herbes jusqu'à ce que se réveille son souvenir de chagrin, qui va et cherche de tous cùtés,
< Qui ne s'engraisse plus a aucun pâturage et quoi qu'elle mange, qui n'a plus que regrets et que gémissements,
« Ne donne qu'une faible image de la douleur dont je suis accablé depuis que Sakhr m'a quittée. Comme le temps à ses heures de douceurs et ses jours d amertume î *
« Sakhr était le maître, le souverain de nos tribus ; pour tous Sakhr égorgeait ses troupeaux, dans les jours pénibles de l'hiver.
« Sakhr était le modèle et le guide des hommes généreux, c'était le plus haut sommet des monts toujours couronné de feu (c'était le phare des voyageurs).
« Nulle femme ne le vit jamais rôder devant les tentes à chercher des faveurs adultères en l'absence du mari.
a Nul ne le vit jamais manger seul dans sa demeure ;
(I; Quand une chamelle était privée de son petit chamelin, soit qu'on l'eût tue, ou qu'il fût mort, on préparait avec la peau de ce chamelin, un mannequin bourre d'herbes sèches et représentant le jeune animal. On le plaçait auprès de la chamelle pour en tromper l'amour inalcruel, pour qu'elle se laissât traire et s'habituât peu à peu a la perte de son petit. Sans rcs précautions, le chagrin amaigrissait la mère et lui tarissait promptement le lait. On rapportait de temps en temps prés de la mère ce mannequin que l'mi appelait hatï.
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lonjours il portail alentour ses plats abondants à ses hôtes.
« Fort et élancé comme les hampes de Kouda'jnah (1),* il brillait encore de tout l'éclat de la jeunesse; sa taille si bien dégagée semblait être un bracelet d'or, sous les plis flottants du manteau.
« Kl maintenant Sakhr est sous la tombe! sous la lombe! froid, enfermé sous le roc el la pierre.
« Mon frère, aux deux mains généreuses, âme vertueuse et prodigue de bienfaits ! Il jetait ses richesses par masses; il ne savait commander et conseiller que le bien.
« De ses compagnons d'armes combien l'ont vu impassible dans les horreurs des combats, horreurs sombres, sinistres comme les teintes goudronnées de la nue orageuse ! »
Les deux premiers vers de celte kacideh, ainsi que le dixième el le onzième sont passés dans les chants publics. Il en est de même des quatre premiers vers de la poésie que voici, autre élégie dans le même genre que la précédente.
« Mes yeux sont pleins de larmes; le fétu ou la maladie qui les irrite revient sans cesse, et ma paupière ne peut se fermer au sommeil ;
« Je pleure Sakhr. Quel homme était généreux comme Sakhr, dans ces moments de sécheresse où la chamelle affamée oublie même l'amour de son petit?
a Sakhr, le sublime de la munificence , nul n'a su atteindre à sa hauteur; il ne suspendait point ses bienfaits quand le besoin désolait les tribus. . « Que le pleurent les enfants de Amr ses frères; car ils sont frappés dans l'homme qui était leur éclat.
« Voyez, les plus hautes illustrations de nos Solamides le pleurent et leurs larmes leur inondent la barbe.
(I; RoiicUinali est le nom d'une femme qui s'acquit une renommée par son habileté j dresser, préparer, polir et armer les hampes ileslanres.
* i88 KKMMKS AKABKS
« Combien de chevaux lu as précipités sur les escadrons ennemis, 6 mon frère ! el la meule des batailles roulait terrible sur les plus braves des deux camps.
« Alors lu relevais les pans de ton élincelante cotle de mailles sur ion coursier à qui les entrailles bondissaient et grondaient dans les flancs.
« Et tu te ruais au combat lorsque s'entrechoqiiaieoi les fers des lances sous le coup de la mon, à travers la chaleur de la mêlée.
« Tu savais ainsi, rehaussant la gloire, conserver l'éclat de ton nom quand soufflait la flamme brûlante de la terreur et du carnage.
« Tu animais les lances à se confondre, a presser leurs coups lorsqu'elles allaient fouiller les entrailles des guerriers jusqu'au fond des reins.
« Maintenant que tu n'es plus, qui recueillera l'étranger lorsque du Nord soufflent ces venls sifflants qui bruissenl dans les échos,
« Lorsque te froid et le besoin poussent les chameaux du voyageur a courir au premier abri et que la faim leur a desséché les saillies des flancs !
« Dans ces jours-là, les hôtes qui descendaient à la demeure de Sakhr trouvaient toujours les meis bouillants préparés avec la chair de ses chameaux.
« Ah ! celui qui vous nourrissait de ses troupeaux, qui vous protégeait de ses armes, vous l'avez déposé et laissé sous la poussière où vous avez creusé sa fosse.
« Que la tribu en deuil rappelle tes vertus, ta vaillance ! qu'elle le pleure ! lu étais son héros.
« Tu as tranché avec le fer le mal qui te saillait des chairs, «t tu l'es bientôt reposé dans la mort. Plaise au ciel que nos cavaliers voient un autre toi-même au milieu d'eux ! »
M AVI I..SIAMISMI ^Kt»
Khoulàï le poète et cavalier corbeau, le noir quarteron, lils de Noudbah, fit un éloge funèbre des deux frères de Khansà.
Il énumère et célèbre les vertus de Moàwyah et de Sakhr, et il termine par ces deux vers a la louange de Adjrah la mère des deux victimes.
< Mais aussi, sachez bien que l'âme la plus bienfaisante sur la terre pour l'infortuné, dans la saison des vents poudreux,
« Pour les veuves, pour les pauvres honteux, pour l'indigent épuisé, pour le malheureux aux abois, c'était Adjrah la mère de Sakhr. > Parmi les poésies de Khansà en l'honneur de Sakhr, il nous faut encore citer les vers suivants qui d'ailleurs passèrent dans les chants publics et que Khansà elle-même chantait. Les deux premiers composèrent une ariette, celle que nous avons mise en tête de cette légende.
« Pleurez, mes yeux, versez des larmes intarissables; ne pleurez-vous pas Sakhr, la main de la générosité?
« Ne pleurez-vous pas l'homme de courage et de beauté? ne pleurez-vous pas le héros de sa tribu?
« Le héros au long baudrier (l i, à la taille comme une svelte colonne? celui qui était déjà le roi de nos tentes, qu'il était encore imberbe.
« Tous font force de bras vers la gloire (et y veulent atteindre^; lui aussi, il lui tendit les mains;
< Mais il arriva par delà la hauteur de tous, et l'ayant dépassée il s'éleva encore.
« Quand les dangers fondaient sur nos tribus, c'est en lui qu'elles mettaient leur espoir, en lui si jeune encore, si nouveau dans la vie.
« Et vous voyiez la gloire descendre sur sa tente ;
I, Cisi » dire à la haute nature.
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mais |>our lui la gloire la meilleure el la plus belle élail l'éloge des siens.
• Lorsque dans les entretiens on vantait ses mérites, c'était un vêlement de gloire dont on l'enveloppait tout entier.
Khansà vécut plusieurs années encore après l'installation de l'islamisme. En l'an 8 de l'hégire (630 de J.-C), les Solamides, dont le chef suprême était alors Ahhâs fils de Khansâ, vinrent faire leur soumission au Prophète. Khansâ, comme les autres, embrassa la foi nouvelle, et récita des vers à Mahomet, qui la traita avec honneur et la félicita de son talent et de sa réputation de poêle. C'est en répétant un vers d'Ahhâs fils de Mirdûs el de Khansà que Mahomet laissa voir, sans le vou loir, qu'il ne sentait pas la mesure prosodique. Il estropia, faussa la quanlité de ce vers en en transposant l'un par rapport à l'autre les deux derniers mots. A bon liekr, qui entendit cette offense à la régularité métrique, rectifia la position des deux mots intervertis. « Qu'importe? lui dit Mahomet ; c'est la même chose. — Certes, reprit Abou Bekr, lu justifies complètement ces paroles que Dieu a révélées dans son saint Koran : « >'ous n'avons pas appris à noire Prophète la versification ; il n'en a pas besoin. Le Koran n'est qu'un enseignement, une lecture simple et claire t T . »
I kerau, t hap. wivii, >er». V)
WAYI L iSI AMISMI