‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 18 sur 36 · MORT !»K MARIE · texte numérisé non relu

MORT !»K MARIE

Jésus dit un jour à Marie : « Ma mère ! j'ai vu, dans les c hoses que Dieu m'a communiquées, dans la science qu'il m'a apprise, j'ai vu que ce monde est une demeure périssable, que tout s'v éteint, disparait, que tout échappe, que tout meurt ; et aussi j'ai vu que l'autre monde est le séjour de la vie, la demeure où tout persiste et dure, où rien ne s'use, rien ne se détruit. Viens, ma mère, viens, retironsnous de ce monde où ton l est caduc ; retirons-nous pour aller dans la voie qui conduit au monde où la vie ne meurt jamais et où vit l'immortalité. — Allons, dit Marie, souriant saintement a son fils, allons, mon enfant, allons, > Et la mère et son fils gagnèrent les montagnes du Liban.

Ui, ils se tinrent en un modeste réduit ; demeure solitaire où ils adoraient Dieu. Calme parlait, vie pieuse, douce vie parfumée par l'incessante pensée du ciel, par l'encens des prières. Ils jeûnaient le jour; ils se levaient la nuit ; ils mangeaient de la fenille des plantes, ils buvaient de l'eau des pluies. Longtemps ils firent ainsi ; délices saintes que rafraîchissait le souille de l'air ! Œuvres pieuses que seul voyait l'<eil tout voyant de Dieu !

Va puis un jour, Jésus descendit du flanc de la montagne;

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il descendit le creux de la vallée ; il allait chercher et cueillir quelques légumes sauvages, quelques herbes douces, pour le repas du soir, pour rompre le jeûne à la fin du jour. Jésus doue était parti.

Or voici que l'ange de la mort arrive auprès de Marie. Elle était en prières, enveloppée et remjïlie de la pensée de Dieu. « Salut, Marie, salut, sainte femme ! dit l'ange des derniers soupirs ; salut a toi «pli jeunes, qui veilles, qui pries ? » Marie surprise, effrayée, s'évanouit. La peur qu'elle eut de l'ange redoutable Pavait abattue tout à coup.

Marie revient à elle-même, se réveille peu à peu de son évanouissement, regarde d'un œil timide, soupire de pénibles soupirs, reste un moment le regard inquiet, immobile, attaché sur l'auge ; puis, doucement, d'une voix émue et pénétrée : « Qui es-tu, serviteur de Dieu ? dit-elle, ô! tout mon corps frissonne ; toute ma chair palpite ; je suis troublée ; ta voix m'a effrayée ; je tremble ; mes sens sont confondus ; mon àme est bouleversée ; mon cœur est défaillant ; ô ! qui es-tu? — Je suis celui qui n'a pitié ni du jeune âge de l'enfant, ni de la faiblesse de l'innocence ; je suis celui qui ne tient compte ni de la grandeur des grands, ni de la force des forts, ni de la vigueur de l'âge; je suis celui qui ne demande pas de permission aux rois, qui ne considère pas l'imposant des puissances. C'est moi qui renverse les demeures, qui culbute les palais, qui démantèle les forteresses, qui déchire les bastions; c'est moi qui peuple les tombeaux, qui chasse les réunions, qui sépare les amis, qui arrache l'un à l'autre le frère et la sœur, le père et la mère ; c'est moi qui prends les âmes, qui éteins les existences, qui arrête le souffle de la vie, c'est moi l'ange de la mort. — Ange des derniers moments, reprit Marie, ne m'accorderas-tu pas d'attendre que revienne ici celui que mon sein a nourri, celui que j'aime, qui est la fraîcheur et le bonheur de mes yeux, celui qui vit dans mon

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cœur comme le fruit sur sa tige maternelle ; sa vue, le parfum de son visage sera le viatique de mes derniers instants. — Marie, ceci n'est point dans les ordres qui m'ont été donnés. Je suis un serviteur soumis à la parole du Souverain des cieux ; je ne puis prendre la vie du plus faible moucheron sans les ordres de mon Dieu ; et mon Dieu m'a enjoint de ne pas reculer mon pied derrière l'autre avant que je n'aie reçu et recueilli ton âme. — Que soit accomplie la volonté de Dieu! Ange de la mort, obéis au Seigneur qui t'a commandé ; prends ma vie ; reçois mon âme ; emporte, emporte mon âme au sein de l'Etemel. ►

L'ange, s'approche, recueille l'âme de Marie et s'envole au ciel.

Ce jour-là, Jésus tarda plus longtemps que d'habitude a revenir. Il ne regagna sa retraite qu'après que le soleil eut caché sa lumière à l'Occident, et lorsque la nuit avait déjà couvert la terre de ses voiles obscurs... Jésus gravit la montagne, portant les frais herbages tpi'il a cherchés pour le repas de sa mère.

Il arrive, il la voit à l'endroit où elle avait coutume de prier. Jésus croit que Marie est endormie. Il dépose sa collecte, les plantes, les légumes sauvages qu'il a trouvés. Il approche de sa mère. Use met à prier; il prie, et prie longtemps, jusqu'au tiers de la nuit. Alors il revient à sa mère ; il se penche vers elle ; de sa face il touche presque la face sereine et calme de Marie : « Ma mère ! dit-il d'une voix tremblante, inquiète, que la craintive émotion du cœur agile et trouble; ma mère! salut, ô Marie ! salut, ô ma mère ! voici que la nuit est bien noire,... bien sombre;... depuis longtemps déjà ceux qui jeûnent ont pris leur repas... Dis, Marie,... ce soir, celle nuit, pourquoi ne viens-tu pas rompre l'abstinence?... Prions comme Dieu le veut, comme il le commande... O! réponds à ton lils .. m Puis il se calma el se dil : « Tout repos à ses

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douceurs ! tout sommeil à ses délices! Sainte mère, dors ton savoureui sommeil. Non, non je ne le troublerai point. A la place de ma mère, cl pour elle, je prierai la prière de

l'aube. »

Jésus attendait ainsi que se réveillât sa mère, afin de prendre son repas avec elle. Les deux tiers de In nuit passèrent... Jésus revient auprès de Marie. Il la fixe; elle était encore dans la même position, dans la même altitude. Il s'inquiète alors; il se penche de nouveau vers Marie; il reste immobile. Puis : « Salut, Marie ! sulul, ma mère ! dit-il d'une voix pleine d'émoi. Tous ceux qui jeûnent onl achevé le dernier repas de la nuit (1). Tous les fidèles sont debout. Viens aussi adorer l'Étenu-l. »

Une seconde fois Jésus se remit de son inquiétude et dit : « Oui, le sommeil a son bonheur; le sommeil rafraîchit la paupière, rassérène le cœur ei réconforte l ame. Attendons le réveil ; repose, ma mère, repose. »

Il attendit, il pria jusqu'à ce que vint irradier l'aurore.. La lumière grandil ; le zéphir du matin soupira. Jésus s'approche de Marie; vers elle il penche la tête; il s'arrête, elle n'a plus la vie, elle n'existe plus ; son àme est partie, son âme est au ciel. Jésus pénétré de tristesse sent la douleur l'ébranler, l'accabler. Il pose sa joue sur la joue de sa mère ; et il gémit. « Mère, dit-il, mère! salut de Dieu sur loi; m3 mère sois bénie, ô loi qui si longtemps m'as porté dans tes entrailles, m'as nourri de ton essence pure, m'as imprégné des sucs de ta vie, m'as allaité du lait de ton sein! De les nuits, combien tu en as veillé pour moi! De les jours, combien, à cause de moi, lu en as passés dans les fatigues ei les soucis ! » Et les larmes de Jésus coulaient; les sanglots éclatèrent. Dans le ciel

I Dans le jeûne, selon les Musulmans, on ne doit manger que pendant la nuit. Du moment ou I on peut distinguer, à la lumière du malin, un fil blanc d'un fil noir, il e*l dt-fendu de manger, de rien introduire dan» le corps.

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les auges, sui la terre les génies pleurèrent aux larmes de Jésus; le Liban démit, et du Tond de ses plus longues racines un cnlendil murmurer des soupirs, se plaindre des sanglots.

La voix de Dieu parla : « Mes anyes. pourquoi ces pleurs dans vos yeux? Pourquoi ce deuil, cette tristesse ? — Notre mailre, disent-ils, lu sais ce qui vient d'avenir de malheur a Jésus, à ecl esprit de ta divine essence. — Jésus est l'esprit que j'ai fait émaner de moi-même ; Jésus est mon verbe ; et je suis, moi, la source de toutes les bontés. »

Ensuite la voix interpelle l'orphelin : < Jésus, lève la tête. Ta mère est morte. Mais à cause d'elle j'ai grandi encore la destinée que je te réserve. — Mon Dieu, me voilà donc seul, délaissé sur la terre, comme un étranger ici-bas! Qui soutiendra mon courage? Qui m'aidera à servir dignement mon Dieu ? »

La voix ne répondit pas.

Jésus descendit du Liban, se rendit à une bourgade des enfants d'Israël; et là, d'une voix désolée : « Enfants d'Israël, cria-t-il, venez, que Dieu vous donne sa grâce 1 venez à mon secours. » Les femmes, aux têtes voilées, sortirent de leurs demeures, s'émurent de cette parole plaintive. — Qu'es-tu donc? dirent-elles; qu'as-tu? D'où viens-tu, homme des merveilles? D'où viens-tu, loi dont l'éclat de la beauté est venue luire, réfléter sa douce lumière jusque dans nos demeures? Quelle est donc en toi cette incompréhensible puissance qui a pénétré jusqu'à nous pour nous émouvoir, nous surprendre, jeter l'étonnement parmi nous dans le repos et le silence ? — Je suis l'esprit de Dieu, je suis Jésus fils de Marie. Elle n'est plus; elle est morte, morte,... abandonnée, là-bas... Venez, aidez-moi pour ses funérailles. Allons laver son corps; venez l'ensevelir, portons-là en terre, et nous prierons pour Marie la prière de la tombe. — Esprit du Dieu vivant, mais cette montagne est toute remuante de serpents, toute sillonnée de vi-

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pères; uni de nos aïeux, tic nos pères n'y a mis le pif»! depuis trois siècles. — Mais qui doue?... — Oh! à penser à tes dangers, on se seul la chair frisonner... Tiens, voilà le cercueil, voilà le linceul, prends, va. ensevelis Marie. »

Jésus demeura muet. Il retourna sur ses pas; il laissa tout. Il regagna la montagne. En cheminant, tout affligé, il rencontra deux jeunes hébreux dans la beauté et la force de l'âge. < Salut! leur dit Jésus. — Salut! répondirent-ils. — Enfants d'Israël, ma mère est morte, est abandonnée là-bas. sur le flanc de ce rocher. Venez do;ic m 'aider, mes enfants, à lui faire la lotion mortuaire, à l'ensevelir, à la porter, à la mettre au tombeau. — Nous sommes envoyés pour cela même, dit l'un des deux étrangers. Moi, je suis (iabriel, «mon compagnon est l'ange Michaél. Voici un cercueil, voici des linceuls du paradis. Va, Jésus, marche devant toi, nous te suivons. De belles vierges du ciel, houris aux grands yeux, à la brillante prunelle, descendent en ce moment des demeures célestes, et viennent laver le corps «le la mère, la déposer ;iu sépulcre. ►

On arrive à la montagne. L'ange Gabriel se met à creuser un crypte funéraire. Puis il ferme le cercueil, le place dans le liane du rocher, de manière que le cadavre ait la face tournée dans la direction selon laquelle on doit prier.

Jésus ensuite récite la prière funèbre sur les restes de sa mère, et Gabriel, Michaél et les anges prient avec lui. Cela terminé, les anges et les houris s'enlèvent vers le ciel. Jésus demeure seul avec sa douleur, consterné, la tête penchée, rêvant du monde et de l'éternité, de la vie et de la dernière heure. Puis soupirant un long soupir, levant les veux vers le ciel : » Mon Dieu, dit-il, tu vois où je suis, en quel état je suis; tu entends ma pensée et ma parole, tu vois mon âme.. Héla* ! morte, elle est morte, ma mère, et je ne l'ai pas vue mourir, je n'ai pas recueilli son dernier souille, sa dernière

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parole; je n'ai pas eu la bénédiction de ma sainte mère; je n'étais pas la quand elle a expiré, quand son œil s'est éteint, quand sa main est tombée dans la mort ; ma mère ne m'a pas béni. Mon Dieu, veuille lui permettre de revoir encore un moment son fils, de me parler encore quelques mots de sa boucbc ; permets que j'échange encore quelques mots avec ma mère. — Je te permets d'interpeller Marie, répondit la voix de Dieu. Demande a ta mère ce qu'il te plaira; appelle-la, elle va te répondre. »

Et soudain : « 0 Marie, mère bien aimée, s'écrie Jésus, viens, dis-moi, où es-tu? Comment a été ton arrivée auprès de ton Dieu, le Seigneur des jours ? — Cher enfant, dit Marie, je suis heureuse. Mon Dieu est le Dieu des grandes mansuétudes, des généreuses miséricordes. Il m'a reçue d'une main bienveillante. J'ai, trouvé ses grâces et sa douce bonté.

— Marie, mère chérie, comment l'a paru le goût de la mort?

— Oh ! mon fils, je te le jure par le Dieu qui t'a donné ta mission prophétique, qui t'a envoyé parler au monde, le goût de fiel qu'a la mort me lienl encore au fond de la bouche. Qu'il est âcre, corrodant, l'amer goût du trépas ! El le coup que l'ange des agonies m'a porté entre les épaules, je le sens encore. Amère, amère est la mort, mon fils ! Adieu, mon enfant, adieu ! au jour dernier du monde ! »

La parole cessa, la langue se tut. Jésus médita quelques instants; puis il quitta la montagne... D£s lors il parcourut les terres de la Judée.

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Varie inéili.ilrke entre le ciel el la terre. - Ce «|u>lait-ul le» aug^» l">«r le* ancien* \rabe*. - Le* mère* <ie* croyant*. I.a femme dans l'aulre monde.

Certes, celle légende (je ne veux pas parler de sou caractère historique) est louchante; le récil esl ému, il répand un parfum d'innocence el de sainteté. Mais il y manque le plus beau caractère, l'assomption; c'esi là qu'est le sublime. Jésus esl toujours vivant, el sa mère esl toujours vivante. Jésus esl le sauveur des hommes, la parole de l'Eternel ; Marie est la consolatrice des affligés, et la mère des anges. Chose admirable! Marie esl l'intermédiaire entre le ciel et la terre ; la mère du révélateur chrétien est la mère du monde; c'est la tendresse qui souril à la lerre ; c'esl une femme, une mère, qui esl invoquée dans toutes les douleurs, dans lous les périls, dans lous les malheurs; on aime à prier une femme, a se meure à ses genoux, à regarder sa souriante douceur, à voir son cœur s'attendrir; c'est de l'amour. Aussi, les madones peuplent le monde chrétien d'admirables emblèmes, de douces images, de douces pensées, de plus douces espérances, (/est au cœur de Marie que parlent, que s'élèvent lous les soupirs de la lerre chrétienne, toutes les intercessions, loules les larmes. El aussi les âmes qui sont heureuses la bénissent, l'enveloppent de tleurs, de fruits el d'hommages. Marie monte au ciel au milieu des anges. Des anges ne pouvaient emmener dans leur séjour qu'un ange de la lerre, une femme. Et la, au ciel, elle est la boulé puissante qui intercède auprès de Dieu, el Dieu ne sait rien refuser à ce nouvel ange terrestre des demeures éternelles.

Les Arabes païens ou anléislamlques avaient placé, pour

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ainsi dire, la femme dans les eréalures les plus élevées dont ils avaient peuplé el orné leur ciel. Ils avaient rru que les créatures les plus bienfaisantes, les plus favorables, les plus aimées el les plus aimantes du ciel devaient ne pas être des hommes. Ils regardaient les anges comme les fdles de Dieu rl ). Nous, nous regardons les tilles de Dieu comme des anges.

L'islamisme, pour remplacer ou imiter celle poésie pratique el vivante, a ce qu'il appelle Oummehàl el-mouminin, les Mères des croyants, les Mères des lidèles. Mais ce n'est Ta qu'un simple litre respectueux et religieux dont l'islamisme honore les neuf femmes de Mahomet qui lui survécurent. Aucune d'elles ne porte le titre de sainte ; les saintes musulmane* sont d'ailleurs en extrêmement petit nombre. Une lille de Mahomet, Zainab, est appelée la mère des pauvres. L'homme a encore accaparé même les honneurs religieux. Pour l'autre vie, la femme est encore uniquement pour l'homme et lui composera un harem éternel. Il v a seulement ceci qui a fait question parmi les docteurs de la loi : « A qui, dans la vie à venir, appartiendra la femme qui, sur la terre, aura été mariée successivement à plusieurs maris ? » Les opinions émises se résument à ceci : « Celle femme sera donnée à celui qui le premier l'aura épousée. — Non, reprend un autre docteur, elle sera pour le dernier mari. — Nan, dit un troisième ; elle sera donnée à celui de ses maris qui aura le mieux mérité par ses qualités inorales. — Point du tout ; la femme choisira celui qu'elle voudra. — Nullement ; on tirera au sort. «

1 Koran, rli.ip. \vi, \rr*.y>.

ï)Kl -.même par ni:.

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Vunliri* dr r«*mm«'s i|iu> pml avoir te musulman — IVmmr» rapine*, nu isclii\c>.

— Du mariage rnlie fidèle» «>t infi«l«'lir<*. - Capli%iU» cl \cnlc* des filles de YerwViljinl roi do fVrse. t-luppenirnl du goiil pnur !»•> loiHubincs rl mcn<( <fV»/"<i«/«.

- Zyn H-Ahidin fl »a mère.

Avant l'islamisme, l'Arabe prenait autant île femmes légitimes qu'il en pouvait entretenir , autant d'esclaves et de concubines qu'il lui plaisait. Mahomet a régularisé, limité le nombre de femmes que le musulman aurait le droit marital de prendre ensemble. Mais la répudiation, en débarrassant facilement le mari, lui laisse la libre faculté d'avoir, successivement, dix, vingt, quarante femmes légitimes. Les esclaves ou concubines sont à nombre discrétionnaire.

Les prisonnières musulmanes, et seulement les musulmanes, doivent, d'après la volonté de la loi, être respectées. Ceci est une amélioration. Nous avons vu que, dans les incursions entre eux, les Arabes s'adjugeaient de plein droit la propriété et la jouissance des femmes qu'ils s'enlevaient les uns aux autres el qu'ils emmenaient captives.

Mais l'islamisme, dans ses spéculations el ses espérances de développement et d'agrandissement par le prosélytisme armé, et en s'allouant la suprématie absolue, abaissa sous ses pieds toutes les sociétés non musulmanes, et se constitua celte foi cl. par suite, ce droil en \ertu desquels ses représentants

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usaient on maîtres do tout ce qu'ils parvenaient à prendre ef a se soumettre, choses et personnes. Sa loi veut dominer et abroger toutes les autres lois. I.a conséquence était que les liens formés, ou consacrés, ou scellés parl'autoritéMo quelque autre religion ou société que ce fut, tombaient annulés, dissous, brisés. Autre conséquence : toute femme non musulmane, capturée n'importe où. quand, et comment, devient un butin, un avoir, une marchandise. Toute union d'époux qui n'a pas été prononcée et pratiquée par la loi musulmane et selon cette loi, est une union illicite, incestueuse ; elle est rompue de fait, du moment qu'un couple d'époux ou un des époux est tombé entre les mains d'un musulman ; et celuici dispose à sa guise, comme il lui plait, comme il veut, et pour ce qu'il veut, et il est libre d'user et d'abuser de la personne qu'il a en sa possession. La femme qu'il a prise captive, ou qui lui est échue en lot dans la distribution du butin, et de même que tout prisonnier, est esclave. Toute esclave femme risque de passer au harem ef, là, de subir les volontés du maître, qu'elle se décide ou non à embrasser la religion musulmane. Mais pour que la femme esclave devienne l'épouse de son maître, il doit auparavant l'affranchir. L'esclave, étant esclave, n'est admise qu'au rang et au titre de concubine, condition que d'ailleurs reconnaît, protège et honore la loi. De plus, it est permis au musulman d'épouser toute femme non musulmane, Qu'elle soit juive, ou chrétienne, ou pyrolâtre, ou fétichiste, etc.; car il y a lieu d'espérer alors que la femme se laissera gagner a la foi islamique. Mais il n'est point permis à un homme non musulman d'épouser une musulmane ; il y a lieu de craindre qu'elle ne se laisse entraîner a la religion de l'infidèle qu'elle aurait pour mari.

Sous le kalifat d'Omar ffls d'EI-Khaltàb et le deuxième kalil'e, on amena à Médine les prisonniers enlevés sur les Perses

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à la célèbre bataille de Kâdéeich (I). Parmi les femmes captives il y avait irois filles de Yezdedjird foi de Perse. La bataille avait duré trois jours; les musulmans furent vainqueurs, et cette victoire abattit d'un coup la monarchie des Perses. Ce fui la bataille d'Arbèlc des Arabes. Elle fut livrée la quinzième année de l'hégire (656 de. J.-C). Yezdedjird prit la fuite. Il fut atteint et tue. En lui finit la dynastie des rois d'origine persane.

Les prisonniers, disons-nous, furent amenés à Médine. On procéda à leur vente pour en réparlir le prix aux fidèles, selon la loi. Omar ordonna de vendre comme les autres les filles de Yezdedjird. Mais Aly (qui plus tard fut le quatrième kalife) dit alors a Omar : « Il ne faut point agir à l'égard des filles des rois comme envers des femmes de la multitude. — Kl comment, reprend Omar, convieul-il d'agir envers ces filles royales? — Il est mieux d'en fixer le prix, et à quelque somme qu'il s'élève, le fidèle qui l'acceptera le payera et prendra ces filles. » On leur détermina une valeur et Aly les acheta. Il en donna une à Ahd Allah fils d'Omar, une à son propre (ils Hocein (Hussein), et l'autre à Mohammed fils d'Abou Bekr le juste (le premier kalife), et que lui Aly avait élevé. Abd Allah eut de cette esclave royale un (ils qu'il appela Salem. Hocein eut de sa royale esclave un fils qu'il nomma Zyn el-Abidin ; cl Mohammed eut de la sienne, son fils Kàcetn. Ainsi, trois cousins maternels naquirent de ces filles de Yezdedjird.

Jusqu'à celte époque, ce genre de maternité manquait de considération. On récil assez simple en donne la preuve el indique aussi que depuis ce temps-là les idées sur ce point se sonl modifiées, changées entièrement.

Un Koreïchide dont l'histoire n'a pas gardé le nom, a raconté ceci : J'allais assez souvent chez Saïd fils de Mouçayïb. Un jour il s'avise de me demander : « Qui sont les oncles

(I : KAdodoh, KMrrirh. <:«drs*iM j»lrrif. >'lr*k n,i CMIilr*

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maternels (1)? - Ma mère, lui répondis-je, est une génie dame, une noble captive. » Celte réponse me déprécia aux yeux de mon homme. J'attendis, je patientai ; enfin entra Sà- Icm le fils d'Abd Allah et pelit-lils d'Omar. Quand Sâlem fut sorti, je demandai à Saïd : « Mon cher ami, quel est donc cet homme ? — Dieu du ciel ! s'écria-t-il tout surpris ; comment! îu ignores quel est cet homme, un homme de ta tribu? Mais c'est Sâlem. le fils d'Abd Allah, le petit-fils d'Omar. — El quelle est sa mère ? — Une gente dame, esclave. » lin moment après entra Kàcem le fils de Mohammed lils d'Aboii Bekr. Il s'assit, resta quelque peu avec nous, se leva et s'en alla. De nouveau je demandai à Saïd : « Mon cher ami, quel est donc cet homme? — Comment! lu ignores qui il esl, un homme de ta famille? En vérité lu m'étonnes. Mais c'est Kâeem, le fils de Mohammed et le pelil-fils d'Abou Bekr. — Et qui esl sa mère? — Une génie dame. •> Je n'ajoutai pas un mot. J'attendis encore ; et voilà qu'entra Aly surnommé Zyn el-Abidîn, le fils de Ilocein. Aly salua, conversa quelques instants, puis se leva et partit. « Mon cher Saïd, demandai-je de rechef, quel esl cei homme? — Ah! celui-la, par exemple! il n'est pas permis à tin musulman de ne le pas connaître. C'est Aly, Zyn el-Abidin (l'ornement des serviteurs de Dieu); ccsl le (ils de Hocein, et le petit-fils d'Aly fils d'Abou Tàleb. • — Qui est sa mère, à celui-là? — Une génie dame. — Mon cher Saïd, continuai-je, tout à l'heure je t'ai semblé moins considérable, quand je l'ai eu appris que ma mère était une gente dame, une esclave de noble origine. Est-ce donc que je ne suis pas, sous ce rapport, l'égal de ces hommes ? — Tu as raison, me répondit franchement Saïd. F)e ce jour, je

I, Hemarquons ici que l'un ne demande pas : « Quelle esl la mère ? • Celle question ainsi faite serait, dans les mœurs et la milité de» Arabes, une impolitesse. On ne n'informe jamais, dirertement, d'une femme parente. Ainsi, dans l'exemple dont il s'agil, on a dit . Quels sont les ourles maternels» » |'"«ir dire: n Quelle esl la mere? -

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me relevai à ses yeux el il nie lint en haute considération. »

Les Médinois, ajoutent les chroniques, répugnèrent h prendre des étrangères captives comme mères d'enfanls (1), jusqu'au temps où Aly Zyn el-Abidin, et Kàcem, et Salem eurent grandi par leur science et eurent glorilié leurs noms par leurs conaissances profondes dans la religion el dans la loi, par leur savoir el leur érudition. C'est depuis cette époque surtout que le goût des concubines devint plus empressé, plus général, et lit bien vite fortune parmi les Médinois.

Ce Zyn el-Abidin, dont nous venons de eiter le nom, fut, ainsi que son père, un des douze grands imâm limans) ou pères docteurs de l'islamisme. Zyn el-Abidin avait pour sa mère la vénération la plus louchante, lé respect le plus délicat. On le félicitait, un jour, de celte piété liliale, on lui disail : « En vérité, tu es le modèle des lils envers ta mère! La piété liliale en toi est une religion ; nous ne te voyous même pas manger avec elle au même plat. — C'est que j'ai peur, répondit-il, de porter la main à un morceau sur lequel elle aurait déjà porté le regard, et de manquer ainsi aux devoirs d'un (ils altentif, soumis et aimant. »

Après la mort de Hocein, la mère de Zyn el-Abidin, elle se nommait, dit-on, Salàfah, fut mariée à Yézid affranchi de Hocein. Plus tard ce Yézid affranchit une esclave qu'il possédait et la prit encore pour épouse. Abd el-Mélik lils du kalife Merwàn, informé de cette union qui semblait abaisser la considération maternelle de Salàfah, en écrivit à Yézid et lui représenta celte union comme peu décente, comme une sorte de honte, comme une injure faite à la mère du pelit-lils du kalife Aly. Salàfah devait avoir alors près de soixante ans. Mais Zyn el-Abidin écrivit à Yézid : * Par ton fait, tu t'es mis honorablement sur la ligne de conduite que notre Prophète

I, Nous avon» déjà tlil que 1 on entend par mère d'enfant, toute e»el;i% »• que son maître a rendue mère. Voy. première partie, g wxu, page i».V

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lui-même a suivie; lui aussi il a affranchi Safyah fille de Hovai et la prise ensuite pour femme. Une autre fois, il affranchit Zeid lils de Hârithah et le maria avec sa cousine Zeinab fille de Djahch. »

Avantages que donne l« koran a la femme. — Amour el bienveillance de Mahomel pour les femme». — Conseils quant au mariage. — Atlaf. — Mària concubine du Prophète; émeute de ménage a rause d'elle; révélation du ciel; llafsà. — Du harem. — l.a femme est presque exclue de la mosquée. — I nil.irisme triDaire de lislàm. - Privilèges du Prophète.

Je n'examinerai pas eu détail les avantages nouveaux que le Koran a sanctionnés ou consacrés pour la condition matérielle de la femme. Ces dispositions législatives qui règlent les bases de celte condition, soit pour celte vie, soit pour l'autre monde, sont dispersées dans dix-neuf chapitres du Livre des musulmans ; un de ces chapitres, le quatrième, est même intitulé : Les Femmes (\). Je renverrai donc à ces * sources premières, et- de plus, si Ton ne jugeait pas que ce fût trop exiger, je conseillerais de lire mes six volumes du Précis de Jurisprudence musulmane.

Mahomet avait une très grande lendresse pour les femmes ; il goûtait avec bonheur les jouissances de la famille ; il adorait, couvrait de baisers sa chère tille Fàtimah. Il disait : « Le paradis est aux pieds d une mère; • eest-à-dire l'enfant respectueux gagne le paradis aux pieds de sa mère. Jamais il n'a sévi contre une femme croyante ; il avait pour les femmes des conseils consolants, ou îles promesses, ou désespérances religieuses. De paroles et d'exemple il recommanda le mariage; il se maria beaucoup. In certain Allai* a transmis

I Les div-neuf chapitres du koran ou il est questien de la femme, sont les sttiv anls rlMP. i, :t, ». «». 17, il. ti, -L\ M, 31, 33, **>, |ft.«l, Im. <*>, 70.

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ce |m-i il m il : . lîu«» l'ois le sainl Prophète me «lit : < Allàf, as-tu mu* femme? — Non, Prophète de Dieu, répondis-je. je n'en ai pas. — Mais alors lu te trouves dans la catégorie des partisans du diahle. Si tu étais un moine chrétien, tu aurais raison de vivre seul, car moine et femme ne doivent point aller ensemble. Mais si tu es des nôtres, de notre foi, marietoi. Dans nos principes a nous, on se marie, on doit se marier. »

« Lpousez de préférence les vierges, » a dit encore le législateur de l'islamisme. Le commun ou plutôt la totalité des musulmans aperçoit dans celte parole une ordonnance de plaisir, presque un devoir d'épouser de très jeunes filles. Mais il y a autre chose dans la pensée que revêt ce commandement. Le législateur a voulu, tout en sacrifiant la femme à l'homme, qu'elle pût toujours goûter du mariage; il a voulu encore, comme conséquence, que fussent fécondées d'assez bonne heure toutes les sources de la population, que les nations musulmanes se multipliassent en nombre extrême... Jésus a donné l'exemple de la continence. La virginité est devenue une vertu ; et les peuples chrétiens ne sont pas. certes, les moins nombreux ni les moins fournis du monde.

Mahomet octroya au musulman quatre femmes légitimes, en même temps. Lui, à titre de Prophète, se réserva le droitpr'rvilége d'avoir autant de femmes qu'il en voudrait, soit légitimes, soit concubines. Il fui marié à dix-sept femmes , il pratiqua donc largement la polygamie. Mais, de même que qui que ce fût, il en subit les inconvénients, au moins les inconvénients domestiques. La jalousie entre femmes vint souffler un petit orage dans son ménage... Parmi les cadeaux qu'envoya lemoukaûkis ou liculenanl-gouverneur de l'Egypte pour l'empereur lïérakl (Héraclius), il y avait deux superbes filles copies de noble famille, deux sœurs, Mària et Sirin. La beaulé de ces jeunes Cilles émut profondément le Prophète.

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Il s'éprit d'amour ; mais il ne savait laquelle se choisir ; il eut voulu avoir les deux ; malheureusement elles étaient sœurs, et la loi prohibe l'union avec deux sœurs, fussent-elles seulement esclaves concubines. Les deux sœurs se déclarèrent musulmanes. Le Prophète s'appropria Maria. Elle lui donna un fils, Ibrahim. Cet enfant mourut au bout d'une année. Mais dans le courant de cette année Mâria fut - affranchie. Mahomet heureux d'avoir un fils se prodiguait en prévenances et en tendresses intimes envers Mâria. Malgré tout ce qu'il mil d'attention à tenir secrètes ses relations affectueuses avec elle, les autres femmes du Prophète curent bientôt appris ses préférences et se plaignirent vivement de l'inégale distribution qu'il faisait de ses faveurs. A Hafsà qui la première avait eu connaissance du fait, Mahomet avait juré de ne plus avoir de relation avec Mâria. Hafsà devait ne rien divulguer à ses compagnes ; mais elle n'eut pas la force de se taire. Alors Mahomet manifesta nettement sa prédilection pour la mère de son fils et se justifia par la révélation qui lui fût envoyée alors du ciel et qui lui disait : « 0 apôtre de Dieu ! pourquoi afin de complaire à tes femmes l'abslieodraislu de ce que le Seigneur te permet ? Dieu est bon et miséricordieux ; il annule les serments inconsidérés ; il est votre mailre; il est la science et la sagesse. > Tout le chapitre soixante-sixième du Koran a irait h celle brouille de ménage. La querelle élaii connue du public ; ce pouvait compromettre le respect qu'inspirait le Prophète ; et Dieu s'est chargé de réparer ou de préveuir le mal, en révélant un enseignement qui, parce que cela convenait h l'apôtre, sanctionnait encore plus striclemeni la subalternisation de la femme. Mahomet, de son côté, réprimanda vertement Hafsà et il la répudia. Il invita sévèrement ses autres femmes à des procédés plus modérés et plus dignes d'elles ; ensuite de quoi, il passa un mois entier sans les visiter. Ce mois fut tout consacré a Mària...

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Mahomet pardonna ensuite, repril llafsâ et compléta la semonce ù ses femmes par d'autres paroles du Koran (chapilre soixante-sixième) ; c'est Dieu même qui se fait juge cl admoneste les jalouses femmes de son Prophète : « Si vous vous opposez aux volontés du Prophète, sachez que Dieu... se déclare pour lui. Il ne lient qu'à lui de vous répudier toutes, et Dieu alors lui donnerait des épouses meilleures que vous, meilleures musulmanes, pieuses, dévouées, soil mariées précédemment, sotl vierges. »

Celle petite émeute d'intérieur aboutit donc à des proclamations divines qui imposèrent à ces femmes et à toutes les femmes de l'islamisme, pour l'avenir, un abaissement plus complet. Ainsi, Mahomet, malgré sa tendresse évidente et sincère pour la femme, lui resserrait le cercle de la vie. Li femme était pour lui, comme il le dit, le bijou, le parfum de ce monde. Mais ce bijou, il le cacha dans l'écrin ; ce parfum, il l'enferma dans un flacon. Ce ne dut plus être qu'un ornement et un délice de la vie intérieure, du cloître, de la famille. La femme recul ordre de se tenir, h titre de bijou el de parfum, dans le boudoir clos ; car on ne laisse pas les bijoux et les parfums au grand vent et au milieu de la rue. Par suite, l'intelligence dut ne plus avoir d'espace où s'exercer ; la femme n'eut plus besoin de se mêler ou de s'intéresser aux mouvements de la vie sociale extérieure. L'homme se chargea seul de celte fonction. Même à la mosquée, la femme parut peu ; on n'osa, on ne dut pas l'en exclure absolument, mais il est mieux pour la femme de ne pas s'y présenter. Les plus méritoires prières et les plus méritoires solennités de l'islamisme sont celles qui s'accomplissent en réunions ou assemblées religieuses et publiques. La femme en fut écarlée ; il lui fut conseillé, mais de celle forme de conseil qui est une injonction d'autorilé, de rester chez elle ; cela vaut mieux pour elle, lui dit même la loi ; car sa pré-

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sence distrairait les lidèles ; In femme est un motif de trouble; soyez, prudents, éloignez-la, même de la maison de Dieu.

Comme conséquence de cette séquestralion religieuse, la dévotion est plus grande, plus ardente, plus exigeante chez les hommes que chez les femmes. La djàmi ou mosquée, c'est -a-dire le lieu des réunions pieuses, ou, comme nous disons pour nous, l'église, ne rassemble que la moitié de la société musulmane. I^e beau sexe fut .prié, par politesse morale, de rester chez soi. La société plus resserrée par la religion qui la relia dans une foi commune, fut schismatisée dans la pratique familiale. La religion nouvelle scellait sur une base d'airain l'unitarisme absolu eu tout : unité en Dieu, c'est-à-dire point de trinité ; unité en pouvoir gouvernemental, c'est-à-dire un roi-pontife ; unité dans l'autorité privée au sein de la famille, c'est-à-dire le mari. Le dogme nouveau ou dogme islamique rejeta le Dieu dont les grandeurs et les attributs se résument dans la forme trinaire : puissance, science, amour. Ce fût seulement le Dieu miséricordieux et clément, le misericors et miseralor Dominus des Juifs, c'est-à-dire le Dieu généreux et voilà tout. Ainsi^ dans la formule générale et perpétuellement pratiquée et répétée, rien ne rappelle ou ne présente l'intelligence ou la science. Mais comme correctif à ce déficit, le Koran renouvelle, recommence, réitère, rappelle ce perpétuel refrain : « Dieu est savant. Dieu est la science. » Quant à l'idée de l'amour envers Dieu, elle est souvent absente des religions, excepté du magisme de Zoroastre et surtout de la religion chrétienne. En retour, les autres religions ordonnent et rappellent à chaque moment la crainte.

A Mahomet étaient réservés nombre de privilèges, même en ce qui concerne les femmes. Ainsi, un musulman devait répudier sa femme afin de la laisser au Prophète qui la désirait pour épouse ; et une fois que le mari l'avait répudiée.

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nul antre que le Prophète n'avait le droit de la demander en mariage. A sa mort, Mahomet laissa neuf femmes ; mais personne n'eut le droit de s'unir à aucune d'elles. De même pour toute femme qui avait, a quelque titre que ce fût, appartenu au Prophète. Il n'eut pas le droit, c'est-à-dire qu'il lui fut défendu de prendre pour femme la chrétienne libre, ou la juive libre, ou l'esclave musulmane ; car il était de trop haute valeur pour confier le germe de sa descendance aux entrailles d'une mécréante ou d'une esclave. Il lui était licite d'avoir quelque femme que ce fût pour concubine. Il avait fait à Dieu cette prière-ci : « Seigneur, permets cpie je n'aie pas ici-bas d'épouse que je ne puisse retrouver avec moi dans le paradis. » Kl il ajouta : « Ma prière a été exaucée. » Il avait le privilège de contracter, pour lui ou pour tout autre, un mariage, sans même le consentement de la femme ou des parents de la femme, et même encore sans don nuptial.

Récit d Aichah : Appréciation de la femme, dialogue cnlre Aichah el le Prophète.

Mahomet a donné son appréciation relativement à la femme, dans un colloque qu'il eut avec sa chère Aichah, la plus remarquable, la plus spirituelle el aussi la plus aimée d'entre ses femmes. Celte pièce, sorte de réquisiioire. je l'ai rencontrée dans le manuscrit arabe qui m'a fourni 4a légende de Marie. Ce fut Aichah elle-même qui raconta cet entretien, Aïchah qui fut accusée d'infidélité conjugale cl donl une révélation divine de plusieurs versets du Koran vint proclamer l'innocence {\).

(t, Koran, chap. xuv, vers. 11 el suiv. — Voyei le récit de l'accusation d'Aichab dans l'Eisa i mr fhiitoire iet Ârabet, de M. Cau*sin de Pcrceval ; vol. III, pag. Ifti.

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lîKCI l h AU.HAH.

I n jour le Prophète vinl chez moi et me dit :

< Aïchali, je te veux donner conseils et paroles qui te servent

dans la voie du ciel... Observe-toi ; veille bien sur toi-même;

car j'ai vu aux enfers que c'est vous, femmes, qui êtes les plus

nombreux lisons que le feu ronge et dévore.

— Pourquoi cela ? Prophète de Dieu.

-— C'est que vous ne savez pas, femmes, avoir la patience dans la peine et avoir la reconnaissance dans le bien-être ; c'est que vous, femmes, vous oubliez les bienfaits; c'est que vous surabondez en injurieuses paroles, que votre esprit s'aveugle rapidement, que votre intelligence est inférieure, que vos œuvres de religion sont incomplètes.

— Comment. Prophète de Dieu, nos œuvres de piété sontelles si imparfaites?

— Quoi ! à vos mois, vous le savez, Dieu n'accepte ni vos prières ni votre jeûne, tant que vous êtes en étal d'impureté. Vous devez donc forcément, chaque mois, manquer à une partie de vos devoirs religieux. L'infériorité de votre esprit, de votre intelligence, n'cst-elle pas prouvée par la loi divine qui veut deux témoignages de femmes pour équivaloir au témoignage d'un seul homme? N'est-ce pas là, Aichah, cire en infériorité de valeur morale? Aichah, vous autres femmes, je le répète, vous ne savez pas être reconnaissantes des bienfaits et des bontés que vous recevez.

— Comment, ô Prophète, manquons-nous donc de reconnaissance?

— Ma chère Aichah. la femme est sous l'autorité de l'homme. La femme donne à son mari quatre, cinq enfants, ou plus. Lui, il a soin d'elle, l'environne de prévenances, de complai-

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sauces ; cl celle femme, lorsque la colère ou le dépit l'échauffé, redit cl répèle à son mari : « Ai -je jamais de loi la moindre preuve de sollicilude ?» Eh bien ! ma chère Aïchah, pas une fois la femme ne jette ces injustes paroles a son mari, sans que Dieu ne rende nulles et stériles les œuvres qu'elle a faites, sans que les anges ne s'irritent. Méconnaître les bienfaits du mari, c'est méconnaître les bienfaits de Dieu ; aussi Dieu dira à la femme : « Servante du Seigneur, tu as méconnu mes bontés pour toi ; eh bien ! je te -chasse de ma miséricorde. » 0 Aïchah, ma chère Aïchah, la femme qui, dans la couche conjugale, ou par d'aigres paroles, se met hostile a son mari, la femme qui souille l'honneur de son époux, celle femme-là, au jour du jugement deAiier, quand elle surgirait se dressera de son tombeau, aura la langue tirée en une sale lanière charnue, alongée jusqu'à soixante-dix coudées ; et celle horrible et livide viande fera collier, enroulée au cou de la coupable. Alors, le monde saura que celle femme à la langue méchante, empoisonnée, frappait qui que ce fût de ses coups, de ses dards acérés et perçants. 0 Aïchah, toute femme qui lixanl des regards mécontents et insolents sur son mari lui aura dit : « Que laide est ta face ! Que lu es hideux ! quel monstre que toi ! vilain être ! » et vingt autres honteuses paroles, eh bien ! cette femme, Dieu lui tordra l'œil cl la fera louche, lui alongera et déformera le corps, la lèle, la posera, celle femme, en lourde et ignoble pyramide, masse repoussante, viande dégoûtante, salement accroupie sur sa grosse base aux chairs flasques, fripées, affaissées, pendantes. Aïchah, jamais, sans la permission maritale, une femme ne doit passer la nuit hors de la demeure de son époux, passât-elle cette nuit chez son tils et chez sa mère. Pareille nuit est une durée malheureuse que remplissent la colère et les malédictions de Djcu, que les anges vouent a la vengeance céleste. Aïchah, la femme qui, même pour des funérailles, pour loule autre

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lérémonie, se pare, se parfume, s'affuble de vêtements recherchés, de voiles précieux, se passe des bracelets aux bras, des périscélides aux jambes, et veut ainsi attirer et charmer les regards des hommes, marche dans les voies qui mènent droit à l'enfer. Aïchah, toute femme belle, douce de paroles, riche en œuvres de bien, prévenante et empressée pour son mari, tendre et aimante pour ses enfants, bienveillante pour toute créature de Dieu, bonne conseillère pour sa voisine, entrera au paradis avec les messies et les prophètes du Seigneur. Aïchah, l'ange Gabriel me l'a dit : « La femme a été formée d'une côte; comment redresser une côte sans la casser? Eclairez donc les femmes de vos conseils ; recommandez à toutes de pratiquer le bien. » «

— 0 Prophète de Dieu ! dis-je toute émue...

— Aïchah, continua-t-il sans s'interrompre, les jours de la femme ont leurs épreuves et aussi leurs récompenses. La femme qui a conçu par l'œuvre de son mari, a tous les mérites du jeûne dans les temps d'abstinence, tous les mérites des prières pendant les nuits, tous les mérites du fidèle qui au milieu des dangers combat les ennemis de la loi. Oui, pour la femme qui a conçu, les anges appellent et invoquent les bénédictions du Seigneur jusqu'au jour où elle déposera le fruit de ses entrailles. Et quand ce jour des douleurs est venu, les anges accourent des cieux près de celle mère souffrante, ils l'environnent de leurs vœux ; à chaque accès de, douleur un malheureux est délivré des tourments du feu ; et h la mère sont pardonnées ses fautes, fussent-elles nombreuses comme les feuilles des arbres. Au moment où le sein maternel donne le jour à un nouvel être, les anges redisent : Heureuse î sois henreuse. ô mère qui souffres encore î Que Dieu t'enveloppe du voile de sa miséricorde ! » Et si la mort vient s'emparer de cette mère encore sur son lit de souffrances, Dieu la place dans la demeure des élus. Aïchah,

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If père qui dit à son liis : . Enfant «le la honte, • est maudit de Dieu. Mais à la femme qui dit h son lils : « Enfant du crime, » la langue, au jour du jugement dernier, sortira affreuse, rouge, polluée de taches livides, sortira, dis-je, par la nuque et sera nouée en nœud qui la retienue sur le trou par où elle sera sortie ; et le feu, à chaque moment, y imprimera des stigmates crépitant de ce bruissement dont crépite la choir (pie brûle le fer rouge ou la braise ardente. El puis aussi, ô ma chère Aïchah, le mari qui de ses mains caressantes réjouit sa femme, recevra dix faveurs et grâces de Dieu. Le mari qui de son bras bienveillant entoure sa femme, l'appuie sur lui, sur son cœur, aura vingt faveurs et grâces de Dion. Le mari qui embrasse sa femme, a pour chaque baiser trente bienfaits «lu ciel. Oui, les caresses légitimes et pures des époux sont récompensées encore par les faveurs de l'Eternel. »

De la % ii- privée matrimoniale «le la femme. — Legi-ndc. tloout-meni maternel. Srpt jour» dan» la tombe. — Dti pardon du mari.

Concluons, et bien d'autres Ibis encore nous aurons a conclure de même, que l'on a toujours rétréci de plus en plus le cercle dans lequel on circonvenait la femme. On la vante avec tendresse, ou bien on lui parle de l'enfer, on lui promet et on lui demande les voluptés conjugales, on l'agace par des caresses, on la séduit pour ainsi dire, alin de la mieux enfermer, de la mieux isoler, de la réduire a l'inaction sociale cl intellectuelle. Pour mieux réussir dans ce projet, pour le colorer de la manière la plus attrayante et par conséquent la plus sûre, on veut bien adjuger à celte

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existence réduite, claquemurée, annulée au point de vue de la société, le bonheur sensuel de celte vie et surtout le bonheur éternel «le l'autre vie qui sera moindre en jouissances amoureuses que celui de ce inonde, puisque là, dans cette autre vie, soixante-dix ou douze femmes n'auront pour elles toutes qu'un seul mari...

Il ne sullit même pas que la femme soit pure d'infidélités conjugales ou de plaisirs illégaux, pour qu'elle ait la félicité entière des élus ; il faut encore qu'elle soit endurante, soumise, souple dans sa conduite privée ou sa vie d'épouse. Les docteurs de la foi ont consacré ce dernier principe dans des légendes, afin de le mieux incruster dans les csprits.^e seul mécontentement du mari qui n'a pas prononcé le pardon à sa femme mourante, influe même sur la destinée de la pauvre femme jusque dans l'autre monde. Voici, à ce sujet, uue légende ; elle précède, dans le manuscrit arabe, le sermon que nous vient de débiter Aïchah. C'est une leçon en même temps qu'une histoire. Le récit est entièrement dans l'esprit musulman, quoique le légendaire arabe le rattache aux temps où florissait la foi proclamée par Moïse. Ce légendaire est appelé Wahb fils de Mounabbih.

DÉNOM MENT MATERNEE.

Un jeune Israélite tomba dangereusement malade. Sa mère lit alors ce vœu singulier : « Si le Tout-Puissant guérit mon lils, je sortirai de ce monde pendant sept jours. » Le jeune homme recouvra la santé ; et la mère n'accomplit pas le vomi par lequel elle avait engagé sa conscience, Une nuit, pendant le sommeil, elle vit en songe un homme venir à elle et la voiv de cet homme dit : « Femme, accomplis ton vœu ; acquitte la parole et ta conscience, si tu ne veux pas que

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