‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 19 sur 36 · IM IS I. ISI.AMISM · texte numérisé non relu

IM IS I. ISI.AMISM

Dieu le frappe d'un grand malheur. Dieu a satisfait a ton désir, satisfais à Dieu. >

Le malin, la mère toute émue appelle son (ils. lui raconte comment elle s'était engagée envers Dieu ; et elle ajoute : « Va, mon lils, va creuser la fosse de ta mère. A la demeure des morts j'ai sept jours à passer. Mon Dieu ! mie m'arrivera-l-il pendant que je serai sous la terre? Mais, Seigneur, tu as rendu- mon enfant à la vie; si pour ce bienfait tu veux prendre ce qui me reste de jours, prends-les, Seigneur; je te les dois. Hien n'effraie une mère, rien ne lui coule, lorsqu'il s'agit de l'existence de son enfant. >

Ul jeune hébreu embrasse sa mère, l'inonde de baisers et de larmes; puis il la quitte, il va au lieu des sépultures et creuse une fosse. La pauvre temme -part bouleversée, mais confiante en la générosité divine, et elle arrive au cimetière. Elle raffermit son courage, elle fortifie son cœur ; et elle descend dans la fosse préparée pour la recevoir. Au moment de s'étendre sur la terre qui lui va servir de lit funèbre et peut-être de lit de mort, elle se senl les chairs frémir de frissons glacés, profonds. < 0 mon Dieu, dit-elle d'une voix accablée et tremblante, mon Dieu, tu le vois, je fais ce que je puis, ce que je dois; je remplis mon vœu, je paye ce que je l'ai promis. Mais, mon Dieu, conserve-moi la vie; encore un peu de cette existence de ce monde! Veuille qu'en ce tombeau le trépas ne vienne point à moi. Veuille que je jouisse encore un peu de la vue de mon enfant. > Kt elle se coucha, s'alongea ; et son lils repoussa la terre sur sa mère ; il versait des pleurs... Il s'éloigna; il partît (I).

Un moment après qu'elle fut enfermée dans la fosse sépulcrale, la mère aperçut que du côté correspondant au sommet de sa tète , il arrivait une lumière éblouissante qui glissait ses.

I Le récit suppose évidemment que la (os*t> était munie d'une petite construction en \<uite liante comme on en fait eUemporancment «lims le fo<*e« de* muMilm.in» Soi o-ite rmislniclion un ramène et réelle la terre

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rayons pétillants par l'ouverture d'une pierre largement évidée. Cette femme, étonnée de se trouver ainsi dans cette lumière merveilleuse, se retourne sur sa couelic mortuaire;... et ses yeux plongent dans un parterre émaillé de toutes les richesses des fleurs, de toutes les magnificences d'une splcndide nature. A quelque pas de dislance, sous un dais de verdure, sont deux femmes que semblent animer d'étranges émotions. Ces deux femmes appellent la mère; leur voix douce et tendre lui dit : « Par ici y sors de ton lit (umulaire; viens, viens près de nous. » La mère pénétrée d'une joie inconnue, passe par l'ouverture qui alors s'agrandit et parait comme la porte d'un asile de bien-être et de repos.

La mère s'avance. Près des deux femmes s'étale un réservoir d'une eau belle et limpide, aux Iremblottements cristallins, plissée de molles ondulations, caressée par un souffle léger, rafraîchie par la douce respiration d'une brise embaumée. Les deux femmes sont assises sur le bord de cette eau voluptueuse ; la mère vient pour s'asseoir auprès de ces deux compagnes qui alors l'accueillent de leur sourire. Mais au salut de bénédiction que leur adresse la mère, elles ne répondent point. « Pourquoi, femmes heureuses, leur dit-elle, ne me rendez-vous pas mon salut ? — Le salut est une démonstration de soumission à la destinée, et nous ne devons pas encore nous résigner pour jamais à notre sort présent. Mais viens ; repose-toi près de nous ; jouis de ce séjour de bien ; ici tout est pur. — Femmes heureuses, comment vous trouvez-vous ici? Que faites-vous? »

Elles ne répondirent pas. Kt la mère remarqua soudain un oiseau planant au-dessus d'une des deux femmes, et de ses ailes doucement et lentement agitées il la rafraîchissait sous un léger balancement d'air. Sur la tête de l'autre femme était aussi un oiseau, debout, qui presque sans cesse, à coups de bec, lui piquait et entamait la peau du crâne.

La mère contemple un inslant les deux oiseaux ; puis elle demande à la première femme : «.Dis-moi, bienheureuse élue; pourquoi cette perpétuelle jouissance, ce miracle perpétuel de bonté, ce zéphir que souille sans relâche sur ta face sereine et ravie l'aile frôlante de cet oiseau ? Pourquoi t'abreuvet-il ainsi de cette douce haleine qui caresse les roses de tes joues et le camphre de neige de ton front, qui fait jouer et se promener sur ta paupière languissante et enivrée cette Éraieheur aérienne, cet air parfumé?

— Ecoute... Dans ma vie sur la terre, j"ai été mariée. J'étais soumise, docile, souple, patiente; j'obéissais à la moindre volonté de mon mari ; j'étais toute à lui, toute pour lui; mon bonheur était de le rendre heureux, de pensera lui être agréable, utile, de prévoir et prévenir ses goûls et ses désirs. Je sortis de celte vie de la terre ; je mourus, emportant les regrets de mon mari ; il était si content de moi ! En retour de ma piété conjugale, Dieu m'a récompensée; il m'a donné le bonheur que tu vois.

— Femme, tu as bien fait ; après le plaisir des devoirs remplis, tu as désormais le plaisir d'une au Ire existence dont on ne comple point les jours... Mais loi, ma sœur, dit ensuite la mère à l'autre femme, pourquoi cet oiseau dont la pointe du bec te crible de irous la chair de la tête ? Pourquoi celte souffrance, même dans ce séjour de délices et de félicités?

— Eh, ma sœur !... Moi aussi je lus mariée dans mon existence sur la terre, quand j'élais de cette société humaine où tout se gâte el se perd. Avec mon mari, j'étais peu docile, j'étais insoumise, fantasque. Je sortis de la vie terrestre pour passera la vie qui la suit. Je ne laissai aucun regret à mon mari ; il me garda sur la tète les malédictions qu'il m'avait prodiguées. Mais j'élais pure, religieuse, j'avais la pratique des vertus. Pour ces vertus, celle conscience, Dieu me lit du tombeau un parterre, un lil de repos. Mais en raison du me-

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cnnlonlcmcnl qui persiste encore en mon mari, Dion m a imposé cotte souffrance, ce châtiment que tu vois. Cet oiseau, le dur crochet de son bec me laboure les fibres de la chair, m'agace, me tourmente, me fait, sous ces coups, sous ces gouttes de mon sang, frissonner tout mon être. Malheureuse! je me suis trompée dans ma vie. Et aujourd'hui, hélas ! et pour jusques à quand ? j'ai la douleur qui aigrit ma félicité, j'ai les épines jusques au cœur de la rose que je respire.

— Mais comment mettre un tenue?...

— écoute. Tu retourneras sur la terre ; tu reverras bientôt votre monde ; eh bien ! lorsque tu y seras rentrée, rappelletoi, mère de ton uls, rappelle-toi ce que tu vois ici ; ressouviens-loi de moi ; va intercéder pour moi auprès de mon mari; prie-le de me pardonner. .

La mère était émue, elle promit sa médiation... Les sept jours s'écoulèrent. A la (in du septième, le fds vint au tombeau de sa mère afin de la rendre à la lumière des vivants. Heureux enfant! combien voudraient avoir son bonheur, le bonheur de rappt-ler une mère de la tombe !

Les deux femmes dirent à leur compagne des sept jours, au moment où elle dut reprendre le chemin du monde : «Va, bonne mère, retourne à ton sépulcre; franchis celle porte qui l'a permis de venir à nous; rentre dans ton lit de repos a lï ii que ton fils t'y puisse retrouver. L'heure esl arrivée, et déjà ton (Ils est là qui, de ses mains empressées, relire la terre qu'il lui a fallu je 1er sur loi. Va vite recueillir les baisers de ton enfant. »

La mère se hâla, rentra au tombeau, lin moment après, le fils ouvril cette demeure mortuaire, embrassa sa mère, et tous deux s'eu allèrent.

Ou fui bientôt informé de l'accomplissement du vœu. De tout le pays on accourut féliciter la mère, lui demander des souvenirs d'oulre-lomb<\ Dans la foule vint aussi le mnri d<*

DKPLIS I. ISI.AMISMK A'M

la femme à l'oiseau becquetant. « Homme, dit la mère, la femme a été vertueuse ; ce qu'elle avait commis <le mal envers Dieu, Dieu le lui a pardonné. Mais elle a encore à expier ce qu'elle a pu lairc qui l'ail déplu. Pardonne aussi, loi, ce qu'elle a commis de mal envers toi. » Le mari pardonna sur le champ à sa femme. Qui esl sans faiblesses !

Pendant la nuil suivante, la mère revenue d'entre les morts dormait du sommeil du monde... Elle vit en songe la femme pardonnée qui dit : « Donne mère, par loi je suis délivrée du lourmcnl qui dévorait mon bonheur. Grâces a loi ! grâces ! ma félicité n'a plus d'ainerlumes, mes heures n'onl plus de trouble, mon front plus de tristesse, mes yeux plus de ténèbres. 0 ! que Dieu répande sur toi toute sa miséricorde! Adieu, mère ! adieu, vis en paix ! »

fljàliéliah. — La femme esl esclave et prisonnière du mari. — Les deuv femmes» le marquantes île l'islamisme. — La femme regrettant sa Itrehis; El-Malidy el le llé- •louin. — Le mol khillikan. Omar et la tille île la laitière. Sévérité d'Omar. - Légende : fille déshonorée, homicide, et innocente.

Le sermon qu'a transmis Aïchah et la légende que nous venous de réciter, déterminent lu circonférence des utilités de la femme musulmane, la mesure de son action el de l'emploi de ses facultés. Peu à peu la loi nouvelle transforma el effaça la femme du«paganisme, de ces époques que l'Arabe converti appelle djâhéliah ou ignorantisme ou lemps d'ignorance. Mahomet avait bien dit : « Je vous recommande, je vous prescris d'avoir soin de vos femmes. » Mais il avail complété l'inlenlion de son commandement par ceci Car, avec vous, elles sont vos captives, vos prisonnières. »

La femme devinl bicnlôi un simple meuble matrimonial

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Mais comme la nature ne cède pas de suite cl complètement, on vit encore quelques noms féminins passer avec honneur parmi les lignes des savants, c'est-à-dire des littérateurs, et quelques intelligences féminines laisser leurs traces et leurs actes dans le domaine des choses dont la conduite a besoin de finesse d'esprit, de pénétration, de solidité de jugement, de fermeté. Ainsi, Zobeidah, la femme de Hàroûn el- Rachid, a certainement inspiré et éclairé ce kalife ; elle le conseillait dans les affaires 'difficiles, ou dangereuses, ou obscures, ou délicates. On ne sàit pas assez tout ce qui, en fait d'idées et de décisions, passa du harem ou boudoir de Zobeidah au divan ou conseil kalifal et gouvernemental, soit pour les questions d'intérêt de l'Etat, soit pour les questions de détail et de justice ordinaire, soit pour le choix des hommes à appliquer ou b conserver aux fonctions publiques.

Du reste, les deux femmes les plus remarquables dans l'islamisme par leur esprit, leur perspicacité, leur résolution, sont, à mon gré, Aïchali d'abord, et Zobeidah ensuite. Hàroûn cl-Ilachid était au-dessous de ce qu'il eût du être pour mériter justement la réputation et l'éclat dont on a entouré son nom.

Dès le commencement du second siècle de l'hégire, déjà la femme n'avait plus le même sentiment de famille qu'elle avait avant l'islamisme. Ainsi, je ne sais pas si Ton rencontrerait dans les chroniques de la djàhéliah une frrnme qui, comme eclle dont je vais parler, reprocherait à son mari de sacrifier leur brebis pour régaler un hôte.

TROIS RfcCITS.

Kâikah lille d'Abd Allah raconta l'anecdote suivante. I n jour que nous étions chez le kalife El-Madhv, à Anbar il >, on le prince était allé en partie de promenade, tout

I Kl-M.ih.l>.*ui Mnliamim-il Kl-M.tli.ly. r« cna <li-77.« a 7K.i rte- J. i Apr<> lui n-Rim

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à coup outra Raby'. Il avait été vizir et chambellan sous El- Mansoùr (Almanzor) père d'EI-Mahdy. Raby' tenait à la main un morceau d'une sacoche de cuir, sur lequel était une écriture au charbon ; an-dessous de cette écriture se vovait un

seing portant l'empreinte d'un cachet appliqué sur de la boue ou argile desséchée et pétrie avec de la cendre. Et c'était le cachet du kalifat.

« Prince, dit Raby' au kalife, voici une singulière pièce ; je n'en ai pas encore vu de pareille. Elle, vient de m'être remise par un Arabe bédouin. Ce bon homme avait cette pièce a la main el répétait : « Voilà un écrit du kalife; enseignezmoi où est la personne qu'on appelle Raby'. Le kalife m'a ordonné de remettre cet écrit à Raby'. »

El-Mahdy prit ce cuir grossier, le regarda et sourit. « C'est vrai, dit-il ; c'est bien ià mon écriture ; c'est aussi mon cachet. Ne vous agréerait-il pas que je vous racontasse l'histoire de cette pièce qui vous surprend ? — A la volonté suprême de la majesté. »

Alors le kalife dit : » l'n soir, après une pluie, je partis à la chasse. Vers le matin, il s'éleva un brouillard si épais que nous nous perdîmes les uns les autres. Je restai seul, tout a fait seul; je n'aperçus plus aucun de mes gens. Je fus pris par le froid, la faim et la soif ; ce que j'endurais, Dieu le sait. J'étais inquiet; je ne savais à quoi me décider. Alors me revint en esprit une prière que j'avais entendue de mon père, lequel l'avait apprise de son père, et celui-ci la rapportait à notre aïeul fils d'Àbbâs, la tige originelle de notre dynastie : « Au nom du Dieu puissant ! Par la grâce de Dieu ! Il n'y a de puissance et de force qu'en Dieu ! Je mets en Dieu mon appui et ma confiance; Dieu est tout pour moi.

son fils El Hady, île 78.» à 780; et après ce dernier régna ilàroun el-Rachid frère dEl Hady,dc78f»àK».

Anbar, en tlhaldee, tille sur l'Eiiphrate, est à une vingtaine de lieue» au-des»ou« de Bagdad. Bagdad est sur l<' Ti«re.

Xli I KMMKS AKAJiLS

Non; il n'y :« de puissance et de force qu'en Dieu «fui es! la (irandeur et la Majesté. » Quiconque, «lisait mon père, répèle ces paroles saintes malin et soir, est sous la protection et la grâce de Dieu, marche dans la voie du bien, n'a pas il craindre de périr par le l'eu ou par l'eau, ou d'être surpris par un éhoulement, ou de mourir de mort violente. Je récitai donc celte prière ; et Dieu lit apparaître dans le lointain la lumière d'un feu. Je me dirigeai du côté de eelte lumière. J'arrivai à une tente. Un Arabe accroupi alimentait un feu qu'il venait d'allumer. « Arabe, dis-jc à cet homme, y a-t-il lieu de recevoir un hôte ? — Descends de cheval, » me répondil-il aussitôt.

Je descends. Et l'Arabe dit à sa femme : « Apporte cette orge que tu as près de toi. » La femme obéit. « Dépêche-loi de la moudre, » ajouta ensuite mon homme ; et la femme se mit à la moudre. « Donne-moi de l'eau, que je boive, » disje au bédouin. Il se leva, puis m'apporta une petite outre contenant de l'eau mêlée d'un peu de lait. Je bus à pleines gorgées. En vérité, jamais je n'ai bu rien d'aussi délicieux que celle simple boisson. L'Arabe me donna ensuite un grossier coussin rembourré de laine ; ce me servit d'oreiller sur lequel je me posai la tête. Je dormis la un somme. De ma vie je n'ai dormi d'un meilleur Sommeil, un sommeil de bonheur.

Pendant ce temps, l'orge-ful moulue, cl la femme en avait, après cela, préparé du pain.

Je m'éveillai... Soudain mon homme s'empresse d'aller prendre une petite et chélive brebis, et il la tue. « Comment! s'écria la femme; pourquoi avoir tué celte brebis? Mais c'est te suicider, et aussi c'est égorger ion enfant, la fille. Celte brebis-là était toute noire existence, toute notre ressource; et tu l'as tuée celte pauvre bêle ! De quoi vivras-lu maintenant? — N'importe, brave femme ; n'aie souci, dis-je alors. Apportemoi ici la brebis. » La brebis m'est déposée devant moi, je

IHlI'l IS L'ISI.AMISMK. M:> lèvent™ avec un couteau que j'avais ilans ma bottine ; je I ecorche ; je relire le foie de la bêle ei je la coupe en morceaux que je dispose sur la braise... Enfin je mangeai.

Quand mon repas fut achevé : « Aurais-lu, dis-jcà l'Arabe, quelque chose sur quoi je puisse écrire? » Mon bédouin m'apporta ce morceau do sacoche. Je pris au milieu de la cendre qui était devant lui, un petit bout de bois charbonné; j'écrivis les mots que vous voyez, et j'apposai mon cachet que voilai . Je remis le morceau de cuir à mon Arabe auquel je recommandai de venir ici, de se présenter à Raby' et de lui consigner celle pièce. Seulement, je vois que j'ai écrit un bon pour cinq cent mille drachmes, et je vous jure que je ne voulais écrire que cinq cents drachmes. Mais puisqu'il y a cinq cent mille bien écrit, el de ma main, je n'en veux pas rabattre un seul drachme, n'y eût -il même que celle somme dans le irésor. Raby', que l'on fasse transporter à cet homme ses cinq cent mille drachmes. »

Le bédouin reçut la somme et partit... Il s'occupa immédialemenl de s'acquérir des troupeaux ; il acheta un grand nombre de chameaux cl un menu bétail considérable... La sialion de ce bédouin fui désormais un point de halle pour les pèlerins, et elle fut appelée : La halle de l'hôlc d El-Mahdy prince des croyants.

Ce petit récit, ainsi que le suivant, est cxtrail du Dictionnaire biographique dlbn Khillikàn, cet auteur que lenlêlement des orientalistes européens s'obstine mordicus a appeler Ibn Khallacan et lbn Khallicân. Il y a un autre nom, Ibn Ilillizah, qui est de même construction el de même prononciation pour les voyelles. Ce dernier nom, les orientalistes le respectent et ne l'abâtardissent pas. Mais, pas même pour un empire, ils ne veulent dire Khillikàn. Que faire ! Il est difficile d'avoir raison avec la raison. Il y a tanl d'esprits qui louchent! Je n'allude même pas à tel ou tel hibou dont la

t'KMMKS AKABKS lumière offense les yeux jaunes. .. Ceci soit dit en passant, par manière de distraction. Sans transition, arrivons à l'anecdote que voici.

Omar (le deuxième kalife). portant une baguette de jonc à la main et vêtu d'un 'vêlement troue et rapiécé, parcourait souvent les marchés, les bazars de la Mekke et admonestait sévèrement, même punissait illico et sur place, à coups de baguette, les marchands qui trompaient ou qui surfaisaient les acheteurs. Tn jour, en passant sur le marché au lait, près d'une vieille femme qui vendait du lait : « Bonne femme, dit le kalife, garde-toi bien de tromper les musulmans, et ceux qui viennent visiter la Maison de Dieu ; songe à ne pas mettre d'eau dans ton lait. — Bien ! répondit-elle, prince des croyants. » Une autre fois, Omar passa de nouveau près de la vieille laitière. « Bonne femme, dit-il, ne t'ai-jc pas déjà avertie de ne pas mettre d'eau dans ton lait ? — Je le certifie que je n'y ai pas mis d'eau. — Comment ! reprit subitement ta fille de celte laitière qui de l'intérieur de la demeure avait entendu cette réponse; comment, ma mère! A la fraude tu ajoutes le mensonge? Ce n'est pas bien. » Omar entendit ces paroles et se relira sans rien dire à la laitière. Il jugea que le reproche de la fille était une leçon et une punition assez sévères. Il laissa la mère sous le coup de la double réprimande qu elle venait de recevoir.

Ensuite Omar se retournant et s'adressant à ses deux fils qui l'accompagnaient : « Lequel de vous deux veut épouser cette fille? Il y a tout espoir que Dieu par le souffle parfumé de ses grâces donnera a cette enfant une descendance vertueuse comme elle. — Moi je l'épouse, » dit Acim, l'un des fils d'Omar.

Le mariage fut fait. — La jeune fille devint mère de Oumm Acim laquelle ensuite fut mariée à Abd el-Aziz ; et de cette autre alliance naquit Omar fils d'Abd el-Aziz. Ce dernier

IS L'ISLAMISME. M Omar lui le huitième kalifo de la dynastie des Oméyades et laissa un nom des plus justement révérés dans l'islamisme.

Je n'ai pas besoin d'indiquer le sens social pour ainsi dire de celte anecdole. Omar n'apcrçul dans la réponse de la jeune fille qu'une pensée religieuse, l'expression spontanée d'une âme pure el honnête. Mais il n'apprécia guère l'utilité de celte fille qu'au point de vue de la maternité. Il jugea qu'une nature sincère el religieuse était un principe cl un élément de bonheur et de vertu qui se pouvaient transmettre aux descendants. Il y a sans doute, là, un grand honneur rendu à une simple jeune fille ; c'est le roi épousant la bergère, mais ce n'est déjà plus l'appréciation de la femme sous le point de vue de la hauteur d'esprit et des qualités intellectuelles qui font de la mère une femme de conseil, d'inspiration, dans les affaires intimes de la famille el dans les circonstances d'inlérêl général ou public.

Omar avait la passion des bonnes mœurs. Il faisait souvent lui-même la police des rues, surtout pendant la nuit. C'était Hnquisiteurau nom de ce que Ton appelle la vertu, c'est-àdire l'honnêteté, la dévotion, la continence, toutes les louables habitudes de la vie commune. Il était d'une sévérité très religieuse, c'est-à-dire très rigide, très dure. Ce n'est cependant point pour cela qu'on l'a qualifié le farouchç Omar. C'est une niaiserie des historiens et surtout des traducteurs incompétents qui lui a valu celte épilhète dont il n'est pas, d'ailleurs, tout à fait indigne, mais qu'il vaudrait mieux remplacer par celle de sévère. Les livres arabes caractérisent Omar par le titre de farroàk, c'est-à-dire qui distingue et sépare le bien du mal, le casuiste méticuleux mais inlîexible; et c'est ce mot farroûk que l'on nous a transfiguré en celui de farouche.

J'ai extrait d'un manuscrit arabe intitulé Macàri cl-ochchàk, c'est-à-dire : « Les défaites ou lieux de renversement et de perle des amoureux, » vieux manuscrit du cinquième siècle

:m FEMMES AKAKES

«le l'hégire < He siècle de 1ère chrét.s la petite péripétie que je vais traduire. Ce livre est une œuvre honnête, point libidineux ni lubrique: car en une de ses pages, et toutes sont des modèles de morale en action, ou des exemples de punition des amours incontenues etc., il proclame ce principe qui bénit l'amour : « I/amoureux qui fut honnête et pur et qui meurt, entre au paradis. » Il lui est beaucoup pardonné parce qu'il a beaucoup aimé.

Le kalife Omar disait : « Je ne laisserai jamais sans vengeance le meurtre d'un musulman. »

Un jour, on apporta à ce kalife le cadavre d'un jeune homme encore imberbe, à la joue douce et polie comme celle d'une jeune fille. Ce jeune homme avait été assassiné et son corps avait été trouvé jeté sur la face d'un chemin. Omar demanda des renseignements, s'efforça de recueillir des notions sur le crime commis; il ne put arriver à rien savoir; et l'auteur du meurtre resta inconnu. Omar vit avec peine la stérilité de ses recherches; et il se mit à dire : . Mon Dieu, je t'en prie, permets que je vienne à bout de découvrir le menrlrier de ce jeune homme. > Il répétait celte sorte de prière souvent.

Au commencement de l'année qui suivit, ou à peu près, on trouva un petit enfant nouveau-né, abandonné à l'endroit même où l'on croyait que le meurtre du jeune homme avait été commis, et où le cadavre avait été rencontré. On apporta l'enfant à Omar. Soudain le kalife s'écria : « Maintenant, je l'espère, je suis maître du sang de la victime ; le crime sera découvert. »

Omar confia l'enfant à une femme à laquelle il dit : « Charge-toi de ce pauvre petit ; tu recevras de moi de quoi fournir à tout le nécessaire. Mais regarde et observe bien si quelqu'un vient à toi pour voir ou examiner cet enfant, ou veut le faire conduire en quelque autre maison, ou te prie de le lui montrer, ou de le lui laisser prendre. Si tu rencontres

bEMÏS I/ISI.VMISMK :m une femme <|iii l'embrasse, qui le serre dans ses bras, sur son sein, avertis-moi de suite, et enseigne-moi où elle aura sa demeure. » La nourrice «arda en mémoire ces recommandations.

L'enfant grandit ; il venait à bien. Et lorsqu'il était déjà grandelet, une jeune esclave vint un jour accoster la gouvernante et lui dit : « Ma maîtresse m'envoie te prier de laisser conduire chez elle ton enfant. Elle désire le voir ; puis elle te le remettra, elle te le renverra. — Très bien, dît la gouvernante ; conduis-lui l'enfant ; je t'accompagnerai. • Ainsi fut fait. L'esclave entre chez sa maîtresse. Dès que celle-ci aperçut l'enfant, elle s'empressa de le prendre dans ses bras ; elle le couvrit de baisers, le serra contre elle avec émotion.

Or, cette maîtresse de l'esclave était Sàjehah, la fille d'un vénérable ou cheikh des Ansâr ou auxiliaires du Prophète qu'il avait vu et suivi en disciple dévoué.

La gouvernante alla informer le kalife de ce qui venait d'arriver, du lieu où était la demeure de cette inconnue. Omar réfléchit. Il prit son sabre, le cacha sous son vêtement, et se rendit à la maison indiquée. Omar trouve le père de Sâlehah accroupi à la porte de cette maison. * Révérend cheikh, dit le kalife en l'interpellant par son nom, qu'a fait ta fdle Sàlehah ? — Prince des croyants, répondit le cheikh, que Dieu la récompense pour ses œuvres de bien ! Ma fille est connue de tous pour sa piété et sa conduite exemplaire, pour sa conscience à remplir ses devoirs envers Dieu et envers son père, pour son zèle à s'acquitter des prières et de toutes les obligations imposées par la religion, pour la pureté de sa foi. — Je désirerais avoir une entrevue avec elle: je chercherai à accroître en elle l'amour du bien, à l'animer encore à la pratique des œuvres méritoires. — Que Dieu te récompense de ton bon vouloir, prince des croyants ! Demeure ici un moment, jusqu'à ce que je revienne ; je vais

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annoncer Ion întcnl ion à ma fille. > Le cheikh entre, et il demande à Sàlehah de recevoir le kalife. Le kalife fut introduit.

Arrive auprès de la fille, Omar ordonne aux personnes présentes de se retirer. Elles sortent immédiatement et laissent le kalife et Sàlehah seuls, absolument seuls. Alors Omar entame la question du meurtre, puis l'incident de la journée ; et découvrant son sabre : « Il faut, ici, dit Omar à Sàlehah, que lu me dévoiles toute la vérité. ► On n'avait jamais eu de mensonge a reprocher à Omar. « A ton gré, prince des croyants, dit Sàlehah ; tu es tombé juste sur le fait que tu recherches. Je te le jure au nom du Dieu puissant, je te vais dire la vérité toute entière. J'avais une vieille femme qui était presque toujours chez moi. Je la considérais et aimais comme une mère. A tout ce qui me touchait et m'intéressait, elle portait une attention et un soin tout maternels. De mon côté, je la choyais et je l'écoutais comme si j'eusse été sa tille. Assez longtemps je fus ainsi. Et puis un jour elle me dit : « Ma chère enfant, il faut que je fasse un voyage. J'ai une fille ; mais à l'endroit où elle est, j'ai peur qu'elle ne soit exposée à quelque malheur, qu'elle ne risque son innocence. Je désirerais l'amener et la laisser auprès de toi jusqu'à mon retour. » Cette femme soit. Elle va trouver son fils, jeune homme imberbe, à la figure féminine, l'affuble, l'habille et le pare comme une fille et me l'amène chez moi. Je ne doutais nullement que ce ne fût une jeune tille. Il voyait de ma personne ce qu'une fille voit d'une compagne, d'une amie. Un jour que je dormais, l'intrus m'aborde, me surprend, et à peine ai-jc le temps de me reconnaître, que déjà le malheureux me déshonorait, m'outrageait, m'avait souillée. Toute bouleversée, je portai la main sur un poignard qui était près de moi et j'assassinai l'i nfâme. Je fis enlever le cadavre et j'envoyai le jeter à l'endroit où tu as vu... Je

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devins mère de cet enfant dont lu as eu soin. Lorsque je l'eus mis au monde, je le lis exposer et abandonner a l'endroit même où avait été jeté son père. Voilà, je te l'assure par serment, l'histoire sincère et exacte de ces deux êtres ; je t'ai dit la vérité. »

Omar s'écrie : « Je le vois, lu m'as dit la vérité. Que Dieu répande sur toi ses grâces! • Il admira la vertu courageuse de cette lille. Il lui recommanda la persévérance dans les u'uvres de bien, la sermona, adressa au ciel des vœux pour elle; puis il sortit. Kn partant il dit au père : « Que Dieu comble de liénédiclions la fdle ! Vertueuse fille est ta lille. Je lui ai lait mes exhortations et mes recommandations. — Que le Seigneur te conduise au bonheur! répondit le cheikh, cl qu'il te dispense les biens que tu désires! >

Quelques mots sur Aieliali. - Femme» dan» certaine» guerre» du Prophète. Ilind et ses compagnes a la journée ou bataille d'Ohod ; leur» vengeance». — Une femme défend le Prophète. — l.a prnph*te»»e Sëdjah el le prophète Mouçaylamah.

Je ne raconterai pas l'histoire de la femme bien-aimée du Prophète, Aïchah la plus haute intelligence féminine de l'islamisme. Aïchah avail conservé son admiration à l'antiquité légendaire des Arabes ; elle en aima toujours les récits et les poésies et elle conseillait aux pères et aux mères d'en donner une connaissance sullisante aux jeunes musulmans, d'en répandre des souvenirs dans la bouche et dans la mémoire même des petits enfants. « Apprenez donc, disait-elle, apprenez des vers à vos enfants ; la cadence el le rhylhme dégagent et purifient la langue dès le jeune âge. » Je parlerai bientôt de la Journée du chameau, cette mémorable bataille où figura Aïchah.

A'ri KKMMI S AKAHKS

Des détails historiques assez nombreux représentant AR-hali dans sa vie particulière et aussi dans sa vie pour ainsi dire politique. La notice sur Alv, dans la Bibliothèque orientale de d'Herbelot, et l'Essai sur l'histoire des Arabes, par Caussin de Perceval, renferment les documents les plus intéressants sur Aie ha h.

Il est curieux aussi de voir le earaclère des femmes à cette époque et surtout pendant les guerres du Prophète. Mon intention n'est pas de récrire pour ainsi dire, ici, ce que tous les lecteurs ont lu dans les traduefions des arabisants, traductions malheureusement si lourdes pour la plupart, si pâteuses. Lorsque je donne des récils dont on a déjà des aperçus, je les donne avec les détails et la tournure des textes originaux, prose et vers. De cette manière, je libelle pour ainsi dire les pièces caractéristiques des jugements à prononcer sur cette ancienne existence des femmes dans la société arabe.

Pendant les guerres de Mahomet, les femmes de la gentilité jetèrent en quelque sorte leurs derniers feux, les derniers restes d'une énergie, d'une influence, d'une hardiesse dont ou les amènera bientôt à ne plus avoir besoin. A la sanglante journée d'Ohod où les nouveaux rcligionnaires furent vaincus, battus complètement, où Mahomet blessé, renversé dans un trou, faillit être tué, les femmes des Koreïehides, ennemis des musulmans, animaient le carnage, faisaient retentir bruyamment, frénétiquement, les ronflements sauvages des tambourins, chantaient avec eolère des chants de guerre. A la tète de ces femmes était une appelée Ilind fille de Olbah, lequel avait péri à la Journée de Bedr, Ilind était avec les autres femmes derrière les combattants, et dans son exaltation elle chauffait l'ardeur de ceux qui entouraient le drapeau «les Koreïehides; elle chantait ces vers :

« Nous sommes les belles tilles de l'étoile du malin ; < .Nus pieds foulent les moelleux coussins;

DKI'LIS I/ISLAMISMK. .U.'l

» Les perles nous ornent le cou; « Le musc parfume nos chevelures.

« Foncez sur l'ennemi, el nous vous serrerons dans nos bras.

« Les lâches qui fuient, nous les dédaignons, « Mais de ce dédain qu'accompagne le mépris. • Les autres femmes répétaient eu refrain ces trois vers que voici :

« Courage, enfants de Koreich !

« Courage, défenseurs des femmes ï * Frappez, frappez de vos sabres coupants. • Après la victoire, ces femmes koreïchides poussèrent la colère jusqu'à insulter les morts musulmans ; ils étaient soixante-dix. Elles leur coupèrent le nez et les oreilles. Hind dont le père, l'oncle et le frère avaient été tués au combat de Bedr alla jusqu'à l'excès d'une vengance farouche. Elle donna en récompense son collier, les anneaux qu'elle avait aux chevilles, à un nègre qui avait tué Hamzah sous les coups duquel Otbah avait succombé à Bedr. Avec les oreilles et les nez des cadavres elle se lit un collier et des bracelets. Affublée de cette hideuse parure, elle évenlra le corps de Hamzah, en arracha le foie et le déchiqueta à belles dents.

Du côté des musulmans, une femme se distingua ce même jour par son courage. Elle avait suivi l'armée des fidèles pour leur distribuer à boire pendant la bataille. Voyant le Prophète blessé, cette femme s'approcha, combattit près de lui avec l'arc et le sabre; et là. elle reçut une profonde blessure à l'épaule.

Après la prise de la Mekke, Hind fille d'Otbah et plusieurs autres femmes qui avaient été proscrites avec elle, reçurent leur pardon de Mahomet. Une seule, appelée Fartanah, esclave cantatrice qui souvent chantait des vers injurieux contre le Prophète, fut mise à mort. Hind embrassa immédiatement l'islamisme.

Km citant celte Hind et sa vengeance sauvage à la Journée d'Ohod, je n'ai point pensé présenter, certainement, un modèle à suivre ou à admirer. J'ai voulu indiquer seulement ce qu'il y avait d'énergie, de volonté et d'influence chez les femmes des Arabes païens. A partir de l'islamisme, elles ne vont plus en masse se mêler aux combats, aux luttes que va soutenir si longtemps et si loin la nation qui vient de changer et de réunir en frères la foi prêchée par le Prophète. Il n'y aura plus guère que Aïchab qui, à la terrible Journée du Chameau, animera la bataille ; et Aichah reviendra sous son palanquin hérissé des flèches qui l'auront atteint dans la mêlée.

A la mort de Mahomet, des concurrents à la qualité et au titre de Prophète s'élèvent en Arabie. Une femme aussi se pose en prophétesse ; elle s'appelle Sédjàh ; elle a la parole éloquente, persuasive ; elle a l'imagination exaltée, la tête ardente ; elle parait échauffée par un enthousiasme qui impose. Elle part de la Mésopotamie, d'une tribu arabe ; elle entraîne une armée avec soi ; elle va combattre Aboii Bekr le premier kalifc, le premier successeur et vicaire de Mahomet qui vient de quitter la terre. Sédjàh voit accourir sur ses pas nombre de tribus arabes. Après quelques encontres elle arrive dans le Yamàmah.

Un appelé Moucaylamah s'érigeait alors aussi en prophète. Il avait des ennemis. Informé de l'approche de Sédjàh, il jugea plus prudent de recourir à l'adresse que de tenter les chances de la guerre. Il avait le point central de sa puissance dans la ville de Hadjr... Il envoie une députation a Sédjàh qui venait de planter son camp sur les plaines voisines de cette ville ; il demanda une conférence intime avec la prophétesse victorieuse. Des présents sout en même temps offerts à Sédjàh ; elle les accepte et accepte aussi l'entrevue sollicitée. Entre la ville el le camp on dresse une lenle magnifique ,

i»Ki'i:is i/islamismk :u;> sous cette (ente un repas splendide est ensuite préparé ; les vins sont servis ; les parfums brûlent. Les deux prophètes, chacun avec son cortège, arrivent à la tente. Mais les escortes restent dehors. La conférence est à huis-clos, c'est un tèteà-tète. Ni l'un ni l'autre des deux rivaux n'élève de prétentions trop exigeantes ; ils penchent a un compromis ; ils sont séduits l'un par l'autre. Sédjàh néanmoins semble plus déterminée, plus ambitieuse, plus jalouse de commander. Mouçaylamah conduit si bien la question qu'il décide Sédjàh à l'épouser. Le mariage ainsi consenti est consommé immédiatement, séance tenante; et Sédjàh s'engage à regagner la Mésopotamie.

Trois jours de suite, le couple prophète goûte les joies nuptiales ; puis on se relire, Sédjàh à son camp, Moucaylamah a Hadjr. « J'ai, dit Sédjàh à ses troupes, trouvé dans Mouçaylamah un véritable prophète, et je l'ai épousé. »

Mouçaylamah avait promis de donner à son épouse une année des revenus du Yamàmah. Pour hâter le départ de la dame prophétessc, il lit remettre de suite à cette conquérante la moitié de cette redevance et jura de payer à courte échéance l'autre moitié. Sédjàh laissa trois généraux pour recouvrer le reste de la dette et repartit pour la Mésopotamie. Sédjàh était chrétienne ; plus tard elle embrassa l'islamisme et vint lixer son séjour à Basrah, où elle mourut.

m KKMMKS AHAIîKS

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Apre* lislamisme, peu de femmes font instruire leurs (ils. — La femme de Farroùkh et leur fils Rabyah el Ray. jurisconsulte - Malek fiU dAna».

Après celle époque, on ne trouve plus de ces hardiesses, de ces résolutions qui, malgré ce qu'elles ont ou sembleni avoir de présomption, ou de folie, ou de fatuité, annoncent des caractères fortement trempes. D'autre part, l'amour des vers el des traditions du passé, va en s'éteignant. La foi nouvelle damne le passé, el ce n'esl plus guère que par la voix des chanieurs cl des chanteuses que l'on entendra pendant encore deux siècles à peu près, les vers de ces âges antéislamiques. Désormais elles seront de plus en plus rares les femmes qui comprendront que l'instruction est un bien el un ornement, qui auroul assez de sentiment logique et de goût des jouissances intellectuelles pour vouloir enrichir l'esprit de leurs ûls, ne fùl-ce même que des sciences religieuses nouvelles. J'en connais cependant une, de ces femmes; mais il faut déclarer qu'elle vivait au premier siècle de l'hégire ; le parfum du passé n'étaii pas encore entièremenl évaporé. Celle femme était médinoisc. Le biographe arabe ne la nomme pas d'un nom spécial; je la nommerai Homeïdah ; el son Gis est Rabyah el-Rày, ce que l'on traduirait bien par lîabyah du bon avis, qu Rabyah l'avisé. Il faul savoir dès à présent que ce Rabyah devint un jurisconsulte consommé et des plus brillants, qu'il professa la jurisprudence religieuse et civile. Il faul aussi savoir comment se plaçaient et se placent encore aujourd'hui, pour les leçons, le professeur et Ie6 auditeurs. Le professeur s'accroupit sur une nalle ou sur un tapis ; il est adossé ii une colonne ou à un mur dans la mos-

UKPUS I.ÏSI.AMISMK. :U7

quée el les auditeurs se rangent accroupis en rond ou en cercle sur un point duquel se trouve le cheikh ou maître.

Cela étant dit, donnons le récit arabe.

Farroùkh, le mari de Homeïdah, partit avec une expédition envoyée dans le Koràçàn. Rabyah était alors dans le sein maternel. Farroùkh, en quittant sa femme lui laissa trente nulle dinar ou deniers d'or.

Il resta absent pendant vingt-sept années... Puis un beau jour, il revient à Mcdine. Il était à cheval et avait sa lance en main. Il arrive à sa demeure; il descend de cheval et avec sa lance il pousse la porte. Rabyah se présente. « Ennemi de Dieu ! s'écrie subitement Farroùkh ; quoi ! tu t'es empare de ma demeure! — Non, réplique Rabyah, non; lu te trompes. — 'Ennemi de Dieu ! te dis-je ; tu es un homme el tu es chez ma femme! » Les deux discutants s'échauffent, se jettent l'un sur l'autre, s'appréhendent au corps, si bien que les voisins ' accourent, s'amassent. Mâlek fils d'Anas (1) et nombre de cheikh arrivent au secours de Rabyah. Celui-ci dit à son adversaire : « Je ne te lâcherai qu'en présence de l'autorité. — Moi, répond Farroùkh, je ne te lâcherai qu'entre les mains et par ordre de l'autorité. C'est la que je t'attends loi et ma femme. » El le bruit et la foule augmentent.

Homeïdah qui entend la querelle et les paroles des deux individus, sort de chez elle, arrive, regarde l'étranger : « Mon mari ! s'écrie-t-clle ; c'est mon mari,... et voilà mon lils. C'est mon lils, c'est lui que j'avais en mon sein lorsque tu m'as quittée. » Et soudain tous les trois s'embrassent, se félicitent, pleurent de joie.

Farroùkh entre chez lui. On s'assied ; on se regarde ; on se félicite encore. « Voilà mon lils? dit Farroùkh. — Oui,

I MAluk, un df s quatre jurisconsulte-» eHrbrr* <|iii fomlcrcnl le* quatre rite* or lliuilotet <lf l'islamUme. Màl<*li f»n<ta le rhr niAlrkil**. suivi ci-nr-rali-ment en Aie** rie.

m FEMMES ARABES

c'est ton fils; ► répond la mère. On cause, on s entretient, et le père se réjouissait de la vue de son lils.

Ensuite Farroukh dit a Homeidah : « Va me chercher ce qui te reste de l'argent que je l'ai laissé lors de mon départ. Voici, j'apporte encore avec moi quatre mille dinar. — L'argent que tu m'as remis je l'ai enfoui, je l'ai mis en terre. Je le retirerai dans quelques jours. — C'est bien. »

Rabyah sortit et alla à la mosquée du Prophète où il enseignait le droit canon et le droit civil. Rabyah s'accroupit à la place qu'il s'est choisie pour ses leçons ; et vers lui viennent s'accroupir les premières célébrités des jurisconsultes de l'époque; ce sont Màlek fils d'Anas, Hacan fils de Yézid, lbn Abou Alv el-Lèhèby, el-Maçâhik. Avec eux s'accroupissent les chérits, les plus distingués de Médine. Un magnifique auditoire est rangé «levant Rabyah.

Homeidah, quand elle eut supposé que son fils était installé à la séance, dit à Farroukh : * Mon ami, va faire la prière à la mosquée de notre saint Prophète. Rends grâces à Dieu de ton heureux retour. — Tu as raison, » répond Farroukh et il sort. Il se rend directement à la mosquée. Il aperçoit un concours extraordinaire, une foule d'auditeurs attentifs, rangés en demi cercle. Il s'approche ; il s'arrête ; on lui fait place ; i\ examine. Rabyah incline et baisse la tête, se maintient de manière que Farroukh ne le puisse reconnaître. De plus, Rabyah avait un long châle qui lui enveloppait la tête, lui retombait sur les épaules et le dos et était encore ramené sur le devant du cou et de la poitrine. Farroukh reste incertain ; il doute que celui qui est si avidement écouté soit son lils. « Qui est ce mai ire qui parle? demande Farroukh. — CVst, lui dit-on, Rabyah fils de Farroùkh. — Dieu, reprend le père, Dieu a grandi et glorifié mon lils ! ►

Farroùkh regagna sa demeure. A peine est-il rentré : * .l'ai vu ton fils, dit-il à Homeidah, je l'ai vu entouré de respect et

DKI'US L iSI AMISMK. m

«l'admiration comme- je n'ai jamais vu ni savant, ni jurisconsulte. — Ecoule, dit Homeïdah, que préfères-tu ? Les trente mille dinar, ou bien l'admiration et le respect qui honorent ton (ils ? — Oh ! dit le mari, rien ne saurait être au-dessus de ce qu'est mon fils. — Eh bien, les trente mille dinar je les ai dépensés jusqu'au dernier pour notre enfant. — Femme, lu les a magnifiquement employés. »

Ce Rabyah l'avisé avait une intarissable faconde, avait la parole la plus abondante et la plus nombreuse, t Le taciturne, disait-il, est le terme entre le dormant et le muet. » Un jour qu'il était à discourir dans une séance, il vit un Arabe des Arabes du désert s'arrêler, écouter. Longtemps l'Arabe resta comme aspirant les paroles du maître. Babyah crut bien sincèrement avoir, par son éloculion, charmé le bédouin, l'avoir étonné. « Eh bien! enfant des déserts, dit le professeur, qu'est-ce à vos yeux que l'éloquence, le bien parler ? — C'est, répond le bédouin, Fart de persuader par l'expression juste et significative. — Et qu'est-ce que le langage embarrassé cl obscur? — Pour nous, c'est le langage que tu tiens depuis plus d'une heure. > Le professeur se tut, et la rougeur lui monta à la face. Il avait eu un moment de vanité; la réponse du bédouin la réprima sur le coup.

Rabyah mourut vers l'an 30 de l'hégire... Le célèbre Mâlek fils d'Anas a dit : « Les grâces de la jurisprudence ont disparu, du jour où Rabyah mourut. »

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Mil

Femmes sainlc*. — La pieuse Rabeah, et ga son apte Abdali.

Quelques femmes qui se signalèrent par leur piété et leur vie dévote, furent déclarées saintes. Le nombre en est pelit ; la voie de la sainteté, dans l'islamisme, est peu fréquentée ou peu garnie par les femmes. Elle est difficile pour elles, à ce que prétendent les hommes. Ils priment partout ; tout éclat, tout mérite, tout relief est pour les hommes. Les hommes ont tout subtilisé a leur profit et pour leur prépotence ; ils se sont emparés de tout ; ils ont tout monopolisé, même la sainteté, même le paradis ; conséquence naturelle de cet air de vertu qui, inspiration instinctive de la jalousie, a accaparé la mosquée au préjudice et a la presque absolue exclusion des femmes. Voici quelques lignes sur une sainte musulmane qui passa à l'autre monde, l'an cent trente-cinq de l'hégire (752 de J.-C). Elle s'appelait Râbéah. On allait en visites pieuses à son tombeau, lequel était hors de Jérusalem, à l'Est, sur le sommet du mont de Tour.

Râbéah fut un des noms les plus révérés de son temps. Elle se rendit célèbre par ses vertus et par sa piété extraordinaire. Elle disait souvent dans les saints élans de son âme vers le ciel : « Mon Dieu, tu embrases de feu le cœur qui l'aime; » et une fois elle entendit du milieu de l'air une voix miraculeuse qui lui répondit : « Non, nous ne faisons rien de pareil ; n'aie pas de fausse idée sur nous. »

Un appelé Soûàn, étant un jour chez Râbéah, se prit à dire en soupirant : « Ah ! quel chagrin je ressens en moi ! — Pourquoi mentir? reprend la sainte; dis donc : » Ah!

l)KI»l.'IS L'ISLAMISME XA combien peu je ressens île chagrin ! » ,Si lu en ressemais si grandement, -tu ne serais pas si prêt à ianl soupirer. »

C'est a Ràbéah que le cheikh Chihâb el-Din s'adresse dans ces deux vers :

« Oui je le garde en mou cœur, toi, pour que lu converses avec moi ; mon corps resle à ceux qui sont près de moi.

« Mon corps seul fait politesse à qui me visite ; mais l'ami de mon cœur est l'intime de mon âme. »

Ràbéah avait eu une domestique appelée Abdah, pieuse servante du Très-Haut. Abdah raconta de sa maîtresse : « Elle passait les nuits entières à prier. Au premier poindre de l'aube, elle se couchait quelques instants dans la chambre qui était son oratoire. Elle se reposait jusqu'à ce que l'aurore eut doré l'horison. Et ma sainte maîtresse, lorsqu'elle sortait à !a bâte de sa couche grossière, disait d'une voix émue et inquiète qui me pénétrait : a 0 pauvre âme, combien donc dormiras-tu ? Combien donc sauras-tu rester éveillée? Bientôt du dormiras du sommeil dont tu ne seras retirée que par les grands cris de l'heure de la résurrection ! » Ces paroles, elle les répéta chaque malin, jusqu'à la fin de sa vie.

« Lorsque Ràbéah se vil sur le point de mourir, elle m'appela auprès de sa couche : « Abdah, me dil la sainte femme, je vais mourir. Quand j'aurai rendu le dernier souffle, n'annonce et ne fais connaître ma mort à personne. Tu envelopperas mon corps dans ce manleau.de rude serge qui me couvre maintenant. » J'enveloppai ma maîtresse avec ce manteau et avec le grand voile de laine grossière qu'elle avait porté pendant sa vie... Puis Ràbéah fut inhumée. >

Un an environ après sa mort, a dit encore Abdah, ma maîtresse m'apparul en songe. Elle était vêtue d'un magnifique manteau vert, d'un grand voile en soie verte; je n'ai jamais rien vu de plus beau. « Ràbéab, m'écriai-je, qu'as-lu

:ï.>i KKMMKS AKABKS

donc fait du manteau dans lequel je l'ai ensevelie? Où donc aussi csl le grand voile de laine? — Tout cela m'a été enlevé, ma chère Abdah, el a élé remplacé par le riche vêtement que tu me vois. Ce suaire dans lequel lu m'as ensevelie, on Ta plié, on y a appliqué un cachet, on Ta emporté à l'Alyoûn (1c plus haut des -séjours des cieux), afin qu'il pût être, au jour du jugement dernier, un témoignage en ma faveur pour la félicité suprême qui m'est réservée comme récompense de ma vie sur la terre. »

Femme» guerrières. — Delhômch ou Zâl «I Hemmeh. — Yf>zid ; s» femme Djahtzah; Chébib fiU de Yeiid ; Kn/âlnh fille de Chébib. - Guerre conlre llaririjftdj. Défaite el mort de Chébib.

Depuis l'établissement de l'islamisme, la guerre eut encore quelques héroïnes. Toutefois, les femmes guerrières sont des exceptions partout ; les Jeanne d'Arc, les Jeanne Hachette sont des raretés, des météores, dans tous les pays ; les Clorinde, les combattantes que célèbrent les romans sont presque aussi des accidents dans les siècles qui' composent l'existence d'une nation. Avant J'islamisme, si Ton s'en rapporte aux romans arabes, les femmes, les jeunes filles, qui s'acquirent un nom par leur audace virile, par leur intrépidité belliqueuse, par leur habilité équestre, par leur passion à jouer du sabre et de la lance, par leurs victoires personnelles dans les combats singuliers, parle nombre des braves qu'elles ont désarçonnés, transpercés, pourfendus, ces illustrations-là, dis-je, se montrèrent et éclatèrent assez souvent. Après l'islamisme, les romans présentent encore quelques-unes de ces physionomies excentriques.

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Il y ont, par exemple, l'extraordinaire Delhèmeh qui, selon le romancier auteur d'un énorme roman, vivait à la fin du 'second siècle de l'hégire. Le nom Delhèmeh est l'abréviation populaire et estropiée de Zàl el-Hemmeh ; ce serait presque à traduire par : cœur de lion. Celte valeureuse Delhèmeh qui délesta les hommes au poinl de vue des relations des sexes cl par conséquent du mariage, qu'un kalife a dû marier d'autorité, qui devint mère une seule fois parce qu'une seule fois son mari a dù la surprendre, étourdie et abattue qu'elle était par la puissance d'un narcotique, qui d.-ïs lors '•te put plus souffrir seulement la présence de son époux, cette Delhèmeh à l'exisiencc si remplie donnantes péripéties, cette Delhèmeh si pénétrée et si riche d amour maternel pour le noir héros auquel elle donna le jour, héros noir par la seule volonté de Dieu, puisque la mère et le père étaient blancs, assista à toutes les guerres surgics pendant les règnes des kalifes EIMahdy, El-Hâdy son fils, Ilâroûn el-Rachid frère d'EI- Hàdy. Delhèmeh fut l'éclat, l'âme et le bras de sièges et de* batailles qui couchaient sur le sol des milliers incroyables de morts. Ces longs romans-là, sont pleios d'émotions, de mouvements, de surprises, d'incidents, qui, sans féeries, se croisent, se poursuivent, comme dans l'air se poursuivent et se croisent les flèches des combattants. Le roman de Delhèmeh est, chose remarquable, le roman historique à la manière de Walter Scott, mais inspiré, tissu et conduit par l'imagination et l'esprit aventureux et fantasque des Arabes.

L'histoire cite, au dernier tiers du premier siècle de l'hégire, deux femmes qui furent tuées les armes à la main et en pleine bataille. C étaient l'une la mère et l'autre la femme de Chébib. La première, à ce qu'il parait, était une chrétienne ; la seconde était une Arabe musulmane.

Yézid faisait partie d'une expédition que les Béni Salamân poussèrent en Syrie, l'sn vingt-cinq de l'hégire (645 de J. C);

I KM.MKS AHMII S

ils prirent beaucoup «le prisonniers cl enle\èrenl un hiilni considérable. Yézid achela une des captives, appelée Djahizah. Elle était blanche, d'une slature haute, d'une rare beauté ;' mais elle avait l'humeur rétive, à tel point que celle femme donna lieu au proverbe arabe : « Plus rélif même que Djahizah. » Aussitôt que Yézid fut propriétaire de la caplive. il l'emmena, rentra chez lui, et lui dit : « Tu vas embrasser l'islamisme ; prononce la profession de foi : « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohmamed (Mahomet) est son messie. » Djahizah rdftisa net d'obéir. Yézîd la battit ; elle ne céda point... Il usa de son droit de maître envers elle ; elle devint enceinte... A l'époque où elle sentit s'agiter en elle son enenfant, elle dit h Yézîd : « J'ai en moi quelque chose qui me frappe les entrailles. »

Peu de temps après Djahizah embrassa l'islamisme.

La grande l'été des sacrifices est celle où lous les musulmans qui le peuvent, égorgent des animaux, ou un animal, 'consomment une partie de la chair et en donnent une partie en aumônes. C'est une sorte de pàquc sanglante. Ce même jour, à la Mekke, les pèlerins égorgent aussi des animaux en sacrifices pieux et dont profilent sur loin les pauvres. C'est ce même jour-là que Djahizah mit au monde un fils qui reçut le nom de Chébib. Quelque temps après, elle dit à son maître : • Avant que je lusse accouchée, il m'a semblé une fois que j'enfantais un enfant mâle, et qu'aussitôt il s'échappa de moi un tourbillon de feu qui monta entre le ciel et la terre. Ce feu tomba dans une eau et y disparut, Et puis, lu le sais, j'ai accouché dans un jour où beaucoup de sang « été répandu. Selon moi, ces choses ont présagé la fortune cl l'avenir de mon fils, ont présagé que par lui et pour lui beaucoup de sang sera répandu. » A ces paroles, Yézîd ne répliqua mot.

Chébib grandit... Il assista à nombre de guerres; il se

IM-.I'I'IS I. IsI.amisMI : , ,

montra le plus habile cl le plus valeureux soldat de son époque.

Vers sa soixantième année, il se déclara pour les anliorlhodoxes ou hérétiques musulmans, se créa un parti puissant et n'aspira à rien moins qu'au kalifat. Le kalife régnant alors était Abd el-Mélik tils de Merwàn ; et dans l'Irak il avait pour gouverneur le rude et sévère Haddjàdj ibn Yoùcef ou lils de Yoùcef, ce Haddjàdj qui disait : « Un gouvernement dur et même violent est préférable à un gouvernement faible et indulgent. Le premier ne fait de mal qVa quelques individus ; le second blesse et offense tout un peuple. »

Chébib avait épousé uue appelée Razàlah, femme de courage et de résolulion, d une étonnante habileté équestre. Lorsqu'il poursuivait la guerre contre Haddjàdj, celui-ci pour empêcher que la ville de Koûfah ne fût occupée par Chébib, partit à grandes journées de Basrah, arriva avant son ennemi à Koûfah et se mit en défense dans le palais du gouverneur. Chébib parut à la tête de ses troupes ; il pénétra dans la ville avec sa femme et sa mère, et l'armée composée de ses hérétiques. Ou était au point du jour.

Razàlah avait fait vœu d'aller dans la mosquée de Koùlah s'acquitter d'une prière et réciter le second et le troisième chapitres du Koran. Le second chapitre, intitulé La Vache, a deux cent quatre-vingt-six versets, et le troisième intitulé La famille d'Imràn, a deux cents versets. Razàlah se rendit donc h la mosquée avec soixante-dix hommes, y fit la prière du malin et ne sortit qu'après avoir accompli son vœu. Le danger ne fit pas hésiter un instant Razàlah. Dans les batailles, clle combatlait au plus fort de la mêlée, et maintes fois dans les rencontres qui mirent en présence les troupes de Haddjàdj et celles de Chébib, Razàlah fit fuir devant elle le redoutable Haddjàdj.

Ce dernier ne put réussir à chasser et a vaincre Chébib. Le

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kalife fui obligé d'envoyer une armée considérable. Kfle partit sous le commandemenl de Sofiân. Chébib lenail les environs de Koûfab. L'armée auxiliaire arriva ; Haddjàdj sorlil de la ville ; de lous côlés on allaqua les troupes des schismaliques. On se battit avec fureur. Chébib dut céder au nombre; sa femme et sa mère furent tuées en combattant ; la déroute fut complète. Chébib échappa au carnage avec quelques cavaliers de ses plus intimes affiliés. Sofiàn le poursuivit cl l'allei gnil à Ahwâz (l'ancienne Susiane, la ville principale de la province de même nom, à cinquante lieues de Wàcil ei quatrevingts lieues d Ispahan). Chébib prit la fuite; arrivé sur la chaussée qui borde le cours du Dodjail (1), le cheval de Chébib s'eniporla. Chébib était armé de loules pièces, armure pesante, cuirasse de fer, casque de fer, eic. Le cheval effrayé précipita son cavalier dans le fleuve. « Prince des croyants, crie alors à Chébib un de ses compagnons, quoi? tu vas être noyé ! — C'est la volonté souveraine de Dieu, lui la science éternelle. »

Chébib disparut dans les eaux. Ensuite elles rejetèrent son cadavre sur la rive. On le transporta à course de poste et on le livra à Iladdjàdj. Celui-ci lit ouvrir le cadavre et en fit retirer le cœur que l'on trouva dur comme de la pierre et renfermant dans son intérieur un second cœur petit et rond comme une boule. iCe n'est point un second cœur, mais un polype sanguin ou concrétion sanguine comme on en trouve si souvent dans le cœur après la mort.)

Dans toutes ses guerres, Chébib n'avait jamais été vaincu.

1i Le Dodjail ou Petit-Tigre, comme si nous disions le Tigrin, est un grand court d'eau traversant la contrée d'Ahwâi et ayant son origine du côté dTcpaban. Peutêtre ne s'agit-il ici que d'un grand canal ; car le* chroniques disent qu'il Tut creusé par Ardechir, premier roi de la dynastie des Saçanides. — I n grand bras du Tigre ••«1 appelé aussi Dodjail de Bagdad on Petit-Tigre de Bagdad.

Di;iM IS L ISI.AMISMI

Kianvaillet cl mariages prétoces. — Répudiations et mariages «l'une mémo femme. — l a dame Sokainah ; son gont ponr les vers. — Alikah, quatre fois mariée. — Jalousie, même dans la loi. — Substitution, cl répudiation suivie, de repentir; l« poète Farazdak. — But de la répudiation. Illnd femme de Haddjàdj, répudiée. Ella se venge a propos de son mariage avec le kalife Abd el-Mëllk filsde Mcrwan.

L'amour ne perdit rien de ses cnlrainemenls, ni de su puissance, ni de son ardeur de faits et gestes; car il ne perd rien sous aucune loi. Seulement, l'islamisme chercha à le réglementer, mais toujours en laissant l'avantage à l'homme. Dès la puberté, on peut marier et fréquemment on marie un jeune garçon. Les liançailles d une fille se font assez souvent dès son berceau. « Dès l'âge de cinq ans, je lus fiancée au Prophète, a dit Aïchah, et lorsqu'il consomma son mariage avec moi, j'avais neuf ans. » Le sentiment et l'esprit religieux introduisirent dans le cœur des hommes les plus éclairés, chez certaines intelligences d'élite, un certain respect pour la femme et parfois une certaine résignation patiente, même dans les conditions les moins flatteuses et les moins agréables des unions matrimoniales. Mais, généralement, la stabilité et la permanence de ces unions ne fuient guère plus assurées. Les répudiations ne furent pas moins fréquentes, car elles étaient maintenues et consacrées par la loi nouvelle.

A cet égard, la loi est même si commode et si complaisante qu'une femme, par l'intermédiaire et le bénéfice de la répudiation, peut être mariée, en toute sûreté de conscicuce, trois fois dans un mois. Ainsi, il Chàfeï, le chef d'un des quatre rites orthodoxes de la musulmanie, on posa, en présence du kalife ou souverain, une série de vingt questions de droit, parmi lesquelles était celle-ci : < Comment se peut-il

f\x KKMMKS AltABfcS

que, légalement, sans olfenscr en €|iioi que ce soit les prescriptions de la loi, une femme ait été mariée successivement ii trois maris en un seul mois ? • Le savant jurisconsulte répondit : • Voici en quelles circonstances et conditions : Cette femme a été répudiée étant enceinte; elle a accouché; par conséquent elle n'a pas eu à attendre ou à se mettre en attente répudiaire ; elle s'est remariée de suite à un second mari. Celui-ci Ta répudiée sans avoir consommé le mariage; dès-lors elle n'a pas à subir d'attente pour contracter un nouveau mariage. Lille pouvait ainsi être remariée à un quatrième, à un cinquième mari, etc., dans la durée d'un mois. » La femme répudiée, ou divorcée, ou veuve, doit attendre un temps lixé par la loi avant de se remarier, s'il y a lieu de supposer que cette femme puisse être enceinte.

La dame Sokaïnali, comme «lisent les chroniques, tille de lltucin ou llocein lils d AU, par conséquent petite-lille du quatrième kalife, ce lion de Dieu, fut la darne des «lames de sou temps, la plus belle, la plus gracieuse, la plus séduisante, la plus brillante de qualités.

Kl!e fût mariée h Maçab. Devenue veuve, elle se inaria avec Abd Allah et lui donna un lils qui fut appelé Karin. Klle se maria de nouveau à Asbar qui la répudia avant même d'avoir consommé le mariage. Klle se maria ensuite à Zeid pelit-lils d'Othmàn (Osman) le troisième kalife. Un certain Soleïmàn ordonna a Zeid de répudier Sokamah et elle fut répudiée.

Cette époque est au moins la lin du premier siècle de l'islamisme ; car Sokaïnali mourut en l'au cent dix-sept de l'hégire. L'amour des chroniques, «les légendes, rie la poésie, des poètes, était encore dans le cœur et l'esprit de certaines femmes, surtout dans les familles d'aisance et de distinction. Sokaïnali goûtait avec bonheur les conversations des hommes pieux, des savants <»u hommes de«s( icnce religieuse, les léci-

hKW IS |. ISLAMISML !:>!»

talions de poésies. Elle lut en rapport d'amitié avec beaucoup de poètes ; 1rs vers surtout étaient ses délices, l'n jour qu'elle, se trouvait avec le fils d'O/.aïuah, Orwah, savant des plus élevés et des plus réputés pour sa piété, poète en même temps cl poète «l'un goût limpide, comme dit l'histoire,. Sokaïnah dit a Orwah : « N'est-ce pas toi l'auteur des vers «pic voici '!

« Lorsque je sentis en mon cunir les feux brûlants de l'amour, j'allai à une outre d'eau alinde me rafraîchir.

« Accordez que la fraîcheur de l'eau m'ait rafraîchi l'extérieur; mais qui pourra quelque chose sur le feu allumé dans mes entrailles ! <

— Oui, répondit le vénérable ; ces vers sont de moi. — Et ceux-ci ?

« Elle me dit, et je l'avais assurée du secret de mon amour, puis, je l'avais divulgué : - Tu avais désiré que je gardasse le secret, et je l'avais gardé ;

« .N'as-tu pas vu autour de moi? (Qui se doutait de rien ?i — Oh ! répondis-je. laisse sous le voile du mystère ton amour et ce qui pourrait déplaire ii mon égard. »

— Oui, ce sont de mes vers, dit Orwah. Alors la dame se tourne du côté des esclaves qui l'accostaient et s'écrie : « Toutes ces esclaves sont libres, si jamais semblables paroles sont parties d'un cœur bien placé ! »

Ce n'était cl n'est point du tout rare, tant s'en faut, qu'une femme ayant eu plusieurs maris. On en citerait par millions qui eurent quatre ou cinq noces et, bien entendu, autant de maris successifs. Je présenterai une femme dont tous les maris ont eu une chance particulière. Et j'aime assez la naïve réflexion que la dame va nous exprimer à propos de ses mariages. Nous aurions encore à remarquer dans ce récit un exemple de ces sévérités paternelles qui exigaienl d'un lils

360 FfcMMKS ARABES

qu'il répudiai sa femme. Le molif, celte fois, le croirait-on? est, non pàs l'incompatibilité d'humeur, non pas une faute, une disproportion de fortune ou d'âge ou de naissance, c'est que le mari aimait trop sa femme, et que cet amour le tenait esclave d'une obsession qui lui absorbait l'esprit, le rendait trop heureux. Ici, le sage, le probe, le pieux Abou Bekr qui fut le premier kalife ou vicaire successeur de Mahomet, vient en scène pour celte séparation, celle répudiation forcée.

Abd el-Hahman, le lils d'Ahou Bekr l'ami pur el sincère du Prophète, élail marié avec Alikah fille d'Amr et pelile 611e de Nofail. Elle élail une des heautés des koreïchides; cl Abd el-Rahman élail le plus beau jeune homme qu'on pût voir, le plus noble d'origine maternelle el paternelle. Lorsqu'il eut consommé son mariage, Alikah n'eut d'aulres pensées que celles de son mari ; el lui l'aima de loul son cœur, l'aima d'un vif amour.

Celle si grande tendresse contraria Abou Bekr; el un jour, abordant son fils qui se trouvait dans son appariemenl particulier : « Mon lils, dil Abou Bekr ; je vois que ta femme absorbe toutes les pensées, a pris possession complète de ton esprit, que lu n'es préoccupé que d'elle; mon lils, il faut que tu répudies celle femme. — Oh ! mon père, cela me sérail impossible ; je n'en aurais pas le courage. — Je l'en prie, je t'en conjure, répudie ta femme. >» Il n'y eut pas à refuser ce qu'exigeait cette injonction* paternelle ; Alikah fui répudiée.

Le mari se désola, lomba dans une tristesse profonde. Il ne mangeait plus ; il ne buvait plus. On vint dire à Abou Bekr : « Tu as tué ce pauvre Abd el-Rahman. ► Lu jour, Abou Bekr passa auprès de son fils qui ne l'aperçut pas. Abd el-Rahman était couché, étendu au soleil et il disaii ces vers :

<• Va ! je ne l'oublierai jamais, non, tant qu'à l'Orieui reviendra élineeler le soleil, tani que la tourterelle au beau collier roucoulera ses plaintes langoureuses.

hKIH'IS l/ISI.AMISMK. Mil

« Ce m'est chose inouïe ! un mari comme moi répudier une femme comme la mienne ! «on, femme comme celle-là ne se répudie pas sans raison.

< Alikah ! nature vertueuse, religion, noble sang, âme pudique, âme candide! »

Abou Bekr, entendant ces doléances si pénibles, s'attendrit et : « Va, mon (ils, dit-il, reprends la femme. » Point ne fut besoin de répéter. Le mari reprit de suite sa femme.

Elle demeura heureuse avec lui... Il succomba à In journée de Tâïf à laquelle assistait le Prophète. Une flèche atteignit Abd el-Rahm;m et le tua. Alikah le pleura longtemps. Elle avait dit ces vers comme éloge funèbre :

« Je le jure, la tristesse ne se détachera plus de mon âme, à cause de loi, et la poussière du djeuil ne se séparera plus de mon corps.

« Jeune héros, oh ! de ma vie je n'en vis de pareil, héros audacieux a la charge, ardent à la bataille, intrépide aux dangers.

« Quand pétillaient les pointes des lances, il se précipitait à travers jusqu'aux plus braves guerriers, et il fallait que sa lance toujours revint rouge de sang. > Alikah prolongea son veuvage... Elle se maria ensuite avec Omar lorsqu'il fut arrivé au kalifal, succédant à Abou Bekr. Omar appela nombre de, convives au festin des noces. On s'y rendit en foule. Après le repas el quand tout le monde fut retiré, Aly, qui plus tard fut le quatrième kalife. s'approcha d'Omar, et : • Émir des croyants, lui dit-il, obtiens-moi la permission de parler un moment à Alikah. de la féliciter, et d'appeler sur elle les bénédictions du ciel. » Omar alla informer sa nouvelle épouse du désir d'Aly. Elle dit alors au kalife : « Aly aime les bons mots. 1rs traits malins. N'importe. Permets-lui d'entrer, émir des croyants. » Omar le laissa entrer. Aly se présente à Atikah. détourne un coin du voile qui

F KM M KS Alï.XItKS la rouvre, remanie, «'I la trouve parfumée de khaloùk (I). « Atikah, dil alors Al) à la dame, n'est-ce pas toi qui as dit : • Je le jure, la trislesse ne se détachera plus de mon âme, à cause de toi, et la poussière du deuil ne se séparera plus de mou corps. • — Je l'avais pressenti, reprit Atikah. — Que Dieu te comble de ses bénédictions! continue Alv ; je te félicite; sois lière et heureuse. » Kl il se retira.

Atikah resta femme d'Omar jusqu'à ce qu'il fut assassiné. Nouvelles douleurs, nouvelles désolations pour elle.

Quelque temps après, elle se maria à Zobeir lils d'Avvwâm. Zobeir était d'une jalousie des plus ombrageuses, des plus chagrines et des plus agacées. Autrefois Atikah allait à la mosquée, et elle continua celte ancienne habitude contractée du lemps de ses précédents maris. Zobeir était vivement contrarié de celle pieuse coutume de sa femme ; mais il lui répugnait de la réformer, d'empêcher Atikah d'aller prier ; car le Prophète a dil : « N'empêchez pas les servantes du Seigneur d'aller aux mosquées du Seigneur. » Notre jaloux en appela à la ruse. Un soir, à la nuit, par derrière la mosquée, il se présente ù la rencontre d'Atikah ; ellene le reconnaît pas ; lui, la frappe doucement avec la main au-dessous des reins, et .s'éloigne. Désormais Atikah se dispensa d'aller h la mosquée. De temps à autre, Zobeir redisait à sa femme : « Atikah, pourquoi ne vas-tu donc plus à la mosquée ? — J'y allais, répondit enfin la pieuse femme, j'y allais lorsque les hommes étaient des hommes, lorsqu'ils n'avaient pas la passion du mai ; mais, maintenant,... non. > Zobeir n'insista plus.

Zobeir étant à dormir dans le Wàdi el-sibà (le Val-deslions), fut tué parmi nomme Amr lils de Djarmoûz... Troisième deuil pour Atikah.

I I..' klialotik. appelé enrôle khiloiil» kalial». esl un cosmétique compote, rouge jaunâtre, ilans t*'q«u-l enlrenl iln -airat» e| ai> er~ aromate.

IU N is l. isi.amismi; :m Kllc se remaria avec Mohammed (ils d'un appelé Alton llekr. Ce Mohammed l'ut tué dans l'expédition d Kgypte. Lorsque Alikah lut informée «le la mort de son mari : « C'en est (ail, s ecria-t-elle, je ne me marie plus. Je vois que si même je me mariais à tout te qu'il y a d'hommes sur la (erre, ils seraient ions tués. •

Il faut remarquer que la parole personnelle du Prophète «lui recommande de ne point empêcher les femmes d'aller à la mosquée, ne veut dire que ceci : » N'empêchez pas la femme d'aller prier seule, à la mosquée. » Les maris, et aussi la Joi, c'est-à-dire les savants et docteurs de la loi, ont entendu la parole du Prophète dans le sens et l'intention de la plus rigide sévérité. Les régenleurs religieux veulent toujours se montrer plus religieux que Dieu; ils sont comme les «feus qui veulent être plus royalistes que le roi. Kl puis, la jalousie n'a pas de meilleure et plus forte ressource que la peur pour motiver sa conduite, même en religion. Aussi, la loi dit eu formule précise : La femme ne doit assister aux prières en commun dans les mosquées, que lorsqu'elle a atteint l'âge auquel elle ne peut plus faire naitre de pensée voluptueuse dans l'esprit des hommes.

Nous parlions tout à l'heure de répudiation sans motif. Je laisse à juger et qualifier celle-ci, prononcée par un vieux barbon. Il y a un dédain et un ridicule dignes d'un sauvage dans la réponse qu'il fait à sa femme. Après la répudiation prononcée, la honue vieille femme dit à son vieux mari : • Comment î depuis cinquante ans que nous vivons ensemble! Me répudier! — C'est justement parce qu'il y a cinquante ans; je n'ai pas d'autre faute à te reprocher. »

Kn remaniant et reconstituant les droits de la femme dans la société en général, l'islamisme n'a pas guéri ni extirpé les bizarreries el les abus de l'autorité v irile. A la manière doul le musulman considère la femme, il ne comprend pas coin-

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ment on peut établir la monogamie en principe, en loi. J'ai ouï un musulman de haute famille, habitué à entendre les opinions des nations chrétiennes et européennes, exprimer ainsi son jugement et sa pensée : « Je ne comprends pas comment on peut n'avoir qu'une femme. La femme est faite pour le plaisir cl l'amusement de l'homme. Comment voulez-vous qu'une seule et même femme puisse amuser un homme tonte la vie? On ne peut pas se passer de la répudiation. »

Voici un double fait, une substitution de mari et une répudiation. Il s'agit d'un poète de grande réputation, appelé Farazdak et surnommé Abou Finis. Il naquit en 640 de notre ère, dix-neuvième année de l'hégire. A cette époque la religion nouvelle de l'Arabie était dans tonte sa fleur, sa force et sa sévérité. *

Vn certain Abd Allah avait une fille du nom de Nawwàr, c'est-à-dire Fleurie, Fleurette, Florimonde. Elle fut demandée en mariage, et elle agréa le prétendant. Le parent qui devait représenter les intérêts de la jeune fille pour la fixation de la dot qu'elle devait recevoir du postulant et pour dresser le contrat, était en voyage. Farazdak devenait alors, de droit, i représentant de Nawwàr. Il lui était parent, mais à un degré

plus éloigné que l'absent. Nawwàr confia donc ses intérêts à Farazdak pour la marier, et lui désigna expressément celui dont elle avait accepté l'union. Du reste, en présence de témoins, elle laissa à Farazdak pleine autorité. l'ne fois qu'il se vil bien" et dûment revêtu de pouvoirs discrétionnaires, il déclara aux témoins mêmes qu'il se mariait , soi-même, à Nawwàr.

Mais la jeune fille refusa ; et pour esquiver des instances importunes et fastidieuses, elle se réfugia chez un autre Abd Allah lequel était fils de Zobeir. Farazdak alla trouver Hamzah fils de ce dernier Abd Allah. Alors Nawwàr se retira chez la femme de re même Abd Allah. Ode femme elail fille de

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Manzoùr lils de Hayân. Dos pourparlers, dos « oust-ils, dos exhortations se dépensèrent alin de décider Nawwâr à agréer le mariage avec Farazdak. Mais tout ce que Hamzah gagnait pendant le jour pour aider à la conciliation, la femme pendant la nuit l'annulait, le détruisait; en lin de compte, elle eut le dernier mot, et le lils de Zobeir donna les torts à Farazdak et le somma de se désister. Ce fut alors que notre poète se prit à dire :

• Les lils, on n'accueille pas leur intercession, mnis on accueille celle de la fdle de Manzoûr lils de Kayàn.

« Il est vrai que l'intercesseur qui te vient bien enveloppé dans ses vêtements, ne ressemble pas du tout a l'intercesseur qui te vient en vêtements assez lâchés. »

Ces vers piquèrent au vif et eftravèrcnt le fils de Zobeir : « Voilà, dit-il, un poète qui me va abîmer de ses satires et de ses quolibets. Navvwàr, si lu veux, je lui abats la tète, à ce mari exigeant. Que si tu répugnes à cette solution, décidetoi en faveur de ce Farazdah et déclare que tu l'acceptes pour époux. » Navvwàr donna son assentiment et déclara qu'elle agréait le poète.

Nawwâr vécut quelque temps avec ce mari forcé ; puis il la répudia ; puis se repentit de s'être séparé d'elle. Un ami de Farazdak a raconté comment cela se passa. « Allons, me dit un jour Farazdak, allons ensemble au tribunal de Haçan ; je veux répudier sans retour cette Nawwâr. — Je crains bien, répondis-je, que ton cœur ne reprenne la trace et l'amour de Navvwàr. Alors Haçan et ses assesseurs témoigneront contre toi de ta décision actuelle. — «Partons, partons ; je suis résolu. » Nous nous rendîmes auprès de Haçan. Celui-ci, dès que nous fûmes devant lui, me dit : « Comment te portes-tu aujourd'hui? — Très bien. — Va toi, A hou Firâs? — Je te viens déclarer que je répudie

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Nawwàr par trois h. — Iticn : c'est chose entendue, répondirent llat aii et ses assesseurs. » Nous nous retirâmes.

Nous étions à peine dehors, que mon poète nie dit d'une voix de componction : « Mon cher ami, je me sens, là, quelque chose pour cette honne Nawwàr. — Voilà ! je te l avais hien prédit. Je I avais prévenu. J'en étais sur ! » El ses regrets augmentèrent ; il eût lotit sacrifié pour reprendre Nawwàr. Il a dit, à ce propos :

« Le repentir m'a saisi comme un célibataire tourmenté, lorsque Nawwàr s'est trouvée répudiée,

. Nawwàr qui était mon paradis. Je l'ai quittée, accablé, comme jadis Adam, lorsque sa malheureuse faute l'expulsa de' son bonheur.

» Soudain je me reprochai ma sottise, mais plus n'avais-je le pouvoir de la réparer. • Ln établissant et sacrant la répudiation, d'ailleurs prati quée de temps immémorial chez les Arabes, la loi a voulu aussi, tout en favorisant, par trop cependant, l'autorité' virile, fournir à l'un et h l'autre des conjoints une ressource de liberté, une voie à s'affranchir de la position matrimoniale quand elle est devenue intolérable, détestée et détestable. La loi a voulu ouvrir une sortie de ces affreux purgatoires où souffrent les époux attachés ensemble à un fardeau qu'ils s'abiment ou s'impatientent à trainer dans de rudes sentiers de boue ou de glaise ou de pierres. La loi koranique savait que jamais le sentiment religieux ne pouvait être assez puissant chez la majorité des hommes et des femmes pour donner un courage qui fût capable de se résigner à la souffrance cunjugilto, ou aux concessions nécessaires a amener et

'1. Répudier par trots, est rt'puilirr irrévocablement ; c'est-à-dire qu'âpre* trois répudiation» simultanée», ou à disUtircs de temps, le mari ne peut reprendre sa Irminr que lorsqu'elle s'est remariée à un autre individu, que le mariage nouveau a été consomme el que la femme se retrouve libre soit comme veuve, suit comme répudiée ou comme divorcée.

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maintenir la paix entre époux incompatibles. I.a femme, sur loul, a le plus de déboires et de dégoûts dans ces gémonies matrimoniales, comme il en existe en si grand nombre ; et c'est le jour de bonheur, le jour blanc et doux comme le lait que le jour où elle se voit répudiée, séparée, éloignée, débarrassée d'un mari brutal, ou méprisé à tort ou à raison, mais méprisé, en un mot d'un homme qui déplait, qui pour sa femme est un objet de répugnance et de répulsion.

J'ai dans ce cas une dame d'un gouverneur de l'Irak et de l'Arabie, originaire de la tribu des Thakafides ou Béni Thakif, le dur et sévère Haddjàdj. Il répudia sa femme par procuration ; car on peut, légalement, par un intermédiaire, ou pa: lettre, ou par élourderie, ou de maintes autres façons indirectes, répudier sa femme, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, que Ion soit ou non offensé. Kn fait de licences et de facultés légales accordées aux maris sur cet article, la loi est d'une générosilé merveilleuse.

Pour bien comprendre et apprécier l'intention d'un passage de notre récit, il faut savoir les dispositions légales que je vais indiquer.

La loi aflirme et prononce, car elle s'occupe d'une foule de détails, que tout vase qu'a léché un chien est pollué, est impur ; dès lors si l'on veut que l'usage de ce vase soit irrépréhensible et ne souille pas la personne qui l'emploiera pour s'y laver, ou pour y boire ou manger ou y mettre des aliments, il faut que le susdit vase soit lavé et nettoyé sept fois dont une fois avec de la terre ou de la poussière.

J'ai plaisir à voir comment la dame se vengea habilement et bien de son sauvage mari, le lit baisser jusqu'à terre sa fierté, et, par voie directe et indirecte, le traita comme il le méritait.

Hind, fdle d'un certain Nomàn, était une des plus remarquables beautés de son temps. On en parla h Haddjàdj ; on

;MiS I-KMMIS AllAHKs

lui eu décrivit les charmes, cl il envoya la demander en mariage. Il prodigua en présents d'immenses richesses. Enfin il l'épousa, à la condition qu'en surplus de la dot qu'il avait consenti à payer, il resterait redevable de deux cent mille drachmes. Le mariage fut consommé. Ensuite Hind se retira avec son mari à Maarrah ; c'était le pays qu'habitait Nomân. De Ta on nomma encore ce pays Maarrat el-Nomàn, le Maarrah de Nomàn.

Hind avait la parole élégante, l'esprit orné. Elle resta assez longtemps avec son mari à Maarrah. Lorsque Haddjâdj retourna dans l'Irak, il emmena sa femme avec lui. Ils vécurent la comme il plut à Dieu. Un jour que le mari, assez peu adoré, entrait chez sa femme, il la vil occupée à regarder dans un miroir ; et elle disait, en distançant ses mots par groupes et en articulant d'un ton un peu sarcastique, ces vers :

« Hind est la jeune cavale arabe, la fille des nobles coursiers, qu'un triste mulet a obtenue pour sa légale moitié.

i Si elle donne le jonr à quelque bel étalon, grâce à Dieu î ce viendra de la mère ; mais si elle enfante quelque vil mulet, ce viendra de ce mulet son père. > Haddjâdj n'avance pas plus loin. Au lieu d'entrer, il s'en retourne. Hind ne s'était aperçue de rien ; elle ne l'avait ni entendu, ni vu. Il résolut de la répudier; il donna cette commission a un appelé Abd Allah dis de Tâher, et le chargea d'aller remettre à Hind les deux cent mille drachmes dont la créance avait été stipulée, le cas de répudiation échéant. « Abd Allah, dit le mari à son mandataire, pour le prononcé de la répudiation tu n'emploieras que deux mots, et rien de plus. »

L'envoyé va se présenter chez Hind et lui adresse ces paroles : « Haddjâdj te dit : « Tu étais (sa femme) ; et tu es ré-

IU.Pl IS I ISl.AMISMi:

pudiée sans retnunl'i. » Voici les deux cent mille drachmes qu'il s'était engagé à te livrer. — Fils de Tàher, répond la dame, nous étions (unis), et nous disions : Gloire à Dieu ; nous sommes séparés, et nous n'en avons aucun regret ; ces deux cent mille drachmes que tu m'apportes la, je t'en fais cadeau, a toi, comme prix de bonne main pour l'heureuse nouvelle de nia délivrance. Enfin donc je n'appartiens plus à ce chien lhakafide. Je le remercie. » Ahd Allah se laissa régaler de la somme et se retira sans mot dire.

Hind retourna chez son père, à Maarrah.

Quelque peu de temps après, l'histoire de cette séparation ■vint aux oreilles du kalife Abd el-Mélik fils de Merwân. On parla au prince de la merveilleuse beauté de Hind. Abd el- Mélik envoya demander Hind en mariage. Elle écrivit alors au kalife une lettre où, après les louanges et les politesses «l'usage, elle disait : * Prince des croyants, sache qu'il s'agit «l'un vase où a lappé un chien. • A cette malicieuse observation, le kalife ne put s'empêcher de rire, et il répondit par eetle autre observation : « Lorsqu'un chien a lappé dans un vase, on lave et nettoie ce vase sept fois dont une fois avec de la terre. Nettoie le vase, et l'emploi en sera licite. > Sur pareille réponse Hind ne put refuser les propositions du kalife ; mais elle lui posa les conditions suivantes qu'elle lui écrivit. Après les formules de respect et de bienséance elle disait : « Prince des croyants, Dieu a établi que pour la légitimité d'un contrat de mariage, il faut toujours une condition stipulée. Si lu me demandes : « Quelle est la condition que lu veux ? » Je le dirai : « La voici ; c'est que Haddjâdj conduise par la longe la monture qui me transportera de Maarrah à l'endroit où tu es ; qu'alors il marchera devant elle, pieds nus, et dans le même coslume d'élégance et de richesse

f I; En arabe, cela ne fait que deux mot*, i liai un de trois lettres coutonne* car on n'écrit pa«d* voyelle.-:, et mis en union «rammalirale par une conjonction a\ant un*- lotir.- : knl f bnt, qu'on lit . kuuiiti fe-witili.

:«70 h;mmi S AK.VUKS

qu'il avail lorsqu'il m acc ompagna la première lois, après notre mariage consenti. »

Pour le coup, après avoir lu cette lettre, Abd el-Mélik partit d'un immense éclat de rire ; la vengeance lui parut d'un goût exquis.

A l'instant même le kalife expédia un exprès à Haddjàdj, lui transmettant les ordres nécessaires pour l'accomplissement du projet. Haddjàdj lut le message signé ; il fallut se se soumettre et satisfaire à la volonté du maitre ; il n'y eut pas lieu à résistance. Ensuite fut envoyé à Hind l'ordre de loin préparer pour le voyage. Elle se disposa et attendit.

Haddjàdj partit en grand cortège, se rendit à Maarrah où se trouvait Hind. Hind monta un chameau, voyagea en pompeux appareil, accompagnée de ses femmes esclaves, de ses femmes de service. Haddjàdj prit en main la longe du chameau de la fiancée et marcha près de l'animal qu'il conduisait. Hind se prit à plaisanter à l'endroit de son brillant chamelier, à le ridiculiser, à rire avec Heyla la camériste qu'elle avait placée près d'elle. Elle vint à dire ensuite a Heyla : « Ma bonne, ouvre donc un peu le voile du palanquin. » La camériste cnlr'ouvrc le voile. Hind passant la tête se rencontre lace à face avec Haddjàdj et se met à rire en le fixant. L'cxmari prononce alors ce vers à l'adresse de la dame :

« Tu ris et le moques de moi. Mais que dut te paraître longue cette nuit où je le laissai là comme une capote étalée par terre ! « La dame répondit :

« Peu importe quand on a la vie sauve, d'avoir perdu biens et richesses !

« Les biens on les recouvre ; les hommes, il en revient ; il suffit que le bon Dieu nous mette b l'abri du mal. »

Elle continua à se divertir,, a s'égayer aux dépens du mari,

DKPUS l/ISLAMISME. T,\ jusqu'à ce qu'enfin on approcha de l'endroit où était le kalife. Alors elle jeta à terre un dinar (ou denier d'or) ; et aussitôt elle appelle : « Eh ! mon chamelier, une drachme (ou pièce d'argent) nous a échappé; ramasse-nous-la. » Haddjâdj regarde à terre et aperçoit un dinâr. < C'est un dinar, dit Haddjâdj. — Non, non, répliqua Hind, c'est une drachme. — Non pas, c'est un dinar. — Ah ! alors, grâces à Dieu ! une drachme m'a échappé et il me la remplace par un denier d'or. » Haddjâdj comprit la malice ; et il se sentit monter le rouge au visage ; il était humilié-, mais il garda le silence, ne trouva pas un mot à répondre.

On arriva h la demeure du kalife; le mariage fut célébré eu grande solennité.

Suite. - Le kalife Rl-Wulid II répudie So'da ; puis il s'en repenl. — \rhab le cupide cl le parasite ; amour d' Arhab. lion* mot».

Le kalife El-Walid II fils de Yézid répudia sa femme So'da. Elle se remaria. Alors il se repentit de s'être séparé d'elle et il voulut la rappeler à lui.

Il recevait souvent un original, un parasite par passion et par métier, un appelé Achab, surnommé le cupide. La vue ou le nom de l'argent, ou un cadeau, ou l'espoir d'un profit, pouvait l'entraîner a toutes folies et bizarreries. Du reste, homme d'esprit, savant, malin, moqueur ; il était vif a la répartie et à l'à-propos. Sa mère avait été convaincue d'adultère.

Une fois Achab s'avisa de marchander un arc arabe. « Un dinar, lui dit-on. — Ah! quand même avec ton arc on pour- * rail être sûr de frapper en plein ciel un oiseau ua vol et cet

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tiiscaii tombât-il ensuite, tout rôli, cnlre deux pains, je ne le donnerais pas un dinar de (on arc. »

* A Médine. un individu avec quel(|ues amis, se régalait chez

lui d'un plat de plusieurs poissons. Achab se présente et demande s'il peut entrer. L'n des convives alors dit, en entendant le parasite : « Pour manger, cet Achah a une capacité et un bonheur inouïs. Placez donc ces gros poissons-là dans une sébile, et mettez-la à part en un coin de la chambre. Il mangera avec nous ces petits poissons ; et nous verrons ensuite, quand il sera parti. » A la hâte on met de côté les gros poissons... On permet à Achab d'entrer et on lu» dit : . Hein ! que penses-tu de ces poissons-là ? — Je pense que je suis furieux contre eux ; car mon père est mort englouti dans les Ilots de la mer; et, bien entendu, les poissons l'ont mangé. — Alors, voici une excellente occasion pour toi de prendre le talion de ton père, de vous venger toi et lui. » Achab s'assied avec les convives ; il saisit un des petits poissons et se l'approche de l'oreille. L'œil du parasite avait avisé la sébile reléguée dans un coin et contenant les gros poissons. « Savez-vous, reprit Achab, après avoir eu l'air d'écouter son poisson, savez-vous ce que me dit ce petit bout de fretin-là? — Non. — Voici ce qu'il me conte; il me dit qu'il n'a point assisté à la mort de mon père, et n'a pas pu le voir, attendu que lui, poisson, est de beaucoup trop jeune et trop menu encore pour avoir vécu de ce temps-là. Bien mieux, il m'a glissé à l'oreille ces autres paroles-ci : < Prends-moi ces gros poissons qui sont là au coin, dans la sébile de bois; ce sont eux-mêmes qui se sont précipités sur ton père et qui l'ont mangé. » Il était évident que la ruse était éventée, et l'on servit les autres poissons.

Kn amour, Achab n'était pas plus prodigue qu'ailleurs. A Médine. il fréquentait une jeune fille; il se montra amoureux, il fil le cœur tendre. Un jour, la belle lui demanda une deuii-

l»KI»tïS L'ISLAMISMK A7.\

drachme à titre d'emprunt. De ce jour-là. Achat) rompit ses relations avec sa médinoisc. S'il l'apercevait dans un chemin, il en prenait un autre. La jeune fille prépara une sorte de liqueur parfumée et alla droit la présenter à l'infidèle. « Qu'est-ce cela? dit-il. — Une petite liqueur que je t'ai composée contre la frayeur que tu éprouves en me voyant même de loin. — Bois-la, ta liqueur, pour te guérir de ta cupidité, toi. Si ta cupidité pouvait disparaître, ma frayeur à moi disparaîtrait. > Et Achah ajouta ces vers :

< Laisse de côté, tant que tu voudras, mes avances

amoureuses; gratilic-utoi de toute ton aversion.

« Désormais, à ton égard, mon cœur est tout consolé ;

aime au lieu de moi qui hou le semblera.

• Moi, j'ai juré de ne jamais aimer quiconque aime ma monnaie. »

f.cl Achab si ladre chantait souvent cette cantalille :

• Voyez ! il m'est venu nouvelles, tristes nouvelles en ce temps de gène.

« Auparavant j'avais les désirs dans le eu?ur, maintenant je les ai dans l'estomac. >

. As-tu jamais trouvé plus cupide que loi ? dit-on un jour ii Achah. — Certainement ! reprit-il. — Mais qui donc ? — l ue brebis «pie j'avais. Liant sur la terrasse de ma maison, ma bête vil un arc-en-ciel, et elle s'imagina que c'était une trainée de foin verl et llcuri. Ma pécore se rua sur celte pâture, sauta, tomba à terre et se cassa le cou. »

Une fois, on pria Achab de donner une conférence de morale. « Volontiers! » dit-il, et on se mil en séance. « Parle, lui dit-on. — Voici ! continua-t-il ; j'ai entendu de la bouche même du savant Ikrimah qu'Ibn Abbàs lui certilia avoir oui notre Prophète dire à ceux qui 1 écoutaient : • il y a deux choses qui ne se doivent point rencontrer dans un vrai crmani. ■ Kl Achab se tut. < Mais, lui demandèrent les as-

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sislanls, quelles sont ces deux choses?* — Ali ! lkrimali 'en a oublié une, el moi j'ai oublié l'autre. •

Acliah trouva un dinar. < J'ai trouvé un dinar, dit-il à un ami ; que faut-il que j'en fasse? — Il faut faire (d'après la loi) annoncer la chose en public afin de découvrir le propriétaire. — lion Dieu du ciel ! quel avis est le tien ! — Et ton avis, à toi ? — Moi?... Je vais acheter avec ce dinar une chemise; ensuite je la ferai annoncer. — Mais alors personne ne reconnaîtra la chose. — C'est justement ce que je veux. »

Achab faisant ses ablutions ne s'ablua pas le pied droit. On lui lit remarquer cette omission. « Ce n'est pas une omission* reprit-il. Vous savez que le Prophète a dit : « A la lin du monde, mon peuple paraîtra les membres comme marqués de balzanes, conséquences de leurs ablutions. Moi, je suis bien aise de paraître alors avec trois balzanes seulement, le pied droit non balzané (comme les beaux chevaux dont parla aussi le Prophète). >

C'est à cet Achab que le kalife El-Walid II s'adressa pour m reprendre So'da : « Ecoute, Achab ; je te promets dix mille drachmes si tu remets à So'da un message de ma part. — Très bien ; mais ordonne que l'on apporte de suite ces dix mille drachmes, que je les voie seulement. » El le kalife donne l'ordre de remettre de suite à Achab un badrah ou valeur de dix mille drachmes (1). Achab empoigne le badrah, se le met sur l'épaule, el: « Donne-moi maintenant ton message, prince des croyants. — Voici ; dis à So'da : Le kalife t'adresse ces trois vers-ci : #

« 0 So'da, puis-je arriver encore à te posséder ? Ou bien ne dois-je plus me trouver désormais avec toi avant le jour du jugement dernier ?

« Mais non. Bientôt peut-être mourra celui que lu as pour ami maintenant, ou bien il l'éloignera de lui ;

dkpiîis i/islamismi: :n.,

« Kl alors je serai heureux ; mes veux se ral'raichi-

ronl à ion aspect, el nous serons réunis après celle

dure séparation. • — Près bien » répondit tranquillement Achab. Puis il court à la demeure de So da... On annonce le visileur. So'da donne ordre que Ton étale les tapis, que l'on arrange le divan de la salle principale. Puis So'da arrive, s'assied, et permet que I on introduise le messager du kalife. Achab entre. « Quel motif t'amène ici à nous faire visite ? lui dit So'da. — Madame, reprend-il aussitôt, le kalife El-VValid te mande le message que voici ; » et d'un ton parfaitement calme el assuré, il récite les trois vers. A peine a-t-il terminé que la dame crieà ses femmes présentes : « Saisissez-moi ce libertin, cet être immonde.' — Noble dame, reprend Achab étonné, mais ce mandat que je remplis,... cela me vaut dix mille drachmes; pour pareille somme on peut bien se charger... — Drôle que tu es î Je te jure que je te fais torturer sur place jusqu'à mort, ou bien tu vas reporter au kalife un message de ma part. — Volontiers, noble dame ! volontiers! Que ne puis-je verser mon sang pour loi ! Mais alors donne-moi quelque petite récompense pour ma peine. — Quel être cupide !... Tu auras ce lapis sur lequel je suis. — Alors, noble dame, lève-toi que je prenne mon tapis. » So'da se lève ; Achab tire le tapis, se le jette sur l'épaule et toul empressé et satisfait il dit à la dame : « Donne-moi maintenant ton message ; je le transmettrai lidèlement. — Voici ; répète ce vers au kalife.

« Quoi! tu soupires après So'da! Mais c'est toi qui

l'as abandonnée. Elle est partie So'da ; que veux-tu

maintenant ! »

Achab salue bien vite et part. Il retourne auprès d'ËI- Walid et lui répète le vers. « Ah ! garnement ! tu m'assassines! Au nom de Dieu, que faut-il que je fasse de toi, mauvais bâtard que tu os? — Mais, prince des croyants —

:î7U KKMMES AH AH»

Tiiis-loi. Tiens! lu vas choisir : où je le lais précipiter fes ' pieds en liaul dans un puils; ou je te lais jeter la tête en bas du sommet de mon palais ; ou je te fais assommer raide d'un coup de cette massue de fer. Choisis, te dis-je. » Achab reste ébahi, stupéfait, confondu. Il relève lentement la tête et dit : « Prince, garde-toi de pareille chose ; tu es incapable de chose pareille. — Et pourquoi ? réplique vivement le kalile. — l'arec que lu es incapable «le faire du mal à mes veux, ces deux yeux-là qui viennent de voir ta chère So da î — tintant d'inconnu, reprend le kalife «pii ne peut s'empêcher de sourire; va-l-en, va, sors d'ici ; que je ne te voie plus. ► Achab partit, content de son expédition et de sa journée : dix mille drachmes gagnées, et, par dessus le marché, un lapis.

On droit i|p ballrr m It-mmi-. - HepeiiUim- et n-Mgiiatioti maritale*. — Ix kâili Oioraih: ZiAd le bâtard. Abou Olbmân : m laide femme.

Maintenant, y a-t-il de la patience maritale, et aussi du repentir marital? On pressent de suite, ceux surtout qui ont vu l'Orient, que dans ce dernier cas je fais allusion au mari qui a battu sa femme. On sait que batlre sa femme est très oriental, est chose très simple, très commune ; et la femme n'en est pas toujours des plus mécontentes. Elle pense que qui aime bien, châtie. Ce sont fréquemment la scène et la question de Sganarelle et de Martine. Il n'y a que chez les populations très avancées et chez les hommes très avancés que la femme est, j'allais ajouter, généralement, à l'abri des corrections corporelles sous l'autorité de son époux, l/islamismi' bal souvent ; légalement !«• mari a le droit de corriger

DEIM'IS L ISl.AMISMi: 1177

matériellement sa femme, et aussi de la priver tle le voir, de la séquestrer pour un temps dans une couche isolée. En Europe, les gens bien élevés disent : < C'est traiter très poliment un homme qui bat sa femme, que de le traiter de lâche. • Voici un Arabe, un kàdi, et il y en a peu comme lui, qui tourne un peu dans ce sens.

Le kàdi Choraih avait épousé une femme des Tamimides, appelée Zeinab. Un jour, il se lâcha contre elle et la battit. Ensuite le brave homme tout chagrin de cette mauvaise action, se mit à dire ces trois vers où se retracent, en vérité, la confession, le jugement, et la réparation ou amende honorable :

» J'ai vu bien des hommes battre leurs femmes; mais que la main me sèche au bout du bras si jamais je frappe encore ma Zeinab !

« La frapper, et sans qu'elle soit coupable ? Ah ! ce ne serait pas justice à moi de battre qui n'est pas coupable.

« Oui, Zeinab est le soleil, el les autres femmes sont des étoiles : que le soleil paraisse, vous ne voyez plus les étoiles (il les éclipse). • Zeinab ne fut plus battue... Du reste, ce kàdi était d'une tournure d'esprit assez pittoresque. Je vais, en passant, le caractériser dans un exemple.

Ziàd, gouverneur de l'Irak babylonien, écrivit un jour au kalife Moàwyah : « Prince des croyants, de ma main gauche je conduis et régis l'Iràk en ton nom ; ma main droite est donc oisive, ne fait rien pour toi. Confie-moi encore 2e gouvernement du liédjaz. » La demande fut accueillie ; mais de là, un grand mécontentement parmi les habitants des deux villes saintes, la Mekkc et Médine. Abd Allah lits du kalife Omar avait eu nouvelle de la démarche de Ziàd ; Abd Allah résidait à la Mekke ; c elait un homme pieux, généreux ; il s'étail écrié dans une sainte émotion : « Mon Dieu, détourne

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«le nous la main droite de Ziâd ; liens-la bien loin de nous. »

Ce Ziâd élail frère naturel de Moâwyah el ne fui jamais reconnu par son père Abou Sofiân. C'est pour cela que selon le terme usité, on dislingue ce Ziâd par la qualification « fils de son père, ■> c'est-à-dire fils d'un père inconnu.

La prière d'Abd Allah fut subitement el singulièrement exaucée. Une tumeur maligne, et l'histoire dit : une peste (une pustule maligne ou un charbon), se développa sur la main droite de Ziâd. Des médecins furent appelés, consultés; ils furent d'avis qu'il fallait immédiatement ampuler la main. Ziâd envoya quérir le kàdi Choraîh. Le kâdi vint cl le malade lui raconta ce que les médecins proposaient, c Ta vie, lui dit Choraih, est fixée ; ion heure finale est déterminée, tout est réglé pour tous. Moi, il me répugnerait, si lu as encore une Jurée d'existence à fournir, de te voir en ce monde vivre sans main droite ; et il me répugnerait, si la fin est prochaine, que lu allasses le présenter manchot au bon Dieu. El puis enfin, si plus tard Dieu te demaude : « Pourquoi as-tu laissé couper ta main? » lu devras répondre : « C'était pour éviter de venir te trouver et pour échapper à la destinée. » Mauvaises . choses que loul cela. »

Ziâd refusa l'opération. Le jour même, il mourut. El la foule de blâmer Choraih, de lui reprocher d'avoir empêché le malade de se laisser opérer, de lui avoir fait éviter au moins ' une souffrance qui eût élé une punilion pour les maux qu'il avait causés. Car Ziâd était sincèrement délesté. A Bassorah, il avait ordonné que tous les habitants fussent rentrés chez eux immédiatement après l'heure de la prière du soir el cela sous peine de mort. La dernière prière se fait h environ une heure et demie après le coucher du soleil. Une compagnie de guet fut chargée d'exécuter ecl ordre. La première nuit, deux cenls individus furent massacrés dans les rues par celle compagnie. La seconde nuit, il y en cul encore cinq ; la troisième,

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