‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 20 sur 36 · DEPUIS I. ISLAMISME · texte numérisé non relu

DEPUIS I. ISLAMISME

il n'y eut plus personne... Aux reproches que l'on répétait à Choraih, ce kâdi répliqua: « Ziâd m'a consulté; or tout homme que l'on consulte doit répondre et conseiller en sincérité et en conscience, puisque l'on a confiance en lui. Si je n'eusse cru être obligé de lui donner un avis intègre et consciencieux, mais j'aurais bien préféré lui dire de se couper une main aujourd'hui, de se couper un pied un autre jour, de se couper successivement tout le reste du corps, un jour une chose, un jour une autre. Certes il l'avait bien mérité. »

Le kàdi Choraih mourut plus que centenaire, l'an 87 de l'hégire.

Voici un autre personnage dont je veux parler un instant, à propos d'une de ses femmes. Ce personnage est Abou Othmàn, une sorte de juriste consultant. Il vécut bien peu après l'époque du kalife Ël-Mâmoùn, époque qui est le terme où nous limiterons ces éludes. Or donc, Marie, une des femmes de ce bonhomme conta ceci :

Nous étions, un jour, a nous amuser, rire, causer. Abou Othmàn (Osman) rentra; il revenait de prier; cl toujours, quand il revenait de la prière , il se menait à l'écart, seul, et il restait recueilli, sans rien dire ou faire qui eût l'air d'une distraction. Par hasard, je profilai uue fois d'un de ces moments de recueillement et le caprice me prit de dire à mon mari : a Abou Othmàn, quelle a élé l'œuvre la plus méritoire de la vie? — Ecoule, ma bonue Marie, me répondit-il après une minute de silence et en me regardant avec un sourire de bonté. Dès que j'eus atteint l'âge de l'adolescence, j'étais alors à Ray (la ville de liages), on songea à me marier. On me pressait ; je refusais. Tout par un beau jour, une femme sévèrement voilée entre chez moi; et sans préambule; « Abou Olhmân, me dit-elle avec une certaine confusion de timidilé, je l'aime d'un vif amour ; j'en ai perdu le sommeil ; je suis consumée d'amour. Au nom de Celui qui remue les cœurs, je

:m FKMMKS ARABES

t'en supplie, épousc-moi. » Je fus surpris el touché. « As-tu ton père ? demandai -je a l'inconnue. — Oui, reprii-elle subitement, oui, c'est un tel, tailleur en tel endroit. » J'envoyai chez le père; je lui demandai sa ûlle; il me l'accorda; j'épousai. Les cérémonies terminées, je fus introduit chez ma ûancée, ma femme. Juge de mon étonnement ! Je trouve une femme borgne, torse, toute contrefaite. Je me résignai. « Mon Dieu, me dis-je alors, à toi la gloire ! J'accepte ce que ta volonté a décidé de me donner. » Je fus bon mari... Mais tous mes parents, mes proches, me blâmaient de ma persévérance et de mon courage. Plus on me blâmait, plus j'entourais ma femme de prévenances el détentions ; j'en vins au point que la brave femme ne me permettait plus de la quitter, de sortir quelques instants. Je renonçai à toutes les sociétés, à tous mes amis, pour complaire à ma pauvre difforme el conserver l'amour en son cœur. Je demeurai ainsi, dans celle existence de soumission et de docilité, quinze années durant. A certains moments, je dois le dire, j'étais comme sur de la braise ardente. Mais entiu, je persévérai. En somme, je fus sans trop de contrariétés jusqu'à ce que la brave femme passa de vie à trépas. N ai-je pas bien mérité par celle palience, celte complaisance, par celte longue résignation à conserver à celte femme une place dans mon cœur ? »

C'est ce même Abou Othmàn qui a dit ce vers de morale pratique :

« Eh ! l'homme sans crainte de Dieu, qui commande aux autres la crainte de Dieu, c'csl le médecin qui médicamenle les gens, cl lui-même est malade. » Il y a peu de maris résignés cl obéissants comme Abou Oihmân.

i>i;im is msi wiismi;

Époux trop par. imonieiix ; r-potix rluriiat.li-. — llaillian ; il r»i lit-berge au >U*vrl.

Murale.

En parcourant les biographies d'Ibn Khillikân, je rencontre une petite anecdote que raconte Haïlham fils d'Ady, Haïlham le légendaire et traditionniste par excellence, le linguiste, le collecteur de vers et de maximes arabes, le malin et sournois quêteur des défauts et qualités des gens, le ramasseur aussi de chroniques scandaleuses, le presque Brantôme de l'époque.

L'anecdote présente deux lemmes de nature opposée ei ileux maris de nature contraire.

Un jour le kalife El-Mahdy, le père de Ilàroùn el-Rachid ou el-Réchid, me dit : « Haïlham, je voudrais avoir ton avis sur ceci. On parle saus cesse de l'avarice, de la parcimonie outrée des Arabes, de leur générosité, de leur libéralité facile. Que penses-tu, loi, de ces assertions contradictoires? As-tu par devers loi quelque preuve là-dessus? — Prince, repli quai-jc, tu t'adresses à qui peut te répondre d'après expérience. Voici qui m'est personnel.

Je partis un jour pour un pays où j'avais des parents. J'emmenais avec moi la chamelle que d'habitude je montais. A quelque peu de distance, ma bête s'échappe et s'enfuit. Je cours après elle, je la suis à la piste jusqu'au soir. Enfin je l'attrape. J'étais harassé. Je regarde de tous côtés, je scrute l'espace; et j'aperçois au loin une lente d'un Arabe. Je me dirige vers elle ; j'arrive. « Qui es-tu? me demande la maitresse de la tente. — Un hôte, répondis-je. — Qu'est-ce que peut trouver ici un hôte i Nous sommes au cœur du désert, un désert interminable. » Et la femme va prendre du blé et

JXi KEMMKS AKAUtS

s'occupe de le moudre. Puis elle pétrit lu farine el prépare du pain. J étais assis par terre. Je me mels h manger. Peu après le mari vient, apportant du lait. L'Arabe salue d'abord ; ensuite il dit a sa femme en nf indiquant : « Qui est cet homme! — Un hôte, répond -elle. — Que Dieu te conserve ! » me dit l'homme.

Après cela, il s'adresse à sa femme. « Halimah, lui dit-il. tu n'as donc rien donné à manger a ton hôte? — Si, .reprendelle.» Et lui, il entre dans la tente, remplit de lait une sébile de bois, revient a moi : « Tiens, me dit-il en me présentant le lait, bois. » Je bus tout mon soûl. « Mais je ne vois pas que tu aies rien mangé, continue mon Arabe; je ne vois pas que ma femme l'ail rien donné à manger. — Non, répliquai-jc, elle ne m'a rien offert. » Et voila que mon bédouin entre loul colère auprès de sa bédouine : « Femme que tu es! lui crie-l-il; comment! (u as mangé, toi, et tu as laissé ion hôle sans une bouchée. — Eh bien!... Qu'est-ce que tu voulais que je fisse? ne (allait-il pas lui donner ce que j'avais pour moi? » Là-dessus, le mari s'emporte; il injurie, il frappe sa femme el de la plus rude façon. Ensuite il prend un couteau, 1 va droit à ma chamelle, et l'égorgé, a Que fais-tu là? Que le bon Dieu te bénisse ! lui criai-je. — Non, non, je ne souffrirai jamais que mon hôte passe sa nuitée, ayant faim !» El il se dépêche, en grande hâte, de ramasser des bois secs, des herbes sèches ; il allume bon feu. Il cuisine ; il déchiquète la viande, la roule en boulettes, l'arrange, l'assaisonne... Il me fait manger, il me régale;... lui aussi mange gaiment ;... et il jette quelques bons morceaux à sa femme. « Tiens, lui ditil, mange, mange, femme. Que Dieu te coupe les vivres, avare que tu es! » Nous restons en cette féle jusque très avant dans la nuit.

Au matin, mon homme me quitte et s'en va, sans me rien dire. J'étais suffisamment contrarié ; nous avions mangé ma

DKI'I IS L ISI.AMISMK m

chamelle ; je ne voyais qu'un»- chélive et paiiviv truie ; point de troupeaux aux environs, rien. Comment poursuivre mon voyage! Le jour était déjà haut, lorsque je . vois revenir l'Arabe avec un magnifique chameau, que nul œil ne marchanderait à admirer. Mon bédouin approche. « Voilà ! me dit-il, un chameau en place de ta chamelle. » Et mon homme me donne, pour viatique, de la viande qui restait, arrangée, cuite, préparée. Je pars, remerciant le bédouin.

La nuit suivante m'amena à une tente. J'approchai ; je fls entendre mon salut. La maîtresse de cette lente me rendit ma politesse. • Quel est l'homme que je salue? continue-telle. — Un hôte, répliquai-je. — Sois le bienvenu ; Dieu te fasse de longs jours et te maintienne en force et santé ! » Je descends de monture.

Soudain la dame bédouine va quérir du blé dans la tente, se hâte de le moudre ; puis elle pétrit et prépare du pain qu'elle abreuve de beurre et de lait. Le pain est bientôt cuit en minces galettes sur la pierre chauffée, et la dame me les apporte devant moi. « Mange, me dit cette brave femme, mange ; et excuse-moi de te donner si peu. »

Arrive le mari, laide face humaine, face repoussante. Il me salue; je lui rends poliment son salut, c Quel est l'homme que je salue? me dit-il. > — Un hôte, répliquai-je. — Eh! qu'est-ce que peut avoir chez nous un hôte ! »

Le bédouin entre auprès de sa femme dans la tente. « Où est mon manger? — Je l'ai donné à notre hôte, répond la dame. — Quoi ! lu donnes à des hôtes ce qui doit faire mon repas ? » De là une querelle, une dispute, une colère ; le butor lève un bâton, en frappe la femme sur la tête et la blesse. Malgré le sérieux et la gravité de la chose, je ne pus m'empècher de rire. Le bédouin m'entend, sort de sa tente, vient droit à moi et me demande d'un air échauffé : « Qu'estce qui te fait rire ? — Rien, lui dis-je. — Comment, rien ''

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TuilitMi, je veux savoir le motif de ce rire. » Je raconte alors mon aventure, la réception que m'avaient laite la femme et l'homme de la veille. * Ah ! continue l'individu après un court moment; cette femme-la qui t'a reçu ici tout-à-l'heure, est la sœur de ce bédouin qui t'a traité hier ; et la femme «le ce bédouin, eh bien ! c'est ma sœur. » Je ne répondis rien ; je renfermai mes réflexions et ma surprise en mon for intérieur. « Vertus de famille! » me dis-jc ensuite... Je passai ma nuit tranquillement. Au matin, sans grands compliments à mon homme, je pris congé et me mis en route. « Voila, prince des croyants. >

J'ai une autre anecdote dont voici la traduction, mais anecdote des v ieux temps : elle a de la couleur de la précédente et en a aussi le sens de morale pratique.

In homme était à manger. 11 avait devant lui une poule rôtie. Se présente un mendiant. Le mangeur le congédie et l'éloigné sans lui rien donner. Cet homme au cœur impitoyable avait les aisances de la vie. Advint qu'il se sépara de sa femme, et il tomba dans la pauvreté et la misère.

La femme se remaria à un autre mari... lin jour que celuici était à manger, ayant devant lui une poule rôtie, se présente un mendiant qui demande une aumône. Le mari appelle aussitôt sa femme : * Donne ma poule, lui dit-il, à ce malheureux. » La femme, en donnant la poule, regarde le mendiant, et reconnaît en lui son premier époux. Elle revient de suite auprès de son nouveau mari et lui raconte quel est ce mendiant, ce qu'il était jadis, comment, une fois, dans une circonstance de repas tout à fait semblable, il repoussa un pauvre. Et le mari actuel de s'écrier : * Mais c'est moi, par Dieu! c'est moi qui étais ce pauvre qu'il a chassé sans lui rien donner. Dieu m'a passé le bien-être de cet homme, de ce cœur sans pitié, sans reconnaissance pour ce que le ciel lui avait départi. »

bKIM IS L ISl.AMISMI

Kffet de la chute d'Eve dans la tir pratique. — Réprobations de» sages el des prophètes conlre les femmes ; paroles de David. — Jésus rencontre le Diable. — Poe. sic contre la femme et rontre l'amour. - Effet du vin sur la femme. La vieille avinée.

Les sévérités verbales et les formules apophtegmatiques de l'islamisme ne relevèrent pas, au fond, la considération ni absolue ni relative de la femme. L'enseignement qui consacrait aux yeux des musulmans, attendu leur manque de philosophie et de théodicée, la chute de l'humanité par la faute de la femme, ne pouvait conduire à la réhabilitation des filles d'Eve. Le respect même que la loi nouvelle recommanda à leur égard, ne fut pour tous qu'au point de vue de l'homme, mari, ou père, ou frère, ou même étranger. On constitua en principe et en maxime le respect, parce que l'atteinte portée à la femme, sous quelque forme et à quelque degré que ce soit, est une vexation pour l'homme qui tient a cette femme sous un litre quelconque. Ce n'est pas à cause de la femme en elle-même, à cause d'elle seule, que le respect de la femme est prescrit; car elle est cette ancienne coupable qui trompa, trompe, et trompera l'homme à perpétuité. L'homme eût-il donc résisté, lui, si un démon femelle bien séduisant eût tenté sa vertu, peut-être pour moins que pour une pomme, pour rien? Evidemment j'énonce cette question au point de vue purement humain et philosophique, non au point de vue dogmatique... Le diable et l'homme sont depuis des milliers d'années contre Eve. Deux forts contre un être qu'ils appellent faible ! Et l'on se plaint ! L'homme ne se permet-il donc pas de faillir bien plus qu'Eve? Et n'a-t-il pas été plus faible qu'elle puisqu'il lui a cédé ?

FKMMKS ARARKS

Il y a dépil et orgueil dans la conduite de l'homme envers la femme ; el le dépil a encore enfanté trop généralement une sorte de inépris pour elle. Les livres arabes les plus sérieux, les plus religieux aussi, sont déparés et tachés de sentences et de traits contre la femme. Ils attribuent aux grands sages et prophètes de l'antiquité les condamnations les plus incisives, les décisions les plus outrageantes même, à propos de la femme, qui pour eux est presque forcément un être de mal. Il est vrai que ce sont toujours des hommes qui parlent et qui parlent seuls, sans opposition ni réponse de femme. Comme nous allons le voir, ils prétendent avoir consulté sur ce chapitre la sagesse, sagesse qui, selon nous, serait parfaitement incorrecte, îles sages les plus autorisés; et, par suite, si les siècles postérieurs ont médit de la femme, c'est que les siècles les plus anciens avaient déjà décrété, enregistré, libellé ces mêmes principes. Les temps modernes ou plus récents n'ont donc guère fait que paraphraser ou répéter les temps antiques.

Extrayons quelques-uns de ces jugements que les Arabes ont prononcés, en les attribuant à d'autres autorités et surtout ii des esprits supérieurs, à des sages, à des prophètes mêmes. Et puis les lecteurs croient, et surtout acceptent, sans examen.

Le saint prophète David disait : < En fait d'hommes, sur mille j'en ai trouvé un ; mais parmi toutes les femmes, je n'en ai pas trouvé une. >

I n jour. Jésus lils de Marie rencontra Iblis ou le Diable <pii chassait et conduisait devant lui quatre ânes chargés.

— Que fais-tu là ? demanda Jésus à Iblis. — Je transporte des marchandises, des denrées de commerce, et je vais trouver mes pratiques. — Quelle est donc là la première marchandise? — La dureté, l'impitoyable. — Qui achète cela ?

— U*s souverains. — Et la seconde de les marchandises?

— C'est la jalousie. — Et qui l'achète ? — Les savants. — La troisième marchandise, qu'est-ce que c'est ? — l*a trom-

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perie. — Qui donc l'achète? — Les inarchauds. — Mais cette quatrième marchandise, qu'est-ce que c'est ? — C'est la ruse. — Et qui achète cela ? — Ce sont les femmes. . Jésus passa outre, maudissant les œuvres et le commerce du démon.

Parmi les sages des nations il a été dit : « Les femmes sont les filets, les cordes du diable... Garde-toi de te fier a une femme, aussi bien que de le laisser séduire par les richesses, quelque grandes quelles soient... Jamais on n'a rien défendu a une femme qu'elle ne Tait fait... Se soumettre à la volonté d'une femme abrège les jours... Gardetoi, disait Aly le quatrième kalife, de prendre conseil des femmes. »

Voici un poêle faisant chorus avec ces prétendus sages des nations, ces prétendus misogynes qui n'ont pensé qu'à maudire dans la femme, chacun oubliant que sa mère fut une femme et par conséquent chacun maudissant sa mère, avec ces vieux philosophes dépenaillés dont l'esprit et la raison a l'œil bigle n'apercevaient que le mal, sans apercevoir qu'ils en étaient la cause par leur logique et leur philosophie infirmes. Le poète dit donc, et sans doute il aura beaucoup été vexé par ses femmes ou par les femmes parce qu'il l'aura bien mérité, ou il aura entendu beaucoup de censeurs quintetix et goitreux se perdre en plaintes et en lamentations sur des désolations d'abominations qu'eux aussi méritaient, très probablement, au point de vue de la justice réciproque. « Jouis de la femme tant qu'elle s'attache à toi, et

ne vas pas sottement t'afïliger quand elle te quitte, car

elle finit toujours par là.

« Trahis-la, quand même elle t'est fidèle ; car un peu

plus tard, elle te trahira toujours.

• Si elle se montre aisée et douce pour toi, elle sera

doute aussi et facile pour d'autres adorateurs que toi.

mnii s \i{\hi;s

. Qu'elle le jure, tant qu'elle voudra, qu'elle ira point violé ses serments ; va, le sexe qui de henné se teint les doigts, ne confiait pas de serments.

« Qu'elle verse des torrents de larmes, tant qu'elle voudra, le jour où vous vous séparez ; va, je te le jure par la vie de Dieu, ces larmes ne sont que mensonge. » I n autre, Ibn Bechâr, a ajouté :

< Pour moi, les promesses et les serments des femmes sont le mirage trompeur, inaltingible à qui cherche à se désaltérer.

« S'attendre à l'accomplissement de leur parole, c'est espérer le jour où les pierres se ramolliront. »

Enfin on donne comme traits de vérité satirique, l'aveu d'une vieille femme un peu avinée, et deux vers que l'on attribue, avec plus ou moins de sincérité, à une autre femme, laquelle ne reconnaissait l'amour que jusqu'à concurrence du mariage. Un collègue et compaing des commensaux de Hâroûn el-Râchid, le savant Asmaï, a rapporté les deux récits.

« Je demandai une fois, dit-il, à une Arabe : « Comment comptez-vous, vous autres, en amour ? Combien de choses y voyez-vous? — L'amour, c'est l'étreinte entre les bras, c'est le coup d'œil, c'est le baiser, ainsi que je te dis en ces deuv vers :

« (/amour n'est que le baiser, le coup d'œil, l'étreinte des bras et des mains ;

« l/amour n'est que jusque-là; une fois qu'il est marié, c'est fini. »

l/avcu de la vieille femme, le voici ; on le produit comme sanction du proverbe in vino veritas ; et d'un incident mauvais, d'une circonstance de mal, on déduit une expression d'un principe que l'on admet comme caractérisât ion absolue <de la femme. C'est illogique, faux et injuste.

« t'ne vieille femme arabe, dit Asmaï, passant sur un che-

htw is l islamismi: aiw

min conduisant à la Mekkc, voit plusieurs jeunes hommes de l'Irak qui buvaient du vin. Elle vient s'asseoir auprès d'eux, ils lui versent un verre ; elle le boit. Un moment après, la vieille se sent regaillardie ; sa ligure s'épanouit en sourire. On verse un second verre, et elle boit. Bientôt elle s'enlumine d'une certaine rougeur ; et le sourire devient un gros rire. On verse uue troisième rasade, qu elle boit encore. Et la vieille d'apostropher les buveurs : « A propos, dites-moi ; estce que vos femmes, dans l'Irak, boivent aussi du vin, comme vous? — Certainement. — Alors, je vous le jure par le Seigneur Dieu du sanctuaire de la Mekke, elles ne vous sont pas lidèles ; si ce que vous me dites là est vrai, pas un de vous ne connaît son père. »

Après l'islamisme, au moins autant qu'auparavant, on s'est appliqué ou exercé à jouer avec le cœur et la vertu des femmes, à les abaisser, ù les humilier ; on ue les a pas appréciées au sérieux de la raison. Les kalifes. même aux périodes les plus religieuses, ont .été trop souvent ridicules par b*ur conduite envers les femmes, même envers leurs femmes, et surtout envers leurs esclaves et concubines.

Instruction parmi les femme*. - La Clieikhe>sc Chohdah ; ses leçon*. Zobeidah Zobetde) femme de llaroùn el-Rachid. Abnégation conjugale. — Omar AU d'Abd el-Aiix oublie ta femme. — Takyah : de denv kacideh qu elle Al pour Takv el-din.

Nous avons souvent occasion et besoin de le dire, le gout de la poésie, des traditions, et par conséquent l'instruction, se sont éteints peu à peu, depuis l'islamisme, parmi les femmes. On ne découvre que cà et lu. à distances, quelques érudites qui se sont montrées, comètes fugitives, après la gé-

itération qui assista à la mise en scène cl à la représentation de la religion arabe. Il faut aller jusqu'à l'époque de Zobeidah (Zobeïdc) femme de Hâroûn el-Rachid, jusqu'à Boùrân l'érudite par excellence, femme du kalife Màmoûn et dont nous parlerons, jusqu'à Chohdah qui naquit dans la seconde moitié du cinquième siècle de l'hégire (ou I Ie de notre ère).

Chohdah était renommée pour la beauté de son écriture. De là la qualification d'écrivain, c'est-à-dire calligraphe, c'està-dire copiste de livres. Elle ne fut pas moins renommée par son savoir. Elle professa à Bagdad, et eut un grand nombre d'auditeurs, c'est-à-dire d'élèves hommes, non de femmes. L'histoire la caractérise par le titre de Fakhr cl-nicâ, (iloire des femmes, coryphée des femmes, et ce titre lui est devenu un nom commun et ordinaire. Elle est rangée parmi les savants ou ulémas de l'islamisme, et désignée par la qualification de cheikhah, cheikhesse, ou femme d'étude et d'enseignement. Chose extraordinaire ! Chohdah donna dans la grande mosquée, aux lettrés et aux curieux, des leçons ou conférences publiques où elle lisait et expliquait le livre des ^ Défaites des amants, ou Infortunes des amants (Macâri' elv ochchâk). C'est comme si en Sorbonne, ou au Collège de • France, une belle dame professeur expliquait en plein amphithéâtre l'Art d'aimer d'Ovide, les élégies de Tibulle, ou plutôt quelqu'un de ces livres d'amour religieux qui, sous le titre d'amour de Dieu, de l'amour pour la sainte Vierge, ont les péripéties et les émotions des vives amours de la terre.

En cinq cent soixante-treize de l'hégire, la savante Chohdah faisait ses lectures, avec éclaircissements, des histoires des amours. Peu de traits anciens ont une place dans ces récils qui présentent, il faut le dire, le côté moral de l'amour, en racontant les déceptions, les châtiments imprévus, les malheurs survenus aux passions inconlenues, libertines, coupables. Ainsi, il y a l'histoire de Suzanne, de l'amour de Zouleika

DKI'lilS l/ISLAMISMK :»l

femme de Koulfir ou Puliphar pour Joseph. A peine, dis-je, y a-t-il quelques amours des temps antéislamiques.

Fakhr el-Nicà mourut nonagénaire.

Zobeidah aimait avec délices à entendre la récitation psalmodiée ou la récitation à demi-voix du Koran. Elle avait fait apprendre ce Livre sacré a cent jeunes filles esclaves, et chacune devait à tour de rôle en réciter tel dixième. De celle manière, chaque jour par ces femmes le Koran était récité au moins une fois en entier. Aussi, entendait-on presque perpétuellement dans le palais de la princesse un bruit susurrant de voix douces et pieuses qui bruissaienl comme un bourdonnement d'abeilles. Zobeidah raffolait des traditions anciennes, raffolait des vers. Une fois, à un poète appelé Sâlem qui lui prononça une poésie à l'éloge d'Emin fils de Hâroûn el-Rachid, elle mit dans la bouche une perle fine qu'ensuite il vendit vingt mille dinàr ou deniers d'or.

Zobeidah quoique hère, quoique princesse, avait, à l'endroit du mariage, la vertu du sacrifice conjugal, vertu musulmane que nos dames comprendraient peu en théorie et point du tout en pratique. Il y a des grâces d'état, et l'état de musulmane a besoin d'abnégation au moins autant que l'état de païenne en avait besoin avant l'islamisme. Il u'y avait pas de danger que l'homme, le mari, se fit un devoir ou une vertu de cette abnégation. L'homme est trop égoïste ; il veut que la femme se sacrifie pour lui à ce propos, mais il ne veut pas se sacrifier pour elle. La justice maritale ou, eu terme plus général, la justice virile a deux poids et deux mesures.

Une fois, El-Kacbid passa un jour entier chez Zobeidah. Elle avait auprès d'elle ses nombreuses esclaves. 11 en remarqua une qui était debout derrière^Zobeidah et presque contre elle. Le kalife fait signe à l'esclave de se pencher vers lui et de l'embrasser; et clic boil un baiser sur les lèvres du kalife.

m FEMMES ARABES

IJàroùn el-Rachid demande ensuite de l'encre cl dn papier et irace ce vers :

« J'ai eu un baiser à quelque distance ; la belle m'a posé ses lèvres sur les miennes. »

El il donna le papier à la churmanie esclave qui aussitôt \ écrivit :

« Je n'ai pas eu a quitter ma place ponrme jeter à lui.» Elle rendit le papier. Le kalife sourit de joie, et il demanda à Zoheidah de lui passer en cadeau l'esclave. Zobeidah la lui donna. Le kalife, quand il sortit, emmena l'esclave, et resta une semaine entière avec elle, sans qu'on les aperçut, sans que l'on sût où ils étaient. Alors Zobeidah écrivit et envoya au kalife ces deux vers :

« Amoureux éperdu, il s'est versé au sein de sa maîtresse; leurs deux cœurs ne semblent être qu'un cœur.

« Leurs deux âmes ne sont plus qu'une âme, leurs deux essences une seule essence. Que l'amour n'est-il donc toujours ainsi ! »

Les droits du mari, comme nous le voyons, avaient une grande étendue ; et les kalifes ou représentants de Dieu ei du Prophète avaient pleine franchise et pleine licence dans leurs amours, car ces amours étaient dans la loi. Mais il y a loin déjà de cette existence de ces kalifes, existence si embellie de femmes, si variée d'esclaves recherchées, à la manière de vivre des premiers kalifes el même des kalifes du premier siècle de l'hégire.

Omar il, le fils d'Abd el-Aziz el qui eut le kalifat en l'an quatre-vingt-dix-neuf de l'hégire,- se livrait loul entier, lui, aux soins des affaires de l'Etat. Bien dilférenl des kalifes de l'époque et de la famille de Hâroûn, Omar II avait presque oublié sa femme ; il l'avait comme délaissée pour s'occuper d'œuvres pieuses et des besoins de ses sujels. Enfin sa femme lui écrivit ces vers :

HKPUS L 1SI.AMISHL 393 « Ilélas î prince de la foi, loi qui as enchaîné el ravi

ma pensée, toi pour qui mon cœur esl éperdu,

« Je vois que lu dispenses large justice à lous ; mais

moi, «u milieu de lous, lu ne me irailes poinl avec

équilé.

« A lous lu prodigues les œuvras généreuses, el à moi, tu ne me donnes aulre que les irisles insomnies. »

Omar fut louché; il rendit ses attentions conjugales à cette femme si doucement el si justement suppliante.

Si je ne m'étais fixé pour limite chronologique de en travail, le règne de iMâmoûn qui mourut Tan huit cent trente-trois de noire ère (deux cent dix-huit de l'hégire), j'aurais à citer dans les siècles suivants quelques femmes dont le souvenir est conservé par l'histoire intellectuelle el littéraire des Arabes. Par exemple je ferais l'éloge de Takyah filles d'Abou l-Faradj, laquelle vécut aux deux premiers tiers du sixième siècle de l'hégire on douzième siècle de noire ère. Takyah s'occupa, à Alexandrie, de l'étude des traditions anciennes. Elle a laissé plusieurs poésies de mérite. Entre autres elle en composa une dans laquelle elle lit l'éloge de Tak\ el-din neveu de Salâh el-din (Saladini. Celte pièce de vers était, dit l'expression arabe, une kacideh vineuse; l'auteur v décrivait l'attirail et l'appareil d'une fêle de buveurs, d une fête bachique, les joyeuselés qu'animent ou inspirent le vin, ses beautés cristallines aux yeux, ses bontés sapides à la bouche, ses gailés sémillantes et vives, ses folies pétillantes cl chaudes. Lorsque le prince, héros du panégyrique, eut lu le poème : Par Dieu ! s'écria-t-il, notre savante, noire cheikhesse doit connaître toutes ces choses-là depuis son enfance. »

Celle malicieuse réflexion ne manqua pas d'être rapportée à l'auteur. Takyah sourit et ne dit mot. Elle versifia une nouvelle kacideh ou poésie. Mais celle fois ce fut, comme la qualifie l'expression arabe, une kacideh guerrière, une poésie

m FEMMfcS AMAIJkS

belliqueuse. El le poêle décrivait les attirails ou appareils de guerre, les formes et les maniements des armes, les coups d'adresse, les ruses et les feintes, tout ce qui lient a l'art des braves ; la poésie s'animait, avail de l'enthousiasme ei de la physionomie. Notre savante envoya le poème a Taky eMin, en disant à ce prince : « Ma science en ceci est comme ma science en cela. » Takyah repoussa ainsi le reproche qui semblait avoir jeté une tache sur elle.

Il y aurait bien encore une savante éruditc qui mourut à Arbèles au commencement du septième siècle de. l'hégire et qui s'appelait Zeinab. Zeinab avail pris ses licences ès-scienccs, après avoir étudié sous plusieurs maîtres distingués. Mais encore une fois, je ne veux point franchir l'époque où j'ai résolu de m'arrêter.

En passant, il est bon de remarquer que les licences èssciences dont je viens de parler, n'ont qu'une portée restreinte. Elles ne comprennent que ce que les musulmans appellent la science par excellence, c'est-à-dire la science du Koran, et, par suite, de la loi. Et par le mol loi on entend -— la loi civile, — ei la loi religieuse ou liturgie et dogme.

En Espagne aussi plusieurs femmes ont acquis une certaine célébrité comme intelligence, mais ce ne fut guère qu'au delà du temps que je me suis imposé comme terme d'arrêt. D'ailleurs je ne veux m'occuper ici que des Arabes de l'Orient.

bKPlïS I. 'ISLAMISME. :m

llàroûn el-Rachid; reflétions.- De» cinq kalife* dignes de ce nom.- Hevolie contre < Al>. Journée ou bataille du chameau commandée par Aichah. — Prédiction de Mahomet à propos du Kalifal. — Djafar. Son mariage avec Abhâçah vriir de Rirhid; conséquence* — t'ne e*r.la\e par semaine à Djaiar. — llabali merr de Rja- Tar. — Massacre des Barméeides. — Courtisan battu sous cinq règne*.

Nous disions tout-à-l'heure que des kalifes ont ridiculisé des femmes, même de leurs femmes et de leurs parentes. Hàroûn el-Kachid se signala dans ce dernier genre; et, conséquence immédiate, il se ridiculisa aussi lui-même par un fait que l'on ne sait comment qualilier, même au point de vue musulman. Toute bizarrerie ou extravagance de la part de ce kalife devait être respectée, ou exécutée quand il y avait lieu. C'est merveille de voir combien d'entorses il donna à la raison, à la justice, au sens commun même. Je ne sais pas quelle sottise on n'a pas à lui reprocher, quelle cruauté il n'a pas ordonnée, quelle excentricité il n'a pas voulue et accomplie, quelle injustice il n'a pas commise. Il avait le double talent de boire et d'être vert galant ; l'autre talent lui manquait. Mais il payait bien les poètes et les litlératcurs courtisans; et les littérateurs et les poètes courtisans l'ont vendu et livré, argent comptant, à la postérité, pour un grand homme. Tant il est vrai que tout se vend et s'emmagasine pour l'avenir avec une telle étiquette. Qui saura, quel siècle saura vannér ce vieux grain, le cribler, l'éplucher, ou jeter l'ivraie au rebut, et discerner ce que ces exportations frauduleuses du passé contiennent de substance bonne et vraie ?

Il serait bientôt temps que le syndicat de la conscience et de la justice générales revit le bilan et liquidât les comptes de ces faillis indignes de réhabilitation, de ces hommes qui

m FKMMKS ARAUKS

ont accaparé et absorbé des époques entières et qui pour cela ont voulu être admirés de l'avenir. L'histoire de tous les Etats est à reconstruire de fond en comble, et en Orient plus qu'ailleurs peut-être. Là, comme ailleurs, le plus grand nombre des noms les plus vantés du kalifat, du sultanat, sont à dépouiller, à appeler à la barre de l'esprit de justice. Hàroûn el-Rachîd est un de ces noms qui a le plus à perdre du prestige et de l'éclat dont les complaisants l'ont encombré. Vantard, égoïste par-delà toute limite, viveur insaturable, souverain de représentation théâtrale, généreux, je veux dire prodigue à l'extravagance et sans motifs rationnels, il n'a que la gloire que savent trop souvent usurper le luxe et le faste, gloire creuse et stérile que les flatteurs, les histrions et les historiens dispensent à la force apparente et prétentieuse. J'en veux à Hâroûn el-Rachid, parce qu'il n'a presque rien opéré et produit d'utile, parce que dan* la réalité il est au-dessous de tant d'autres de ses collègues, ancêtres ou descendants, du kalilal, el qu'il a dévoré injustement leur réputation. Tous les écrivains arabes se sont, par imitation mutuelle, immolés à sa renommée, l'ont charrié sottement et la charrient encore de même de génération en génération. Il viendra cependant, il faut l'espérer, le jour du jugement, jugement en cassation.

Du reste, déjà les ulémas ont déclaré, au point de vue du bien public, du bien-être de la société musulmane, de l'édification morale, qu'il n'y eut dans l'islamisme que cinq kalifes hommes de vertu, que cinq kalifes dignes de ce nom, c'est-à-dire du nom de vicaires du Prophète. Les autres n'eurent de pensée suivie que pour leur ambition, ou leur avidité, ou leurs plaisirs, ou leurs débauches. Il n'y eut, disons-nous, que cinq kalifes honnêtes gens et hommes dévoués. Ce furent les quatre premiers successeurs de Mahomet, cl Omar fils d'Abd el-Azi/., qui fut le huitième kalife de la dynastie des

DK1M IS l/ISI.AMISMlv

Oméyades ei qui régna do qnatrc-vingl-dix-ncuf ù cent-deux de l'hégire {717 à 720 de J.-C.) Encore Olhmân (Osman), le troisième kalife après le Prophète, s'altira-t-il une réprobation méritée par sa passion de népotisme. Ses proches, ses créatures envahirent toutes les fonctions, les gouvernements des provinces conquises. De là une des plus puissantes causes qui, après qu Olhmân fui assassiné, motivèrent et grossirent la révolte contre Aly devenu kalife. La destitution des partisans et parents d Olhmân, le mécontentement de ceux qui voulaient forcer Aly à venger le meurtre du kalife assassiné, soulevèrent uue faction redoutable dont la masse se forma et se développa rapidement à la Mekke. La célèbre Aïchah, la veuve du Prophète el surnommée même la Prophélesse, prit parti contre Aly. De l'avis de cette femme si intelligente, si éloquente, si révérée, si résolue, la guerre fut décidée.

Des forces considérables furent rassemblées sous les auspices des partisans d Olhmân et par l'œuvre des gouverneurs dépossédés de leurs provinces. A la tête de celte armée qui voulait que le sang d Olhmân fut vengé, se mit Aïchah. On entra en campagne. Aïchah étail portée sur un grand et vigoureux chameau, accroupie dans un haùdadj ou palanquin voilé qui la dérobait aux regards de la foule. L'armée se dirigea sur la ville de Basrah (Bassoraï. C'était le premier point dont on voulait se rendre maître.

Aly réunit rapidement ses iroupes, partit h la hâte et arriva en peu de temps en présence des conjurés, près de Basrah dont ils s'étaient déjà emparés. Aly aperçut qu'Aïchah était à leur léle; et il dit alors en souriant, à ceux qui élaiept autour de lui : « Quand Olhmân nous a quittés, il était irès barbu ; le voilà reparu aujourd'hui sans barbe. »

Les deux armées comptaient au moins irente mille hommes chacune. Aly se disposa à livrer bataille. Toutefois il voulut tenter une réconciliation ou au moins une négociation de

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paix. Il s'avança hors des rangs et anuouça qu'il avait à conférer avec Tha'labah et Zobeir. Tha'labah et Zobefr étaient deux cbefs des révoltés et ils avaient décidé Aïe ha h à embrasser le parti des mécontents. Aly reprocha à tous deux leur manque de fidélité et les invita à rentrer dans la voie de la concorde et de la foi. Aly rappela à Zobeir certaines paroles du Prophète : « Le Prophète ne t'a-l-il pas demandé autrefois, lui dit-il : * Aimes-tu mon cher Aly? « et ne lui as-tu pas répondu : « Oui, je l'aime? » — Je le sais. — Le Prophète n'a-t-il pas ajouté s'adressant toujours à toi : « Cependant un jour viendra où vous vous révolterez contre lui ; et vous susciterez de grands malheurs qui retomberont sur lui et sur les fidèles croyants. » — Je sais tout cela ; je me le rappelle, répondit Zobeir; si je me le lusse rappelé plus tôt, je ne serais pas ici. Mais le sort en est jeté. Ce que je puis maintenant, c'est de le jurer qu'après ce combat je ne porterai jamais les armes contre loi. »

La conférence terminée, Zobeir alla en rendre compte à Aïchah. Aïchah était exaspérée contre Aly. Elle repoussa avec indignation tout accommodement et ordonna de livrer bataille sur l'heure même. Aïchah se plaça au milieu des rangs, montée sur son chameau, dérobée aux regards par les voiles de son palanquin, et elle animait les troupes, irritait par sa parole véhémente la colère et le courage de ses soldats, demandait à grands cris vengeance pour Olhmân indignement assassiné, bien qu'il se fut présenté aux assassins un Koran sur la poitriue. La bataille lût terrible. Sous les regards et presque sous le commandement de la veuve, autrefois la femme bienaimée du Prophète, et sur les genoux de laquelle il avait appuyé sa téle pour rendre le dernier soupir, les soldats se battirent en furieux.

Zobeir apprit qu'Amraàr autrefois proclamé l'homme de la justice et de la droiture, était dans le camp d'Aly. Zobeir alors

1>KW IS I/ISLA.MISMI M*

quitta la mêlée pour s'en retourner à la Mokke. En route, pendant qu'il priait, il fut tué lâchement par un appelé Amr, qui, l'approchant par derrière, lui abattit la téte d'un coup de sabre. Amr porta aussitôt celte tête à Aly. A cet aspect, le kalife ému jusqu'aux larmes : « Va, misérable assassin, dit-il à Amr. va porter en enfer cette bonne nouvelle au fils de Safiah. — Tu es le malheur des musulmans, répartit Amr bouleversé des paroles d'Aly; on te délivre d'un ennemi, et tu donnes l'enfer; que Ton lue un de tes partisans, on devient aussitôt un suppôt du démon ! » Puis passant de la colère à la rage et au désespoir, Amr tira son sabre et se l'enfonça dans le corps.

Tha'labah fut atteint d'une flèche et mourut peu d'instants après de sa blessure.

La bataille se continuait ardente, meurtrière. Aïchah excitait ses troupes, ta mort de Tha'labah entraîna leur défaite; elles plièrent de tout côté ; vainement Aïchah rappelait leur résolution. On reconnut sou chameau ; les soldats d'Aly se précipitèrent sur la masse d'ennemis qui le protégeaient, et malgré la fureur de la défense, malgré le carnage, réussirent en quelques instants à arriver jusqu'au chameau. On l'environna et on lui coupa les jarrets ; il s'abattit ; les révoltés lâchèrent pied et s'enfuirent. Aïchah était prisonnière d'Aly. * Le palanquin qui la renfermait était hérissé et criblé de flèches. Aly défendit de poursuivre les fuyards. Il traita Aïchah avec les honneurs dûs à une veuve du Prophète et la lit conduire à la Mekke.

Cette sanglante journée fût appelée la Journée du chameau.

Aïchah vécut jusqu'en cinquante-huit de l'hégire (677-678 de J.-C.t. Elle fut inhumée auprès de Mahomet et de son père Abou Bekr.

Mahomet avait dit : • Le kalifat, après moi, durera trente années ; après ce temps, il sera un empire aux bras vigou-

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reux. • C'était à dire, ce no sora plus qu'une sorte de royauté ; les kalifes ne seront plus que des rois plus occupés des choses de leur bien-être que de la gloire de la religion et du bonheur des croyants. Celte prévision ou, si Ton veut, cette prédiction ne fût que trop bien vériliée. La fin de l'autorité kalifale de Haçan fds d'Aly, qui abdiqua, date de la trentième année depuis l'inauguration d'Abou Bekr. A partir de celte abdication le kalifat fut une arène de dissensions, de sang, de spoliations, ou un théâtre de joies, de débauches, de fêtes, où s'épuisaient el se perdaient les meilleures richesses de l'Etat.

Le plus célèbre, le plus retentissant dans les chroniques et histoires, je le répète, Hàroùn el-Rachid, n'est pas plus digne que la généralité des autres kalifes. des admirations de la postérité. Il faudrait épurer cette existence Voici le mariage de la sœur de ce capricieux kalife dont l'Orient el l'Occident font si bruyamment sonner le nom depuis plus de dix siècles, depuis le temps de notre Charlemagne dont il fut le contemporain. On verra que la mariée, elle s'appelait Abbâcah, dut pour ainsi dire violenter son mari. Elle eul raison de tromper le kalife et même de risquer son mari. En vertu de quel droit, pour un si futil motif el motif encore personnel h lui seul, le kalife se moquait-il de sa sœur, d'une jeune fille dans la fleur de I âge el de la beauté?... Le récil est exlraii d'une notice biographique sur Djafar, ce vizir si choyé et si caressé de Rachid. C'est souvent une position périlleuse que celle d'un homme irop aimé de son souverain ; cet homme doit pousser le dévouement jusqu'aux excentricités les plus fantasques; il doil loul accepter el tout subir ; il est pris dans un courant irrésistible où il peut à lotit moment chavirer, sombrer sur les crêtes des çcueils. « Sur cent favoris de rois, a dit Napoléon Ier, qualre-vingt-quinze ont été pendus. »

Indiquons comme espèce d'exorde et d'antithèse au raa-

bKPLIS l. iSI.AMISML iot riage iK A hhâçalt avec Djafar, que ce vizir, un jour, avait aclielé une jeune esclave au prix de quarante mille dinar ou deniers d'or. L'esclave aimait son maître d'alors, bien qu'il fût sans richesses. Elle apprit de suite qu'il venaitdela vendre, et elle accourut lui dire : « Rappelle-loi, je l'en supplie, la promesse. Tu m'avais promis que lu ne chercherais point à profiler de ma vente, à quelque prix que ce fût, el voilà que tu m'as vendue. •> Le maître louché au cœur sentit une larme humecter sa paupière, et : « Soyez-moi témoins, dil-il à ceux qui étaient là près de lui, que, celte esclave, je la mets en liberté; elle est libre, el je l'épouse. » Djafar n'en livra pa& moins les quarante mille pièces d'or ; il n'en voulut rien retrancher.

Suivons mainlenanl le texte arabe qui raconte le mariage d' Abbâçah avec ce Djafar le barmécide ou plulôl barmékide, c'est-à-dire de la descendance de Barmek, cette famille de vizirs depuis près d'un siècle.

Djafar était au plus haut degré de faveur et d'amitié auprès de Rachid. Djafar élail puissant, avait la haute main dans les affaires, élail le familier du kalife. Il arriva à un point d'élévation el d'intimité que nul n'atteignit auprès de Rachid. Et Rachid même en vint jusqu'à ceci, qu'il fil faire un manteau à deux encolures à côté l'une de l'autre el qu'il s'y enveloppait avec Djafar comme s'ils n'eussent été qu'un seul homme. Le kalife enfin ne pouvait plus se séparer de son favori, le voulait voir sans cesse auprès de lui.

Rachîd aimait également d'une extraordinaire et très vive amitié sa sœur Abbâçah. Abbàçah était la femme remarquable de son époque, la plus chère des femmes au cœur de Rachid ; il ne pouvait, pour ainsi dire, vivre que près d'elle. Ces deux amitiés faisaient le bonheur de Rachid ; mais il les lui fallait réunies, en jouissance simultanée ; l'absence de l'une détruisait tout le charme. Que Djafar ou Abbâçah ne fui pas avec

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le kalife, le kalife n'avait plus qu'une joie incomplète, il soutirait ; il lui fallait ensemble ses deux amis. Mais les lois défendent à l'homme non parent rapproché, de regarder la femme dont il n'est pas le mari. Les lois défendent a la femme de laisser voir sa figure à un homme qui pourrait devenir son mari C'est un déshonneur, une honte ; c'est une offense à la pudeur, à la volonté de la loi religieuse. Rachid ne devait donc pas avoir ses deux amis auprès de lui sans qu'ils fussent, surtout encore en présence du kalife, c'est à-dire du vicaire de Mahomet, dans une contrainte fatiguante, dans une position inconvenante, par cela seul qu'ils se renconi raient si souvent réunis.

Rachid voulut transformer une situation qui le gênait et lui déplaisait. « Djafar, dit-il un jour à son vizir, mon cher Djafar, je n'ai de joie vraie, sincère, complète qu'en ta compagnie et en celle de ma sœur. Votre position relative me gène. Je veux te marier avec Abbàçah, afin que sans inconvenance, sans motif de» scandale, sans péché, vous puissiez vous trouver tous deux auprès de moi. Mais gardez-vous bien de vous réunir hors de ma présence. Je ne veux entre vous que le nom de mariage; je ne veux pas les conséquences du mariage. » H fallut accepter cette singulière condition, condition illégale du reste, condition ridicule et cruelle. Le mariage fut prononcé, sanctionné légalement.

Les deux époux restèrent quelque peu de temps dans l'isolement matrimonial qui leur était imposé ; ils ne se rencontraient qu'en présence du kalife et rien de plus. A peine leurs regards se croisèrent-ils quelques fois. Quant au kalife, il jouissait à pleine jouissance de l'amitié qu'il avait pour ce couple que désormais il torturait ; il jouissait de leur double société. Mais le moyen qu'une pareille contrainte ne soulève et ne remue pas les émotions désireuses de l'amour. Les deux époux a l'état d amants qui avaient le droit de s'aimer et de

correspondre cl condescendre aux enlraineincnls de leur amour légitime, s'enivraient chaque; jour davantage de celte ivresse cachée qui concentre la lièvre au cœur. Ahbàçnh devint folle de son mari; l'état d'épouse séquestrée la tourmentait, l'impatientait. Elle informa Djafar de ce qu'elle avait d'amour ; elle appclla à elle son mari ; elle le fit solliciter. Djafar en homme prudent résista, ne se rendit point chez Ahhàçah. La crainte le retint éloigné du danger. Le kalife avait trop de hâte dans ses colères et ses vengeances.

Abbàçah voyant ses sollicitations demeurées sans succès, recourut à d'autres voies. Elle dut, comme dit le texte arabe, trahir son mari, l'amener dans un piège. Elle envoya dire à Ilàhah, la mère de Djafar : « Il faut que tu m'introduises chez ton fils comme si j'étais une de les esclaves que tu lui procures. » Or, chaque vendredi (ou jour férié de la semaine chez les musulmans), Iiâhah envoyait t son fils Djafar une jeune esclave, vierge, choisie, intacte, belle. Il ne s'approchait de cette esclave qu'après s'être régalé, imbibé d'une certaine dose de vin.

Ilàbah refusa de se prêter à la trahison que voulait Abbâcah et donna à entrevoir ce qu'il y avait de chances périlleuses. La jeune épouse insiste, presse, menace : a Si lu ne m'aides à l'accomplissement de mon dessein, répondit-elle, je le jure que je vais trouver mon frère et que je l'accuse auprès de lui de m'avoir ouvert de honteuses propositions. Kéfléchis. J'ai mes droits d'épouse, et je suis résolue. » Il fallut céder, préparer la réunion des époux ; il fallut que ltâhah a son tour trahit son fils.

Elle songea dès le jour même a combiner la réussite de l'innocent mais dangereux complot ; elle annonça à Djafar qu'elle lui enverrait une esclave qu'elle avait, une esclave d'une grâce, d'une élégance et d'une beauté ravissanics. Aflriandé par ces annonces, il sollicita à plusieurs fois de sa

ioi • I KMMKS AKAUKS

mère le don qui lui était promis. Kl le manoeuvra subien qu»r Djafar témoigna I impatience de ses désirs. Enfui llâbah voyant sou (ils si préoccupé du plaisir qu'il attendait, envoya dire à Abbâçah : « Prépare-toi pour ce soir. »

Abbâçah se prépara, s'orna de parures et de bijous, ii la manière des esclaves, vint chez la mère du vizir, et fut introduite auprès de Djafar. Il était un peu étourdi par le vin cl il ne s'aperçut pas que l'esclave était sa femme. Il n'en avait pas d'ailleurs les traits bien fixés dans l'esprit ; jusque-là il ne l'avait qu'entrevue ;' dans la crainte de déplaire an kalife, le pauvre mari portait à peine quelques rares coups d'œil sur Abbâçah qui alors par pudeur détournait la tête.

Lorsque le mariage lut consommé : « Comment trouves-tu, dit Abbâçah à sou mari, l'adroite trahison des filles des rois? (Jue t'en semble? — Quelle lïlle de roi? De quel roi cs-lu donc fille, loi ? — Mon ami, je suis la servante, je suis Abbâçah. » A ces mots Djafar resta stupéfait ; l'éblouissemcnl de l'ivresse s'évanouit. « Tu nous as perdus! & dit-il consterné. Un moment après, il sortait; il alla chez sa mère.

Il enire. « 0 ma mère, s'écrie-l-il, ma mère, tu m'as vendu bon marché ! » Itâbah attristée raconta à son fds comment elle avait été assaillie et forcée.

Abbâçah devint mère. Elle donna le jour a un fils. Elle confia cet enfant à la surveillance d'un serviteur appelé Ryâch, et aux soins maternels d'une femme appelée Barrah. Peu de temps après, Abbâçah craignant que la chose ne s'ébruitât et ne parvint à la connaissance du kalife, envoya le (ils de Djafar <i la Mckke.

Yahia père de Djafar avait la garde el l'inlendance du palais et du harem de Rachid. Yahia fermait la porle de communication du palais el emportait les clés. Celle sévérité devint une gène pour les femmes du kalife el Zobeidah s'en plaignit a Rachid. « Père, dit le kalife à Yahia, car le kalife l'interpel-

DKI'LIS l/ISI. VMISMK W.,

lait de ce nom, qu'a donc Zobeidah il se plaindre de loi? — Est-ce que Ton m'accuse du côté de ion harem, prince des croyants? — Non pas. — En ce cas ne liens pas compte de ce qui l'est di^sur moi. » Yahia redoubla de sévérité. Une nouvelle fois Zobeidah se plaignit. « Madame, répliqua le kalife, il n'y a pas lieu a accuser Yabia pour rien de ce qui concerne le lui rem. — Eh ! que ne s'occupc-l-il un peu plus d'empêcher les imprudences de son uïs? — Quelles imprudences? Qu'y a-l-il? » El Zobeidah raconta l'affaire d' Abbàçah. « Y a-l-il des preuves de cela? ropril vivement Rachid.

— Quelle meilleure preuve faut -il que l'enfant qu'elle a eu?

— Où est-il, cet enfant? — L'enfuiit est parfaitement existani. » Mais Abbàçah, lorsqu'elle craignit que la chose ne fût découverte, se hâta d'envoyer son fils à la Mekke. « D'aulres que loi ont-ils connaissance de cela? — Il n'y a pas dans ton harem, dans ton palais, une seule femme, une esclave, qui ne le sache. Le kalife n'ajouta pas une parole de plus... Peu delemps après il annonça son intention d'aller en pèlerinage. Il partit, emmcnanl avec lui Djafar.

Abbàçah expédia aussitôt une lettre à Ryàch et à la nourrice, leur ordonnant de" quitter immédiatement la Mekke et de passer avec l'enfani dans l'Yémen. Ils s'éloignèrenl en toute hâte.

Le kalife arrive à la Mekke. De suilc, il charge de ses affiliés intimes de se mellre à la recherche et de s'enquérir de l'enfant. Ou oblienl la vérification du fait ; on apprend que reniant existe, est en parfait étal de santé.

De ce moment surtout, l'affection de Rachid pour les Barmécides s'altéra profondément, et il résolut de les frapper de sa colère. Son mécontcntemenl trouva partout des motifs de haine. La faveur dont celle famille jouissait depuis longtemps auprès des kalifes, baissa tout à coup. Les jaloux s'en aper «ureni. I'ne ftuse accusation do liaulc trahison fut portée an

m KKMMES AKABKS

kalil'e, et il ordonna le massacre de lous les Barmécides qui existaient dans l'Empire. Djafar fui pendu sur le pont de Bagdad ; puis on le décapita ; la tête fut exposée à une extrémité du pont et le corps à l'autre extrémité.

Quelque peu de temps après le massacre des Barmécides, Aliiali autre sœur de Rachid se prit à dire au kalife : « Seigneur, je ne te vois plus un jour de calme et de tranquillité réelle depuis que tu as immolé Djafar. Pour quel motif prouvé l'as-tu donc mis a mort ? — Ma chère enfant, ma vie, mon bonheur ! que te servirait de le connaître, ce motif ? Si je savais que ma chemise le connût, je la déchirerais en morceaux. >

Je ne donnerai ni commentaires ni réllexions sur les circonstances et les suites que le mariage d'Abbâçah présente à remarquer relativement à la vie de la femme. Les indications surgissent saillantes d'elles-mêmes. D'autre part, n'est-ce pas une singulière coutume que celle de la mère de Djafar, de celte mère qui, chaque semaine, sacrifie une esclave aux plaisirs d'un seul, comme si lous le plaisir des sexes n'était que pour ce sexe qui est l'antinomie du beau sexe. Il semblerait que si un homme pouvait satisfaire toutes ses ambitions voluptueuses, il lui serait loisible de soumettre, un moment, à ses caprices, toutes les femmes d'un pays, d'un empire, du monde. De plus, n'est-ce pas chose affligeante que tant de malheurs et de souffrances qu'amènent les irréflexions d'un pareil souverain ? Les massacres des Barmécides composent un horrible drame et ont laissé sur le nom de Rachid une hideuse et large tache de sang (1). Dans les moindres incidents, pour des futilités, les kalifes, ces hommes de caprices si protéiformes, tourmentaient ou humiliaient ceux que rencontrait leur bizarrerie. Que dire, par exemple, de ce pauvre Hucein

I, J'ai un rocil qui u>l.iilt*> toti(«'> \f» horreurs de < it eunrnuMil h- ir.i.Juîtai rrla fmir iiiip Miilro orratinn.

DKI'L IS I/ISL VMISMI-: W7 que voici, véritable courtisan à coups de bâton, courlisan batlu sous cinq règnes de suite, et qui, au sixième règne, rompit le cours de celte singulière fortune, par un mot dàpropos. C'est de Hucein lui-même que l'on lient la notice.

« Rachitl, a-l-il dit, m'a fait battre, parce que je lui étais altacbé. Emin m'a fait battre parce que je ressemblais à son lîls Abd Allah. Mâmoùn m'a fait battre parce que j'avais incliné au parti de son frère Emin. Plus tard, Molacem m'a fait battre parce que j'étais uni d'amitié avec Abbàs lils de Mâmoùn. Plus lard, Wàthck m'a fait battre parce qu'on lui rapporta que j'étais allé trouver Moulewakkal ; et c'était pur mensonge, pure calomnie. Plus lard, Moulewakkal m'appela devant lui ; il avait ordonné à un brave homme de m'accuser. El Moutevakkal simulant la colère et l'indignation, allait commander de me battre. Je le prévins : « Prince des croyants, m ecriai-je subitement, je vois que lu vas me faire battre, ainsi que m'ont fait battre les aïeux ; mais seulement sache que la dernière battue dont j'ai été battu, c'était à cause de toi. « Le kalife sourit et dit à Hucein: « Alors, je te fais grâce ; j'aurai soin de toi et tu verras de mes générosités. »

\YH

Iles poésies cl martyres d'amour depuis l'islamisme— Amour; style el image» de style; subtilité» poétiques- — AIioii Nouwas. — Les Oirides, tribu de la beuute e4 de l'amour. — Certaines tribus a caractères de beauté. Vers d'Asmat chez Itachid. —Les poètes d amour. Zou-I Uoumtnah et Màiiali.- Ujemil et Bolhcuiah; Kolhciir et Axxali.

Maintenant, la question que voici : •• El les poésies amoureuses, et les amours malheureux, et les martyres d'amour, y eu eut-il encore beaucoup depuis l'islamisme? » El quoi ' tout le inonde sail «pic l'amour est immortel, est la chose absolu-

•ON l'fùMMKS AUABKS

inenl imprescriptible. Hien n'a pu cl rien ne pourra l'arrêter, même dans ses œuvres les plus fantasques, dans ses vouloirs les plus étranges cl les plus hardis, dans ses élans les plus passiounés et les plus désespérés. Certes, s'il reste un autel de l'antiquité, c'est bien celui de cet enfant ailé, tout nu, qu'autrefois on affublait et habillait, pour tout accoutrement, d'un carquois, de flèches, d'un arc et d'une lorchc en feu. Je voudrais bien qu'un artiste quelconque remplaçât ce vieux pelil drôle par quelqu'aulre symbole qui respirât une vie plus nouvelle. Lecupidon n'existe plus; mais l'amour existe.

Les musulmans, iconoclastes par excellence, n'oni jamais eu ce poupon mythologique. Ils ont transporté le symbole ou son attirail emblématique dans la femme même, en matérialisant sans matérialiser. 11 y a toujours, il est vrai, l'arc, les traits acérés, les flèches, les flèches brûlantes, les flèches qui portent Tardent poison dans les cœurs et les entrailles et toutes les libres du corps; mais Tare c'est le sourcil de la belle ; la (lèche, c'est le regard ; et le regard vous perce de son coup-d'œil qui en est la pointe. Trop souvent l'Arabe a alambiqué, guindé le langage d'amour au-delà de loule limite. l£t alors ce n'est presque jamais que l'amour du corps, la sympathie de la peau, comme déjà nous avons dit. L'amour de l'âme n'existe que bien rarement. L'amour est devenu une chose à description matérielle ; c'est le charme extérieur de l'objet aimé, la souffrance du cœur en désirs jusqu'à l'union des amants.

Mais le plus extraordinaire en l'ail de tortures ou de torsions ou de contorsions dans le style et l'idée des vers parlant d'amour, de femme adorée que l'on ne connaît qu'à sa démarche, à sa coqueitc allure, à ses hanches opulentes, est depuis bien longtemps le suprême du beau, le point culminant de l'ingénieux. On admire toujours, et qui jusque* à quand on admirera encore ! Us poètes qui ont

DKPIIIS l/ISLAMISMK. 10!»

eu le bonheur ou le lalenl de l'aire d'affreuses grimaces en vers, les poêles qui, bourreaux du bon sens, caressent des niaiseries, qui, vides d'idées, tourmentent cl martyrisent des mots effravés de se rencontrer ou étonnés d'être accouplés pour entamer un sens. Je veux offrir ici deux ou trois petits échantillons poétiques du genre.

« Un matin, il coupait avec son couteau une paslèqnc posée sur un plateau, au milieu d'un cercle d'amis.

« C'était la lune qui avec des éclairs coupait le soleil en croissants, sur un halo à l'horizon, au milieu d'étoiles.» J'expliquerai cela, tout à l'heure, ainsi que les deux vers amphigouriques que voici. Il s'agit d'une belle qui a les extrémités des doigts teintes avec le henné, en rouge orangé, foncé, couleur des jujubes.

« A quand le départ, mon ami? — Demain, dit-on, ou après demain, ma chère. »

« El soudain les perles pleuvcnt du narcisse et abreuvent les roses , et elle mord ses jujubes avec ses petits grêlons. »

•Il y aurait bien lieu de se récrier ici, comme on le lit jadis après les tragédies (TAgésilas et d'Atilla :

Après TAgésilas.

Hélas !

Mais après l'Atlila, Holà !

Kl en vérité après de telles fadaises et de telles misères, il faut tirer l'échelle.

Si l'on demandait l'explication de ces sortes de mythes burlesques, voici comment il faudrait paraphraser. L'individu qui coupait la pastèque, était, un malin, comme eul été une belle pleine lune, laquelle, avec un éclair eût coupé et laillé le soleil en croissants, de la même manière que l'amphytrion, avec un étincelant rouleau, coupai! en Iranebes la |>aslèque.

HO t'KMMES AMAIIKS

Celte pastèque, étant alors sur un plateau, figurait le soleil placé à l'aire d'un halo à l'horizon et au milieu d'étoiles, comme l'amplivlrion était au milieu de ses amis qui, certes! était bien dignes d'être comparés a des étoiles. Kl d'un. A l'autre.

Les perles sont des larmes qui pleuvent du narcisse ou de l'œil de narcisse de la belle, et qui se répandent sur ses joues de rose. Dans sa douleur, l'amante, avec ses blanches dents, blanches et pures comme de jolis petits gréions, se mord le bout des doigts colorés par le henné en la couleur de jujubes.

Encore deux petits vers. Ceux-ci sont plus récents, sont au goût du jour, ont un genre d'esprit que l'on comble d'éloges. Ils sont d'un cheikh Aly el-Khafàdji, mort il y a quelques vingt à vingt-cinq ans. Le motif est une malice d'amoureux. « Comment tromper cet espion qui ne me surprend jamais sans me faire mal et honte ?

« Ma belle amie passait; je lui disais : « Bis... ► Il me voit; et je continue par : o Vilain chat. » Explication. Elle a été donnée par l'auteur. Heureusement il a compris qu'il devait se commenter soi-même. Il dit donc : « Par 6û>, je voulais dire à ma belle : « Bism lllah, viens te mettre à table à mon côté. Mais l'argus me voit, m'entend, et de suite m'adressant à mon chat qui était près de moi, je continue par : « Vilain chat. > Car bis est le mot d'usage pour chasser le chat. C'est ainsi que je donnai le change à mon espiou. *

Ce genre de littérature colifichet et d'esprit sérieusement niais ne commença que tard à se bien installer et à prendre vogue parmi les Arabes. Quand on n'eut plus d'idées, plus d'études, plus de pensées, on s'évertua à ces échafaudages, à ces galimatias puérils. Au moins si on livrait ces choscs-là pour ce qu'elles valent ! Si on ne les vantait pas au prix des

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