‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 2 sur 36 · RÉCIT ARABE · texte numérisé non relu

RÉCIT ARABE

Balkamah, surnommée Bilkis, la glorieuse reine de Saba, cul un règne des plus extraordinaires et des plus brillants, une vie de merveilles cl d'élonnements... Son nom rappelle toujours celui de Soleïmào ou Salomon.

Salomon fut, des dix-neuf fils du prophète David, le $eul qui reçul de Dieu le privilège de la toute-science el de la toutepuissance, le seul qui fui prophète. Jamais élu de Dieu, jamais prophète n'eut à ses ordres, comme Salomon, les hommes et les éléments, les animaux, les Esprits cl les Génies, tas vents eux-mêmes lui servaient d'espions, et, du plus loin possible, lui apportaient à l'oreille toui ce qui se disait de lui. Les sylphes ou ins, les djinn, les chaïtân on démons, les animaux, quadrupèdes et oiseaux, lui obéissaient ; de tous il savait le langage, les pensées, les (ouvres ; tous étaient ses

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humbles serviteurs. Ils lui formaient une armée qui tenait un espace décent lieues carrées, et qui était divisée en quatre corps égaux ; vingt-cinq lieues étaient pour le camp de la division des djinn, vingt-cinq pour la division des sylphes ou ins, vingt-cinq pour la division des oiseaux, et vingt-cinq pour la division des quadrupèdes.

La demeure de Salomon était un palais de cristal, élevé sur des bases en bois, et renfermait trois cents femmes légitimes et sept cents concubines. Le tapis que, dans les voyages, les djinn étalaient lorsque le grand roi s'arrêtait, était tissu d'or et de soie, el couvrait une surface d'une lieue car- • rée ; le trône, on le dressait au milieu ; puis, en cercle, des sièges d'or et d'argent. Les prophètes de la cour de Salomon s'asseyaient sur les sièges d'or, et les savants el les docteurs sur les sièges d'argent ; la foule, ins, djinn, chaïlân, faisait couronne alentour. Les oiseaux se plaçaient en l'air, et, les ailes planantes, se tenaient disposés en voûte emplumée, en parasol vivant et émaillé de couleurs frémissantes, contre les ardeurs du soleil. Lorsqu'on levait le camp, les vents emportaient le tout ; on voyageait en course aérienne.

C'est ainsi que Soleïroân partit pour l'Arabie. Il passa à Médine saluer le tombeau futur du dernier des prophètes, puis alla, près de Tâïf, à la vallée de la Fourmi. Il en était encore à trois milles, lorsque le vent lui apporta à l'oreille les paroles de la fourmi appelée Tàkhiah. Elle avertissait ses sœurs de vite rentrer dans leurs demeures, avant que Salomon, et ses soldats, et son armée ne vinssent les briser sans s'en apercevoir. Salomon, arrivé au débouché de la vallée, descendit. « Tu as cru devoir, dit-il à Tàkhiah, prévenir tes fourmis de . se mettre en garde contre nous ; lu sais cependant que je suis prophète de justice et d'équité. — C'esl vrai ; mais j'ai voulu faire entendre à mes fourmis que ta puissance pourrait bien leur briser le cœur, non pas le corps, et je voulais les

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préparer à te contempler, loi et la grandeur. — Dis-moi, savante fourmi, quelques' paroles de morale et quelques pensées sur les choses de religion et de piété. — Volontiers. Sais-tu pourquoi ton père s'appelait Dâoûd (David)? — Non. — C'est qu'il guérissait (1) les plaies et les souffrances de l'âme. El sais-lu pourquoi ton nom est Soleïmân ? — Non. — C'est que lu es de cœur pur (2), d'âme sincère et nelte ; ei lu dois au moins égaler ton père. Et pourquoi Dieu a-l-il mis les vents à ta discrétion? Le sais-lu ? — Non. — C'est que ce monde n'est qu'un coup de vent passager, presque invisible. Encore : Sais-lu pourquoi Dieu a aiiaché le secrel de ta force et de ta puissance au chaton de ion sceau ? — Non. — Eh bien ! c'est pour l'apprendre que ce monde ne vaut pas un petit morceau de pierre. — Mais les armées de tes fourmis sont-elles plus nombreuses que mes armées? — Certainement. — Fais-moi les voir. » Tâkhîah appela une seule espèce de ses sœurs, et pendant soixante-dix jours entiers elles défilèrent en bataillons immenses sous les yeux de Salomon ; elles inondèrent les plaines, les monts, les vallées. « En restc-t-il encore beaucoup ? dit alors Salomon. — Il n'y a encore de passé, lui répondit tranquillement Tâkhiah, qu'une partie d'une seule espèce, et j'en ai soixanle-dix espèces. » Salomon partit.

Le grand roi alla faire son pèlerinage avec son armée d'hommes, d'ins, djinn, chaïtân, oiseaux, quadrupèdes. Il séjourna quelque temps aux environs de la Mekke. Chaque jour il égorgeait cinq mille chamelles, cinq mille bœufs ou taureaux et vingt mille moulons. Il parlait à ceux qui composaient son immense cortège, du prophète arabe qui devait venir planter dans cette contrée l'étendard d'une foi nouvelle,

;lj Le mot daoua dont on dérive ddoùd, nom de David, »ignifk incdicamenlcr, guérir.

Le mol $étim donl on dérive sotfimtin veuldirc sain, pur, exempt <le mélange.

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et serait craint et révéré des hommes jusque dans les régions éloignées de la à un mois de chemin comme lui en faisait dans les airs. « El quelle sera sa religion? demandait-on au fils de David. — La religion de la pente au bien cl au vrai. — El l'époque de son arrivée? — Dans mille ans; et il sera le plus parfait des messies, le sceau final des prophètes destinés au monde. »

tfn matin, Salomon se remit en voyage, se dirigeant du côté de l'Yémen ; à midi, il était déjà au dessus des plaines de Sanâ. En quelques heures, il avait franchi un trajet d'un mois pour les antres hommes. Salomon charmé de l'aspect riant de celte contrée, de la luxuriante verdure dos campagnes, descendit pour prier cl diner. Dès qu'il fui arrivé à terre, les oiseaux se rangèrent en coupole ombrageante au-dessus de lui.

Salomon demande de l'eau. On cherche la huppe pour indiquer où l'on en trouverait. Car la huppe, de son œil pénétrant, voit l'eau, même sous (erre, comme si celle eau était dans un verre... Mais la huppe était absente. Pendant le trajet de la Mekke à Sanâ, elle avait, du haut des airs, remarqué vers le fond de l'Yémen de magnifiques jardins. Elle était allée à la découverte. Ces jardins étaient ceux de Balkamah ou Bilkis.

Yafoûr, c'était le nom de la huppe de Salomon, rencontra, dans les jardins, Anflr, la huppe de Bilkis. .« D'où viens-tu ? dit Anfir à Yafoûr, et où vas-tu ? — Je viens de Syrie, el je suis avec mon maîtie, Salomon. — Qu'est-ce que c'est que Salomon ? — C'est le roi des hommes, des ins, des djinn, des chaïlân, «les oiseaux, des quadrupèdes el des vents. Et loi, d'où es-tu ? — Moi, je suis de ce pays-ci. — El qui donc le gouverne? — Une femme appelée Bilkis, dont les états sont au moins égaux à ceux de tou mailre; elle est reine de l'Yémen ; elle a sous ses ordres douze mille chefs d'armée qui commandent chacun douze mille combattants... Veux-tu venir visiter un peu son empire ? — Non ; je crains que Salo-

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mon n'ait besoin d'eau pour faire ses ablulions avant sa prière. — Mais si ion roi élail bien aise de savoir ce que c'est que notre reine!... Viens la voir. »•

Yafoûr alla voir Balkamah, cl ne put partir qu'a trois heures après midi.

Or, lorsque Salomon s'était assis au milieu de sa troupe, un rayon de soleil tomba sur lui. Le prophète leva les yeux, et au milieu des oiseaux il remarqua que la place de la hw)pe i était vide, a Où est la huppe ? demanda-t-il tout h coup. — Je l'ignore, dit l'afrit ou lutin-vautour, chef des oiseaux ; je ne l'ai envoyée nulle part. » Salomon irrité jura de Taire tuer la huppe, si elle ne lui apportait pas une excuse sérieuse. Puis il appelle l'aigle, le roi des oiseaux, et lui ordonne de lui trouver de suite la huppe et de la lui amener. L'aigle part, s'enlève jusqu'au sommet même de l'air,et, là, la terre lui paraissait grande comme une écuelle. Il regarde partout, il cherche, et voilà qu'il aperçoit de loin la huppe arrivant à tire-d'aile. L'aigle plonge sur elle : « Que Dieu le maudisse ! lui dit-il ; que bien eût fait ta mère de te laisser périr lors de ta naissance ! Notre prophète a juré la mort. »

Ils arrivent au camp ; de tous côtés on répète à la huppe : « Où es-lu allée? Le prophète a résolu de le tuer. — 11 n'a pas mis de restriction? dit-elle. — A moins, a-1-il.dit, qu'elle n'ait une excuse sérieuse. — Alors, je suis sauvée. » L'aigle conduit la huppe devant Salomon ; elle approche d'un air humble, la tête et la queue basses, les ailes traînantes par terre. Salomon la saisit par le cou, la tire brusquement. « Où étaistu? lui dit-il; je vais te punir comme tu le mérites. — Prince, reprit tranquillement la huppe, lu es en colère ! Rappelle-loi que tu paraîtras un jour devant Dieu. » A ces mots, Salomon tressaille; puis d'une voix calme: « Qui t'a retenue aujourd'hui loin de moi ? -— J'ai appris cl recueilli des choses que tu ne sais pas. Je suis ailée jusqu'au fond de l'Yémen, dans la

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Sabaïe ; j'ai vu Mârcb, la capitale de l'empire des descendants de Saba ; je t'en apporte des notions positives — Voyons ! — J'ai aperçu là une reine d'une éblouissante beauté, Bilkis, de la postérité de Mâlek, fils de Rayân. — Très-bien. Mais nous allons éprouver si lu nous dis vrai. * Et Salomon écrivit aussitôt la lettre que voici :

« De la part du serviteur de Dieu, Salomon (ils de David, h Bilkis, reine de Saba.

« Au nom de Dieu miséricordieux et clément! Salut pour qui marche dans la voie droite.

« Or sus, ne te glorifia pas et ne l'élève pas au-dessus de moi ; viens, et suis ma parole. »

Salomon mil a celte lellre un cachet de musc et y appliqua son sceau. Puis il dit à la huppe : « Prends celle lellre ; va 4a jeter à Bilkis, puis éloigne-toi aussitôt, mais à peu de distance, et place-loi de matière à tout voir et tout entendre sans «ire aperçue. » La huppe prend la lettre dans son bec et nart... Pendant que voyage la huppe, contons la naissance de la belle reine sabéenne.

Le père de Bilkis s'appelait Zou Chark. Il eut quarante fils. Mais, de toute sa famille, il ne conserva qu'un fils et Bilkis, l'avant-dernière de ses enfants, et qu'il eut de Rthânah fille de Sakan et d'une djinnah (djinn femelle). Un jour que Zou- Chark était à la chasse, il vit deux gros serpents, l'un blanc, l'autre noir, se baltanl avec fureur. Le blanc allait être vaincu. Le roi tue le serpent noir, cl emporte le serpent blanc. Zou- Chark, rentré dans son palais, asperge le serpent de quelques goutles d'eau, sort et laisse le repiile reprendre ses forces. Zou- Ch.irk revient peu après; mais voila qu'à l'endroit où il avait déposé l'animal, il trouve un homme. Le roi s'arrête épouvanté. « Ne crains rien, lui dit l'homme; je suis le serpent blanc à qui tu as sauvé la vie. Le serpent noir, que lu as abattu, était un misérable esclave qui avait donné la mort à plusieurs

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d'entre nous. Demande-moi tout ce que m voudras de richesses.

— Je n'ai pas besoin de richesses. Mais si lu as une fille, je le la demande pour femme. — J'ai une tille d'une rare beauté, je te la donne. Mais sache bien que si jamais, pour quelque motif que ce soit, tu lui adresses des pourquoi^ au troisième elle te quittera, cl tu ne la reverras plus. »

Le roi accepte la condition. Il épouse la fille de cel homme. Elle devient enceinte. Elle accouche d'une fille, el au moment même un feu s'élève près de la mère qui alors saisit son enfant, le jelle h ce feu, el le feu disparait avec l'enfant. « Pourquoi, dit le roi, as-lu ..? — Une fois, dit Ribânah; il ne te resie plus que deux pourquoi à m'adresser. Tu sais nos conditions. /> La reine Rihànah accoucha une seconde fois. Elle eut un fils. Âu moment où il vint au monde, un chien parut tout à coup; la mère lui mit l'enfant à la gueule, el le chien s'enfuit. Le roi loul hors de lui : •« Pourquoi...?

— Et de deux, reprend la reine ; lu n'as plus qu'une fois. » La guerre alors s'élait élevée entre Zou-Chark et un autre

roi appelé Zou-Àouân. Elle dura longtemps sans issue décisive ni pour l'uu ni pour l'autre. Zou-Aouân eut recours à la ruse pour se défaire de son ennemi; il proposa la paix. La paix fut acceptée. Peu après il invita Zou-Chark à un festin d'inlimilé. Zou-Chark v alla avec la reine. On servit. Mais voilà qu'aussitôt Ribânah jette des excréments dans les mets. Zou- Chark, qui allait manger, reste la main suspendue : « Pourquoi, dit-il à la reine, as-tu jeté...? — Voila ion troisième pourquoi. Maintenant, je réponds à tes trois questions, el je te quille pour toujours. Le feu et le chien, c'étaient deux nourrices, je leur ai confié mes enfants pour m'épargner les fatigues de l'allaitement. Quand ils seront assez grands, on le les rapportera. Aujourd'hui, j'ai jeté des excréments dans ces mets qu'on nous a servis, parce qu'ils sont empoisonnés. Je t'ai sauvé la vie. Adieu. »

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El elle disparut.

Le (ils de Rihânah mourut en nourrice. Quand la fille fui assez grande, elle fui rendue à Zou-Chark; c'était Bilkis.

Bilkis fui d'une beauté merveilleuse, d'une sagacité rare, d'une pénétration el d'une intelligence extraordinaires. A la mort de son père, elle s'empara du trône et se déclara souveraine. Mais une parlie seulement de I» nation la reconnut ; l'autre parlie proclama roi Bnou-Akh-el-Mélik, homme sans pudeur el sans conscience. Il abusa bientôt de sa puissance. Tyran débauché, il outrageait el déshonorait toutes les femmes qu'il pouvait enlever à ses sujets. Le peuple se révolta, et plusieurs fois, mais en vain, tenta de le chasser. Bilkis, indignée de tant de crimes el de hontes, résolut de débarrasser l'Yémen de ce prince. »

Bnou-Akh avait d'abord demandé la main de Balkamah, et il avait été refusé. Mais un jour elle lui lit savoir, avec les précautions convenables de la part d'une femme, qu'elle consentaii à s'unir à lui. Elle se rendit auprès de Bnou-Akh, au milieu d'un cortège nombreux et brillant. Le mariage fui célébré avec toute la magnificence des rois. Le soir, après la cérémonie nuptiale, Bilkis énivra le prince, lui trancha la tête, et, profilant des ténèbres de la nuit, sortit et retourna à son palais.

Au jour, elle appela les vizirs et les grands de la cour de Bnou-Akb. Lorsqu'ils furent rassemblés, elle leur exposa ce qu'elle avait fait, leur reprocha leurs honteuses complaisances pour le roi, leur lâcheté à venger les outrages dont il les avait abreuvés, à venger l'honneur de leurs femmes. Et elle ajouta : « Maintenant, choisissez-vous un autre roi. — Nous ne voulons pas d'autre souverain que toi, dirent-ils; et nous le jurons obéissance. » Bilkis régna avec gloire, et son peuple fut heureux. Un jour par semaine elle rendait elle-même la justice ; elle recevait toutes les plaintes, toutes les requêtes, ju-

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geail lous les différends, condamnait toutes les injustices, tous les méfaits. Placée derrière un grand rideau d'étoffe légère, elle voyait tout, sans être vue, et répondait à lous. Lorsqu'elle avait terminé, elle rentrait dans son palais, et Se tenait enfermée par delà sept partes, au septième appartement. Le trône où elle siégeait aux jours de solennités, avait trente coudées de haut et quarante de large; il était d'or cl d'argent, orné de pierreries, de perles, de rubis, démeraudes, et soutenu sur quatre principaux montants de rubis et d émeraudes.

La huppe arriva. Eu peu de temps elle eut franchi l'espace qui sépare Sanà et Màreb, espace de trois jours de marche.

Bilkis était couchée au fond de son palais, au septième appartement. Les sept portes étaient fermées. Elle en avait pris les clefs, selon son habitude, et les avait mises sous sa lète. Au haut de l'appartement était une petite ouverture donnant du côté de l'Orient. Aussitôt qu'y venaient briller les premiers rayons du soleil, Bilkis se prosternait à terre et adorait l'astre levant. La huppe va poser doucement la lettre sur la gorge de la reine encore endormie, puis retourne se placer a l'ouverture de l'appartement et la ferme en se tenant les ailes étendues. A son réveil, Bilkis surprise, lit la lettre et reste plus stupéfaite encore.

Elle convoque les grands de la cour, leur raconte le fait et leur demande ce qu'ils pensent. Mais lous s'en réfèrent à la sagesse de la reine, à son jugement, et protestent de leur dévouement pour elle. Bilkis, qui savait quelle est la puissance des présents sur uu roi, propose d'en euvoyer à Salomon. « Car, dit-elle, il nous faut le mettre a l'épreuve, reconnaître s'il est réellement prophète, ou s'il est seulement roi. S'il est roi, il accepte nos présents et n'entre pas sur nos terres; s'il est prophète, il reluse ; car il lui suffit que nous embrassions ses principes. De plus, j'essaierai la pénétration de son regard. »

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Hilkis lil donc choisir cinq cents jeunes garçons qu elle revêtit d'un splendidc costume de jeunes filles : des bracelets d?or, des colliers d'or, des pendants d'oreilles relevés de pierreries. Ils reçurent de magniiiques chevaux, ornés de selles et de brides couvertes de gemmes et d'or, parés de housses de soie. Puis, cinq cents jeunes filles sous le costume de jeunes garçons, montées sur des chevaux ordinaires et vêtues de cafetans et de ceintures simples, portaient chacune deux grandes briques, une en or et l'autre en argent. Il y avait en présents pour Salomon, une couronne chargée de perles et de pierres précieuses, du musc, de l'ambre, de l'aloès odorant, une boite renfermant une perle vierge, non percée; et enfin une gemme traversée d'un trou ondulé et tortueux. Tout cela fut accompagné de la lettre que voici :

« Si tu es prophète, devine quels sont les envoyés que je « t'adresse; déclare ce qu'il y a dans la boite avant de l'avoir » ouverte; perce, toi-même, une perle d'un trou droit et

* régulier; et passe un fil dans une gemme ayant un trou

• tortueux. »

L'ambassade se met en route... La huppe part aussi et va tout raconter à Salomon.

A l'instant même, le fils de David donne ordre de couvrir un espace de 6ept parasanges avec des briques d'or et des briques d'argent, et d'élever sur chaque côté un mur à crêtes découpées l'une en or, l'autre en argent, alternativement, dans toute la longueur du mur. De chaque cote on attache toutes sortes d'animaux domestiques ou sauvages ayant chacun leurs* crèches, et faisant leurs crottins sur l'or et l'argent. Quant ii la route, Salomon avait ordonné de laisser vides le nombre juste de cases pour les briques qu'apportaient les Yéménites.

Les envoyés de Saba, il la vue de tant d'opulence, demeurèrent stupéfaits, ébahis. Us remarquèrent sur la route les

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endroits où il manquait des briques. Ils craignirent qu'on (es accusât d'avoir enlevé celles qu'ils apportaient, et ils les déposèrent dans les cases vides. Arrivés ensuite devant Salomon, ils lui remirent la lettre de leur reine. Il demanda la boite, et annonça ce qu'elle contenait ; puis il consulta les ins et les djinn afin de savoir qui passerait le fil dans la pierre gemme, et qui pereerait la perle. Ils ne purent répondre. Mais les ebaïtan (satans ou démons) amenèrent deux petits vers; l'un prit un cheveu dans sa bouche et le passa dans la pierre ; l'autre perça la perle. Ensuite, Salomon fit apporter de l'eau a tout le cortège sabéen ; tous se lavèrent. Ceux qui se versèrent de l'eau d'une main sur l'autre avant de se laver le visage, furent les jeunes filles; ceux qui se lavèrent de suite la face sans se verser de l'eau sur les mains, furent, pour Salomon, les jeunes garçons.

Peu après, les Sabéens repartirent avec leurs présents. Ils racontèrent à Balkamah tout ce qu'ils avaient vu et entendu. Et elle s'écria : « Il est vraiment prophète. » Quelques jours après, elle se mit en route, avec une escorte nombreuse et brillante, suivie d'une immense armée. Salomon, averti, déploya toute sa magnificence.

Les génies, les ins, les chaïtân, craignant qu'il ne se laissât séduire par les charmes de sa majesté sabéenne, proposèrent de préparer, pour la recevoir, un palais merveilleux dont le sol de la cour serait en cristal le plus limpide, et au-dessous duquel on ferait arriver une eau pure et claire, peuplée de poissons et d'autres animaux aquatiques. Le but, dans cette sorte de ruse ou d'enchantement, était de faire apercevoir à Salomon les jambes velues de la princesse, et, par la, de le détourner d'un amour qui, en le conduisant au mariage, leur donnerait peut-être, dans les enfants, de nouveaux maîtres dont ils auraient à redouter et supporter la puissance absolue. Le palais fut construit. La reine arrive.

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En entrant, il lui sembla qu'elle allait mettre le pied dans d* l'eau, et elle releva sa robe. On vit les jambes velues de la reine. Salomon surpris ne la reçut pas avec moins de politesse, de dignité et d'éclat;... il sentit son cœur s'émouvoir. Bientôt le désir de s'unir à Bilkis tourmenta le saint prophète. Mais l'idée du poil aux jambes de la Sabéennc lui inspirait quelque répugnance... Enfin l'amour triompha; Salomon prit Kilkis pour femme.

Le mariage consommé, le prophète apprit à sa nouvelle épouse les principes de la vraie foi religieuse, et ainsi Bilkis devint musulmane (1). Ensuite il la renvoya à Mâreb ; il consigna auprès d'elle une nombreuse légion de djinn, ins, chaïtân, qui servaient de gardes à la reine. Salomon regagna ses états. Mais tous les mois, il allait passer trois jours a Mâreb ou Saba. Il eut un (ils de Bilkis; ce (ils vécut peu de temps.

Puis Salomon mourut... Quand la mort le saisit, il était debout, appuyé sur un bâton, et il resta debout, l^a face du prophète semblait être encore alors la face d'un vivant; on ne se doutait pas qu'il fût sans vie. Il demeura ainsi près d'une année, toujours debout. Après ce temps, les vers et les mites avaient criblé le bâton, qui se brisa, Salomon tomba, et seulement alors on s'aperçut qu'il était mort.

Sept ans et sept mois après, Balkamah mourut. Son corps fut transporté a Tadmour (Palrnyrc), où il fut inhumé. Le lieu du tombeau de Balkamah resta ignoré jusqu'aux temps du kalife El-Oualid qui succéda a son père Abd-El-Mélik, l'an 86 de l'hégire (commencement du huitième siècle de l'ère chrétienne). El-Oualld envoya son fils Abbâs à Palmyre, avec

lj Quiconque a eu la vraie Toi, la foi au vrai Dieu unique, jusqu a l'arrivée dt Mahomet, m été musulman, ou est entré dans le giron de l'islam. Ainsi, Jésus, au direde» musulmans, était un musulman ; aussi bien qu'Abraham, Isaac, Jacob, etc. — hldm Vf ut dire abandon et résignation à la volonté, aux ordres et a la révélation direct* de Dieu ; c'est l'éternelle religion, existant par conséquent avant l.i mission du Pn<phdc <.u Maboinel qui fut charge de lit t>rnmulgaf inn dc|iiiiti\c. •

ii KKMMKS AHAIllS

Abou-Moùca. « Pendant notre séjour dans celle ville, dit Abou-Moiïça, la pluie tomlia avec abondance et forma autour de Palmyre une sorte de torrent qui déplaça une immense quantité de terres. Ces bouleversements et déplacements de terrains mirent ù découvert un cercueil de soixante coudées de long. Il était en pierre jaune comme du safran. On y lisait cette inscription : * Ici repose la vertueuse Bilkis, épouse de « Salomon lils de David. Elle embrassa la vraie foi la der- « nière nuit de la vingtième année du règne de ce prophète; « il avait épouse Bilkis le dixième jour du mois de moharrem « (premier mois de l'année musulmane). Elle expira le deux « du mois de rabi (troisième mois de l'année), vingt-sept ans • après «pie Salomon fut monté sur le trône. Elle fut inhumée, « de nuit, sous les murs de Tadmour. Nul ne sait l'endroit « de sa sépulture que ceux qui l'y ont déposée. » Nous levâmes le couvercle du cercueil, et nous vîmes un cadavre d'une apparence de fraîcheur telle qu'on eût dit qu'il était là seulement depuis quelques heures. Nous écrivîmes au kalife noire découverte. Il nous répondit qu'il fallait laisser ce cercueil à la place où nous l'avions trouvé; il le lit enfermer sous un mausolée de pierres dures el de marbre. »

lit

(.es femme* arahea dfin*le* clio*c* de la vif domcMiqtie. — Nourriture» ; repas. - Gros mangeur* ; Yrzid Itls do llobairah ; HilAI fils d'Açàd : Soleynian le dévorant. Vin*.

Les femmes arabes avaient leur importance ordinaire dans la vie privée ; elles savaient traire les chamelles, apprécier les qualités et les formes du chameau ou de la chamelle de course, peindre en termes justes et pittoresques un l>euu coursier aux jarrets «le gazelle, à l'étoile blanche au front, au pelage soyeux, aux pieds - ferrés de vent du Sud el de vent

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du Nord ; » elles s'entendaient à décrire un jeune guerrier aux cheveux à l'enfant, une lance à la hampe souple et solide, une cotte de mailles aux anneaux inflexibles, un casque à la bombe étincelante ; elles savaient vanter une incursion heureuse, les noms des vainqueurs, les noms des aïeux et les longues lignées des familles reliées par une généalogie précise aux noms les plus anciens et aux premières hordes descendues en Arabie.

Ce n'étaient pas seulement des femmes savantes en légendes et dans les choses pratiques que je viens de signaler ; elles étaient aussi les mères des familles, les ménagères des tentes, les conservatrices et les surveillantes des troupeaux ; elles savaient, outre la préparation du pain, cette invention, disent les Arabes, qui est dûe au terrible Nemrod, comme celle du savon est due au grand Salomon, elles savaient les ressources culinaires des peuplades errantes, de peuplades de déserts, ressources toujours restreintes et chétives chez des hommes qui vivent entre le soleil et le sable, et qui attendent les pluies rares de leurs solitudes brûlées, afin que des pâturages trop incertains donnent de quoi faire remplir les mamelles des brebis et des chamelles.

En ces siècles antéislamiqucs, les plus splendides festins étaient simples et de chère mesquine ; c étaient les débauches rivales des repas de ces époques où s'illustraient des hommes plus que sobres chez les nations déjà grandies et puissantes. N'y eut-il pas un temps, à Rome, où l'oseille était le mets en faveur, où les gourmets les plus raffinés n'avaient que deux plats à dîner, où Calon, ce butor de vertu, ne prenait à sou premier repas que du pain et du vinaigre ? Les friandises ci le luxe arabes étaient bien aussi restreints, même dans les grandes occasions, même aux banquets dont on régalait les voyageurs et les hôtes que le ciel envoyait à une famille. A la manière patriarcale, on égorgeait des montons, des cbe-

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vreaux, uue chamelle, un cheval même; el les éuonues marmites bouillonnaient à roulements bruyants, dressées sur des triangles improvisés laits de trois pierres rapprochées, et au souille du vent qui soufflait les brasiers. Le morceau superfin, délicat par excellence était, devinez!... la bosse de la chamelle, celte pelotte trembloltante de graisse onctueuse. Le commènsal heureux qui recevait tant d'honneur, n'oubliait de sa vie ni l'amphytrion qui l'avait si magnifiquement régalé, ni le jour où* ses lèvres s'étaient inondées de cette graisse moelleuse, de cette bosse savoureuse.

Voilà les grosses pièces des grands festins, les pendants «les fêtes homériques ; et les vins carcaf et khandaroûs arrosaient et égayaient les convives, provoquaient et animaient les cantilènes des vierges, des matrones, des jeunes cavaliers, échauffaient et débauchaient la verve des poètes.

D'autres mets encore suivaient ou accompagnaient ces monstrueuses masses de viandes, mets bizarres que la gulosité des palais non arabes n'a pas agréés dans ses offices et n'a pas accueillis dans ses menus. Quelle bouche autre qu'une bouche arabe a jamais demandé de ces composés culinaires dont se délectaient les tribus du Hédjàz, de l'Yémen, du Hadramaût, de l'Oman? Les célébrités gourmandes, les de Cussy, les Berchoux, les Brillât-Savarin, les Carême ont-ils jamais vanté ou consulté la gastronomie de ces déserts ? De Cussy qui savait l'histoire de la cuisine depuis la création du monde, a-t-il accordé seulement une mention aux mets de l'Arabie? lui qui aurait donné, et il aurait, certes, bien fait! un diner de Lucullus dans le sallon d'Apollon, le repas de Trimalcion, pour une alloucttc, qu'aurait-il donné d'un repas somptueux du désert, d'un diner préparé même par les sémillantes lilles de l'Arabie? Qu'aurait-il donné, je ne dis pas seulement d'une appétissante bosse de charnel in, mais encore des compléments du feslin, des mets accessoires, friandises,

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et surtout pâles et farines le plus souvent servies parce qu'elles étaient le plus appréciées et le plus aimées? Voyez et estimez ; voici les principales préparations; j'en passe, mais pas des meilleures.

Le Sakhineh, sorte de galette molle et très mince ; ce m'a tout l'air du crêpe. Le Haricah, espèce de sorbet nourrissant, préparé en jetant légèrement de la farine dans de l'eau mêlée de lait frais, ta Samirah, ou lait bouilli sur lequel on répandait de la farine, ta Kadirah, ou farine sur laquelle on faisait traire le lait de chamelle, et qu'on chauffait ensuite sur une pierre chaude. L'Akiçah, lait dans lequel on versait de la graisse fondue. L'Acibbah, farine pétrie avec du lait et des dattes sèches. La Rahîeh, blé concassé ou grossièrement moulu entre deux pierres et sur lequel on versait ensuite du lait, ta Walicah, faite de farine, de beurre et de lait. La Harirah, graisse fondue à laquelle on ajoutait de l'eau et ensuite de la farine ; il y en avait de trois espèces : une au pain, une au miel et l'autre au beurre. Le pain en galette, rond, comme on le fait en Egypte. La Rabicah, préparée avec la farine, le blé concassé et le beurre ou la graisse fondue. La Telbineh, sorte de crême claire, faite avec de la Heur de farine ou avec de la farine brute, et édulcorée avec du miel ; elle avait la blancheur et la consistance du lait vierge. La Bakilah, ou beurre fondu mêlé de fromage sec. L'Abitah, ou fromage frais avec des dattes sèches. La Foùrah, mets préparé avec du fenu grec et des dattes, que l'on faisait cuire ensemble ; c'était le mets réservé surtout aux femmes en couches. La Labikah ou Balikah, était un composé d'épeautre, de farine, de lait tourné, de dattes et de beurre.

Je fais grâce de beaucoup d'autres mets dans ces goûtslà. Je fais grâce également des rôtis sur la braise ardente, sur la pierre rougie au feu, rôtis à trois degrés de cuisson, au degré œil rouge, au degré bien cuit, et au de^ré qui a

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senti le l'eu . . . L Angleterre s'imagine qu elle a inventé le roast-beef ! Quelle vanité ! Mon Dieu, que les peuples sont prétentieux ! Les Anglais , et même aussi les Allemands , s'imaginent encore que chez eux se sont montrés et illustrés, dans les fastes gastronomiques, les plus dévorants appétits, les estomacs les plus impérieux et les plus robustes, les abdomens les plus laborieux et les plus engloutissants, en un mot les gloires digestives les plus miraculeuses et les plus inimitables. Je n'ignore pas, et nous l'avons vu chez le plus grand nombre des voyageurs anglais, que prendre de grands viatiques dans l'estomac et ses dépendances, est une coutume très répandue, une pratique très respectée et très consciencieusement observée. Je sais bien que ces voyageurs dînent beaucoup, dînent souvent, dînent et redinent à chaque période de trois heures. Mais les Arabes ont eu aussi ce genre de renommée ; seulement elles ont été des gloires citadines ; le désert et les tentes bédouines ont eu peu de ces mangeurs à grande réputation et à grand ventre. Je dénoncerai, en passant, un ou deux dô ces héros de la vicluaille.

I n appelé Yézid, fils de Hohaïrah, vivait vers la fin du premier siècle de l'hégire et dans le premier tiers du deuxième siècle. Cela correspond à la première moitié du septième siècle de notre ère. Ce Yézid a une assez longue histoire, une vie assez agitée dans les affaires publiques et les guerres de partis ; mais nous ne voulons que mesurer la puissance intestinale et jauger la capacité ventrale de ce (ils de Hobaïrah, intrépide jouteur, batailleur intrépide, gouverneur de provinces.

Chaque malin, de bonne heure, ou présentait à Yézid une o*s, grande jatte rebondie, où I on venait de traire du lait sur du miel, et parfois sur du sucre. Yézid avalait cela comme pour préparer les voies du Seigneur. Quand Yézid avait prié le matin, il attendait, à l'oratoire, l'heure de la prière cano-

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nique et obligatoire, et il accomplissait colle prière. Le iail hu lui avait alors aiguisé l'appel il ; Yézid demandait donc le déjeûner et préludait par manger deux volailles et deux pigeons, puis il continuait par un demi chevreau et nombre d'autres plats de viande. Ensuite Yézid sortait et allait s'occuper des affaires du public jusque vers le milieu de la journée, c'est-à-dire deux heures environ avant le midi : el il

rentrait chez lui. Il appelait, invitait plusieurs amis, des personnes de qualité et de rang, el il faisait servir à dîner. Il s'attablait ; il appendait, étalée, sa serviette devant la poitrine ei se mettait h fonctionner, pressant et poursuivant les bouchées en suite soutenue, et toujours belles et formidables bouchées.

Peu après ce repas fini, la société se retirait. Yézîd cnlrait chez ses femmes ; il restait au harem jusqu'à l'heure de la prière du midi, et il sortait alors pour s'acquitter de celte prière. Ensuite il s'occupait des affaires du public ; et lorsqu'il avait accompli la prière de l'asr (heure intermédiaire entre le midi et le coucher* du soleil), on lui disposait son siège particulier; on plaçait en même temps des sièges pour le public présent et pour les gens qui venaient le visiter ; et à tons ceux qui se trouvaient là, on offrait, dès qu'ils étaient assis, de grandes coupes de lait miellé el toutes sortes de chorbet (sorbets).

Après ces bévandes, on dressait la table, on servait les mets à la multitude. A lui el aux amis et affldés on dressait une table plus élevée, cl là, mangeaient, avec Yézid, les gens importants, les personnages.

Au coucher du soleil, on se séparait ; on faisait la prière du soir, et, une heure et demie plus lard, la prière de la nuit. Après cela venait la réunion, la soirée ou réception. On s'assemblait d'abord dans une pièce particulière et on attendait. Yézid ensnile appelait les visileurs près de lui ; on

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eutrait, el les entretiens, les conversations, les discussions, les causeries, les gaietés, se prolongeaient la plus grande partie de la nuit.

Ce Yézid avait un simple revenu de six cent mille drachmes, ce qui représente trois cent soixante mille francs de notre

monnaie actuelle, somme énorme pour ce temps là Il lut

tué en 132 de l'hégire (749 de J.-C).

L'appétit de Yézid était pour ainsi dire peu orthodoxe ; celui d'un nommé Hil&l, fils d'Açad, et celui de sa femme n'étaient guère moins hyperboliques. Ces deux époux, largement dodus, richement bourrés d'embonpoint, étaient tamimides ou de la tribu des Béni Tamim. En un jour où leur boulimie habituelle était en belle puissance, ils se repurent tête à tête ; le mari mangea presque un chameau, et la dame s'ingurgita un charnel in nouvellement sevré. Se levant de. la table bien rassasié, Hilâl tout heureux veut embrasser sa femme ; la dame sourit et lui dit : « Ce n'est pas aisé de parvenir à nous embrasser ; nous avons, entre toi et moi, deux chameaux. » Hil&l se nlh à rire et embrassa encore mieux sa femme.

Mais voici le coryphée des mangeurs, le Gargantua arabe. Le Prophète a dit : « Le manger pour deux suffît pour trois ; el le manger pour trois suffit pour quatre. » La parole divine du Koran a proclamé cet autre précepte de tempérance (chap. VU, veiset 29) : «< Mangez et buvez sans excès; car Dieu n'aime pas ceux qui font des excès. » Notre homme était à l'inverse de tout cela ; le manger pour dix ne lui suffisait pas. Encore je dis pour dix, par manière de parler. D'ailleurs notre goulu y allait des deux mains, bien que le Prophète cul dit : « Que chacun mange de la main droite; car le diable, lui, mange et boit de la main gauche. »

Soleymân, le dévorant, se rendit un jour à Ouadj ; c'est l'ancien nom de Tâïf. Il entra avec Omar fils d'Abd el-Aziz, et

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avec Aïoub fils d Omar, dans un jardin qui avaii appartenu a Amr fils d'EI-As (le conquérant de l'Egypte). Chamardel était l'intendant, le surveillant de cette propriété. Lui-même a raconté l'anecdote. \a voici. Quelques instants après que Ton fut arrivé, Soleymàn dit : a Qu'à ces biens Dieu ajoute encore d'autres biens, et qu'il vous les conserve ! » Puis, comme s'il se mourait de faim, et n'en pouvait mais, il se laisse aller contre une branche d'arbre et s'acoule la d'un air épuisé, comme un homme qui va défaillir. « Mon cher Chamardel, me dit-il, est-ce que tu n'aurais pas quelque chose à me donner à manger ? — Si, si, répondis-je ; j'ai un chevreau cuit, un chevreau superbe que nous nourrissions avec la plus minutieuse attention, à qui le malin on donnait le lait d'une vache, et le soir le lait d'une autre vache. — Chamardel, apporte-moi vite ce chevreau cuit. * Je lui apportai le chevreau, charnu., dodu, une véritable outre de graisse. Notre homme mange, mange;... et il n'invite Omar et son fils que lorsqu'il ne reste plus qu'une cuisse : * Allons ! leur dit-il. — Je jeûne, répond Omar. » Solcyritân acheva d'avaler la béte. Puis : « Chamardel, me crie-t-il, est-ce que lu n'as rien à me donner à manger? — Par Dieu si ! répliquai -je ; j'ai la, préparées, cinq poules d'Inde magnifiques, à ventre renflé et rebondi comme des autruches. — Apporte, apporte vite, mon cher Chamardel. » J'apporte les poules d'Inde. Et voilà mon homme qui à pleines mains empoigne successivement chaque dinde par les pâlies, l'écarlèle lestement, et plus lestement encore en happe aux dents les morceaux et en termine le plus complètement du monde. Puis : « Chamardel, me dit cel affamé, mon ami Chamardel, lu n'as rien à me donner à manger? — Si, par Dieu ! si ; j'ai une bouillie délicieuse, au lait excellent, une bouillie jaune comme de l'or. — Vite, vite, Chamardel, apporte-moi cette bouillie-là. » J'apporte la bouillie en une grande cruche à sommet rétréci

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et comme iroué. Mon bienheureux hôte prend la cruche, lui passe la main sur le flanc d'un air de bonheur, puis il hume, il boit, il boit jusqu'à épuisement de la cruche. El, la retirant de sa bouche, il laisse partir de son gosier un grondement ronflant, sonore, comme un gros son sonnant dans le tube d'un puits.

Ensuite Solejmàn appelle son domestique et : « As-tu fini, lui dit-il, de me préparer à manger? — Oui. c'est prêt, répond le domestique. — Qu'est-ce que lu as î — Quatre-vingts casseroles et marmites. — Apporte-les moi l'une après l'autre. » Le domestique se met en devoir d'obéir. Le plus que Soleyman prit de chacune fut trois bouchées. » Enfin notre glouton s'essuie les mains et s'étale sur son lapis. On se mit alors a * dresser les tables basses et ou permit aux gens de réfeclionner. Soleyman s'attabla encore avec eux ; il mangea, il ne recula et ne faillit devant aucun mets.

Voila une renommée et une puissance stomacales et digérantes difficiles a égaler. Où en serait-on avec plusieurs convives de ce calibre!

Il y avait bien encore la question des vins chez les Arabes païens. Ils buvaient très largement ; et cette gloire antique de la gentililé s'est répétée a toute outrance, malgré les prohibitions et les vitupérations de la loi, parmi les kalifes du dernier tiers du premier siècle de l'hégire. Les noms des vins, leurs qualilés et leurs spécifications vécurent malgré la réforme religieuse ; il n'y avait eu qu'un moment de sommeil. C'étaient les Arabes du vieux temps, les robustes buveurs de l'antiquité qui avaient consacré les noms spéciaux des vins : le limpide, on pur cl sans fraude ; le khandaris ou khandaroûs, ou vieux vin ; le chaud, ou spiritueux ; le renforcé ou l'enfulaillé, qui avait longtemps été conservé en futaille, qui animait vivement son buveur ; le karkaf, ou qui fait trembler, c'est-a-dire qui, par un usage prolonge, fait trembler son adorateur, lui donne

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le delirium tremens potatorum ; le repos, le bienfaisant, celui qui donne calme el bonheur a son buveur, qui le charme par l'atlrait d'un fumet délicieux, lui procure le bien-être cl la force ; le vieux, le vieilli, lorsque gardé longtemps, il s'est dépouillé de sa vigueur irritante ; le kawoueh ou l'irritant, celui qui enlève l'appétit quand on l'a bu ; le $oulàf ou premier suc, le vin vierge, celui qu'on préparait sans moyen mécanique, sans presser à la main ou fouler aux pieds, celui qui était le suc exprimé de soi-même du raisin en masse ; le recuit, le vernis, qui était le vin réduit à un tiers par l'ébullition ; lé koulfah ou clairet ; et puis le Manchet... Je ne parlerai pas des piquettes et boissons, tels le vin de dattes, le vin de raisins secs ou de miel, le djiah ou vin d'orge.

Mais laissons les détails de la vie matérielle, la science domestique de la ménagère. Aussi bien, il nous faut nous approcher plus vite vers notre but.

Causerie -- Aichah, lemmo du Prophète.

Les femmes de tous les pays ont leurs causettes, leurs confidences mutuelles, intimes, secrètes, mais dont on finit toujours par savoir le thème et même les détails et les formes. Bien entendu, les femmes arabes avaient aussi leurs petits conciliabules, entre amies. Sous quelque latitude ou quelque longitude que ce soit, ces réurfions ne ménagent pas toujours les maris ; il est vrai qu'ils ne sont pas tous bons, tant s'en faut. Il y en a cependant que leurs femmes louent de cœur et d'abondance, car enfin ils ne sont pas tous mauvais; il s'en faut. Je vais reproduiie un petit colloque entre dames arabes de la gentililé. C'est un petit tableau de mœurs, un morceau qui a du caractère, un petit modèle de finesse, de

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malice, de grâce, de sincérité et d'aisance, surtout les paroles de la onzième interlocutrice.

La scène est rapportée par Àïchah, la femme bien-aimée de Mahomet entre toutes ses femmes. Du reste, Aïcha est la plus belle et la plus haute physionomie féminine qui ail brillé à l'époque de l'installation de l'Islamisme ; Aïchah était la femme de résolution, d'intelligence, de sagacité, de passion, de tendresse et de courage. C'était, disent les Arabes « la femme au langage éloquent, a ta parole éclatante ; et le langage éloquent est celui dont l'expression a la mâle vigueur du robuste jeune homme, cl dont le sens a la saine et fraîche » beauté d'une vierge pure. »

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