‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 21 sur 36 · DEPUIS L'ISLAMISME. III · texte numérisé non relu

DEPUIS L'ISLAMISME. III

bijoux ! J'aime mieux la naïveté abandonnée de ce vers turk qui dit d'un ton goguenard :

< Je suis saisi d'amour; la peau de mon corps ruisselle

de sueur; mon cœur brûle d'un feu en fureur; j'ai l'air

d'un bateau à vapeur. »

Dès l'époque de Hàroùn el-Kachid, on sent déjà dans la poésie erotique et même dans la poésie panégyrique la tendance, que dis-je? le goût prononcé, réel, pour le recherché le guindé, pour ces allures prétentieuses, déhanchées, qui deviendront du burlesque. A hou Nouwâs, l'homme et le poète le plus spirituel, le plus malin, le plus caustique, le plus piquant, le plus décolleté de ce temps et de ce règne-là, Abou Nouwâs qui flaira parfaitement le maître qu'il lui fallait intéresser, réjouir, loucher et chatouiller par telle ou telle libre, accéléra par ses exemples ces premiers mouvements dont le jeu séduisant devait plus tard pousser dans celte voie les fabricants de vers, le servum pecus du domaine de la versification: Cet Abou Nouwâs, le bienvenu, l'intime de llâroûn, mania tous les genres de poésie; cl dans tous il fut supérieur. Mais il excelle, il est passé maitre dans le genre libertin, dans l'hémistiche dévergondé. Abou Nouwâs est passionné à l'extrême voluptueux, va aux limites les plus éloignées de tous les emportements éroliques, aux crudités les plus vertes de l'expression, aux injures et aux moqueries les plus ordurières contre les femmes. Si le collecteur de l'Erotopœgnion l'eut connu et l'eul pu admettre sur son inventaire, il lui eut accordé une large et noble place dans ce pandœmonion des lubricités, ce lupanar littéraire, ce bazar d'impudeur.

Un autre groupe de poètes est celui des poètes que l'expression arabe désigne et caractérise; nettement par l'épithcle amoureux. Ce soot les poètes d'amour en vers et en pratique, ne fut-ce qu'en pratique spéculative, n'ayant pas, parfois, été assez favorisés pour oblenii l'objet de leurs tendresses. Ils ins-

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piraicnl leurs vers de leur amour; leur poésie était une émotion, un hommage, non des boutades grimacées et des dépits de débauches ; c'étaient des prières, des regrets, des espérances,' des joies, non des mépris ou des colères, des outrages ou des vengeances. Ils étaient peut-être plutôt amoureux poètes, que poètes amoureux. La femme h laquelle chacun d'eux consacrait des rimes était une femme d'intelligence, une femme de cœur, capable de comprendre l'homme qui l'aimait. Voici trois petites légendes de ces poètes, un beau et deux laids. Mais beau ou laid, on n'en est pas moins amoureux ni moins poète. L'écorce corporelle n'est pas le moule forcé des sentiments et des pensées. U tube ou rond ou globuleux ou tortu du thermomètre n'empêche point la sensibilité du mercure d'y marquer le chaud ou le froid avec sincérité.

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