DEPUIS I /ISLAMISME
comme d'habitude! Serait-ce quelque fêle qui l'a retenue, quelque travail qui l'a empêchée !
« Oui, je sacrifierais ma vie pour loi, mon amie ! Tu m'as mis au cœur un mal profond, un poids qu'à (rainer mes membres semblent se briser. »
Après ces mots, il s'éloigne; un certain temps il resle absent; et il revient portant quelque chose qu'il jette à terre devant moi; celait la jeune fille; un lion l'avait tuée, avait commencé à eu dévorer les membres, l'avait défigurée. De nouveau, après avoir contemplé, muet, la malheureuse enfant, le paire prend son sabre et disparait dans l'obscurité cl l'espace. Après quelques instants d'absence, il revient apportant la téle du lion qu'il jèltc auprès de moi , en s ccriant :
« Eh bien ! lion, qui t'es dirigé d'instinct par ici, tu es mort ; c'est loi qui as causé ton malheur.
« Par toi je suis délaissé, seul, moi qui avais une amie. Je ne l'ai plus, et désormais mes jours ne sont plus qu'une folle poussière. > Puis il m'interpelle : « Ami, je t'en prie au nom du ciel, accueille bien les paroles que je le vais dire. Je sens que le irépas m'atteint ; je le vois. Quand je serai mort, prends mon abà (I) que voila ; ee sera le suaire dans lequel tu m'enseveliras. Ce cadavre de celle que j'aime, ce qui reste de ce cadavre mutilé, réunis-le à mou corps, réunis nos dépouilles mortelles, et dépose-nous dans une même fosse mortuaire. Prends ces pauvres moulons, mon pauvre troupeau que voilà. Une bonne vieille femme viendra ici, sans aucun doute ; c'est ma mère. Donne-lui alors mon bâton que voilà, et mes vêlements, et mes moulons, et dis-lui : < Ton fils n'est plus ; il s'est éteint d'amour. » Ma pauvre vieille mère mourra alors de chagrin. Enterre-la dans une fosse près de la
I Ouabay; Milgdirrmrnl : aM><-h ; sorle de manteau a manrhr».
Jii FEMMES AKABES
nôtre. Adieu, inonde, adieu. » Il se tait. L'n moment après,
il pousse un cri, appuie la main sur son cœur, et expire.
« Oh ! je le jure, me dis-je aussitôt, je veux accomplir les dernières volontés de ce malheureux pâtre. » Je lavai son corps; je l'ensevelis dans le linceul qu'il m'avait désigné ; je récitai les prières des morts, et je déposai ensemble dans une fosse lui et les restes du cadavre mutilé.
Je passai la nuit dans la tristesse et les larmes.
Le malin, arrive une vieille femme; elle était comme effarée, bouleversée. Elle s'approche de moi. « Aurais-tu vu. me dit-elle, un jeune pâtre avec un troupeau de petit bétail ? — Oui, je l'ai vu, » répondis-je. Et je racontai l'aventure et le malheur des deux amants. La bonne vieille jeta un grand cri et fondit en larmes. Je m'efforçai de la consoler, de la calmer. Je l'exhortai au courage ; et ce dura jusqu'à la chute du jour. Les pleurs continuèrent, pleurs brûlants, assez loin dans la nuit. Je m'approchai de celte femme ; elle était immobile, étendue la figure sur le sable ; la respiration n'allait plus ; les membres étaient sans mouvement. Je secouai la malheureuse ; elle était cadavre.
Je la lavai ; je récitai de nouveau les prières des morts; je l'enterrai près de la fosse où j'avais couché son (ils. Je passai là ma quatrième nuit. Au poindre de l'aurore, je fus sur pied. Je sellai et sanglai mon cheval ; je rassemblai le troupeau, el voilà qu'une voix venant de je ne sais où, prononça distinctement ces vers :
« iNous allions en paix; le destin nous souriait; nous étions réunis, même séjour, même patrie.
« Et la destinée a déchiré nos heureuses amours, nous a séparés ; maintenant un linceul nous tient réunis dans ses plis. •
J "emmenai le troupeau et le conduisis à la tribu, où je le remis aux parents du paire el de la jeune (ille. Je contai l'his-
HKPLIS LÏSI.AMISMK. m
(oire des deux amants et de la mère. La (ribu s'émut jusqu'aux larmes... Je partis; je regagnai ma demeure, étonné de tout ce que je venais de voir dans mon excursion. »
I N SAINT. IŒNËCAT PAR AMOlilt
Pour les Arabes, les musulmans, ces destinées sont terribles. Il est épouvantable de mourir d'amour ; c'est la mort rouge, comme ils disent, la plus atroce des morts, d'autant qu'à la rigueur on pourrait toujours l'éviter, et que, si la sottise des parents, ou la sottise des caprices du sort et aussi des maris, ne se mettait en travers, toujours ou presque toujours on pourrait obtenir la jouissance et le bonheur de l'objet aimé. Mais ce qui confond l'imagination, ce qui est le plus redoutable, le plus effroyable, c'est la mort du sentiment religieux, le sacrifice de la foi, par amour, y eut-il même ensuite résipiscence.
Ce malheur est arrivé même à de saints personnages ; car l'amour est la plus puissante force après Dieu. Nombre d'aveux en ont témoigné; nombre d'histoires et d'anecdotes l'ont certifié; et il a fallu des miracles pour terminer ces désolantes aberrations, à la plus grande gloire de Dieu et de la religion. Que les récits soient rigoureusement authentiques, je n'en sais rien et je m'en inquiète peu. Ils existent, c'est tout ce (pie j'affirme. Mais vrais ou non vrais, ils n'en sont pas moins la déclaration que l'amour peut éblouir et troubler toute tète humaine, renverser toute vertu que ce soit, abasoudir et aveugler toute raison, emporter à toute folie les plus grands saints, dérouler les plus fortes sciences, vaincre les esprits les plus forts, traîner les plus sages aux dernières extravagances, conduire à la perpétration de toute horreur, jusqu'à l'apostasie.
lit FEMMES ARABES