‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 26 sur 36 · I.e récit arabe, le voici · texte numérisé non relu

I.e récit arabe, le voici

Il y avait à Bagdad un nommé Abou Abd Allah, natif d'Espagne, (/était le cheikh conseiller et directeur des consciences pour tout l'Irak. Il savait de mémoire trente mille hadith ou maximes et décisions recueillies du Prophète ; il enseignait et expliquait le koran avec ses variantes et avec les légendes et les développements qui s'y rattachent et qui se rapportent aux époques antéislamiques.

Une année, il se décida à voyager, voyage pieux. Il part donc, et avec lui plusieurs de ses élèves ou disciples, tels que Djounaid, Chiblv, etc., cheikh ou vénérables de l'Irak. Cliibly lui-même a raconté l'histoire telle que la voici.

« Nous étions, a-t-il dit, sans cesse attentifs aux moindres choses qu'il fallait à Abou Abd Allah ; et, grâce à Dieu ! nous étions respectés et bien accueillis partout. Nous arrivons ainsi à une bourgade du pays des infidèles. Nous cherchons de l'eau pour nous abluer ; nous n'en trouvons pas ; nous parcourons la bourgade; nous arrivons a des églises où il y avait des diacres, des prêtres, des moines, et ils adoraient des statues et des croix. Comment ne pas nous étonner de voir ces hommes et l'infirmité de leur intelligence !

Nous passons. Nous débouchons près d'un puits à l'extrémité de ce pays. I>à, des jeunes lilles étaient venues pour puiser de l'eau ; parmi elles en était une d'une grâce admirable, la plus belle et la plus ravissante de toutes; et elle avait au cou des colliers d'or. A l'aspect de cette magnifique créature, notre cheikh, notre saint homme changea de ligure, se sentit bouleversé. « Qui est le père de cette jeune lille? dit-il. — Son père, lui répondit-on, est le prince de celte bourgade. — Comment n'a-t-ll pas plus d'attention et de prudence à propos de celte charmante enfant ? Pourquoi . ne l'empèche-t-il pas de venir ainsi chercher de l'eau? — Son père continuera de la sorte jusqu'à ce qu'il l'ail mariée ;

hEPlîlS L'ISI AMISMK. il*, l'intention du princo est <jue sa (illc, habituée à ees devoirs domestiques, honore et serve le mari qu'elle aura et ne se laisse pas entraîner et dominer par la coquetterie et l'amour de sa propre personne. »

Ces paroles frappèrent l'esprit du saint homme. Il s'assit, et, la tête penchée vers la terre, il réfléchit... Trois jours passèrent san£ qu'il bût et mangeât, sans qu'il parlât à personne. Il s'acquittait seulement de ses devoirs religieux, les cinq prières journalières. Ses disciples se tenaient à distance devant lui, ne sachant à quoi se résoudre, n'osant l'interroger, le troubler dans ses méditations... Mais enfin, fait observer Chibly, je m'approche, et : « Maitre, lui dis-je, les disciples, que lu aimes et qui t'aiment, ne savent que penser de ton silence depuis trois jours entiers. Pas un mot, pas une parole de toi à un seul d'entre nous. — Mes amis, ditil en nous fixant,... écoutez. Cette jeune fille que j'ai vue,... ce jour-là,... l'amour pour elle m'a pénétré jusqu'à l'âme ; mon cœur n'est plus occupé que de cette beauté ; je ne puis plus, non, je ne puis plus quitter ce pays. — Maitre, continuai-je, lu es le vénérable de l'Irak entier; tu es connu de toutes nos contrées par ta vie pieuse et sainte, par ton mépris des choses de ce monde ; tes disciples fidèles sont au nombre de plus de douze mille ; ne nous déshonore pas eux et nous qui sommes devant toi, en rejetant notre saint Livre, le Livre de Dieu. — Braves gens, le calam de la destinée a tracé sa décision. Je suis tombé dans les gouffres du néant, je suis perdu. L'anse de la sainteté qui me retenait s'est détachée de moi. L'étendard qui me guidait dans la droite voie, s'est plié et a disparu. » Et à ces paroles, notre vénérable verse d'abondanles larmes. Ensuite il reprend : « Allez, partez, éloignez- vous , nous dit-il profondément agité, la deslinée, la fatalité est accomplie. »

Nous étions confondus de surprise. Nous priâmes Dieu de

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nous secourir, de nous préserver de pareil malheur. Nous pleurions ; et lui, de ses larmes il abreuvait la terre.

Nous le quittâmes. Nous retournâmes à Bagdad. La foule vint à notre rencontre et a la rencontre du saint homme. Ses disciples les plus chers étaient sortis avec la multitude. Mais, lorsque I on ne vit point notre maître, on nous questionna, on nous demanda où il était. Nous racontâmes ce qui lui élait avenu. El nombre de ses disciples intimes moururent de chagrin et de douleur, en apprenant cette lamentable histoire. On pleura ; on s'humilia devant Dieu, on le supplia de nous rendre cet infortuné qui s'était laissé frapper d'aveuglement. On ferma les retraites des religieux, les zàouïah des santons, les lieux de refuges des hommes pieux. I<a désolation se répandit dans tout le peuple.

Une année s'écoula. Nous n'avions reçu aucune nouvelle de notre maître. Je partis, emmenant avec moi quelques amis, dans l'intention de découvrir ce qu'il était devenu. Nous arrivâmes à la bourgade ; nous nous informâmes de notre cheikh. « 11 est dans la campagne, nous dit-on. cl il fait paître des pourceaux. — Quelle circonstance Ta donc conduit là ? reprîmes-nous aussitôt. — Il a demandé en mariage la fdle du prince de ce pays ; le prince a répondu qu'il ne la voulait marier qu'à un homme qui fût de la même religion qu'elle, qui revêtirait l'abà ou vêtement du pays, qui ceindrait le zounnàr (ou ceinture des chrétiens), qui fréquenterait assidûment les églises, et ferait paître des pourceaux. Le cheikh a souscrit à ces conditions et les a remplies. Le voilà, là-bas ; c'est lui qui garde ces pourceaux-là. »

A ces paroles nos cœurs se fendirent de douleur et nos yeux s'inondèrenl de larmes. Nous nous dirigeâmes de son côté. Il était debout près de ses pourceaux. Nous apercevant, il baissa la tête. Et voilà qu'il avait coiffé la calotte des chréliens, qu'il avail le zounnàr aux reins; pour soulien, il avait le

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bâton sur lequel il s'appuyait autrefois lorsqu'il nioulail à lu chaire à prêcher près du mihràb de la mosquée (1). Nous saluons noire ancien maître; il nous rend notre salut. « 0 cheikh, disons-nous stupéfaits, qu'est-ce que cela? qu'estce que ceci? qu'est-ce que ces malheurs cl ces humiliations après ce que lu savais et enseignais des, hadilh et des sciences sacrées? — Mes frères, mes amis, je ne sais el ne suis plus rien. Mon Seigneur m'a trailé comme il lui a plu ; comme il lui a plu il m'a chassé loin de la porte de ses grâces, moi qui étais au nombre de ceux qu'il aimait. 0! gardez, gardez-vous, hommes de son amour, d'encourir sa réprobation, de vous faire repousser loin de lui! Gardez-vous, vous dis-jc, hommes qui l'aimez et qui êtes de foi pure, gardez de vous séparer de lui, de l'abandonner! » Et levant les yeux au ciel, il s'écrie:. « Seigneur, mon Dieu, non, je n'eusse jamais pensé qu'il en pûi être ainsi de la part? » Après quoi, il se met à invoquer et appeler la rosée des miséricordes divines ; il pleurait à pleines paupières. « 0 Chibly, me dit-il, prie Dieu, supplie-le pour autre que pour toi (c'est-à-dire pour moi). » Alors d'une voix forte et pleine, je m'écrie : « En toi, Seigneur de» cieux, toul secours est en toi , tu es la source vive des miséricordes. Sur toi est notre appui, en loi sonl nos espérances. Eloigne, éloigne de nous ce douloureux spectacle ; par ta puissante volonté repousse loin de nous ces désolations. Nous a frappés un malheur que toi seul peux dissiper. ».

A cette adjuration, aux pleurs et aux pieuses exclamations donl nous l'avions accompagnée, les pourceaux se lournèrenl de notre cdté et se prirent à se rouler la face par terre devant nous ; et ils poussèrent tous d'un même coup un epouvan-

(1/ Toujours la chaire à prêcher est a gaache cl lotit pré» d'une niche dont la base est au sol de la mosquée. Cette niche est le mihrah Elle est plus ou moins ornementée dans son architecture el est le point du coté duquel il faut faire face pour la validité de la prière. Ce coté doit toujours être dans la direction de la Mekke.— I.c prédicateur, en chaire, a toujours la main droite appuyée sur un Itàton, ou sur «in sabre de bois.

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table grognement qui alla rclcniir jusqu'aux montagnes. A ce moment il me sembla que se dressait la résurrection finale. Le cheikh était en larmes. « Eh bien ! lui dis-je alors, veuxtu retourner avec nous a Bagdad? — Comment le pourrais-je, moi qui me suis abaissé jusqu'à conduire des pourceaux, après que j'avais si longtemps conduit les âmes ! — Mais, ô cheikh, lu savais de mémoire le Koran; tu le savais réciter selon les sept lectures (1); t'en reste-t-il encore quelque chose en la mémoire ? — J'ai tout oublié,... excepté deux versets. — Lesquels? — L'un est ceci : « Celui que Dieu a jeté dans le mépris, qui donc l'honore? Oui, Dieu fait ce qu'il veut, u (Chap. 22, verset 19). L'autre est ainsi : o Celui qui abandonne la vraie foi pour l'incrédulité, erre dans le sentier du malheur. . (Chap. 2, ver. 102). —0 cheikh, lu savais de mémoire trenle mille hadith ou maximes et dires du Prophète de Dieu, en sais-tu encore? — Un hadith, un seul; c'est celui-ci : < Qui change de religion, tuez-le. »

Nous quittâmes le cheikh cl nous partîmes, étonnés, confondus. Nous marchâmes trois jours. Tout à coup nous l'apercevons devant nous ; il se purifiait à un cours d'eau. Il sorlil de l'eau en prononçant la profession de foi qui esl la base de la religion de vérité ; il renouvelait sa consécration islamique, il rentrait au sein de la foi.

A ce spectacle, nous ne sûmes pas contenir notre joie et

notre émotion. Lui, il nous regarde, et il nous dit : a Mes

amis, donnez-moi un vêtement qui soit pur. J'ai lavé mes

souillures ; j'ai dépouillé l'impiété. » Nous lui donnâmes de

quoi se vêtir et il fit une prière. Nous nous assîmes un moment

avec lui. * Grâces a Dieu, dîmes-nous, qui l'a rendu à tes

I ) II y a sept manières de lire le Koran *. elles sont basées sur ce qu'ont indiqué et pratiqué sept lecteurs ou recitateurs réputés, personnages révérés qui eurent chacun une manière de lire tel mol, de supprimer telles consonoanecs Anales de certain* versets, de prolonger ou abrévier telles articulations C'est un mérite, une science que de connaître ces modes de lecture du Livre sacré. L'n traité particulier d'un appelé El-Cbalby explique tout ce qui tient à ces façons de lecture koraniqoe.

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frères, qui nous a de nouveau réunis à toi. Raconte-nous, mailrc, ce qui l'esl arrivé, ce que lu as fait. — Mes enfants, après que vous m'avez eu quitté, il y a trois jours, j'ai supplié mon Dieu de me rendre son amour. « Seigneur, me suisje écrié, je suis coupable, j'ai péché devant toi. » Et mon Dieu, dans sa munificence m'a pardonné, m'a couvert du voile de sa bonté. — Mais dis-nous, daigne répondre à notre curiosité. Y a-t-il eu quelque cause, appréciable pour toi, qui ait accompagné ou marqué ton malheur ? — Oui certainement. Quand nous arrivâmes la première fois à la bourgade, et pendant que nous étions à parcourir les alentours des églises, js me suis dit ert moi-même ; « Que sont ces gens-là auprès de moi, en comparaison de ce que je suis, moi, un vrai croyant, un fidèle qui proclame l'unité absolue de Dieu ! Ce ne sont que des chrétiens ! » Alors j'entendis en moi une voix intérieure me crier : « Ce n'est pas à loi de juger. Si tu avais voulu, je l'aurais appris la vérité. » Et incontinent je sentis quelque chose s'envoler et sortir de mon cœur. Ce quelque chose qui s'échappait de mon sein, c'était la foi. »

De nouveau nous fûmes pénétrés d'une joie indicible... Nous reprimes le chemin de Bagdad.

Le jour où nous y entrâmes fut un jour de fête dont on garda le souvenir. On ouvrit les zâouïah ou chapelles des santons, les demeures des hommes pieux, les retraites des religieux. Le kalife vint à la rencontre du cheikh ; ensuite lui envoya des présents. Notre vénérable reprit ses enseignements; et quarante mille auditeurs et disciples accouraient à lui pour l'entendre. Longtemps il continua cette nouvelle vie ; Dieu l'avait rénové, lui avait remis en la mémoire tout ce qu'elle avait oublié, le Koran, les hadith. D'autres hadilfi encore s'ajoutèrent à ce trésor scientifique.

Un jour que nous étions avec notre maitre, après la prière du malin, on entendit frapper à l'entrée de la zâouïah. Je

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vais regarder à travers la porte. Je vois une personne enveloppée dans un ample vêlement noir. * Que désires lu ? demandai-jc à cette inconnue — Va dire ceci à voire cheikh. « La jeune fille roùmy (grecque), que lu as laissée à la bourgade, vient se remettre à ta discrétion, se vouer à ion service. » Je rentre aussitôt informer le cheikh. Il pâlit; un frisonnement le parcourt toul entier. Et : « Fais-la enlrer, » me dit noire cheikh. J'introduis la jeune fille ; en arrivant devant lui elle verse d'abondantes larmes. « Comment as-tu pu venir jusqu'ici? demande-t-il à celte fille; qui t'a conduite et dirigée?

— Maître, répond-elle, lorsque tu partis de notre bourgade, j'en fus bientôt instruite. C'était le soir ; je passai la nuit, une nuil de tourment ; je dormis d'un sommeil saccadé. En songe je vis un homme qui me dit : « Si lu veux êlre vrai croyante, renonce à tout ce que tu es, à tout ce que tu fais, au culte et à l'adoration des idoles, suis les pas de ce cheikh, et accepte sa religion. » Mais, répliqué-je, quelle est sa religion? — C'est ia religion de l'islam, de la résignation aux volontés divines.

— En quoi consiste son principe ? — Elle nopose sur la seule base que voici, c est professer ceci: « Il n'y a de Dieu que le Dieu (unique), et Mahomet est l'Envoyé de Dieu. » — Comment puisje arriver auprès du cheikh ? — Tiens tes yeux fermés, et donne-moi la main. » J'obéis ; il marche un moment ; puis il me dit : « Regarde. » J'ouvre les yeux el je me vois sur la rive du Tigre. « Va, me lil alors mon guide, va a celle zâouïah ; salue le cheikh de ma pari, et dis- lui : Ton frère en Dieu, Khidr, te donne le salul (1). »

Le cheikh émerveillé rendit grâces a Dieu ; et il admit la

'1) khidr est un des grands prophète» reconnu» par le» musulman»: c'est le Finch*» de la Bible. Khidr existe toujours; il habile sous le» flots de la mer. Toutes les nuits (1 » lent ii Alexandrie sur le tombeau d* Alexandre, non pas notre Alexandre européen, mais un autre qui, de l'avis d'uu grand nombre d'ulemas, fut prophète el conquit le monde depuis le point où le soleil se love jusqu'au point où il se touche, (.'est une assez Ioiikui- légende que «-elle de Khidr el aus»i celle d'Alexaudre. ! Alexandre bi-

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roùmy au nombre des femmes «le sou harem. « Va, dit-il a celle lille ; là, lu adoreras le Dieu véritable. » Elle devint la plus pieuse, la plussainte femme de son temps, jeûnant le jour, veillant la nuit pour prier, à tel point qu'elle épuisa sa force, amaigrit son corps, changea d'aspect et de couleur. Elle tomba malade de la maladie de la mort ; elle fut bientôt à sa dernière heure. Néanmoins le cheikh s'abstenait de visiter la vertueuse néophyte. « Allez, dit-elle à ceux qui la soignaient et l'entouraient à son agonie, allez l'inviter à venir me voir avant que j'expire. > Il alla trouver la pauvre moribonde. Dès qu'elle l'aperçut, elle pleura. « Ne pleure pas, mon enfant, lui dit-il attendri ; demain nous serons réunis dans (a nouvelle vie, à la demeure des munificences éternelles. » Et la sainte femme passa à la Miséricorde suprême. Le cheikh ne survécut que de quelques jours, comme il l'avait prédit. Il mourut, Dieu l'ait en grâce !

Je le revis en songe. Notre cher maître était marié à soixante-dix houris aux beaux yeux ; et la première de ses épouses célestes était la jeune lîlle qu'il axait tant aimée ; ils étaient avec les élus de Dieu, prophètes, confesseurs de la foi. martyrs, saints personnages, eji compagnie des hommes aux grandes vertus. >

Ainsi, dans toutes les classes de la société, disons-nous, on meurt d'amour. Le kalifal a fourni aussi une quote-part, a eu aussi les honneurs de ce martyre.

Un des fds d'Abd el-Mélik, Yézid II qui fut le neuvième kalile de la dynastie des Oméyades et obtint la souveraineté eu 720 de notre ère (102 de l'hégire), mourut du chagrin d amour, en sept cent vingt-quatre, à l'âge de quarante ans... Il y avait à Médinc unejehanteuse d'une beauté admirable, d'une éducation parfaite. Elle avait étudié et appris le Koran, possédait une érudition poétique des plus riches, avait une connaissance approfondie de la langue arabe. Elle vint chez Yézid

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lils d'Abd cl-Mélik et s'empara du cœur du kalife. L'n jour Yézid dit à la belle esclave : « Ksi -ce que tu n'as pas quelques parents ou quelques personnes à qui je puisse faire du bien, à qui je serais heureux de douner quelque bienfait, de rendre quelque service ? — Prince des croyants, répondit-elle, de parents je n'en ai pas. Mais a Médinc il y a trois individus, intimes amis de mon ancienne maitresse, auxquels j'aimerais voir arriver les résultais de tes généreuses intentions. — Très bien. » Yézid Ht écrire de suite à son gouverneur de Médine. à propos des trois individus et lui ordonna de leur remettre en cadeau, de la part du kalife, et a chacun, dix mille drachmes ou pièces d'argent. De plus Yézid demanda qu'on lui envoyât les trois personnes désignées. Ces ordres furent exécutés.

Nos trois hommes se mettent en roule immédiatement... Ils arrivent au palais du kalife. On va demander a Yézid de les introduire. La permission est accordée; le kalife reçoit magniOquemenl ses trois hôtes, les comble de bontés, et les invile à lui spécifier ce qu'il leur plairait d'obtenir de lui. Deux d'entre eux exposent ce qu ils désirent et le kalife les satisfait. Le troisième répond, à la même proposition : « Prince des croyants, je n'ai rien à solliciter de ta bonté. — Pourquoi? reprit Yézid. Est-ce qu'il ne serait pas en mon pouvoir de contenter ton désir? — Si, prince des croyants, si. Mais je ne pense pas que tu voulusses accueillir mon vœu. — Je l'accueillerai ; parle. Tu ne saurais me demander une chose qui soit en mon pouvoir que je ne le l'accorde ? — Alors me promets-tu toute sécurité? me promets-tu de ne pas l'irriter contre moi? — Je le le promels. — Eh bien! puisque tu y consens, je voudrais que tu enjoignisses à ton esclave, ta chanteuse une telle, celle à cause de laquelle tu nous as si libéralement traites, de chanter devant moi trois petites caotaiilles dont je lui dirais les paroles, et, à chaque canlatille, je

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boirai une coupe d'une livre de vin. Voilà lout ce que j'ambitionne. Exauce ma prière. » La figure du kalife changea. Il se leva, passa aux appartements de son esclave et lui annonça ce qui venait de se passer. « El à quoi es-tu résolu, prince des fidèles? que penscs-lu faire? — Je dois remplir ma promesse. »

Le lendemain, Yézid envoie chercher le jeune homme, et en même temps (ait disposer trois sièges en or autour d'une table basse (a la manière orientale). Le médinois arrive. Yézid s'assied sur un des trois sièges; la chanteuse s'assied sur un autre ; le jeune homme se place sur le troisième. Le kalife alors ordonne que l'on serve le repas. Les trois convives s'approchent de la table. Yézid demande différentes Ileurs odorantes, des parfums. On obéit et on les arrange et dispose dans le service. Il demande ensuite trois coupes d'une livre de vin chacune. On les apporte et on les remplit. On se met à manger. Quelques instants après, le kalife dit au médinois : « Récite nous maintenant les paroles que lu as si fort envie d'entendre chanter. Voyons ce que tu veux. — Prince, répond le médinois, je désire que lu commandes à ta belle esclave de chanter les deux vers que voici :

« Non, je ne puis plus dépouiller mon amour pour ma

bien-aimée ; me donnât-il plus de souffrances qu'il ne

m'en a donné, je ne puis plus.

« Je conjure mon cœur de la fuir, mais il repousse

mes instances, et lors même que je jure de la sincérité

de ce désir, il repousse ma prière. »

A Tordre de son maître, l'esclave chante ces vers. Après quoi Yézid boit sa coupe, le jeune homme boil la sienne; puis l'esclave boil à son tour. Le kalife fait de suite remplir les coupes; el : « Propose encore, dit-il au médinois, ce que tu veux que l'on te chante. — Tu vas commander à la belle esclave de chanter les deux vers que voici :

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« J'ai choisi dans la contrée de Nomàu une jolie tige d'arâk pour ma belle Hinri (1); mais, de si loin, qui fera parvenir cette tige parfumée à ma chère Ilind ?

< Mes amis, détournez-vous avec moi de votre route, que Dieu vous soit propice ! Venez, bien que pour regagner vos contrées votre chemin ne soit pas celui qui conduit près de Ilind. »

L'esclave chanta. Yézid but sa coupe ; le jeune homme but la sienne ; la chanteuse but après eux. De suite Yézid fit remplir les trois coupes. • Demande, dit-il au médinois, ce que tu veux encore. — Prince des croyants, ordonne à ton esclave de chanter ceci :

« Nous voulons nous unir à vous, et vous voulez vous éloigner de nous. Il en sera ainsi jusqu'au moment où la mort nous séparera.

« Dieu ! je le jure ! Non, je ne pourrai vivre loin de vous, non, jamais, tant que le ciel aura des étoiles, tant qu'il verra poindre l'aurore. »

L'esclave chanta. Elle n'était pas arrivée a la fin du dernier vers que le jeune homme tomba évanoui. « Va, dit Yézid à sa belle esclave, va voir ce qui lui arrive. » Elle se lève à la hâte, touche le jeune homme, le secoue, l'agite;... il était mort. « Il n'y a plus qu'à le pleurer, dit Yézid à l'esclave ; c'est ton affaire. — Quoi î prince, pleurer un mort devant toi qui es plein de santé et de vie. — Il a bien fait de mourir. S'il eût vécu, ô ma chérie! je ne t'eusse pas cédée à lui, quelle qu'eût été sa prière, et malgré ma promesse. » La chanteuse pleura le mort, selon le devoir et la coutume. Le kalil'e ordonna de solennelles funérailles. Le cadavre fut porté en terre.

Ce récit ne donne pas le nom de cette esclave aimée, de

,1) l.'arâk un bois li-gcrnim-nl parfume. C'est, ni m me notis l'avons «h;j* <iii <u note. hï»Wt «,//„rn jt,;$irn. \vrc les lijjf. on prépare «les nirc-ricaN rVo>. p. 17*.

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(cite séduisante ( hanleuse qui si bien -savait lampcr les grandes lampées ; clic/ les kalifes il fallait savoir boire ii perle d'haleine. Je ne puis m 'empêcher de croire que l'esclave l'ut celle que l'histoire appelle Hahbàhah. Elle avait une rivale, Sallâmah, concubine aussi du kalife, qui raiïolait d'elle, Mais llabbâbah avait tourné la tête au kalife, lui tenait les intimes libres du cœur. Yé/.id étant au pays du Jourdain, se divertissait avec elle dans un jardin, s'égayait en doux ébats. Aux deux amants, ivres d'amour, animés par la gaité, les charmants propos, les jeux agaçants, on servit une collation composée «le fruits magnifiques, les plus beaux et les plus succulents que: l'on put trouver. En devisant dans celte petite cène champêtre, Yézid prend un grain de raisin et le jetle à sa joyeuse maîtresse, qui le saisit, se le porte à la bouche rapidement et l'avale plus vite qu'elle ne le voulait. Le grain de raisin était trop gros : il s'arrête au gosier, s'y iixe, étouffe la malheureuse; elle fait de \ains efforts pour rejeter le grain; elle meurt asphyxiée en quelques instants.

Yézid fut consterné... La douleur lui troubla l'esprit ; il fondit en larmes; dans son égarement, il fit transporter sa chère esclave chez lui el il ne voulut plu> se séparer du cadavre. Une semaine entière le kalife resta auprès de cette triste dépouille. L'infection cadavéreuse était devenue intolérable ; ce ne fut qu'après longues instances des personnes qui approchaient du kalife qu'il consentit a l'enlèvement des restes de sa chère esclave. Il avait été en quelque sorte violenté dans celle concession. Exaspéré par les transports frénétiques de sa douleur. Yézid voulut faire exhumer sa maîtresse et se la faire rapporter; il la voulait à tout prix. Tant de regrets et de souffrance bouleversèrent la santé de Yézid : il mourut martvr de son amour.

FEMMKS ARABI S

Le» chanteuses et cantatrice» depuis l'islamisme, dan» le» tour» et chez les riches.

— Ver» d'Abou Nouwns. - Canlatillc d'Ohaïhah remise en musique par Ma'bad.

— Ishak retrouve ce chant par le moyen de la chanteuse Wabbali — Éloge cl la lent de Wahbah.

Recherchons et retrouvons dans l'islamisme les chanteuses, disons aussi les cantatrices, ces esclaves que le luxe et que l'amour des joies de la vie mettaient alors à un si haut pris, surtout chez les kalifes. Observons ces femmes esclaves qui, par le besoin de leur positiou cl aussi de leur légitime ambition, devinrent, à cause de leur art et de leurs talents, les parures elles émotions de la haute société.; qui, par métier et spéculation de gloire et de plaisir, conservèrent les souvenirs des poésies et des poètes, du passé et du préseul, dominèrent souvent les esprils des grands, et enchaînèrent aux séductions de leur beauté, de leurs mérites et de leurs coquetteries, les pensées ei les richesses des kalifes. Ces chanteuses ou cantatrices étaient comme la classe distinguée et la noblesse des esclaves. Mais elles devaicul avoir au moins le talent pour s'élever et se grandir ; et la beauté, quand elle ornait le mérite, amenait l'artiste jusqu'à la couche du souverain, mais sans péché et sans honte aux yeux de la religion el de la loi, sans infidélité aux yeux de la souveraine épouse du souverain.

Peu a peu la femme esclave devint là parure comme la partie harmonique excitante des réunions de plaisirs, des orgies des grands et de leurs commensaux, des riches ei de leurs amis. Les soupers de Rome païenne ressuscitèreni ou trouvèrent des succursales chez les Trimalcions et les Lu-

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cullus de Damas, de Bagdad la cité du salut. Celle sorle de fonction de la femme esclave csl cenl fois décrite, rappelée, applaudie par les poêles. En quelques vers d'inspiration, Abou Nouwâs a dil ce qui se pouvait dire, laissant à l'esprit de qui comprend, le soin de comprendre ce qui n'est pas dit.

" Ne regrette donc plus la belle Hind ; ne te réjouis pas de promesses. Va! bois au milieu des roses la liqueur aux couleurs de rose. 1

« Bois la coupe qui, lorsqu'elle a versé son flot au gosier des buveurs, leur infiltre sa rouge teinte aux yeux et sur les joues.

« Le vin est du rubis, la coupe est de la perle aux mains de la belle esclave h la taille fine et voluptueuse.

t Beauté ravissante qui te donne a boire et de son œil et de sa main ! Aussi, toujours es-tu pris de deux ivresses.

« Moi, j'ai deux délires alors, quand mes convives n'en ont qu'un : c'est là ce qui particularise ma personne et la distingue des leurs. »

Dans ce que je veux exposer encore d'exemples et de récils pour ainsi dire autochtones ou nés parmi les Arabes et les colonies islamiques de l'Orient, nous rencontrerons fréquemment des esclaves favorites, des caniatriccs, des musiciennes, des chanteuses artistes. C'est sous le règne de Hàroùn el- Rachid qu'apparaît le plus éblouissant de cette vie qui éclata dans notre grand siècle au Versailles de la royauté ; llâroûn escamota l'extraordinaire de sa renommée au milieu du vin, des femmes, des poètes et des chanteurs.

Nous avons déjà parlé d'une cantatille dOhaïhah. Elle fut longtemps conservée parmi les chants publics. Elle devait en effet avoir une longue vie cette charmante poésie inspirée par le danger ; rien ne sait animer les émniions de l'amour comme

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la présence du danger et la nécessité de le conjurer ou de l'éviter. Les paroles de cette cantatille avaient souri au génie musical de Ma'bad, célèbre chanteur et compositeur qui l'avait remise sur un air nouveau.

Un jour, a dit Ishàk (l)(lsaak) fils d'Ibrahim de Maûçal (Moussoul, et cet Ishàk et son père furent les deux illustrations musicales à la cour des kalii'es depuis El-Mahdy jusqu'à Mâmoùn, c'est-à-dire pendant quatre règnes), un jour, Fadl, chambellan de Rachid, m'appela chez lui. Je me rendis à son palais ; et je trouvai là un cheikh hédjâzien, d'une belle physionomie, d'un extérieur noble et grave. « Connais-tu cet homme? me dit Fadl. — Non, répondis-je. — C'est le lils d'Onaïeah fille de Ma'bad. Demande-lui tout ce que tu voudras des chants qu'a composés son grand-père ; et il te les chantera, te les fera connaître. — Mon cher Hédjâzien, disje alors à notre hôte, combien ton grand-père a-t-il composé de chants ? — Soixante, » me répond-il. Ft de suite il se met à me chanter :

« Qu'il est beau le beau cou «le Molaïkah ! Que belle est sa poitrine ! Que belle est la gorge qui la pare ! »

Il exprima le sentiment de cette musique avec un charme et une grâce inexprimables. Je ne répétai pas immédiatement cet air délicieux ; je comptai sur ma facilité à retenir la musique. Fadl tressaillait déplaisir; l'enthousiasme l 'éblouissait, le mettait hors de lui... Le cheikh partit, retourna à Médine.

Je cherchai à me rappeler le chant de ces jolis vers; je le demandai à tous les plus vieux chanteurs, à toutes les plus anciennes chanteuses; je ne rencontrai personne qui le connût. Ce ne fut qu'à Rasrah que je le trouvai. Chaque jour j'allais à l'Ile de Rasrah vers le moment de la chaleur en été, et j '\ passais la nuit. Le lendemain, de très grand matin, je revenais chez moi. Lue fois, en retournant à la ville, je lus ac-

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costé par doux femmes d'extérieur distingué. Elles étaient assises sur le bord du chemin . Lorsqu'elles m'avaient aperçu, elles s'étaient levées aussitôt, étaient venues à moi, avaient saisi la bride de mon âne et l'avaient arrêté. « Laissez, laissez î » leur dis-je.

Mais voila que, sans préambule, l'une d'elles . m'adresse celle question : * Comment va maintenant ton amour, la passion pour la jolie canlilcnc : « Qu'il est beau le beau cou de Molaïkah ! > En es-tu toujours aussi épris ? J'ai ouï conter de par le monde que tu as demandé ce chant à ce qu'il y a de chanteurs et de chanteuses dans l'empire. Je t'ai vu dans une réumon chez Fadl ; comme le charme de cette mélodie te faisait bondir ! Subitement tu fus ravi, lu te mis à battre la mesure avec les mains, en te balançant doucement. — lion Dieu ! répliqué-je, je suis encore plus fou que jamais de ce chant si riche et si beau. Voilà qu'en m'en parlant lu viens de rallumer le feu dans moi. Je l'ai demandé cet air à tout ce qui vit dans Bagdad ; personne, personne n'a pu me le faire entendre. — Kh bien î te plairait-il que je te le chantasse ? — Oh î certainement. » Et de suite elle me le chanta, Dieu î mille fois mieux que ce j'avais entendu autrefois, et elle était restée à demi-voix. Je descends de. mon âne, et transporté de bonheur je baise à ma charmante chanteuse, les mains, les pieds. Puis nous nous retirons un peu à l'éeart. « Je te donnerais ma vie ! Je suis toul à toi, m eerié-jc. Si cela le pouvait plaire, viens avec moi, viens chez moi. — El pour quoi faire ? — Mais lu me chauleras l'ariette de Molaïkah, et puis je le la chanterai, tout le jour, jusqu'à la nuil. — Tu n'es pas assez aimable pour nous traiter convenablement ; lu es trop avarc.de ce que tu fais, toi. de tes compositions. Ce que lu me proposes n'est que prétexte; tu ne veux qu'apprendre l'air de Molaïkah. N'allons pas si loin; je te le chanterai ici jusqu'à ce que lu le saches. En reconnaissance je le sa-

*(K> FKMMKS AHAliKS

erilierais mon pciv, je verserais pour loi mon sang ! qui cs- Ui ? Je suis \Valil>ah, esclave de Mohammed lils d'Imràn el- Karawv. C'est de moi que parle le poète Farroùdj el-Rafà dans les vers que voici et qui forment une cantilcne connue : 0 Wahbah, je n'ai trouvé de délices et de joie qu'à tes côtés, quand tu me donnais à boire, et qu'a mon tour je te versais à boire.

« Quand tu mêlais à ma coupe la salive enivrante, suave comme du musc échappé de tes lèvres.

« Qu'elle est embaumée ta salive que nul autre n'a jamais goûtée que dans ce qui en imprègne le bout de

ton cure-dent!

« Jamais tu n'es venue me voir qu'une lois, une seule fois ; redouble donc ; n'imite pas le coq, qui ne pond qu'un œuf dans sa vie.

« Je n'ai rien eu de toi qui réjouit mon cœur; mais non plus je n'ai jamais reçu rien qui me pût déplaire.

« El Wahbah m'a répondu : « Tu es vaincu par l'amour ; moi, je ne le suis pas. — Mais, lui ai-je dit, qu'une femme soit victorieuse, cela n'humilie pas toujours celui qu'elle a vaincu. »

Cette cantilène que me chanta Wahbah était sur un air charmant que Wahbah elle-même avait composé... Peu de temps après cette rencontre inattendue, Wahbah fut a moi. Elle était sans contredit la plus admirable chanteuse du monde ; elle savait une foule incroyable de vers cl d'anecdotes. Une ariette qu'elle excellait h chanter et qui est son œuvre musicale, esl celle-ci :

« Il faul s'enivrer, il faui se réjouir; l'ame alors échappe à l'empire des chagrins.

«. Allons! donne-moi la liqueur dorée et limpide où les perles mousseuses sourient dans l'or. » Wahbah chantait ces vers avec un art et un talent exquis.

DKPUS L ISLAMISMt i(it

Elle a fail encore l'air de celle chansoonelle qu'elle chaniaii ii ravir :

« Coupe sur coupe, el l'homme sérieux el sage passe, pour loi, à la vive légèreté du jeune âge.

« Le vin rapproche les rangs les plus éloignés, épanouit les visages les plus refrognés. »

Mais voici le chant ou Wubbah s'élançait au-delà de louie limite; c'est encore l'œuvre musicale de celle admirable ehanleuse :

« Apporle-moi un nectar plus doux que le sucre, transparent comme les rayons du soleil, bien plus léger que le karkafâ et le khandaris (1).

a A.pporie-le moi au milieu dus jardins élevés (2) que la pluie du ciel revêt de (leurs el de fruits dont jouit l'hôte que Ton y admet,

«• Au milieu de ces Heurs exhalant un arôme embaumé, un parfum qui, promené par le zéphir, rappelle l'âme à la vie. »

Musiciens el compositeurs, homme* ou femmes. — Pas d'errilure musicale. — Nolions ancienne» perdues. — Ishak composant ; son esclave ehanleuse, Dimn. — Ibra liim et son fils Islièk, musiciens. — Brouille de llnroûn el-Rachid et de la belle Mâridah; raccommodement amené par un chant d"lbrahim. - Nom ancien des chanteuses.

Les musiciens ou compositeurs, hommes ou femmes, étaient et devaient être chanteurs el même instrumentistes. La chanteuse, le chanteur n'élail assez souvent qu'exécuteur soil de la voix, soil delà mandole, soit du chalumeau; mais l'inslru-

(t) Deux sorte» de \in. — Transparent ; c'est-à-dire qui ne trouble pas la tète, 'ii On faisait souvent les jardins de plaisance sur des lieux élevés.

Stii KEMMKS AltAUl S

incnlistc était ordinairement chanteur. On ne concevait guère ces choses ou ces talents, séparément. Il y a une raison qui explique la combinaison générale, chez la même personne, du talent vocal et du talent d'instrumentiste. C'est qu'il n'existait pas d'écriture musicale, et il n'en existe pas encore parmi les musulmans, pas plus parmi les Arabes que parmi les barbares. Un air, m'a souvent répété un poète chanteur au Kaire, le cheikh Mohammed Chibâh el-Din, un air que compose un musicien est sa propriété intangible, en ce sens que lui auteur ne communique sa composition que par la voix aux oreilles de qui il lui plait et à la mémoire de qui lui convient. Aussi, ce cheikh était tout abasourdi quand je lui disais que tels airs par lui composés seraient écrits si on le voulait, seraient envoyés écrits, comme on envoie une lettre, en quelque pays d'Europe que ce lût, et qu'a l'ouverture de l'écrit, son air serait de suite chanté ou joué, chanté et joué sans qu'il y manquât la moindre inflexion. Aujourd'hui les instrumentistes sont rarement chanteurs cl vice versâ.

La mémoire étail donc, ainsi que nous venons de le faire remarquer, le seul moyen de conservation des œuvres musicales. Aussi, tout le passé de cet art est perdu en Orient. Il ne reste rien des compositions anciennes. Combien d'entre elles n'ont vécu que la vie de leurs compositeurs ! On sait seulement sur quel ton, sur quelle mesure, en quel mode était telle composition ; les livres n'ont pu conserver que ce souvenir même des meilleures et des plus célèbres compositions musicales. Aujourd'hui, nul Arabe, nul savant arabe ne comprend ce que veulent signifier les anciennes désignations générales des rhylhmes, et même les termes les plus fréquemment répétés dans ce qui reste des traités de musique. Je n'ai pu découvrir un seul musulman qui sût ce qu'a voulu indiquer par les termes musicaux qu'il cite, le grand romancero ou l'Aràni, lorsqu'il spécifie les genres de compositions

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musicales qu'il nomme si fréquemment dans ses pages... La base du système de composition ei de chant, csi la base du système grec, et plusieurs des termes techniques grecs sont même conservés en transcription arabe.

Voici une petite anecdote a propos de composition musicale. L'auteur un peu allumé par le vin se laisse entraîner à son œuvre et oublie même qu'il a appelé la femme esclave qu'il s'était choisie et destinée pour ia nuit. Il s'anime, il arrange, il orne son chant ; c'est, s'il est permis d'employer ici ce mot, lu maestro en travail.

On se rappelle sans doute que j'ai cité précédemment les vers d'une dame koreïchide appelée Omaïmah. Les trois premiers de ces vers sont devenus le texte d'une cantilène dont Ishâk fils d'Ibrahim composa la musique. C'est de cela qu'il s'agit ici maintenant. Le récit est dû à un nommé Mohammed (ils de Hammàd.

« Je me trouvai un jour, dit Mohammed, avec la belle Oimn, esclave d'Ishàk fds d'Ibrahim. Et je dis à la belle: « Fais -moi donc entendre quelque chant que lu aies appris directement de ton maître. — Eh mon Dieu! répondit-elle, aucune des esclaves d'Ishàk n'a jamais reçu et appris de lui al par lui un seul chant. Ce que nous en savons, notre maître nous l'a fait communiquer et apprendre par l'entremise d'étrangers, tels que Moukhârik, Alawiah, Wadjh el-Karàh (1), encore par les esclaves chanteuses de llàrith tils de Irbàn ; ce sont eux qui, d'après la volonté d'Ishàk, nous l'ont apprendre ce que lui-même veut el désigne de ses chants. Mais de lui directement je n'ai jamais rien appris, une seul fois excepté, pendant une nuit. Il revenait de chez Motacem (frère de Mâmoùn) et il était passablement aviné, on eut pu dire ivre. Peu après qu'il fut rentré, il appela le serviteur qui gardait le harem, et lui dit : « Va me chercher

I < liant, ni*. jiiii> d l»!.ik ><.u* en dnoi».- quelque» mot», l.kutol.

m FKMMES AHAUKS

Dimn. » Le servileur vint m appeler, h' le suivis. J'entrai chez mon maître ; il était dans sa chambre a coucher et travaillait le chant de la canlilène :

« La nuit ne veut pas finir ! Mon regard resic vainement attaché aux astres (ils ne veulent pas s'en aller), etc. • El Ishâk ajouta, il retrancha, il ajusta, jusqu'à ce que l'ensemble fût à son goût et le satisfit. Puis il se leva pour atteindre et prendre une mandole toute montée et accordée, qui était appendue au mur. Celte mandole est toujours dans la chambre à coucher et prête. Il saisit donc la mandole afin de s'accompagner la voix, et il agença, harmonisa son chant, le polit dans les plus petits détails. J'étais présente, ainsi que je viens de te le dire, et je pris tout simplement et relins l'air en entier. Mon maitre, dans sa préoccupation ne s'élail pas aperçu que j'étais entrée, il avait oublié qu'il m'avait fait appeler ; il ne savait pas que je fusse là si près de lui. Il termina sa composition ; et alors : « Où est Dimn? demaode-l-il. — Me voilà, dis-je aussitôt ; je suis ici. » Il tressaillit de surprise. Et il continua, d'un ton de mauvaise humeur : « Depuis quand es-tu là? — Depuis le moment où (u as commencé ton chant; je l'ai tout entendu; je le liens maintenant; je l'ai reçu de toi, celui-là, mais je ne l'en ai aucune obligation : car ce n'est pas de (on gré et de ton intention. — Prends, prends la mandole que voilà, et chantemoi cet air en l'accompagnant. » Je pris l'instrument, et j'exécutai avec un aplomb et une netteté qui étaient -une conséquence de l'émotion que j'avais ressenlie à l'unisson de celle de mon maître. Ishâk en m 'écoulant était agacé, semblait se briser de dépit et de colère. Je lui avais, très innocemment, dérobé cette charmante composition, à lui qui pour nous en était si avare. Et il me dit d'une voix presque dédaigneuse : « Tu as encore à faire, par Dieu ! pour bien exécuter cela... Mais je le l'arrangerai encore cel air. — Je

HKI'US I/ISI.AMISMK

n'ai pas besoin que tu me l'arrauges ; c'esi moi <|ui le le corrigerai, qui te le polirai. » Ishàk parut assez mécontent de ma réponse ; sans dire mot, il se coucha cl s'endormit. Je sortis de la chambre et m'en allai. Quelques jours après, il m'aperçut ; il fronça le sourcil et n'articula pas une parole. Il lui fallut du temps pour que s'évaporât ce que cette nuit-là lui avait infusé de mauvaise humeur. Il était si avare de ses chants, surtout envers nous ses esclaves et ses chanteuses ! »

Isbâk et son père Ibrahim sont les deux grandes célébrités musicales des Arabes. Nul ne les a surpassés dans la composition, ni dans l'exécution vocale ; ils furent les deux voix les plus admirable;, les plus émouvantes et les plus sympathiques. Ibrahim fut le premier qui précisa et caractérisa les rythmes musicaux. Il fut surriommé el-nedim. le commensal, le convive de prédilection, c'est-à-dire le commensal des kalifes. Aucune féte, aucune solennité de joie, publique ou particulière, aucune orgie kalifale, où le commensal ne fût appelé. Il avait dans son talent, dans le charme de sa voix, les plus délicieuses jouissances des assistants, du prince, de toute la cour.

Ibrahim est qualifié aussi du litre de maussaly, c'est-àdire maussélien ou de Mossoul, parce qu'il séjourna longtemps dans celle ville. Mais il était d'origine persane, issu d'une grande famille. Il vint à Koûfab avec son père Mahàn. Le premier kalife qui entendit Ibrahim, fui El-Mahdy le père dellàroûn el-Rachid. Lorsquibrahîm chantait el que Zoulzoul l'accompagnait sur la mandole, les auditeurs trépignaient, bondissaient ; c'étail une folie d'exclamations et de ravisse, mcnls... Ibrahim était marié à une sœur de Zoulzoul.

Hàroûn el-Rachid s'énamoura épordument d'une de ses esclaves appelée Màridah ; Màridah élail l'obsession voluptueuse du kalife; c'étaient deux amants enchantés l'un de l'autre, ^enivrant de leurs amours... Une brouille sépara ces deux

m KKMMKS AKAM.S

bienheureux, hier si enlliousiasinés de leur félicité. Le kalife ne voulut plus ni parler ni entendre parler de sa belle esclave. Mais il souffrit bientôt de cette séparation. Après quelque peu de temps écoulé, Djalàr, l'intime favori, vit que le kalife avait sans cesse le cœur auprès de Màridah. Djafar dit h un poète appelé Abbâs fils d'EI-Ahnaf de faire quelques vers qui tendissent à provoquer la réconciliation de Rachid avec la charmante Màridah. Le poète donna les simples vers que voici :

« Les deux amants sont séparés, tous deux loin l'un de l'autre, tous deux irrités.

« Elle est à l'écart, irritée; il est à l'écart, irrité; tous deux fatigués d'une souffrance bien guérissable.

» Rappelle les amis que tu as éloignés; rarement le «MPiir qui aime de vif amour peut rester séparé.

- Certes! quand la séparation s'est déjà prolongée entre vous, la douce réconciliation doit approcher, et le trésor recherché est plus précieux. »

Ces vers furent remis à Ibrahim afin qu'il leur composât un chant, puis les chantât au kalife. Le musicien inspiré par la circonstance mit tant d'âme et de sentiment dans sa musique, et ensuite dans sa voix, que tout à coup le kalife se leva, se rendit immédiatement chez Màridah et lit la paix avec elle. La réconciliation n'était pas d'ailleurs difficile.. Màridah demanda à qui elle devait cette réconciliation encore inespérée; on nomma Ibrahim et Abbâs. Sur l'heure même, la gracieuse favorite envoya dix mille drachmes en cadeau à chacun d'eux. Puis elle pria le kalife de les rémunérer tous deux à son tour; il envoya à chacun vingt mille drachmes.

Ishàk est connu encore sous le surnom de : le fils du commensal. De même que son père, il fut, à cause de son magnifique talent musical, le familier, le convive intime de plusieurs kalifes. Il s'était distingué en science jurisprudenticlle.

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en philosophie, en poésie ; mais malgré tous ces mérites on ne le cite que comme musicien ; c'est ce titre que la renommée lui a assuré d'abord et lui a toujours conservé comme titre unique et sans rivalité. « N'était, disait le kalife Mâmoûn, la réputation d'Ishàk comme chanteur et musicien, je l'aurais promu aux fonctions de kâdi. Il en est certainement plus digne par son honnêteté, sa conscience, sa piété et sa probité, que tous ces kadi que nous avons. Malheureusement c'est un chanteur; et c'est dans son talent de chanteur qu'est sa renommée ; c'est en cela que l'on a circonscrit toute sa science, bien qu'aux yeux même d'Ishàk ce soit sa moindre valeur. Mais d'un chanteur faire un juge, un magistrat!... •

lshâk moumt en deux cent trente cinq de l'hégire (8-19 de J.-C). Son père était mort en cent quatre-vingt huit. Maintes fois les noms d'Ishàk et d'Ibrahim reparaîtront dans ce que nous avons a exposer encore ; car désormais nous verrons souvent revenir en scène les chants, les chanteurs et les chanteuses.

Nous ne devons pas, ici, nous jeter à la poursuite des données traditionnelles qui ont trait à l'origine et à la nature de la musique chez les Arabes cl selon les Arabes. Nous signalerons cependant quelques indications, toujours en les traduisant des textes et par conséquent en donnant les idées et les conceptions des Arabes. Ils appliquent a la musique, et en raison de cela ils disent toujours le chant, trois caractères principaux qu'ils déterminent et définissent ainsi : 1° Le chant droit, c'est-à-dire grave, héroïque, guerrier, le chant des cavaliers, le chant aussi que chante le chamelier afin d'entretenir le pas de marche de ses chameaux ; 2° le modulé ou composé, qui se forme de nombreux mouvements et eflels de voix et de tons ; 3° le léger ou vif, qui impressionne et remue les cœurs, émeut et trouble les esprits sérieux.

mi.MKS Alt A ItKS

Les plus anciennes chanteuses arabes que mentionnent les traditions antéislamiques sont deux femmes des Adides ou Béni Ad. On les appelle les deux Djerrâdah ou cigales des Adides. Nous avous déjà donné cette indication, à propos des deux chanteuses d'Ab-Allah fils de Djoudàn. Dans leurs époques de gentilité, les Arabes appelaient les chanteuses ou kaïnah, du nom de karinah ; c'est la fidicina, la psallria des latins.

To»dK 1* premier musicien réputé, depuis l'islamisme. — Morale des chanteuse* libre». — Sallamah el-Zarkl, chanteuse dl'bn Rlmin. — Mohammed el Achalb : Maâd. - Sa'dab et Robelhah, compagnes de Sallamah. — Ismail, amant de Sa'dah. — Cadeau forcé — Vente de Sallamah et de Robeibab. — t'n baiser pour deu» perles; une mort s'ensuit.

Le chanteur qui le premier s'acquit une juste renommée après l'installation de l'islamisme, fui un appelé Towais (il était à Médine), esclave d'Arwa mère du troisième kalife, Otltmân (Osmân) fils d'Affàn. Arwa affranchit Torwais. Ce fut lui qui inventa le tambour de basque carré.

Ce chanteur eut plusieurs élèves dont la réputation a laissé trace dans l'histoire ; ce furent Choraih, Kl - Del là I, Naûmat el-I)aha. Le premier chant que composa Towais était sur ce vers :

« L'amour m'a accablé; oui, j'ai pensé fondre d'amour. »

Towais, le corrupteur de femmes, était de très haute taille, lluet ci louche. Les circonstances les plus naturelles et les plus communes de la vie furent, pour lui, en coïncidence avec des malheurs. De là le dicton proverbial : « De plus hideux augure même que Towais. > Il disait aux Mcdinois :

UKP11S L'ISLAM ISMK. 409

« Tant que je serai existant, au milieu de vous, allendezvous à voir paraître l'anlechrisl et la Grande Bêle de la terre (1 }. Quand je serai mort, vous n'aurez plus à craindre. Ecoutez et réfléchissez. Ma mère, parmi les femmes des Ansâr (ou auxiliaires dévoués du Prophète), n'allait qu'avec les plus iotcmpérées de langage, avec les plus mauvaises langues. Elle m'a mis au monde la unit où mourut Mahomet. Elle m'a sevré le jour où mourut Abou Bekr. Je devins pubère le jour où lut assassiné le kalife Omar fils de Khatlàb. Je me mariai le jour où le kalife Oihmàn lut tué. Il me naquit un (ils le jour de l'assassinat du kalife Aly. Y a-t-il un seul de vous qui me ressemble par les incidents de ma vie?»

Mais notre but est de signaler quelques chanteuses et cantatrices. Je donnerai, comme j'ai toujours fait jusqu'à présent les récils arabes. Cela nous entraine sans cesse et à toute force, dans l'épisode, dans les anecdotes, les aventures ; mais aussi nous retrouvons, de celle manière, les habitudes, les jugements et les caractères arabes, peints et prononcés cl mis en scène par les Arabes. Nous verrons par exemple que les dévols trop rigoristes, ceux-là qui croient pouvoir arrêter le monde et en empêcher les évolulious, condamnèrent parfois les chants et la musique, et, bien entendu, enveloppèrent dans un même autodafé les chanteurs et les musiciens. Ces condamnations se dressèrent surtout contre les chanteuses non esclaves ou chanteuses libres. Comme toujours et en tout pays, les chanteuses libres étaient parfois des sirènes de séduction. La femme qui se livre en spectacle pour provoquer les jouissances musicales est toujours one tenlalion puissante, un souffle de volupté, surtoul si la personne lienl réunis le laleui et la beaulé. Ensuite, cette tentation pour atteindre son but provoque et amène la chute; et les chutes endurcissent l'âme,

I La lirande DrU> don, selon 1rs musulmans, tenir »ers la lin du monde pour prwHnanirr «M dossier la (erre. <;>>! l'idée du monstre de l'Apnral>p»e.

t70 KEMMKS AKAliKS

h précipitent à la cupidité, il l'amour que suit l'argent, à l'amour spéculateur en détail. C'est la ce que veut exprimer le critique ou censeur arabe qui dit : « La chanteuse n'a d'amour sincère pour personne; elle n'arrive que parla porte de l'avidité cupide. » Un appelé Aly fils de Djahm conte ceci. « Une fois, à une chanteuse avec laquelle je me trouvais, j'adressai ce vers :

• Sais-tu, en dehors de l'amour, une voie qui me

rapproche de loi ? Car l'amour m'a quitté. » — Eh bien! me dit-elle, viens parla porte de l'or. » Et elle ajouta ce vers :

« Prends pour intercesseur une pièce frappée au bon

coin, à laquelle tu renonceras. Cela rapproche toujours

qui n'est pas rapproché. »

On a demandé à quelques kalifes la suppression des chanteuses et même des chanteurs. Pour quelques mauvais croyants, faut-il donc détruire le temple? Pour des gens qui chantent faux, pour des oreilles qui n'aiment et ne sentent pas la musique, faut-il briser les orchestres, et enlever l'âme à tons les violons? Parce que je suis Alccste, misanthrope à l'endroit du sonnet, est-ce donc qu'il faut demander à l'Etal une loi martiale qui condamne dans les vingl-quatre heures cl fusille ciuq minutes après, tous les fabricants de sonnets? Eh mon Dieu !

On peut être honnête homme et faire des sonnets. Avant d'alleindre l'époque de Haroùn el-Râchid, le Cinquième kalife de la dynastie des Abbâcides, nous trouvons à nous arrêter un moment à une période de la dynastie des kalifes oméyades (ommiades) dont Abd el-Mélik fds de Merwùn est le cinquième kalife, et dont il a été comme la pléiade C'est, dans ce cycle kalifal, le règne où donnèrent éclat nombre de savants, de poètes, de chanteurs. Toujours aux époques vives, aux époques où l'intelligence prend essor, où le luxe

lUilH IS L'ISLAMISME. 47T

t'I la vie s'animent dans une sympathie mutuelle, les femmes ont aussi leurs talents et produisent leurs mérites. De la rosée et du soleil, et toute la terre sait verdoyer. Aide/., arrosez, laboureurs qui conduisez le monde, el la bonté de Dieu fera le reste ; n'ayez pas peur.

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