I.» jour que le kalife fut introduit auprès de sa femme, il
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s'assit auprès d'elle dans la chambre nuptiale ; et là, l'aïeule de Boùràn versa sur elle mille perles qui étaient sur un plateau en or. Le prince fit ramasser et recueillir ces perles, et demanda à la grand'mèrc quel en était le nombre. « Il y en a mille grains, > répondit-elle. Mâmoûn les mil tous sur le giron de Boùràn, en disant à sa belle épouse : « Accepte encore ceci en cadeau nuptial; ce sont choses légères et délicates qui serviront à ta parure, dont tu l'orneras à ton gré. — Parle donc à ton mari, à ton maître, dit la vieille grand mère à Boùràn. Il le donne le droit, il te demande de lui parler, même. Parle. » El Boùràn pria son mari de faire grâce à Ibrahim, ecl oncle de Mâmoûn, qui lui avait été substitué au kalifat. « La grâce d'Ibrahim, je le l'accorde. » Kt on laissa les époux à leur tète à tête.
Celte même nuit, on alluma et laissa brûler dans un taureau d'or un immense flambeau d'ambre pesant quarante mines ou environ quatre-vingi livres de douze onces. » En vérité, dit alors Mâmoûn, c'est aller loin en prodigalité. * Tout cela se passait en 210 de l'hégire (825 de J.-C.u Avant de partir, Mâmoûn lit compter dix millions de dragmes à Hacan ; celui-ci rassembla les olliciers de la cour, la suite et le cortège entier du kalite et leur distribua ces dix millions de dragmes. A son beau-père, Mâmoûn, outre cela, donna en concession la totalité du territoire de Fem el-Silh, et assigna en présent les impôts d'une année de la Perse et des terres de l lhwâz.
Mâmoûn retourna en grande pompe à Bagdad... Il vécut encore huit ans après son mariage. Boûrân ne mourut qu'en 271 de l'hégire (881 de J.-C), dans sa quatre-vingtième année (lunaire). Elle fut inhumée près de la mosquée dite Mosquée'du Sultan.
Tel fut le mariage de Boûrân, de cette femme qui me parait avoir été- la femme la plus étonnante, la plus crudité, h
m FEMMES ARABES
l»f us ornée d'instruction et de talents qu'aient jamais eue les Arabes avant et depuis l'islamisme. Le simple récit que nous venons de traduire la représente avec des couleurs caractéristiques; il laisse deviner encore bien au-delà de ce qu'il dit et même de ee qu'il ne dit pas. La femme la plus riche en savoir el en éducation devint l'épouse du kalife le plus élevé en intelligence, le plus abondamment fourni de connaissances qu'ait eu l'islamisme.
Final : récit il'un amour malheureux. — Quelque» réflexions.
("est ici que j'ai voulu clore et que je clos cette galerie de femmes arabes, où nous avons remarqué les caractères de deux sortes de gynécées, l'un des âges païens, idolâtres, l'autre des époques musulmanes, iconoclastes. Deux existences différentes que j'ai laissé retracer, dépeindre, analyser, scruter par les récits arabes eux-mêmes.
Pour tableau (inal de celte longue représentation, je vais traduire une brève anecdote. Nous finirons ainsi par quelque chose d'un peu dramatique et pathétique, dans son genre : Un jeune homme enflammé subitement d'amour; une espèce de séduction assez gentille ; un orage; un assassinai; un suicide; et, conséquence nécessaire, un enterrement. Tout cela en peu de lignes et assaisonné de deux vers :
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