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livrer, que si souvent brandissaient les lances, s'enlre-heurtaient les cavaliers, étincelaient au milieu du mirage du désert leurs sabres de l'Inde ou leurs lames de l'Yémen ; et pour tout cela, les vers s'improvisaient, se chantaieut, se répétaient dans les tribus, et devenaient des annales vivantes, des héritages invisibles mais précieux que les familles se transmettaient avec joie et fierté ! Là, les femmes qui furent causes de guerres ne furent pas des Hélènes maudites par les poètes leurs frères ou leurs conlribules, mais des femmes toujours aimées, ou révérées. « Hélène, a-t-on dit, est bien la cause de la guerre de Troie ; mais ce n'est pas pour plaire à Hélène ni pour lui faire honneur que l'on a combattu; c'est pour la conquérir et la rendre à son époux. Rien, dans ce fait, ne ressemble à de l'amour chevaleresque; cet amour est toujours une malédiction envoyée par les dieux..., est toujours un empêchement, jamais une excitation à l'héroïsme. » Chez les anciens Arabes il n'en fut pas ainsi; l'amour réel et la passion de protéger la femme, inspiraient et suscitaient à chaque moment, des défis, des combats, des luttes. Tous nos héros de l'Arabie païenne, oni, comme les paladins d'Occident, leurs dames d'amour. Femmes et lances, amour et gloire des armes étaient les mots cl les choses qui remuaient les esprits et les courages. C'était la chevalerie dans sa noblesse, dans sa vérité et sa pureté, chevalerie ancienne, comme on le voit, qui vivait dans toute sa beauté et sa sincérité, bien des siècles peutêtre avant les deux mille ans de notre ère, et qui fut la sœur ainée de la chevalerie de l'Occident, de notre chevalerie, qui ne servit pas toujours, comme dans ce vieil Orient, au bien réel, social de la nation. En Europe, la chevalerie fut un accident, une imitation; en Arabie, elle fut un principe, une morale publique ; en Europe, elle a surtout paradé; en Arabie, elle se battait, marchait (ière et exigeante.
Des centaines de guerres dans l'Arabie païenne et quclques-
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unes encore dans l'Arabie réformée par l'Islamisme, ont en le nom d'une femme écrit dans leur cause essentielle ou dans leurs circonstances principales. C'est toujours ce mot de notre temps : < Un grand bouleversement, une grande banqueroute, une grande révolution a eu lieu ; où est la femme ? » Dans tout cela il n'y a donc rien de nouveau ; tout a toujours été ; pourquoi voudrait-on que la plus belle moitié du genre humain ne fut pas pour une immense part dans ce que fait la vilaine moitié ? L'autorité, ou le despotisme, ou la jalousie, ou la philosophie, ou la politique du sexe viril a beau, dans ses lois et ses arrangements de société, s'efforcer le plus qu'il peut, de mettre à l'écart le sexe féminin, le viril n'arrivera jamais a l'accomplissement de sa volonté ; sans qu'il s'en aperçoive, la femme est mêlée à tout, est auprès de tout, cause et motif dans tout ; elle est pour moitié en chaque chose ; elle tient l'autre sexe sous une magie invincible. L'Islamisme est la combinaison sociale qui a le plus annulé la femme dans les affaires publiques, dans les relations des nations, dans les faits de conquêtes ou de guerres. Mais, en réalité, qui sait tout ce qui se discute, ou se demande, ou se propose, ou se décide en questions d'intérêts généraux dans les tête-à-tête du harem ! Qui peut dire combien est facilement ou malaisément vaincu ou dominé un homme, prince ou autre, qui dans son gynécée peut avoir quatre moitiés légales, et une foule peut-être d'autres moitiés accessoires, autre camp de réserve fortiflé pour et contre ce maître absolu ? Maitrc absolu ? quelle déception ! Parce qu'à l'instant même il est obéi dès qu'il ordonne de tuer, ou d'exiler, ou de destituer, ou de confisquer, le souverain du harem s'imagine avoir tout fait de soi-même, avoir tout commandé. Il ne voit pas qu'il est uniquement l'exécuteur en chef des hautes-œuvres sous les ordres invisibles de ceux et surtout de celles qui l'entourent, qui le touchent, qui
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l'aiment el qu'il aime. Car il y a presque toujours de l'amour partout ; on veut le fuir ou le réprouver, et on en est le valet ou l'esclave. C'est, en première ligne, l'amour que fuit le cénobite, l'anachorète, etc. ; mais chaque jour il leur faut le combattre ; même de loin, il est toujours près. Oui, en toutes choses, demandez : où est la femme?
En Arabie, ce devait et ce doit encore être de même. Nous avons signalé précédemment une révolution, la destruction de deux tribus, par suite de l'outrage qui flétrit Ofayrah. Ce fut pour obtenir la main d'Ablah (la Potelée), que le poète cavalier, le quarteron Antar, de retentissante mémoire, joua si longtemps sa vie dans les périls, dans les rapines, dans le sang. Rabyah, pour mériter la judicieuse fille qui lui promit de l'épouser, défendit sa tribu contre l'escadron Zobaidide du chevalier errant, le redoutable Amr fils de Mady Kariba. Pour sauver une petite caravane de femmes, ce brave Rabyah, blessé à mort, et sentant se perdre son sang et sa vie, courut se poster et expirer, à cheval, appuyé sur sa lance, au défilé de Kadid. Les ennemis n'osèrent approcher, croyant le héros en arrêt et disposé a les bien recevoir. Ce f^t lorsqu'ils le virent baisser la tête et que mort il fut tombé de son cheval, qu'ils franchirent le passage; mais déjà la caravane atteignait la tribu el leur avait échappé. Un soufflet donné à Chanfara par une petite tille à laquelle il sourit tendrement, alluma la colère de ce ribaud effréné, de ce poète admirable, à la poésie nerveuse, sauvage, parfumée d'amour, aux os maigres et décharnés, lui fil jurer de tuer de ses flèches infaillibles cent de ses ennemis; il en tua quatre-vingt dixneuf. Le centième se tua en se blessant le pied au crâne du poète, abandonné sur le sol comme un crâne de bête fauve. Une des guerres dites les guerres de Fidjàr ou guerres criminelles, xmpia bella (580 de J.-C, et Mahomet était alors âgé de neuf à dix ans), eut pour motif un outrage fait h une femme
AVANT L'ISLAMiSMk. 7i> assise par terre à la foire olympique ou assemblée commerciale et littéraire d'Okàz. Cette femme élégamment accoutrée, d'uoe tournure gracieuse, d'un aspect coquet et attrayant, était enveloppée d'un voile. Déjeunes étourdis s'approchèrent fie cette femme, et lui demandèrent de détourner son voile et de leur laisser voir son visage. Elle refusa d'un air de sévérité. Un jeune homme se plaça peu a peu derrière la belle Arabe, et sans qu'elle s'en doutât, lui attacha avec une épine, le pan de son vêtement vers le milieu des épaules; en se levant, la femme sans l'avoir prévu, découvrit sa nudité a la foule. On partit d'un grand éclat de rire. La femme cria vengeance, et, à ses cris, la guerre se déclara. Ryhànah, la mère de Doraid, poète et guerrier, lequel rendit un si bel hommage a la bravoure chevaleresque de Rabyah dont nous venons de parler, Ryhànah ne laissa de repos à son fds que lorsqu'elle l'eût décidé à venger la mort de son autre fils tué par une tribu voisine. Une autre femme des Bérai Tamim, appelée Baçoûs, et qui était chez les Béni Bekr, simplement sous la protection de Djassâs, eut sa chamelle blessée d'un trait lancé à dessein, par l'orgueilleux Kolaib. Kolaib pendant on temps fut reconnu roi par presque toutes les tribus du Hédjàz. Il s'établit autocrate, prit un orgueil excessif, une autorité arrogante. De là l'expression proverbiale : < Plus allier même que Kolaib. » Baçoûs, voyant revenir en beuglant sa chamelle blessée à mort, jeta le voile qu'elle avait sur le visage, cria vengeance dans la tribu de Djassàs. Djassàs, dont Kolaib avait épousé la fille, n'hésita pas un moment à se charger de réparer l'injure et le dommage fait à sa protégée. Il calma Baçoûs : « Je te le jure, lui dit-il, demain sera immolé un étalon de plus haut lignage que la chamelle. > Le lendemain Djassàs monte à cheval, va trouver Kolaib, lui rappelle l'aventure de la veille et pousse a l'orgueilleux roi un coup de lance qui lui casse les reins. Kolaib mourut. De la une guerre qui dura quarante ans. et
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dans laquelle se distingua surtout le poète Moulialliil, frère de Kolaib et surnommé le Conteur de fleurettes. Mouhalhil abandonna désormais les chants érotiques, les femmes, le vin, les jeux de hasard, et poursuivit, à la tête d'une armée, la vengeance de son frère.
Quant h Rabyah (il était fils de Moukaddam), c'est le plus brillant, le plus admirable preux de l'Arabie. Jeune, beau, vaillant, généreux, aimant, respectueux, il fut vanté de tous ceux qui l'ont connu et qui ont entendu son histoire. Le poète Kab a dit dans un éloge funèbre :
c Fils de Moukaddam ! Combien de veuves et de mères ont été sauvées par toi le jour de ta mort, par toi qui es maintenant peut-être la pâture de l'hyène et du vautour cramponné sur ton cadavre ! • La mémoire de Rabyah fut en telle vénération que l'on allait sacrifier des victimes sur son tombeau dans le défdé de Kadîd où il avait rendu les derniers soupirs. Ces sacrifices furent un usage qui se conserva longtemps. On immolait surtout des chameaux; et cette immolation consistait a couper les jarrets de l'animal et a le laisser là se débattre et souffrir, jusqu'il ce qu'il expirât d'inanition. Rabyah fut le seul héros de la gentilité arabe auquel on rendit longtemps de tels honneurs, parce qu'il fut le seul, dit la chronique, qui, mourant, cadavre, protégea une retraite, celle d'une caravane de femmes regagnant leur tribu. Les voyageurs même s'acquittaient de cette dette de reconnaissance et d'admiration ; c'est ce qu'indique celui qui, passant dans le. désert près du tombeau, s'excusa d'avoir encore trop d'espace à parcourir et improvisa ces vers :
c Ma chamelle a bondi à l'aspect de la tombe sur cette terre jonchée de pierres noircies par le soleil ; c'est la tombe d'un héros aux deux mains généreuses, aux bienfaits abondants.
AVANT I ISI AMISMK SI « Ne fuis pas, ô ma chamelle ; celui-là savait boire et savait chauffer une bataille »
Voici quelques vers d'Oumm Amr, la s<enr de Rabyah; elle déplore le trépas de son frère, ('/est elle-même qu elle interpelle.
« Pourquoi tes yeux pleurent-ils? Pourquoi ces larmes, celte pluie de larmes? Jamais elles ne diminueront, et non plus elles ne peuvent augmenter. (Ma douleur sera éternelle, mes larmes couleront à jamais.)
« Je pleure un guerrier qui n'est plus, un héros mort, et qui en nous échappant, m'a laissé un héritage impérissable de deuil.
« Si la douleur pour un proche avait pouvoir de rappeler de la mort à la vie, ma douleur et mon désespoir ranimeraient mon frère.
« S'il était une rançon qui satisfit la mort, oui! tout ce que j'ai de cher, tous les biens dont je jouis, seraient ' sacrifiés et me rendraient mon frère.
« Mais la flèche de la mort, ah ! celui qu'elle a couché en arrêt et frappé, ni médecin, ni puissance de médecin, ni puissance évocatoire, rien, rien ne peut plus le rendre à la vie.
« Va, ô mon frère! dors en paix séparé de nous; que Dieu jamais n'éloigne de nous ton souvenir! Homme tu as trouvé ce que trouvent les hommes, la Tnort.
« Je le pleurerai tant que gémira la colombe au brun collier, tant que mes pieds me conduiront avec ce qui marche sur la lerre.
« Rabyah m'a laissée inondée de pleurs, abîmée de douleur; jamais ne me quittera sa pensée, et jamais ne se desséchera le coin de ma paupière. » Raytah, la veuve de Rabyah, fit aussi l'éloge de ce généreux chevalier. Dans une circonstance de danger pour la tribu,
Si KKMMKS AltAHIS
Raylah avail elle-même propos*'* sa main au fils do Moukaddam ; c'était le temps, alors, où la femme avait une influence puissante sur l'homme. Voici le fait :
lTne troupe de cavaliers alla en maraude du côté de la tribu de Rabyah. Or, une jeune fille, c'était Raytah, sort de sa lente et va s'asseoir auprès de plusieurs de ses compagnes. Puis elle appelle une de ses esclaves et lui dit : « Va me chercher un tel. » L'esclave obéit;... l'individu arrive et la jeune fdle lui dit : « Certain pressentiment m'avertit qu'une troupe de cavaliers vient pour nous surprendre et fondre sur nous. Comment te comporterais-tu avec eux, si je te promettais det'épouser? — ,îe leur en montrerais de toutes les couleurs. » Et le voilà qui vante, qui surfait son adresse et son courage. « Bien! lui dit la Mie Arabe, retire-loi; je verrai ce à quoi il convient le mieux de me décider. » Puis s'adressant à ses compagnes : * Ce n'est rien que cet homme là. Va me chercher un tel, » dit-elle à son esclave. L'esclave obéit. L'homme vient; et la belle lui adresse les mêmes paroles qu'au premier; elle en reçoit à peu près semblable réponse. Raytah le congédie de ta même manière et dit à ses amies : » Encore un où il n'v a rien. » Puis .à l'esclave : « Va, dit-elle, me chercher Rabyah fds de Moukaddam. » L'esclave part... et revient avec Rabyah. La jeune fdle renouvelle son allocution comme aux deux autres. < Le suprême de la sottise, répond Rabyah, est de se vanter soi-même ; mais quand je serai en face de l'ennemi, je me conduirai de telle sorte que, même si je suis vaincu, l'on m'excuse. Il a toujours fait son devoir, celui dont les efforts ont mérité d'être approuvés. — Je t'épouse, reprend subitement la jeune Arabe; viens demain à l'assemblée de la tribu pour, sceller notre union. » Rabyah partit.
La tribu fut attaquée; Rabyah sauva ses sœurs, sauva la Iribu,, vainquit en une sorte de tournois ou passe-d'armes
AYANT LTSLVMISMK. &l
le plus terrible batailleur de l'époque, et épousa Havlali.
Quelque temps après que sou mari lut tué, llaytah eut motif d't n faire l'éloge. Mais il faut raconter à quelle circonstance, et montrer une fois de plus, par là, quelle importance la femme avait dans cette société païenne de l'Arabie. Cette petite histoire est d'ailleurs un tableau de mœurs, et de chevaleresque galanterie. C'est toujours l'Arâny ou grand Romancero des Arabes qui nous fournit ces vieux récits.
f Le poète Doraid fils de Simmah, de la tribu des Djouchamides ou Béni Djoucham, partit en razia contre la tribu de Rabyah, les Firâcides ou Béni Firàs. Doraid était à la téte d'une troupe de cavaliers, ses contribules. En débouchant dans une vallée du territoire des lîéni Firâs, appelée la vallée d'El-Akhram, il avisa de très loin, à l'extrémité opposée, un homme qui conduisait une femme montée sur un chameau. Doraid examine; aussitôt : « Lance-moi ton cheval sur ce convoi, dit-il à un de ses cavaliers ; et crie à cet homme : « Lâche prise, laisse-moi cette femme et pense a te sauver la vie. » Doraid, bien entendu, ne connaissait pas le voyageur.
I,e cavalier part, arrive, et, à portée de voix, il crie à l'homme : « Abandonne ton convoi. » Il réitère ses sommations. L'étranger le laisse approcher; puis doucement, placidement, il jette à sa dame la bride du chameau, et dit d'une voix calme ces vers :
« Marche à loisir, marche au pas d'une femme heureuse et tranquille,
« Dont la croupe saillante s'est arrondie dans la sécurité, dont le cœur n'a jamais palpité de crainte.
« Tourner le dos à un ennemi brave, ce serait une honte ineffaçable.
« Sois témoin de l'accueil que je vais faire à ce cavalier; vois de tes yeux un échantillon de mes coups. » Sur ce, il charge le cavalier, le désarçonne d'un coup de
SI KKMMKS \lt\B»
lance. l'étend raide murl, prend le cheval, en fail hommage a la dame, et se remet à cheminer comme auparavant, sans plus d'émotion ni de presse.
Doraid ne voyant pas reparaître son homme, envoie à la découverte un autre cavalier. Celui-ci trouve son compagnon étendu sans vie; il pousse sur le voyageur, et, de loin, lui cric les mêmes sommations qu'avait adressées le premier aggresseur. Le voyageur fait la sourde oreille. I* Djouchamide croyant n'avoir pas été entendu, lui court sus. L'étranger jette de nouveau à sa dame la bride >lu chameau et charge le cavalier en lui adressant ces vers :
< Laisse passer la femme libre et inviolable 4
« Car entre elle et toi est Rabvah,
« La lance au poing, une lance qui sait lui obéir à souhait.
« Si tu refuses, tu reçois de moi un coup comme l'éclair.
« Ma loi pour un ennemi c'est le fer de ma lance. » Et le cavalier fut abattu.
Doraid, impatient, détache un troisième homme, et veut savoir ce que sont devenus les deux autres. L'éclaireur arrive; il les trouve alongés par terre, et aperçoit l'étranger cheminant tranquillement, conduisant à la main le chameau de la dame et traînant nonchalamment sa lance après lui. < Lâche prise, » crie le cavalier. « Dirige-toi, mon amie, dit alors Kabyah à sa belle pèlerine, dirige-toi droit sur les tentes les plus proches d'ici. » Puis il se retourne en face de son adversaire et lui adresse ces trois vers :
« Que penses- tu recevoir d'une mine refrognée comme la mienne ?
« Tu n'as donc pas vu, sur ton chemin, le premier, puis le second cavalier?
« Voila la lance redoutable qui les a tués. •
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Kt il pointe son homme, et le culbute ; mais la lance de Rabyah se brise.
Doraid étonné de ne voir revenir aucun de ses trois cavaliers, et pensant toutefois qu'ils avaient enlevé la dame et tué le conducteur, part lui-même à la découverte. Il rencontre, étalés sur le sable, un cadavre, puis un autre, puis un troisième cadavre, ses trois cavaliers, raides morts chacun à sa place, et il aperçoit Rabyah, désarmé, qui avec sa dame approchait déjà du camp de la tribu. < Brave chevalier, dit Doraid au héros liracidc, certes ! des hommes comme toi, on ne les tue pas. Toutefois, mes gens battent le pays ; ils voudront venger sur toi la mort de leurs frères, et je te vois privé de lance, et si jeune!... Tiens, prends la mienue; et je m'en retourne ; je vais ôter à mes compagnons l'envie de te poursuivre. » Doraid repart à grande course... Il dit à ses gens : « Le cavalier a su défendre sa pèlerine. Il a tue nos trois hommes, et de plus il m'a accroché ma lance. C'est un champion qu'il ne faut pas songer à attaquer. » Et ils s'en retournèrent.
Rabyah lit lui-même le récit de sa prouesse en quelques vers; il a dit :
•< Veux-tu savoir le vrai de ce qui s'est passé à la vallée d'EI-Akhram? Demandc-le, je le prie, à la dame qui était avec moi.
« Comme elle eut été la proie du premier cavalier qui courut sur elle, sans le coup de lance de Rabyah le fds de Moukaddam!
« Misérable! qui d'un air de protection s'en vient me crier : « Laisse-moi ta dame; songe à ne pas (c repentir de me résister, rends-loi ! ! >
« Lors, je tourne le chameau de ma dame du coté de ce prétendant, el je vais apprendre a ce fat ce qu'il ne savait pas (ma manière de l'aire).
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« Je lui adresse un superbe coup de lance qui lui ouvre large la peau des lianes ; et le voilà renversé, les deux mains el la ligure contre terre.
« A un autre ensuite je lais cadeau d'un coup bien brandi qui lui fend une énorme blessure hideusement béante de travers comme les coins d'une gueule torse.
« Puis, je leur ai donné pour compagnie, un troisième. En si beau moment, pouvais-je consciencieusement penser à fuir, à laisser si belle prouesse? » Continuons.
Quelque temps après que mourut Habyali, une troupe de cavaliers de sa tribu partit en razia contre les Djouchamides, tribu de Doraid. Les Firâcides eurent succès ; ils tuèrent, ils firent nombre de prisonniers, enlevèrent un butin considérable ; Doraid lui-même fut pris. Il eut bien soin de cacher son nom. Arrivé h la tribu des vainqueurs, il (ut, avec tous les autres prisonniers, mis sous une garde sévère. Les femmes frappées de sa bonne mine, venaient d'un air coquet cl triomphant passer et repasser devant lui. Tout à coup une d'elle s'écrie : « Par la mort ! quel beau coup vous avez fait là, enfants de Firâs ! Savez-vous qui est ce cavalier? — Eh bien?
— Eh bien ! c'est précisément celui qui fil cadeau de sa lance a Rabyah le jour de l'histoire de la dame. « Et elle jette son laùb (ou pallium, tunique) sur le prisonnier, en disant : « Enfants de Firàs, je prends, moi, ce prisonnier là sous ma protection ; c'est l'homme de la journée d'EI- Akhram. » On se presse en foule; on demande au captif qui il est. « Je suis, dit-il, Doraid fils de Simmah. — A qui donc ai-je donné ma lance? — A Rabyah fils de Moukaddara.
— Qu'est-il devenu ? — Les Solamidçs (Béni Sola.im) l'ont tué.
— Mais où est la dame dont il conduisait le chameau? — C'est moi, dit Rayiah, la fille de Djizl el-ïiàn , el Rabyah étail mon mari, n
Les Firàcides gardèrent Doraid prisonnier; mais ils se cousu II ère ni sur ce qu'ils avaient à faire de lui. Les uns disaient : « Sachons ne pas payer par une humiliation la générosité de Doraid pour Kahyah. » D'aulres objectaient : « Nous ne sommes en droit de libérer ce prisonnier, que si Moukhârik qui l'a pris, y cousent. » A la nuit suivante, Iiaylah alla se présenter à loutes les lentes de la tribu, en répétant ces vers :
« Sachons reconnaître la générosité de Doraid envers le (ils de Moukaddam ; à chacun le fruit de ses œuvres.
« Le bien pour le bien ; le mal et l'opprobre pour le mal.
« Laissons a Doraid une noble et digne récompense ; rappelons-nous qu'il donna a Rabyah sa lance à la hampe longue et belle.
« Par là, lamain du fils de Simmah a droit à un bienfait de nous ; encore une fois, récompense-à qui est grand et généreux.
» Oublierez-vous ce qu'il a fait pour votre héros, pour vous? Vous conduirez-vous envers lui de telle sorte que la bouche des hommes se gonfle de inépris à le dire ?
« Oh! si liabyah vivait encore, fût-il riche ou fût-il daus le besoin, il ne mesurerait pas, lui, les dons de sa reconnaissance.
« Brisez les liens de Doraid, retirez-le des mains de Moukhârik, et ne posez pas devaul vous une œuvre de honte qui vous soit un* marchepied peut-être au repentir. »
Le lendemain la tribu se cotisa pour indemniser Moukhârik ; Doraid fut mis en liberté. Raytah donna au lils de Simmah un vêtement et des aimes. Doraid retourna à sa tribu el jamais plus ne lit la guerre aux l'iràcidc.s.
h;mmks ahahi s
Femme* enlevées dan» les raiias, le* rencontre*. - Prise »lc llind, femme du roi
Hodjr. — Vengeance.
Que déduire de ces récit»? Il csl évident que protéger les dames était une œuvre de haute mérite, ei- une œuvre de première importance. Mais les enlever était aussi un beau succès, était un vol des plus entiés 4c tribu à tribu. Autant on avait le vif esprit de jalousie, la vive passion de l'honneur de la famille, c'est-à-dire de la femme, car le même mol signifie encore femme et famille, autant on avait lè vif désir, le vif besoiu d'enlever dans une razia, ou dans une rencontre d'une caravane en voyage, les filles et les femmes. C'était double but rempli : les femmes prises ainsi était à la discrétion entière du ravisseur, du larron ; et elles n'étaient rendues qu'à bonnes rançons. Les traits historiques dans ce sens ne sont pas rares. Ce malheur ou ce bonheur arriva à la femme du roi si fier des Kindides ou Béni Kiudah, le roi Hodjr, père d'un grand poète.
Dans une incursion des Kodâïdcs ou Béni .Kodàah contre la tribu des Kindides, pendant que Hodjr était en expédition, les 'Kodâïdcs commandés par Ziàd fils de Habboûlà, enlevèrent un butin considérable, des provisions de dalles sèches, nombre de chameaux, cl nombre de femmes. Ziàd fit même prisonnière Hind la femme de Hodjr; celui-ci revint à la hâte sur ses pas et se dirigea vers le lieu où il pensait rencontrer Ziàd. Hodjr arrivé à peu de distance du camp des Kodâïdes, envoya deux espions, Saly et Sadoûs, reconnaître la troupe ennemie et victorieuse. Nos deux hommes réussirent à s'insinuer au camp sans être reconuus. Ziàd était près d'un feu.
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cl faisait dire alors a ses; gens que ceux <jui lui apporteraient du bois, recevraient en retour une certaine quantité de dalles. Les dattes étaient en masse, déposées devant la lente de Ziàd et à côté du feu allumé. Tous ceux qui apportèrent du bois, reçurent des dattes. Les deux espions allèrent aussi ramasser du bois; ils reçurent comme les autres, leur portion de dattes, et ils s'assirent ensuite près de la tente de Ziàd. Saly dit alors à Sadoûs : a Tout ce que nous avons vu me parait suffisant comme notions et renseignements sur ce que projette l'ennemi. Je vais annoncer à nos compagnons, à Hodjr, ce dont nous avons -été lémom, et je leur montrerai ces dattes. — Moi, dit Sadoùs, je ne pars pas que je n'aie des notions plus complètes, plus précises. Je veux voir; j'attendrai encore. » Quelques instants après la nuit close, des bommes armes arrivèrent pour faire la garde auprès de la lente de Ziàd et se postèrent en groupes, ça et là.
Alors Sadoûs va frapper de la main sur l'épaule d'un individu qui venait de s'asseoir parterre comme les antres: « Qui es-tu? lui dil-il , car Sadoûs craignit un moment d'être découvert. — Je suis un tel lils d'un tel. — C'est bien ! » reprend Sadoûs d'une voix nette cl ferme. Puis il s'approche contre la lente de Ziàd; et voilà qu'il entend parler de dedans la lente. C'était le (ils de Habboùlà qui se meltail à côté de Hind, qui l'embrassait, jouail avec elle. Entre autres choses Sadoûs entendit ceci: « Dis-moi, Hind; à ton avis, comment se trouverait Hodjr, que ferait-il, s'il savait qu'en ce moment je suis à côté de toi, en doux tête à tête ? — Mon avis ? Par Dieu ! il courrait sur ta piste el ne s'arrêterait de courir que lorsqu'il apercevrait les branches rouges. Je le vois au milieu de ses cavaliers, les animer, s'animer par eux ; car il est bouillant, il est plein de colère el de rage, il est impatient de vengeance, la bouche lur foisonne d'écume comme un chameau qui mange des herbes amères. » C'est
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de ce dernier Irait, dit-on, que Hodjr recul le sobriquet de mange-amer.
Aux paroles de lliud, Ziàd lève la oiaiu el lui applique un soufflet : « Je le comprends, dit-il; Hodjr le plait, tu l'aimes. — Je Je jure par Dieu, réplique-l-elle, je n'ai jamais détesté de mâle comme je le déleste. Mais je n'ai jamais vu d'homme être en observation plus serrée, el plus étonnamment circonspect dans toute sa vie, soit qu'il dorme, soit qu'il veille. — Et comment cela? — Écoule. Est-il en sommeil, il a la moitié de son èlre en. éveil. Avant de se coucher, il me recommande toujours de placer près de son lit une jade pleine de lait. Une certaine nuit qu'il donnait, moi à son côté, me tenant l'œil fixé sur lui, voilà qu'un serpent noir parait et lui vienl droit vers la face. Hodjr incline cl détourne la tôle. Le serpent glisse du côté de la main. Hodjr avait une main fermée et l'autre ouverte. Le serpent approche de celle-ci ; Hodjr la ferme. Le serpent lui va du côté des pieds ; l'un était retiré en haut, el l'autre alongé. Le serpent arrive vers le pied alongé ; Hodjr plie la jambe et remonte le pied. Le serpent se glisse sur la jatte de lait, le hume goulûment, puis le revomit dans la jatte, a Bien! me dis-je alors; Hodjr se reveillera ; il boira le lait, en mourra ; ah ! je serai donc débarrassée de lui.» Il se réveille en effet : - Donne-moi le lait, » me dit-il ; je lui présente la jatte ; mais il a soin de flairer dedans ; cl la main lui tremble, la jatte tombe el se renverse. Ainsi fail-il pour tout ; il n'est jamais pris au dépourvu ; il pense à tout. »
Les paroles ne s'entendirent plus. Quand Hind fut endormie, el que les gardes se lurent éloignés el dispersés, Sadoùs qui avait ouï loul le récit se leva doucement, puis s'évada. Il alla grands pas, marcha le restant de la nuit. Avant l'aube, il fut auprès de Hodjr, el lui raconta de suile comment la conversation s'était entamée el terminée. Sadoùs ajouta que
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Ziàd jouail avec Hind et avait la lélc appuyée sur les genoux de sa captive.
Hodjr fail rouler dans sa poitrine un soupir grondant, se lève debout, cl ordonne le départ immédiat. On se met en marche ; on arrive à l'improvistc sur le camp de Ziàd ; on se bat avec fureur ; Ziàd est mis en fuite ; Sadoùs l'aperçoit dans la foule, fond sur lui, le saisit à liras le corps, le renverse, le tue, lui coupe la tète, et le dépouille. Hodjr reprit Hind. Le jour même il la lia à deux chevaux qu'il fit ensuite partir au galop à contre-sens l'un de l'autre; elle fut écartelée, déchirée en morceaux. C'est après ce dénouement que Hodjr dit les trois vers suivants qui passèrent dans le domaine des chants publics.
« Après l'exemple de Hind, homme qui se laisse séduire et se laisse prendre de véritable amour pour une femme, est un sot qui se laisse bêlement duper ;
« Hind qui avait la parole et la langue si doucereuses et les secrets de la pensée si amers !
« Oui, tout être femme, quelque preuve d'amour qu'il déploie, n'a qu'un amour détestable. »
Ces expressions de dépit rappellent les deux vers que dans Y Ecole des Maris Sganarellc jette sur la scène :
J'aurais pour elle au feu mis la main que voilà! Malheureux qui se lie à femme après cela !
Le poète linrou-l-Kais. — Il va à la recherche d'une femme; question» et réflexion* singulières. Trahison d'un esclave. Mariage du poète. — Keci imination* a propos du meurtre de llodjr son père; discours. (
Autre trait de mœurs et d'esprit, aux déserts arabiques. Il s'agit du mariage du lils de ce même Hodjr, Imrou-i-kais, *ce poète si brillant des temps unléislumiques, poète viveur,
9i FEMMES AKARKS
poète aux prouesses amoureuses, aux avenlurcs lendres qu'il a si bien /acontées et colorées dans son petit poème mis au nombre des sept Poèmes dorés (f). \mi du vin, frianjj de plaisirs, il ne savait pas rompre une fêle, une débauche, pour les motifs mêmes les plus émouvants. Au retour d'une chasse, il était à un repas avec des amis, il buvait joyeusement, versait joyeusement à boire, échauffé d'enthousiasme et de folle s gailé; et ses chanteuses chantaient, lorsqu'on vint lui apprendre le massacre de son père, le pillage de tout ce qu'il possédait, la captivité des concubines el des femmes du roi. Le poète répondit : « Aujourd'hui le vin; demain les affaires. » El il but encore sept rasades. Revenu de son ivresse, il jura de ne plus boire, de ne plus manger de viande, de ne plus se parfumer, de ne plus avoir de commerce avec aucune femme, de ne plus se laver la tête, avant qu'il eut vengé son père. Et il se vengea à outrance.
Mais arrivons au mariage ; voyons la sagacité et la spirituelle prudence de la fiancée de notre poète, chassé comme coupable de génie poétique par son père, comme ayant ainsi dérogé à la noblesse et à la hauteur de son rang, lui (ils de roi. Hodjr commit bien quelques vers, mais il se serait bien gardé de s'allicher poète.
Avant que nous entamions notre récit, rappelons que dans les dialogues entre fiancée et fiancé, jamais le fiancé ne voit la figure de sa fiancée. Celle-ci reste sévèrement voilée ; elle ne laisse à découvert que ses yeux. Ou bien encore, on converse médiatement, c'est-à-dire par un intermédiaire qui, même de maison à maison, ou de tente à. tente, transmet les paroles, les questions, les réponses, etc.; ou bien les interlocuteurs s'entretiennent directement, mais séparés par une
il: Voyc» l'histoire de ce poèlc, fils de roi, dans 17i«/w tur I hiiioire de* Arabet, w,l. Il, p. 302 H suiv., de mon excellent mailrc M. Caussindc Percerai; mais le ma . ria«e dont je veux parler ici n> est pas indique.
AVANT I. ISLA.MlSMt M
tenture, un rideau, un grand Store, même une nallo tendue cl soutenue en manière «le cloison. Or donc, lmrou-1-kais avait juré en toute obligation de conscience de ne se marier qu'avec la femme qui saurait lui donner la réponse à la question que voici: « Qu'est-ce que huit, quatre, et deux ? * Et il se mit en quête, cherchant femme en mariage, et posant comme préliminaire son singulier problème. Mais chaque femme à laquelle il énonçait la question, répondait : « C'est quatorze. »
Une nuit donc qu'il cheminait, nuit obscure, il rencontra un homme conduisant une jeune fille, très jeune encore, et Mie comme la pleine lune. La rencontre sourit à notre poète, et il propose son énigme : t Belle enfant, dit-il, qu'estce que huit, quatre, et deux? — Voici ce que c'est, dit-elle après un moment de réflexion. Huit, c'est le nombre des mamelles de la chienne; quatre est le nombre des mamelles de la chamelle, et deux ce sont les deux seins de la femme. » Pour le coup, Imrou-I-Rais demanda immédiatement au père la main de la spirituelle voyageuse. Le mariage fut consenti séance tenante. Mais la jeune tille établit comme conditions a son fiancé impromptu : — qu'elle lui proposerait à son tour, le soir de la première nuit de leurs noces, trois questions; le poète accepta ; — qu'il enverrait en surplus du don nuptial ou douaire voulu, cent chameaux, dix esclaves, dix serviteurs et trois chevaux. Tout cela fut fait.
Ensuite Imrou-I-Kais, par le moyen d'un esclave, envoya encore en présent à la jeune Arabe une outre de miel, une outre de beurre fondu et un bourd ou manteau rayé de fine étoffe de l'Yémen. L'esclave, dans le trajet, s'arrête et se repose auprès d'une réserve d'eau. Il déplie le manteau cl l'endosse ; mais l 'étoffe s'accroche à sa rude chevelure crépue, se fend et se déchire. Après cela, l'indiscret ouvre les deux outres et régale les gens en station a la réserve d'eau.
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De là, déficit dans les outres... L'esclave |>a r l el arrive à la tribu, nuis à la toute de la future épouse. Beaucoup de gens étaient absents. Il demande des nouvelles du père, de la mère, du frère de la fiancée, à laquelle il livre en même temps les préscnls qu'il apporte. « Lcoute, lui dit-elle, va informer ton maître que mon père est allé rapprocher ce qui est éloigné et éloigner ce qui est rapproché ; que ma mère est allée partager une existence en deux existences ; que mon frère est aux palis à regarder le soleil ; et ajoute : votre ciel est fendu, et vos vases sont en perte. ►
L'esclave s'en retourne. Arrivé chez son maître, il lui répèle ce qu'à dit la jeune fille. Imrou-l-Kais réfléchit un moment el se met à dire : « Mon père est allé rapprocher ce qui est éloigné et éloigner ce qui est rapproché ; » ces paroles siguifient que cet homme est allé demander l'alliance et le secours d'une tribu pour sa tribu. « Ma mère est allée partager une existence eu deux existences, » signifie que la mère est allée accoucher une femme en travail d'enfantement. « Mon frère est au pâtis à regarder le soleil, » veut dire que ce frère est allé faire paître ses troupeaux et qu'il attend pour s'en revenir, que le soleil soit disparu. Quant à ces mots : e Votre ciel est fendu, » ils me disent que le lourd ou manteau que j'ai envoyé est déchiré ; et « vos vases sont en perte, » que les deux outres que tu as emportées, esclave de malheur, n'étaient pas entièrement remplies quand tu les as remises. Dis-moi de suite la vérité. — Maître, reprend l'esclave, j'ai fait halte vers une réserve d'eau des Arabes. Ils m'ont demandé qui j'étais ; je leur ai conté que j'étais ton cousin ; alors j'ai déplié le manteau et il s'est déchiré ; j'ai ouvert les deux outres, et j'ai laissé se régaler les Arabes campés près de celle réserve d'eau. (Je craignais que ces gens-là ne me fissent du mal ; pour leur donner à croire que je ne mentais pas, j'ai voulu revêtir le manteau,