‹ Femmes Arabes avant et depuis l'IslamismeChapitre 9 sur 36 · AVANT LTSI AMIS.MI · texte numérisé non relu

AVANT LTSI AMIS.MI

et je les ai régalés de beurre et de miel.» — Que le diable remporte! •

lmron-l-Kais prépara cent ch.imeaux et emmenant son esclave, il partit pour la tribu de la jeune fille. Dans le trajet on lit une balte. L'esclave se mit en devoir de faire boire les chameaux, mais il n'avait pas la force de tirer de leou. imrou-l-Kais le vint aider; l'esclave le culbuta dans le puits, décampa aussitôt, et se rendit avec les chameaux à la tribu de la fiancée. Il se composa cl s'annonça comme étant le mari. Sur ce, on s'empressa d'aller dire a la jeune fdle : « Ton mari est arrivé. — En vérité, reprit-elle, je ne sais si c'est ou non mon mari. Mois voici ; tuez un (hameau pour la bienvenue; et vous servirez à votre hôte les entrailles et la queue de la bêle. « On se conforma à ces recommandations. Lors du repas, elle jjil : « Donnez à boire à votre hôte du lait aigre. » On servit du lait aigre et l'esclave le but. Ensuite la belle dit à ses gens : « Etalez à cet homme sa couche vers les issues et le sang retiré du chameau que vous avez égorgé. » On obéit; l'esclave se coucha.

Au matin la jeune fille lui envoya dire : « Je désire te questionner. — Questionne, lit-il répondre, sur ce qu'il le plaira. — Pourquoi, lui renvoya-l-ellc dire, les lèvres tremblotlenl-elles ? — C'est par envie de l'embrasser. — Pourquoi tes flancs iremblenl-ils? — C'esl le désir de l'appliquer contre mou cœur. — El pourquoi tes jambes trcmblenl-elles ? — C'est l'idée du bonheur de le serrer d'une voluptueuse étreinte. — Saisissez-moi celte esclave, dit la jeune lille à ses gens, ayez-le sous la main cl ne le perdez pas de vue une seule minute (afin qu'il ne vous échappe pas). » On se conforma à cet ordre.

Cependant une troupe d'Arabes passa près du puits cl en retira Imron-l-Kaîs. Le poète retourna à sa tribu, prit cent autres chameaux, et se remit en marche, allant trouver sa

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fiancée. Il arrive à la tribu. « Ton mari esl venu, va-l-on dire à la jeune fille. — Par le ciel ! répond-elle, je ne sais pas davantage si celui-ci esl ou non mon mari. Néanmoins, encore pour celui-ci, égorgez un chameau; à ce nouvel hôte vous servirez de même les entrailles et la queue. » On obéit. Lorsqu'on eut servi : a Oà donc, s'il vous plaît, dit Imroul-Kaîs, où donc sont le foie, la bosse et le rable? > Et noire poète refusa de manger. «• Donnez-lui pour boire, dit la jeune fille, du lait aigre. » On en donna. Imrou-1-Kais refusa de boire. « Il n'y a donc ici, reprit-il, ni lait frais, ni caillé frais? h Ensuite : <r Etalez-lui, dit la jeune fille, étalez-lui sa couche vers les issues et le sang du chameau égorgé. » On obéit encore. Imrou-I-Kais refusa d'aller coucher en pareil voisinage. « Allez, commanda-l-il, allez préparer mon coucher sur un endroit élevé, et ayez soin de m'y planter une lente. » Alors la jeune fille reconnut là l'homme de bonne famille et d'éducation; et elle envoya dire à son fiancé : < Nous voilà, je crois, au moment où, selon la condition que tu as acceptée, je te dois adresser trois questions. — C'est vrai, fit répondre notre poète ; questionne sur ce qu'il le plaira. — Eli bien ! renvoya -t-elle dire, pourquoi tes flancs tremblenl-ils? — C'esl parce que je porte de légers vête- ✓ ments de l'Yémen. — Pourquoi tes jambes tremblent-elles? — Parce que j'ai conduit mes chameaux à grande course. — Celui-ci est mon mari, j'en suis certaine maintenant, amenezle moi et allez tuer l'esclave. » (La troisième question ne fut pas proposée.)

Imrou-l-Kais fut introduit chez sa fiancée. Le mariage fut consommé.

Terminons-en avec notre poète, par le récit de la conférence qu'il eut avec des Açadides ou Béni Açad qui vinrent le prier d'oublier sa vengeance après le meurtre de Hodjr. Ce récit que l'on a toujours laissé à cause de la difficulté extrême du

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texte arabe cl de la dillicultc aussi de I couver un niauusccil correct ou à peu près, conlicnl des indications curieuses de mœurs dans les jours de grands dangers. Les considérations relatives à la femme, c'est-à-dire h la famille, inspiraient toujours ou les craintes, ou les démarches, ou les désespoirs, ou les défenses, dirigeaient et guidaient dans les mille détours et méandres de la vie.

Après le meurtre de Hodjr, disent les chroniques, des hommes de diverses tribus açadides, hommes dans la maturité de l'âge, hommes encore dans l'ardeur de la jeunesse, vinrent trouver Imrou-I-Kaîs. Parmi eux étaient el-Mouhàdjir lils de Khirâch, et Kabyçah fils de Noaim, Kabyçah qui s'était fixé chez les Açadides, l'homme de la clairvoyance, saisissant juste ce qui des choses s'en va et s'en vient, faits et effets, présent et avenir. Cette merveilleuse sagacité était reconnue de tous les Arabes, même à distance de la contrée où il habitait.

Lorsqu'Imrou-l-Kais fut informé de l'arrivée de ces hommes de distinction et de noblesse , il s'empressa de les faire traiter avec la générosité et les égards dûs à leur rang. Mais il s'abstint de les voir pendant trois jours de suite. Les nobles étrangers demandèrent aux Kindides qui étaient avec eux, ce qu'il était devenu. « Il est en grande occupation, leur fut-il répondu ; il retire des dépôts et des réserves de Hodjr tout ce qu'il y a d'armes, d'armures, et les met en ordre. — Miséricorde de Dieu ! Nous sommes venus ici pour prier Imrou- I-Kaîs de laisser dans l'oubli le souvenir de ce qui s'est passé, pour le conjurer d'effacer de sa mémoire le meurtre de son père (ce meurtre que nous avons commis il est vrai, mais) sans intention préméditée. Sur l'heure même, transmettez de notre part ces paroles à Imiou-I-Kais. » C'était là que notre poète les attendait. Il sort couvert d'un manteau, les khouff ou bottines aux pieds, le turban noir sur la tête.

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Les anciens Arabes ne coiffaient le lurban noir que lors de la prise de possession ou de la distribution directe des héritages. Dès que parut Imrou-lKais, on se leva ; et Kabyçah lui adressant immédiatement la parole, lui dit :

« Certes, lu es sous le malheur, sous les coups de là trahison ; mais tu connais les capricieuses volontés de la fortune, tu sais tout ce que sa main produit d'événements dans le monde, y jette de vicissitudes ; et tu n'as besoin ni d'un conseiller clairvoyant (qui rémunère c«î que ces vicissitudes enfantent de souffrances), ni d'un homme rompu à l'expérience des choses (qui te fasse pressentir ce qu'elles peuvent amener de soucis ou de regrets). Tu es posé en mailre puissant; tu as uue brillante noblesse d'anectres; tu as l'éclat glorieux de ta famille parmi les Arabes; eh bien ! en raison de tout cela, décharge de culpabilité ceux qui se trouvent chargés d'une faute qui n'esl qu'un faux pas irréfléchi, involontaire, et relève-nous, nous dont le pied a glissé (sans que nous l'eussions prévu). Oui, toutes les pensées qui ont un grand but h atteindre, doivent toujours revenir à toi, car en toi elles rencontrent l'esprit noble et haut, l'intelligence pénétrante, avec cette clémence généreuse qui détourne les yeux du mal, et qui pardonne a toute faute quelque grande qu'elle puisse être (fùt-cc même le meurtre d'un père), à un fait malheureux qui a enveloppé d'une douleur profonde (non seulement tes contribuas, mais) toutes les tribus de Nizâr et l'Yémen tout entier. Ce n'a pas été un malheur pour les seuls Kindidcs ; ça été pour nous aussi une calamité, et cela a cause de l'illustre cl glorieuse noblesse de Hodjr, Hodjr le roi à la tète couronnée, au from brillant d'un magnifique éclat, roi dont les louanges retentissaient dans toutes les bouches, dont les mérites exhalaient au loin leurs parfums embaumés. Certes! si un trépas se pouvait racheter par le sacrifice des existences qui survivent, nous aurions pour Hodjr prodigué, jeté en

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sacrifice loul ce <jue nous avions «le grand et d'élevé. Mais llodjr a traversé la voie fatale où le premier entré ne saurait revenir vers le dernier, où le plus éloigné du terme de la mort ne peut atleindrj qui en est le plus près. Le suprême de la gloire pour toi, maintenant, est que lu mesures ce qui convient le mieux à la conscience, dans les alternatives que voici : — Ou bien tu préféreras avoir un Açadide des plus nobles familles, des noms les plus distingués parmi les plus belles renommées, et nous le le livrerons en victime expiatoire pour êlrc égorgé de la même manière que ton père a été tué. Que si alors tu fais grâce, la mémoire viendra, au milieu des récits où les historiens des rois retraceront les œuvres de la vie, inspirer les éloges poétiques dans la bouche de celui a qui lu auras pardonné. Si tu te venges, le monde dira : « Un homme a été mis h l'épreuve; on lui a proposé de verser un sang illustre (en expiation du sang de son père); eh bien! cet homme, sa colère ne s'est consumée que par les jouissances de la vengeance » — Ou bien, demande une rançon que tu prendras dans nos plus magnifiques troupeaux, car chez les Açadides les chameaux sont par milliers, par milliers incalculables ; et celle rançon fera rentrer au fourreau ton glaive, ce glaive que désormais, après ion bienfait, nul désir de vengeance, si exigeant qu'il soit, n'en retirera plus. — Ou bien enfin, tes délais peuvent donner à celles de nos femmes qui sont enceintes, le temps de déposer leurs fruits; et alors, nous détachons les izâr (ou vêlements) de nos femmes, nous lions leurs voiles aux sommels de nos drapeaux, en signe de douleur suprême (et nous allons au combat, sans plus penser h femmes et enfants ; nous nous précipitons en désespérés). »

Un instant lmrou-1-Kais resla immobile, profondément ému. Puis, relevant la tête :

« Les Arabes savent que le sang de personne ne saurait payer le sang de mon père, dit-il. Je ne veux de rançon ni

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en chameaux, ni on chamelles ; je m* gagnerais par là que les mépris et les sarcasmes à ton! jamais, que l'abattement de mon bras et de ma puissance. Quant à attendre encore, à différer la guerre, vous me parlez, comme motif rationnel, de vos fœtus dans le ventre de leurs mères ; mais je veux, moi, être la cause et l'instrument de leur mort aussi, à ces enfants. Vous connaîtrez les escadrons des Kindides. Les cœurs s'abimeront de douleur et de colère, et apparaîtront sur les pointes des lances quand nos chevaux auront traversé les horreurs de la mêlée, quand la mort aura poussé les âmes hors des corps... Eh quoi ! restez-vous? Ou bien, vous retirez-vous?— Nous nous retirons, forcés au choix le plus malheureux, forcés à nous résoudre à courir à la désolation, aux angoisses, à la guerre, aux calamités les plus affreuses. »

La députation se leva, et Kabyçah récita ce vers a lmrou-1- Kaîs :

« Je l'espère, tu verras avec horreur la mort frapper autour de toi, lorsque dans la terrible mêlée, nos escadrons feront pleuvoir le sang. »

— Non, certes, non, répliqua le fils de Ilodjr ; je la verrai sans horreur. A bientôt ; tu apercevras l'espace assombri par les cavaliers des Kindides et les tourbillons de poussière, par nos braves guerriers. Va, tu avais à me dire mieux que cela. (Sois bien convaincu que je n'ai nulle peur de la mort.) Tu es chez moi maintenant, tu es mon hôte!... (sinon je te traiterais d'autre façon). Du reste, lu as parlé, et tu as reçu réponse. — La guerre à laquelle nous nous attendons désormais, est bien autre chose que la sévérité de tes paroles et que notre démarche pour te demander l'oubli du passé. — L'est vrai !

On se sépara... La guerre eut lieu, et lmrou-1-Kals vengea son père.

Je n'ai pas besoin de faire remarquer le discours de Kaby-

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çah. J'ai traduit ce morceau parce que, comme je l'ai déjà annoncé, il est d'une diflicullé remarquable, et aussi parce qu'il est rare de rencontrer de ces oraisons tite-liviennes chez les Arabes, païens ou musulmans. litc-Live, ce fabricant de discours, qui nous a tous si bien ennuyés, en farcit son histoire, dépasse toute vraisemblance, eu ce sens que si on le prenait au vrai, ses personnages auraient été d'intarissables bavards passant les trois quarts de leur temps à forger et passementer des compositions rhétoriciennes. Les 'Arabes n'ont pas eu ce genre de manie d'invention ; il n'y a de discours, de conciones, dans leurs chroniques ou leurs annales, que quand il y a ou lieu d'en prononcer.

Autre mariage «J intelligence. Chann trouvant ft mmc qui lui convient.

Voyons encore un mariage pour ainsi dire d'intelligence, un homme d'esprit qui veut une femme d'esprit. Ces mariages n'étaient pas rares autrefois ; aujourd'hui on ne s'informe que des qualités physiques de la femme, de sa docilité, de sa douceur de caractère. Mais on est souvent trompé sur ces articles, de sorte qu'on n'a pour femme qu'une personne du sexe voulu.

Un proverbe arabe dit : « Chann a trouvé ce qui lui allait. » Ln termes plus exacts et plus conformes au mot arabe, il faudrait traduire : < Chann a trouvé son couvercle ; » mais encore alors il faut comprendre que le mot arabe tabqkah, c'est-à-dire t son couvercle, » est aussi le nom de la femme que Chann épousa. C'est donc un p.roverbe-ealemhourg. Voici le récit qui en fut le motif.

Un homme des hommes les plus sagaces et les plus spirituels des Arabes, un appelé Chann, s'ennuya du célibat, et

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se dil ; • Par Dieu ! il me faut meitre en course à la rencontre d'une femme comme moi, qui me sache comprendre, el je me marie avec elle. » Notre individu part, se met en tournées, en quête d'une épouse.

Dans une de ses excursions, il rencontre en route un Arabe voyageant. « Où vas-tu ? demanda Chann à l'Arabe. — Je vais à tel endroit, » et il nomme juste le village où Chann avait intention de se rendre. Et tous les deux de continuer leur route, de pair à compagnon, chacun laissant aller tranquillement sa monture. *

Ils cheminent en silence pendant quelques instants. Chann s'avise de questionner son acolyte : « Veux-tu, lui dit Chann, me supporter, ou veux-tu que je te supporte ? — Comment ! est-ce que lu es fou ? lui répondit l'homme. Je suis sur ma bête, et tu es sur la tienne ; comment veux-tu que je te supporte, ou que tu me supportes. > Chann ne répliqua mot. Ils poursuivent leur trajet ; ils approchent bientôt du village ; ils arrivent d'abord à un champ dont la moisson était mûre et bonne à cueillir. Chann dit à son homme : « Cette moisson, par hasard, est-elle mangée ou non ? — Ah ! mon cher, reprend vivement l'homme, lu es fou. Tu vois des semailles debout, que l'on va moissonner, et tu demandes si elles sont mangées ou non ! » Chann encore ne répliqua mot. Nos deux voyageurs entrent au village. Ils rencontrent un convoi funèbre. Chann demande alors à son compagnon : « L'individu que l'on porte dans cette bière est-il vivant, ou bien est-il mort ? — Pour le coup, mon ami, dit l'Arabe, je n'ai jamais rien vu de plus insensé que toi. Quoi ! voila un convoi, c'est visible ; el lu viens me demander si l'individu qu'on emporte est vivant ou s'il est mort? » Chann resta bouche close. Jl allait se séparer de son compagnon de route ; mais notre inconnu ne voulut pas le laisser s'éloigner ainsi, et l'emmena chez lui. Cliann se laissa conduire.

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Ils atteignent la demeure de cet Arabe. Celui-ci avait une lille nommée Tabakah. Rentré chez lui, il va trouver sa lille qui aussitôt lui demande quel est cet hôte qu'il accueille, qu'il a amené avec lui. « Je viens de le laisser seul; c'est un triste individu que cet homme: impossible de rencontrer plus imbécile, plus bête que lui. » Et le papa répéta à sa lille les questions saugrenues de cet homme si borné. « Mon père, reprend la jeune lille, cet homme n'est pas aussi insensé que lu l'imagines. Je te vais expliquer ce qu'il a voulu signilrer. — Voyons! — Lorsqu'il t'a dit pendant que vous cheminiez : « Veux-tu me supporter, ou veux-tu que je te supporte, » il a pensé te dire : « Veux-tu me raconter quelque chose, quelque histoire, ou bien veux-tu que je l'en raconte; par là, nous nous rendrons supportable le temps de notre trajet. — Tu as ma foi raison. — Lorsqu'il t'a dit : « Par hasard, cette moisson est-elle mangée ou non? » il avait dans la pensée ceci : « Le propriétaire de cette moisson l'aurait-il vendue et en aurait-il déjà mangé le prix, ou non? ► — Tu as encore... — Écoulemoi. Quant à sa question à propos du convoi, en voici le sens et l'intention : « Cet individu que l'on emporte, a-t-il laissé des descendants en qui vive sa mémoire et se perpétue sa race, ou non? » Le père resta étonné.

Peu après il quille sa lille. va retrouver son hôte, s'assied auprès de lui, cause d'un air libre, et sans trahir l'impatience où il est de donner preuve de sa pénétration. Enfin il aborde son but : « Veux-tu que je t'explique maintenant le sens des questions que tu m'as adressées. — Oui, certainement, » répartit Chann ; et son homme lui donne les explications, f Ceci n'est pas de ton crû, reprit Chann; ce commentaire là n'est pas de loi. Dis-moi à qui il appartient. — Eh! il est d'une fdle à moi. — D'une lille à toi? — Oui. — Je te la de mande en mariage. — El je le l'accorde. •

Le mariage se conclut.

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Cliaim emmena dans sa famille son épouse. On la vil, ou la connut, on l'apprécia ; et tous de Mire : ♦ Cliann a trouvé ce qui lui allait, » a trouvé Tabakah qui lui va ; et cette réflexion passa en proverbe, pour indiquer que tels se conviennent et sont en harmonie de nature et d'esprit.

Los amours faciles. Vers do Samaual le juii.

Dans la vieille société arabe, les amours faciles avaient aussi leur place; car en aucun lieu du monde, jamais il n'a manqué ou de I^aïs, ou de Lesbies; ou même de Messaliues. Kcoutons, à ce propos, six vers du poète arabe-juif Samaual, le modèle de la fidélité à la foi jurée, qui préféra voir égorger son fils à livrer un dépôt de cuirasses et colles de mailles que notre Imrou-I-Kaîs dont nous parlions tout à l'heure, lui avait confié. Ces vers sont devenus une cantilène publique.

« Ma chère sermonneuse, ne t'épuise pas à me détourner d'aimer. Que j'ai repoussé de remontrances comme les tiennes !

• Laisse, laisse-moi. Conduis-toi, si tu veux, selon tes paroles. Que dis-je? Si j'ai tort d'aimer, du moins c'est ton avis, toi, ne tombe pas dans le torl où je suis.

. Ma chère prêcheuse, tu m'as tant débité de sermons et de reproches, qu'en vérité, si cela se pouvait, j'en finirais à l'instant avec l'amour ;

« Sermons tellement longs que si jeune amoureux au monde pouvait pleurer aux plus beaux reproches, certes, moi-même je me serais mis à pleurer aux tiens.

> Jolies femmes aux bracelets jaunes, m'ont appelé à elles : . J'y vais, leur dis-je, je passe la nuit avec vous. * - Oue de coupes de bon vin j'ai versées à mes joyeuses

AVANT L'ISLAMISME. M> convives! combien j'en ai l>u de ces < oupes el combien j'en ai l'ail boire ! »

Liberté des femmes pour le choix d un mari - Mariage de llomran cl dcSadouk. Leur lils Amr. — Consultation entre mère et fille ; mariage impose, pui» rompu. — Mariage par choix : beauté et laideur préférées.

Certaines prérogatives que l'Islamisme a abolies, rcntrafcni dans les droits naturels de la femme et lui laissaient une existence plus puissante d'action et de volonté. L'Islamisme a voulu .faire du harem, d'ailleurs plus ancien que lui, un étoulToir et une prison. Le harem et le voile ont un avantage au point tic vue de la paix des familles ; mais il ne fallait pas les ériger en moyens d'interdiction, il ne fallait pas mettre les qualités intellectuelles de la femme en faillite perpétuelle dans la société. Autrefois la femme arabe païenne avait la liberté de sa personue, de son choix a l'eudroil du mariage ; elle cherchait ou attendait un mari qu'elle trouvât à son gré, sous le rapport intellectuel comme sous les autres rapports. Elle donnait la préférence à la tournure d'esprit, ou à la suliériorité d'intelligence, ou à l'originalité qu'elle voulait ; el c'était après examens et preuves comme elle l'entendait, laissons-nous expliquer et représenter cela, par les récits el les textes arabes.

Homràn le Dja'didc ou de la tribu des Béni Dja'd, avait le langage élégant et fleuri, l'âme lière et résolue. Il alla demander en mariage une appelée Sadoûk. Sadoûk avait l'élocution sévère et précise, et voulait une logique rigoureuse el irréfutable. Du reste, la dame était riche. De nombreux prétendants avaient sollicité l'hoimeup de sa main ; Sadoûk les avait écmiriiiits. A lotis Vile avait serré ferme la bride dans

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ses cnlreliens et ses questions; • et, avait-elle dit alors, je ne veux me marier qu'avec un homme qui comprenne et sente parfaitement l'esprit des questions que je lui aurai adressées, et qui y aura répondu dans les limites exactes et justes, sans dépasser le but. >

Or donc, Homràn se présenta chez Sadoûk; et, arrivé devant elle, il resta debout, au lieu de s'asseoir. Jusqu'alors aucun des prétendants qui étaient venus à elle n'avait manqué de s'asseoir, tout en entrant, sans attendre qu'elle le lui permit. « Qui t'empêche de l'asseoir? dit-elle a Homràn. — J'attends qu'il m'en soit donné la permission. — Est-ce que tu as un maître qui te commande? — Le maître d'une lente a seul le droit de disposer de l'espace de sa demeure; le maître d'une réserve d'eau a le droit, le premier, d'en abreuver sa terre ; chacun a la propriété de ce qu'il a dans ses vases. — Assieds-toi, » reprit aussitôt la dame. Homràn s'assied.

Puis elle continue : « Que veux-tu f lui dit-elle. — Quelque chose, et peut-être n'arriverai-je pas à ce quelque chose. — Mais est-ce une chose qu'il faille tenir secrète, ou que l'on puisse faire connaître ? — Secrète et connue. — Quelle est donc celte affaire, que tu veux ! — Affaire très facile, chose très nette et très claire, que, toi, tu sais parfaitement et que loi seule peux conduire a bonne fin. — Voyons, explique moi ce que c'est. — Voilà, je te l'ai exposé, et même, si tu veux, très bien expliqué. — Qui donc es-tu ? — Moi, je suis un homme ; j'étais petit, quand je vins au monde ; j'ai grandi l>eu a peu, et j'ai beaucoup vu. — Mais ion nom? — Qui veul, se donne un nom controuve; c'est tromper, sans nul doute ; mais il n'y a pas lieu a condamnation judiciaire pour cela. — Qui est ton père, alors ? — Mon père Vcst celui qui m'a engendré; et le père de mon père est mon grand-père qui n'a pas vécu après moi. - Ali î el quels biens as-lu ? —

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Une parlie, je les ai eus par héritage ; la plus grande partie, je les ai acquis moi-même. — De quelle famille cs-lu donc ? — Je suis d'une famille d'hommes 1res nombreux, dont la souche est connue, dont l'origine ne monte pas haut, cl que sa longue durée détruira. — Ton père l'a-t-il laisse en héritage quelque chose de plus qu'a ses proches ? — 11 m'a laissé la grandeur d'âme. — Où demeures- tu ? — Je demeures sur de vastes lapis, dans un pays distant, ni près ni loin, ni loin ni près. — Ta tribu, qu'elle est-elle ? — Ma tribu ? ce sont ceux auxquels je suis rattaché, chez lesquels je suis accueilli, parmi lesquels je suis né. — As-tu une femme ? — Si j'en avais une, je n'en chercherais pas une autre, et je ne me priverais pas des avantages et du bouheur qu'elle m'auraii apportés. — En lin de compte, il me semble que rien ne l'appelle ici. — Si je n'avais rien qui m'amenât, je n'aurais pas fait agenouiller mon chameau a ta porte, et je ne provoquerais pas de toi une réponse, une solution ; je ne serais pas venu me frotter aux cordes de ta tente. — Tu es Homràn, le fils d'Akra, le Dja'didc. — C'est ce que l'on dit. »

La dame fut émerveillée de l'adresse, de la malice, de la tournure d'intelligence qui avait inspiré cl dirigé toutes ces réponses. Elle consentit a s'unir à Ilomrân; et elle lui abandonna entière liberlé d'action ei de conduite sur leur forlune.

Sadoùk donna le jour a un fds qui reçut le nom de Amr. Amr eut la fierté, la résolution, le langage de son père. C'est à lui qu'on rapporte l'origine du proverbe : « Tous les deux, et encore des dattes. » Déjà grand, Amr fut chargé par son père de garder leurs troupeaux de chameaux aux pâturages. Un jour qu'il était aux pâlis, soudain il est abordé par un voyageur accablé de soif et de fatigue. Amr était assis par terre, et avait devant lui du beurre, des dattes sèches, et un morceau de bosse de chameau préparé et cuil. 1/élranger ap

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proche d'Anir, cl : * Donne-moi à manger de ce beurre cl île celte bosse, dit-il. — Oui, certainement, répond Amr-, tous les deux, et encore des dattes. » En effet, Amr donna à manger au voyageur et l'abreuva ensuite d'une jatte de lait. L'étranger resta quelques jours chez Amr, puis le quitta en lui rendant grâce.

Souvent aussi on se consultait entre sœurs, entre filles et mère. La mère Unissait bien quelquefois par faire prévaloir son choix d'un époux pftur sa fille, mais en général la fille suivait son goût, choisissait, sauf à se repentir plus tard, qu'elle ait elle-même fixé ou accordé sa préférence, ou qu'on la lui ait pour ainsi dire imposée. Il y a toujours eu et il y aura toujours des mères et des parents qui forcent les amours des eufants et donnent des maris par voie autocratique, comme on donne une correction à des condamnés.

lin appelé llàrcth (ce nom est l'Arétas des chroniques) fils de Solail, de la tribu des Aeadides ou Béni Acad, alla visiter Alkamah fils de Ilafsah le tayïde. Par hasard, Hàreth aperçut la fille d'Alkamah ; elle se nommait Zabbà ; et c'était la plus magnifique fille de son temps. Le visiteur était resté stupéfait à l'aspect de tant de charmes. « Je viens, dit-il à Alkamah, te demander la fille en mariage. Qui demande le mariage, on le marie ; à qui sollicite, on accorde ; à qui désire, on fait don. — Tu es, cerles, un parti assorti ; tu es un homme généreux et de noble famille; on reconnaît tes vertus, on a recours à ta bonté. Considère, examine ce que tu proposes. » Puis tous deux allèrent se présenter à la mère. « Voilà, lui dit Alkamah, voilà Ilârcth fils de Solail, l'homme de noblesse dans sa tribu, homme de haute position, de haute considération. Il nous demande la main de Zabbâ ; il ne veut point nous quitter qu'il n'ait obtenu ce qu'il espère avoir. »

La mère alla informer sa fille de la démarche de Hàreth : • Ma lille, dit la mère, quelle sorte de mari désires-tu ? Qui

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le plait cl ir sourit le plus ou d'un homme lait, hardi, résolu, bien découplé, à l'allure Hère et bien composée, ou d'un jeune homme dans l'éclat de la fraîcheur el de la jeunesse ? — Ma mère, j'aime mieux un beau jeune homme. — Mon enlant, un jeune mari de la sorte te rendra jalouse ; tandis qu'un homme d'âge mûr aura soin de te fournir de tout ce qu'il faut pour la vie. L'homme fait, qui a acquis toute la sève de la virilité, qui est dans l'aisance, qui sait réussir dans ses tentatives, ne ressemble pas certainement à un jeune homme, dont la main est toujours prodigue. — Mais, ma bonne mère, les jeunes fdles aiment les jeunes hommes, comme les pâtres de chamelles aiment les frais pâturages. — Ma lille, le jeune homme est exigeant, impérieux, a souvent le reproche à la bouche. — Mais un vieux dégradera ma jeunesse, souillera mes parures, et mes compagnes d'âge auront la joie de se moquer justement de moi. ► La mère insista tant et si bien qu'elle mit à bout sa lille et la fil consentir à épouser Hârclh, sous la condition qu'il livrerait une dot nuptiale de cent cinquante chameaux, des serviteurs ou pâtres pour les garder aux pâturages, et mille drachmes ou pièces d'argent .

Le mariage fut consommé. Hàreth emmena sa jeune épouse el retourna a sa tribu.

L:n jour qu'il était accroupi sur l'espace libre qui est devant les lentes, el que Zabbâ était a côté de son mari, un groupe de jeunes hommes Âçadides arrivent et se mettent à s'exercer à la lutte. La pauvre Zabbâ, toujours dans ses idées de préférence pour la jeunesse dans un mari, pousse un long et profond soupir, baisse les paupières et les yeux, et pleure a chaudes larmes. « Qu'y a-t-il, que tu pleures ainsi ? lui demande son mari chagrin. — Eh ! qu'y a-t-il de convenable enlre moi et des vieux qui étalent et agitent inutilement leurs ailes, comme de débiles poussins qui ont l'air «fc s'essayer à

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voler ? — Que la mère ne l'a-t-clle perdue dès l'enfance ! s'écrie le vieux Ilàreth. Ne sais-tu pas qu'une femme de condition libre et distinguée, n'eut-ellc rien à manger, ne mange pas du revenu de ses seins ? » Il voulait dire : ne se met jamais nourrice à gages. En d'autres termes, une femme qui à de la dignité cl qui se respecte, ne récrimine jamais ; elle supporte sa mauvaise fortune, sans regrets et sans plainte.

La jeune femme se lut. Elle semblait estimer peu la morale que lui prêchait alors son mari ; il reprit ensuite : « Va ! va! j'ai eu aussi ma gloire et ma vie. Que ^expéditions j'ai vues cl partagées ! Que de belles captives j'ai emportées en croupe de mon coursier ! que de coupes de vin j'ai su boire ! Pars, vaten rclrouver ta mère et aussi ton père ; je n'ai que faire de loi. Retourne à la famille; cela ne me va point, les paroles louches et le boire trouble. »

El la fille rclouroa chez ses parents.

Tel était, el cela existe encore dans la société musulmane, l'immense avantage qu'avait établi la loi consacréé par la coutume et par les siècles, que les époux pussent se dire adieu pour toujours, se séparer en toul honneur, du moment qu'ils le voulaient. Et sans blâme, sans embarras, on convolait à d'aulres noces. Au moins la femme arabe avait, et l'Islamisme la lui a conservée, une voie de salut et même de nouveaux plaisirs, de noces renouvelées. Elle n'est pas rivée à une chaîne qui trop souvent deviendrait pour elle une lourde el meurtrissante chainc de fer.

Un autre choix, maintenant, avec ses conséquences.

La fille de Matroûd, une appelée Olhmah, de la tribu des Itodjalides ou Béni Badjilah, était d'une intelligence et d'une pénétration éprouvées, d'un jugement el d'une sagesse dont sa tribu écoutait les conseils et les prévisions. Olhmah avail une sœur appelée Khoûd, jeune fille charmante, pleine de grâces, douée aussi d'un esprit remarquable.

AVANT I.TSI.AMISMK. Ht

Or, sept frères, tous jeunes hommes d'une petite tribu des Azdides ou Béni Azd, partirent pour aller demander en mariage la belle Khoûd. Ils arrivèrent chez le père de la jeune -fille ; ils étaient en magnifiques vêlements de l'Yémen, et ils montaient des chevaux de haute lignée et ayant au front l'étoile blanche. « Nous sommes, disent-ils en se présentant au père, les (ils de Mâlik fds d'Okaylah, à l'outre double (c'est-à-dire à la double aisance, riche). — Fort bien, répondit le père ; mettez pied à terre près de l'eau voisine. • Ils mirent pied à terre et campèrent pour la nuit.

\œ lendemain matin, ils s'affublent de ce qu'ils ont de plus brillant et de plus recherché, et accompagné» d'une jeune fille, leur sœur d'un autre lit, nommée El-Chathà, et qui se donnait pour devineresse, ils viennent passer devant la demeure de Khoûd, afin de se faire voir et admirer; car tous étaient remarquables d'élégance et de beauté. Le père de khoûd sort, et les sept prétendants, avec leur sœur, approchent et s'asseyent auprès de lui ; il les accueille avec bienveillance, les félicite de leur arrivée. Puis : « Nous avons appris, dirent-ils, que tu as une fille. Comme tu vois, nous sommes tous jeunes, tous nous savons défendre nos flancs, nous savons répandre nos largesses a qui les désire. — Vous êtes tous excellents, tous admirables. Demeurez ici, afin que nous nous consultions ma fille et moi »

Il rentrc.chez sa fille, et dit: « Quelle est ton intention ? Que veux-tu faire? Tu as vu ces jeunes prétendants qui viennent solliciter ta main. — Mon père, répond la belle, mariemoi selon mon rang et ma position. N'élève pas trop tes exigences pour ma dot. Si les qualités de ces jeunes hommes me trompent, au moins leurs apparences physiques ne me trompent pas; j'espère avec un mari pris parmi eux, avoir de beaux enfants, accroître notre famille. »

Le père retourne auprès des sept frères. « Voyons, leur

IH KKMMfcS AltAliKS

dit-il, il faut que vous me déclariez quel esl de vous le meilleur. — Écoule, reprend El-Chalhà ; moi, je le vais indiquer ce qu'ils sont et ce qu'ils valent. D'abord, ils sont tous frères, tous magnifiques. L'alné qui est Mâlik, est tout audace et courage; il lance à pleine vigueur ses rapides coursiers; il méprise les plus grands dangers. Le second, c'est Ramr (profond) ; c'est une mer profonde, terrible ; la gloire est au-dessous de ce qu'il mérite ; c'est la générosité même, et aussi c'est l'épervier redoutable. Le troisième est Alkamah, révéré et redouté de partout ; sachant repousser les injures; ardent jusqu'à la folie dans l'exécution de ses projets. L'autre est Acim, au cœur haut et généreux, inébranlable et intrépide, enlevant toujours les butins au profit de qui s'unit à ses guerriers; près de lui, le protégé est toujours en sécurité. Après Acim vient Tawàh, prompt à répondre, toujours prêt à l'œuvre, grand dans ses libéralités; c'est le lion de la forêt. Le sixième est Moudrik; celui-là, il prodigue en bienfaits ses richesses; ce qu'il a donné, il ne s'en occupe plus, il n'y pense plus ; il abat, il anéantit ses ennemis. Enfin, le plus jeune c'est Djandal ; il terrasse ses rivaux ; ce dont il se charge, n'est rien pour lui ; il en vient facilement à bout. Dans ses bienfaits, sa générosité est toujours prodigue ; jamais il ne recule devant son ennemi. »

La belle Khoûd a tout entendu. Elle consulte sa sœur: « Lequel est à préférer de ces maris? Conseille-moi, ma sœur. — Ma sœur, tu vois de beaux jeunes hommes, élancés comme de beaux palmiers ; mais comment savoir leurs défauts intérieurs ? Ecoute bien cette parole-ci : * La femme étrangère, ce qu'elle a de mauvais, on le divulgue; ce qu'elle a de bien, on l'enterre. » Va ! marie-toi dans ta tribu et ne te laisse pas séduire par les beautés corporelles. » Khoûd n'agréa point la leçon de sa sœur et envoya dire à son père : • Marie-moi à Moudrik. » Elle fut mariée à Moudrik à la condition qu'il li-

AVANT 1/lSl.AMISMfc. M'A

\ rerail une «loi de cent chamelles avec leurs paires. Moutlrik paya la convention el emmena sa jeune épouse.

Ils n'étaient de retour à la tribu que depuis peu de temps, lorsqu'un beau matin des cavaliers kinânides (ou Béni Kinànah) attaquèrent le camp. On se battit ; le mari de Khoud, les six autres frères et les guerriers de la tribu furent mis en fuite ; nombre de captifs furent pris et parmi eux la belle Klioûd. On emmena la capture.

Cheminant, la pauvre femme pleurait : « Eh! lui dit-on, de quoi pleures-tu ? Est-ce de te voir séparée de ton mari ? — Que Dieu le confonde ! reprit-elle. — Ah î c'est qu'il est beau ! — Que Dieu confonde la beauté qui ne sert à rien el de rien ! Non, je pleure de ne ra'ètre pas rangée aux observations de ma sœur, d'avoir dédaigné celte maxime qu'elle me disait : « Tu vois de beaux jeunes hommes, élancés comme de beaux palmiers, mais comment savoir ce qu'ils ont de défauts intérieurs ? » Et elle raconta de quelle manière les sepi frères étaient venus la demander en mariage.

Alors un des cavaliers kinânide qui avait entendu les paroles de Khoûd, un nommé Abou Nouwàs, jeune, mais noir, mais de bouche largement fendue, contrefait, contourné, dit à la charmante prisonnière : « Voudrais-lu de moi si je te promettais de le proléger et défendre contre ces loups d'Arabes? — Esi-il réellement ce qu'il avauce la? demande la prisonnière aux autres cavaliers. — Oui, certainement, répondent-ils; tu verras comme il sait défendre les petites stations de tentes, comment les tribus le craignent cl le respectent . — Voilà la plus belle beauté, la plus parfaite perfection. J'accepte cet homme pour mari. »»

On les maria.

114 miMKS AltAltKS

lerlaîn* pri»iléne* et rerlainei. habitude*, à l'atauUge de la iemnie, aiant l lsla tni->me. — llàlim Ta y (lise* Taie, *an* prononcer IV ; sa mère; sa femme; sa III le Paroles dAK le quatrième Kalife. Demande en mariafe: troia concurrenti. lté pudialion par la femme.

Chez les anciens Arabes la femme avaii d'importants privilèges, une vie, que l'islamisme a détruits ou modifiés. Il en est un exemple frappant dans la famille féminine de Ilàtim, Hâtim le poète, le cavalier, si constamment cité sons le nom de Ilàtim Tay. Celait cl c'est encore le héros de la libéralité chez les Arabes, cet homme qui, selon l'expression des chroniques, égorgeait ses richesses, les pillait au profil de quiconque en avait besoin, cet homme dont le nom est devenu proverbial pour signifier le terme extrême de la générosité. Généreux comme Hàtim Tay (c'est-à-dire le Tayïde) est l'hyperbole de la louange. Avait-il épuisé en dons et en bienfaits ce qu'il avait de troupeaux, de chevaux, il parlait en razias et il remontait ainsi ses richesses pour les employer encore en libéralités. Singulière manière d'entendre, n'est-ce pas, la générosité et la bienfaisance. Mais il faut le pillage dans le désert, il faut les chevaleresques équipées. Là, c'est la vie régulière. Sans cela qu'aurait-on eu à faire, à perpétuité, dans ces silences de solitudes ? Ilàtim comme un ancien Vincent de Paule, s'attacha les chaînes d'un prisounier et resta en captivité jusqu'à ce qu'il pût se libérer par rançon. Les chroniques ont longuement parlé de Hâtim ; je ne veux traduire ici que ce qui a trait à sa mère, à sa femme el à sa fille ; sa mère Otbali, sa femme Màwiali, sa fille Saiïânab. Trois charmanis tableaux, dont un esl un ancien mariage au désert.

r AVANT I ISI.XMISMK II".

ARIETTE

* 0 Mâwiah, la richesse vient le matin, part le soir ; il n'en reste rien, rien que récits et souvenirs.

« Me monde sait que si Hâtim eut voulu accumuler des biens, il en regorgerait.

« 0 Mâwiah, quand mon âme errante (et demandant vengeance), promènera son vol dans le désert, quand je n'aurai plus ni eau, ni vin (quand je ne serai plus),

« Tu le verras alors, ce que j'aurai dissipé en bienfaits ne me rendra pas plus pauvre, et ce dont ma main aurait été avare vaudrait zéro pour moi . » Dans les siècles de leur paganisme, les Arabes croyaient qu'à la mort quelque chose qu'ils appelaient la chouette, sort et s'envole du corps ou de la léte de l'homme et vient sur le tombeau de celui qui a été tué, faire entendre une voix, un écho, jusqu'à ce que, à titre de talion, le sang ail payé le sang de la victime. Celte voix était l'écho des tombes.

Les vers que je viens de reproduire sont extraits d'une charmante poésie provoquée par Màwiah ; nous verrons tout à l'heure à quelle occasion. Le poète exprime admirablement une admirable philosophie pratique. Hâtim vivait peu de temps avant la prédication et les premières guerres prosélytiques du Prophète. La preuve en est dans les récits des iradilionnisles, surtout dans le récit que nous allons traduire.

Le kalife Aly disait un jour : « Majesté divine ! combien de gens aujourd'hui se refusent à faire du bien ! Je m'étonne toujours de voir qu'un homme auquel un autre va demander un bienfait, un service, ne se sente pas disposé à satisfaire à la demande. N'eussions-nous pas de paradis à espérer, n'eussions-nous pas d'enfer à redouicr, n'eussions-nous pas de récompenses à attendre, de peines à craindre après cette vie,

lit, x FCMMKS AHAHKS

encore alors il nous l'a tu Irait aimer et rechercher les vertus généreuses ; carre sont elles qui ouvrent la voie du bonheur. >» Alors un Arabe se lève, et : « Prince, des vrais croyants, s'exclamc-t il. pour toi je donnerais la vie de mon père et de ma mère ! Est-ce de notre saint Prophète que tu as entendu ces magnifiques paroles? — Oui ; et mieux encore que cela. Lorsque nous revînmes de l'expédition contre les Tayïdes (f), nous avions avec nous des prisonniers. Parmi les captives était une flllc au teint bruni, aux grands et beaux yeux de honri, aux lèvres rose-pourpre, à la chair éclatante, a la taille élancée, au nez noblement aquilin, au maintien droit et fier. Et de plus, le talon effacé et rond, la jambe potelée, la cuisse accomplie ; tout se devinait malgré ses vêtements ; cl aussi la taille line et légère, les flancs dégagés et gracieux, les reins en chute polie et doucement cambrée. A si ravissant spectacle, je fus extasié, enthousiasmé. « 0 ! je la veux demander au Prophète, me répétai-je ; je le prierai de me la donner pour ma part de butin. » Lorsque la superbe captive se mit à parler, l'éclat de son langage me fil oublier tous ses charmes; elle dit au Prophète : o 0 Mahomet, mon père n'existe plus. Les nobles personnages qui nous visitaient ont disparu; notre gloire est passée. Rends-moi la liberté; ne donne pas aux tribus des Arabes un motif de se réjouir de mon malheur, de ma captivité. Je suis fille du prince de ma tribu ; mon père délivrait les prisonuiers, faisait respecter les inquiétés qu'il prenait sous sa protection. Il hébergeait grandement son hôte ; il rassasiait le pauvre et l' affamé ; il réparait et consolait les infortunes ; il distribuait des nourritures à tous ; à tous il donnait sou salut ; il ne repoussait jamais une demande ; je suis fllle de Hâlim Tay. — Jeune fille, répondit le Prophète, ces vertus que tu viens de signaler sont les vertus du vrai croyant. El si ton père eut été musulman,

I C ftail fii l'an IX Ur l'hégire, «Kl ik< l err rlirt-lienm- -

AYANT L ISI.AMISMK 117

nous aurions fait ce vœu pour lui : « Que Dieu dispense ses grâces à llùlim ! . Puis le saint Apôlre dit à ses soldats : « Laissez aller celte tille ; elle est libre ! Vous le voyez, son père aimait les œuvres de bien ; et Dieu aime les œuvres de bien. •»

Saflàuah, digne fille de llàtim, fut la femme la plus généreuse d'entre toutes les femmes arabes. Son père lui donnait les chameaux iroupes sur troupes, et elle les distribuait aux gens. « Ma chère enfant, lui dit un jour Hâlim, si deux mains généreuses, la tienne et la mienne, se mettent ensemble à prendre dans un bien, elles le déd uiront trop vite. Si j'en donne et que lu y prennes, ou si j'y prends et que lu en donnos, il n'en restera bientôt plus rien. Allons avec sagesse. »

llàtim avait reçu de sa mère celte vertu de générosilé. Oibah élail riche, et elle était d'une libéralité extraordinaire, ne savait rien garder en sa possession. Les frères d'Oibah, la voyant épuiser ses richesses, lui en interdirent l'usage, l'empêchèrent d'en disposer à son gré. Elle demeura quelque temps sous le poids de celle interdiction ; on ne lui avait laissé le maniement de rien ; on comprit qu elle souffrait de celle sorte de séquestration, et l'on rendit à Olbah une petite troupe de ses propres chameaux. A ce moment, enlra chez Otbah une femme Hawàzinide (ou des Béui Hawàzin), laquelle, chaque année, venait lui demander quelque bienfait. « Tiens, dit Olbah à la demandeuse ; voila celle troupe de chameaux, prends-la. Car depuis longtemps je sens les morsures du désir affamé de ne point refuser à qui me demande. Puis elle ajouta ces vers :

a Oui, par ma vie ! depuis toujours la faim de donner

m'a mordu au vif, et j'ai juré de ne jamais repousser

qui a besoin.

* Dites à < 1 1 1 1 me blâme aujourd'hui : « lîenoncc à ton

blâme ; et si lu n'y renonces pas, tu l'on mordras les doigts.

a El après tout, vous, mes frères, qu'avez-vous 5 dire à votre sœur? Il n'y a que votre blâme pour ma générosité, et encore le blâme des avares.

«i Mais ce que vous voyez en moi de cette générosité, c'est ma nalure ainsi. Eh ! mon ami, comment puis-je sortir de ma nalure ! »

On raconte ceci comme un trait caractéristique de celle noble femme. Étant enceinte de Hâlim, elle vit en songe un homme qui vint à elle et lui dit : « Un fils généreux, un seul, que tu appellerais Hâtim, te plairait-il ? Ou bien préféreraistu dix fils comme le commun des enfants, qui deviendront, comme les autres, des lions de batailles, dont pas un seul ne sera ni faible, ni -débile? — Un Hâtim, • dit-elle. Et elle donna le jour a Hâtim.

La mère de Saffànah vivait encore lorsque Hâlim rechercha en mariage Mâwiah fille d'Afzar. Màwiah avait la sévère rigidité d'une reine. Elle épousait tour à tour ceux qui réussist saienl à lui agréer. Or, elle envoya plusieurs de ses serviteurs à Hirah, capitale de l'Irak, et les chargea de lui amener l'homme le plus beau, le plus accompli qu'ils rencontreraient dans la ville. Ils amenèrent Hâtim. Mâwiah voulant éprouver ce qu'il avait de noblesse, d'éducation et de savoir-vivre, dit tout d'abord à Hâtim : < Viens ; voici la tente où est ma couche. — Non, répliqua-t-il ; je veux savoir avant lou,t ce que tu es. » Et il s'assit vers l'entrée de la tente ; puis il ajouta : < J'attends mes deux compagnons, mes serviteurs.

— Pose la cassolette sous ton vêtement, afin de te parfumer.

— Je ne suis pas habitué à ces futilités puériles ; je n'ai pas les jambes accoutumées à sentir le chaud de la braise. » Ce dernier dire devint proverbe.

A pareil discours, Mâwiah douta que relie homme lui pour

AVANT L ISI AMISMK 110

elle un mari sortahle. Elle lui lit servir du vin, afin de voir s'il s'enivrerait. Hàlim, sans qu'elle s'aperçût de rien, car on était en pleine nuit, versait à terre, devant l'entrée de la tenir, tout le vin qu'on lui servait. Enfin il dit à la dame : « Je ne veux, à titre d'hôte, ni goûter de tes mets, ni essayer du l'eu de ta cassolette, que je ne sache bien où sont et ce que l'ont mes deux compagnons. — Eh bien, je leur enverrai de quoi manger. — Pour moi, cela n'aboutirait à rien ; je veux aller les trouver. » Et il s'éloigna.

Arrivé près d'eux : « Voici, leur dit-il, l'alternative qui se présente. Voudrez-vous être serviteurs, paires dos troupeaux de Mâwiah? Cela vous conviendra-t-il mieux que de risquer à être mis a mort par elle? — Deux mauvaises choses, l'une presque aussi détestable que l'autre, bien que l'une paraisse moins dure que l'autre. — En ce cas, dit Hàtim, départ et salut. » Notre poète partit. Et cheminant, il lit ces vers où il gourmandait la fille d'Afzar et se donnait comme un homme dont aucun doute injurieux ne devait effleurer le nom.

* De gaité d'âme, j*ai pris ma route vers nos monts, les monts des Tayïdcs ; et soudain je vis ma chamelle se laisser attirer aux cris d'une rousse chamelle.

« Allons ! dis-je à la mienne, le chemin est droit devant nous; nous saluerons bientôt nos pâturages, si nous avons voyage facile et sans encombre.

« Vous, mes deux compagnons, qui marchez maintenant sur les hauteurs des Djadilah (f), vous risquiez les rigueurs certaines de Màwiah (si vous étiez restés près d'elle); vous auriez vu !

« Ils ont senti la vérité de mes paroles ; et l'un d'eux, Ibn Milkat, c'est du moins ce que je l'entendis avouer, l'aurait abandonnée et se serait enfui.

« Je suis parti; j'ai poussé grand train mes chameaux.

! Tribu sf-ronduirp cl.-* Tayirii-*.

t*ï FEMMKS AltAUKS

bien qu'ils eussent les pieds déjà fatigués. Non, je ne suis pas de les arnisAa, tille d'Afzar.

i Et j'aJongeais le pas, sans relâche, entre Nâb et Dàrah, dans les plaines de Lahiân ; j'avais peur (d'y tomber entre les mains des chrétiens et) de devenir chrétien.

• J'allais si bonne course qu'il m'a semblé que la nuit et le matin, quand ils furent passés, avaient disparu comme deux chevaux, l'un blanc, l'autre alezan, fuyant à toute volée.

« Oui, le ravin du mont Raïàn, quand j'en ai franchi . l'entrée, appelant les Béni El-Kébir et les Béni Djafar,

« Me souriait plus attrayant que cette femme qui (a peine l'avais-je abordée) m'offrait le mariage, et qui à mes paroles de convenance répondait par des inconvenances.

< N'a-t-ellc pas* dit à ses femmes : < Par ma vie ! Hâtim qui était si bien disposé pour nous, me semble étonnamment changé ! »

« Oui, certes, je suis changé, parce que je n'aime point ce qui n'est pas net d'intention ; mais, non plus, je ne rudoie point les gens bien intentionnés'. ' t Ne me questionne pas, moi, sur ce que je suis. Va, si tu veux le savoir, va demander à quel refuge les gens accourent s'abriter. (On te répondra partout que c'est à moi que l'on vient, et on te racontera comment je traite mes hôtes.)

• Même cette chamelle, ni toutes mes chamelles, fussent-elles pleines de dix mois, ne vont pas aux pâtis. J'en ai toujours de prêtes pour les hôtes qui arrivent le visage fatigué et poudreux.

« Quand elles me voient au milieu d'elles, marcher le sabre en main, elles ont peur de moi ; car elles pensent bien, entre elles, qu'il va y en avoir d'égorgées.

AVANT L'ISLAMISMK. til

* Des tribus les plus éloignées, c'est toujours i» nia sébile que Ton vient manger, tant que les grandes acacies épineuses demeurent, sous la rigueur de l'hiver, dépouillées de leurs feuilles.

« Non, ne me demande pas à moi, fière beauté, qui je suis ; demande à ceux qui se trouvent avec moi dans le désert, ce que je fais lors même que mes chameaux sont épuisés. (Encore alors, dans ce moment de gêne, je les égorge pour mes compagnons.)

« Quand le vin m'égaie, j'aime à donner jusqu'à mes flèches, jusqu'à ma propre chamelle ; je donnerais même mon bel alezan au superbe poitrail.

« Et puis encore, je suis comme le mors de la bride, inflexible ; tu ne verras pas un héros de batailles qui n'ait le front menaçant et poudreux, comme je suis, moi;

« Pas un héros de batailles, dis-je, qui, lorsque la mêlée le mord, ne la morde, qui lorsque la mêlée en fureur se retrousse les manches, ne retrousse aussi les siennes, comme je fais, moi.

< Et quand, entre la mort et moi, il n'y a plus même la distance d'un empan, j'ai le nez trop fier pour reculer.

> Si tu veux avoir l'amitié de nos Djadilah, tu la trouveras toujours pure de mauvaises pensées, comme la mienne (usât-on envers eux d'inconvenants procédés comme tu as fait, toi, Màwiah, envers moi.)

« Ne vinssent-ils pas nous racheter lorsque nous sommes prisonniers, peu nous importe ; je les trouve toujours assez peu disposés à aimer nos ennemis, et toujours leur imposant la peur.

« Quand les sables me séparent de nos Béni Salamân, les retards qui me tiennent éloignés d'eux ont pour moi la tristesse du tombeau. • Cependant les dépits de Hàlim ne persistèrent pas long-

M KKMMKS ARABES

temps. Son cœur le rappela vers la dame qu'il avail quittée si vile cl si brusquement. Il partit, résolu de la demander en mariage. Il arrive ; il trouve chez elle le poète NâUirah le zoubiànide, et un Nabîti ou médinois de la famille de Nabil. « Allez tous les trois à vos tentes, dit la dame aux trois aspirants ; et que chacun de vous me fasse des vers où il rclracera sa conduite, sa valeur el sa position sociales et morales. J'épouserai celui de vous qui sera le plus généreux el le plus poète. »

Nos trois rivaux se retirèrent.

Chacun d'eux égorgea un chameau pour en régaler la foule, et de suite se mit en devoir de le faire cuire.

Màwiah se déguise sous le costume d'une de ses esclaves, et se dirige, ayant la face voilée selon la coutume, vers les tentes de ses trois prétendants. Elle & présente d'abord au Nabîti et lui demande, pour manger, l'aumône d'un morceau * de chameau. Le Nabîti donne à celle esclave un morceau honteux. Elle l'accepte et s'éloigne. Elle va trouver le Nâbirah et lui demande un morceau de viande à manger. Le Nàbirah donne à la mendiante la queue de la bêle. La mendiante prend le morceau cl s'éloigne. Elle va à la lente de Hâlim. L'immense marmite dressée bouillait. L'esclave demande un morceau à manger. < Attends un peu, répond Hâlim ; attends que ce soit bien cuit, que je te puisse donner quelque chose qui le plaise et te fasse un bon repas quand tu seras chez loi. > L'esclave attend. Hâlim coupe el lui donne des tranches de la cuisse, de la bosse et aussi des tranches d'entre-côles près du garrot... L'esclave partit.

Le Nabili el le Nàbirah envoyèrent chacun à la dame, le rable. Hâlim le partagea et en distribua à toutes ses protégées, autant qu'il en envoya à Mâwiah ; il ne manquait jamais de faire porter à ses protégées une part de tous les régals ou festins qu'il préparait.

AVANT l/ISUMISMK. m Le lendemain, les (rois rivaux se présentèrent à Màwiah ; elle les invita k réciter les vers qu'elle en avait désiré. I^c Nabiti commença :

* Eh ! que n 'as-tu demandé à tous les Nabiti ce que leur noble frère, moi, dispense de largesses, lorsque souillent les vents de l'hiver,

« Lorsque dans les familles on refuse d'égorger la chamelle aux trayous coupés (1), à la nuque et à la croupe chargées de graisse (et qu'on la réserve pour un autre temps et pour la famille seule ; moi, je sacrilie mes chamelles et je les donne toutes),

« Lorsque (dans les temps de disette) le chercheur de pâtis revient dire : < Il est égal que les troupeaux restent à paître ici, ou qu'ils aillent au loin (car il y a sécheresse partout ; encore alors j'égorge mes troupeaux), « Et aussi lorsqu'aux chamelles laitières on a enlevé les bâtonnets qui leur serraient les pis (désormais taris) (2), et que le riche n'a même plus à donner k ses enfants le lait du malin ! (Encore alors, je sacrilie mes chamelles pour les autres.) » — C'est bien, dit la dame, tu parles de ce que lu fais dans les temps de souffrance et de disette. A toi, maintenant, couliuua-t-elle en s'adressanl au Nâbirah, voyons. » Et il récita :

< Que n'as-tu demandé aux Zoubiânides ce que je fais, moi, leur noble frère, lorsque te vieux aux cheveux blancs, vieux avare, est au milieu de la fumée (des feux préparés pour le régal des pauvres), cl ue veut plus jouer au meïçar (de crainte de perdre) (il),

ttj On coupait 1rs trayons des chamelles, afin, disent les crudit*, que par la rira Irisation qui suivait cette opération, elles devinssent plus charnue* cl plus grasses

lij l'oiir empêcher le lait de se perdre, on prenait chaque tra>on entre doux petit-* bâtons qu'on liait ensemble aux deux bouts.

(3) Le mciçar était un jeu de hasard que Mahomet a condamne el aboli rumine ton* le* jciu de hasard, bien que le mricar eut pour but de soulager les pauvre-, l e mn

IH t-KMMKS ARABES

« El lorsque le vciil rigoureux qui souille du eôié dt* Zou Azal, pousse, à la nuit, les troupes de nuages 'assombrissant le ciel et charriant les pluies)!

« Eh bien alors, moi, je paye la partie que j'ai perdue, je livre à mes joueurs double enjeu ; je garnis mes sébiles de ragoûts abondants et savoureux, » — Bien, dit Mâwiah ; mais personne ne manque d'assaisonner ses ragoûts ! Il n'y a rien là de bien extraordinaire. A loi, enfant des Tayïdes, poursuivit-elle en s'adressanl à llâtim; je t 'écoule. > EtHâtim prononça la kacîded que voici:

« 0 Mâwiah! combien a été long notre éloignemeni, longue notre séparation ! Les étangs, les torrents m'ont empêché de venir te demander ta main.

« 0 Mâwiah ! la richesse vient le matin, et s'en va le soir; pour qui l'a possédée, il en peut rester récits ei souvenirs glorieux.

« 0 Mâwiah ! je ne dis jamais, en quelques jours que l'on vienne faire appel à mes biens : • J'en ai trop peu maintenant. » (Je donne toujours.)

« 0 Mâwiah ! ou bien je refuse simplement (quand je n'ai rien); ou bien je donne; et nul reproche, nulle remontrance ne m'arrête.

« 0 Mâwiah! à quoi la richesse sert-elle à l'homme arrivé au râle de la mort, à ce moment où la poitrine étouffe !

« Lorsque ceux que j'aime m'auront descendu au tombeau, demeure de poussière, où tout glisse et tombe ,

ear s? jouait avec neuf petites flèches semblables, non barbelées, qui avaient eba cunc un nom cl un nombre fixé de pcliles echancrure*. La flèrbe de tel nom, perdait ; celle de tel autre nom, gagnait ; telle autre ne perdait ni ne gagnait. L'enjeu était or tlinaircmenl un ou plusieurs chameaux. Le perdant livrait l'enjen convenu.

Les neuf (lèches étaient mises dans un sac en cuir, puis agitées; et chaque joueur, à son tour, en lirait une. La perte était au profit des malheureux ; on leur égorgeait, puis faisait cuire les animaux perdus. C'était surtout dans les temps de pénurie, de disette, que les riches jouaient* ce jeu.

Nous, nous faisons de* loteries, de» fèto. au pmlit des pauvres.

AVANT LTSUMISMK 1*3

• Lorsque d'un uas plus vile ils s'en rctoiii'iit'ioiil eu essuyant la poudre qui leur sera restée aux mains, et disant : « A creuser sa fosse, le bout de nos doigts s'est blesse jusqu'au sang, >

• 0 Màwiah! lorsque mon âme errante promènera son vol dans le désert, quand je n'aurai plus ni eau ni vin (quand tout sera Uni pour moi),

• Tu le verras alors, ce que j'aurai dissipé en bienfaits ne me rendra pas plus pauvre, et ce dont ma main aurait été avare, vaudrait zéro pour moi.

« O Màwiah ! dans les guerres, j'ai pris bien des (ils uniques, l'amour de leurs mères; mais avec moi aucun n'a trouvé ni la mort ni la captivité.

. \je monde n'ignore pas que si Hâtim avait voulu accumuler des richesses il en aurait à regorger.

« Eh ! je ne sais pas empêcher ce que je possède de s'en aller en bienfaits. Les biens! mais ils sont d'abord la nourriture des gens, pour être ensuite une réserve de gloire dans la mémoire des hommes.

« De ce que j'ai je rachète les prisonniers, je sais à propos donner à bien manger à ceux qui ont besoin ; je ne gaspille pas à jouer au meïçar et à boire.

« Je ne suis pas injuste pour un neveu, même en lace de mes frères, ou encore si le temps les a elfacés des vivants.

« Oui, j'ai longtemps été dans la misère, longtemps dans la richesse ; j'ai bu aux deux coupes de la fortune ;

• Mais ni la richesse ne m'a gonflé d'orgueil envers les miens, ni la pauvreté ne m'a abaissé devant eux.

« Qui invoque ma protection, sache-le bien, noble dame, n'a rien à craindre de moi pour sa femme, nul voile entre elle et moi ne la dérobât-elle a mes regards.

« Mes veux ne s'occupent point des femmes d'aulrui ;

lili KK.MMI S AHAHKS

et mon oreille est inattentive, sourde a leurs causeries. •

Après ce lablcau poétique ci pittoresque de sa vie, de sa nature, de son courage, de sa générosité, de sa morale, Hâlim attendit un instant le jugement de Mâwiah. Mais au lieu de se prononcer, elle ordonna que l'on servit le dîner. Elle avait recommande à ses femmes esclaves d'apporter devant chacun des trois convives les mômes morceaux qu'elle avait reçus d'eux la veille. La recommandation fut scrupuleusement suivie et exécutée. Le Nabiti et le Nâbirah, surpris et confus, baissèrent la téte. Hâlim péniblement affecté de ce qu'il voyait, repoussa avec vivacité ce qui était servi à ses deux compagnons, leur présenta et leur fit manger de ce qu'on lui avait apporté. Ils se retirèrent honteux, humiliés, et disparurent. Lorsqu'ils se levaient Mâwiah leur dit : « Certes, Hâlim est autrement généreux et autrement poète que vous 1 »

Après le départ du Nabiti et du Nâbirah, elle dit a Hâlim :

- Renonce à la femme que tu as, répudie-la, et je t'épouse.

— Non' répondit-il, non, je ne me séparerai point de la mère de ma fille. » Sur ce, Mâwiah donna â Hâtim des provisions de voyage, cl le congédia.

Quelque temps après, le cœur de Hâlim se rappela la belle dame; Hâtim était veuf depuis peu. Il redemanda Mâwiah; elle l'épousa ; et elle lui donna un fils qu'il appela Ady.

Ady vit l'installation de l'islamisme et embrassa sincèrement la foi nouvelle. Un jour, conversant avec le Prophète, il lui dit : « A poire de Dieu, mon père distribuait ses biens aux nécessiteux ; il était l'appui et la ressource des misères ; il était lidèle à la parole donnée; il recommaudait la pratique des vertus. — Mon ami, reprend le Prophète, ton père est un tison des lisons de l'enfer. » Kl voyant une tristesse profonde assombrir le visage d Ady, le Prophète ajoute : « Mon cher

A NAM L ISI AMISMI 147

A«lv, ion prie, mon prie, le (►en* d'Abraham, sonl dans les loux de la géhenne.

Reprenons notre récit.

Màwiah demeura longtemps avec Hâlim. Un appelé Mâlik, cousin de notre poète, répétait souvent à Màwiah : « Que veux- tu faire avec Hàtim? Par Dieu, à peine a-l-il quelque chose qu'il le prodigue follement cl le perd ; el quand il n'a rien, il va emprunter. Qu'il vienne à mourir, il laissera ion (ils à la charge de la tribu. — C'esl vrai; mais enfin il est comme cela. » Ces paroles de Màlik el bien d'autres encore, (mirent cependant par impressionner Màwiah, et après quelque temps, elle se laissa endoctriner.

Or, dans ces époques de la genlililé arabe, les femmes, beaucoup de femmes, répudiaient leurs maris. Le procédé de répudiation était simple. La femme, lorsqu'elle habitait une grande tente faite d'élofle en poil de chameau, en lournait le ' gynécée en sens opposé à celui dans lequel il élait auparavant. Ainsi, l'euiréc était-elle tournée à l'Est, la femme la tournait à l'Ouest; ou bien, l'entrée étail-elle du côté de l'Yémen, c'est-à-dire du côté du Midi, la femme la tournait du côté de la Syrie, c'est-à-dire du côlé du Nord. Ce que voyant, le mari comprenait à cela que sa femme l'avait répudié ; et il n'entrait plus vers elle ; il ne l'abordait plus; on lui avait tourné le dos ; il était exclus; l'union était rompue; les deux époux étaient redevenus étrangers l'un à l'autre.

Màwiah était d'une grande beauté. Le neveu de Hâlim réalisait souvent a la dame : « Répudie Hâlim; répudie-le, el 'je t'épouserai. Je vaux certainement mieux que lui; je suis plus riche que lui ; et puis, j'aurai soin de toi, j'aurai soin de ton (ils. » Il persista dans ces instances jusqu'à ce qu'enfin Màwiah répudia Hâlim. Elle tourna donc en sens opposé Tenlrée de sa chambre particulière. Hâlim arrive, et voit l'entrée du gynécée tournée en sens inverse. Ady arrivait

JiX IKMMKS AUABKS

aussi. » Ady, que pensos-lu qui ait passé par l'esprit de ta mère? dit Hâlim. — Je l'ignore, » répondit l'enfant. Car jusqu'alors Màlik n'était pas encore entré chez elle. Hâlim prit son (ils et se relira avec lui dans le bas-fond d'une vallée.

Un soir des voyageurs se présentent. Selon leur ancienne habitude, ils descendent devant la lente où était Mâwiah. Ils se rangent en (îles, au nombre de cinquanle hommes. Mâwiah se trouva dans l'embarras ; elle n'avait pas de quoi les traiter. Elle appelle une esclave : o Va vile chez Màlik, lui dit-elle ; et annonce lui ceci : Des hôtes de Hâlim viennent de nous arriver au nombre de cinquanle ; envoie-nous, à l'instant, une chamelle pour leur en préparer un repas, du lait pour leur donner à boire. » Ensuite Mâwiah ajoute : a Regarde bien le front el la bouche de Mâlik. S'il l'adresse de suite la parole, conforme-toi bien à ce qu'il te dira. Mais s'il ramène plusieurs fois avec la main sa barbe contre son cou et réfléchit, s'il se passe la main sur la tête, reviens de suite, laisse-le, ne prononce plus un mol. »

L'esclave pari. Elle arrive ; elle trouve Màlik endormi, la tétc appuyée sur une outre à lait el une autre était sous lui. L'esclave le réveille, et voilà qu'il se passe la main sur la léte et se ramène plusieurs fois la barbe contre le cou. L'esclave répèle les paroles que Mâwiah l'a chargée de transmettre, mais elle ajoute: « Traite ces hôtes ce soir seulement ; après cela on saura où esl allé Hâlim, el ils ne reviendront probablement plus l'importuner. — Salue Mâwiah de ma pari, répondit Màlik, el dis-lui en mon nom : C'esl justement à cause de ces circonstances-là que je l'ai pressé de répudier Hâtim, à cause de celle manière de traiter à grands frais tous ces gens qui vous arrivent. Moi, pourquoi les traiterais-je? Je n'ai pas assez <le lait pour en abreuver les hôtes de Hàtim; je n'ai pas, pour la leur tuer, de vieille chamelle qui ne puisse plus rien faire ;

AYANI l/ISLAMSMfc. 120

je ne suis nullement disposé à égorger à ces hôles une chamelle de première qualité, une bonne laitière, une chamelle aux reins gras et ronds. Encore une fois, je n'ai pas de lail pour les hôtes de Mâtim. »

L'esclave retourne chez sa maîtresse. Elle raconte ce qui s'est passé et rapporte les paroles de Màlik « Va vite à la recherche de Hàtim, dit Màwiah a l'esclave, et expose-lui ainsi l'affaire : Tes hôtes nous sont arrivés ce soir ; ils ne savaient pas 'où tu t'es retiré. Envoie-uous immédiatement ane chamelle dont nous leur préparerons à souper, et du lait pour leur donner a boire. Traite-les pour cette nuit, car, à cette heureci, ils ne sauraient comment aller où lu es. »

L'esclave arrive à la tente de Hâtim, l'appelle à forte voix. Hàtim répond: « Tu appelles qui est tout prêt à le donner ce que lu désires. — Màwiah le salue, reprend l'esclave ; elle m'envoie te communiquer la nouvelle que voici : Tes hôtes nous sont arrivés ce soir ; fais-nous parvenir une chamelle a tuer pour leur souper, du lait pour leur donner à boire. — Très bien! » dit Hâtim. Et aussitôt il va à ses chamelles, en détache deux de leurs entraves ; puis, chassant de la voix ces chamelles, il part. Il approche de la tente de Màwiah ; il coupe les jarrets aux deux chamelles et les égorge de sa propre main. C'est à la suite de celte circonstance, que Màwiah, se rappelant les paroles de Màlik, dit à Hâtim : « Voilà pourquoi je l'ai répudié ; c'est pour cette générosité si prodigue, si déraisonnable ; lu laisseras les enfants sans aucune ressource. « A cette remontrance Hàtim répondit par ces vers :

« Le temps, est-ce donc autre chose que le jour d'hui,

ou hier, ou demain ? Ce sont la les seules phases que

parcourt le temps sur notre terre.

« Il nous amène une nuit à la suite de la journée ; nous

ne serons pas toujours, et le temps ne finira jamais. « Nous avons une existence dont nous n'apercevons

no KKMMKS Alt.AKKK

point la limilc devant nous; mais nous y marchons au pas du temps.

« Les Béoi Thoal (1) sont mes frères; je ne veux qu'eux pour ma tribu; je ne veux pas que l'on rattache à d'autres mon origine.

« Au milieu de leurs lances, je cours sur la piste de l'ennemi; par eux l'audacieux, frustré dans ses vains projets, se détourne de moi.

« Modère tes paroles, chère dame, toi pour qui je sacrifierais aujourd'hui ma mère et sa sœur! I n noir esclave n'a pas a m'ordonner en ce monde d'être vil et avare.

« Du jour où j'eus la raison, où mes flancs se fortifièrent, dès le temps où je n'avais encore qu'une barbe folle, je m'exerce avec amour aux nobles œuvres qui, 2i toi, te sont impossibles.

« Eh quoi ! les antiques tribus des Hadoûrides n'ontelles pas disparu de leurs séjours avant moi? (Oui, tout meurt.) Qui fait œuvre de mal et de bassesse durera-t-il donc toujours?

« Combien de pillards à la lance redoutable, partis au pillage sans leurs compagnons, n'avons-nous pas sabrés en présence de nos contribules !

« Et ces hardis brigands tombaient à plein front sur le sable, régalés de fers de lance effilés comme des miroued (2).

* Je ne quittais pas ces audacieux que je ne fusse certain d'en être débarrassé, qu'ils ne fussent noyés dans le noir flot de leur sang.

« Non, certes, non, je ne ne vais jamais en secret -

■ I N»rn il'unc dis lrit>«* •.econd.iire* des Tayidev

i< Le miroued c«t une petite lifte Oc t»oi» ou «le mt-lil, rt que l'on »r pa>sc entre le» Jeu* paupière* afin d> laisser .iu\ bord» le coliel dont vu l'a garnie

AVANT l.mAMISMK. 1:11

chez mes protégées ; je n'irai jamais, tant qu'en ce monde roucoulera la colombe.

« Je n'acquiers point mes biens par la trahison, car tout bien qu'a souillé la déception, porte en soi le malheur.

« Si d'autres sont dominés en esclaves par leurs richesses, moi, grâce à Dieu ! ma richesse est mon esclave.

« Par elle je délivre les prisonniers, je donne bons repas aux voyageurs et largesses aux besogneux, lorsque l'ignoble ladre resserre sa main.

« Quand l'avare vil et traître étouffe le feu de son àtre, moi je dis à qui se chauffe à mon feu: « Faites grande flamme (1) ;

« Encore ! encore un peu plus ! qu'il y en ail autant que nous le pourrons. » Car celui-là est le plus honorable, le plus loué, qui le premier allume ses feux.

« Ainsi vont les affaires des hommes : tel se plaît aux choses de mépris, et tel s'élève aux hautes branches de la grandeur d'âme, y aspirant comme â une eau vive.

« Celui-ci, âme généreuse, cherche de l'œil, partout autour de soi, qui a besoin de bienfaits ; celui-là, cœur ladre et bas, reste l'œil fixe, en avare toujours affamé.

« Que de gens m'ont appelé dont aussitôt j'ai satisfait les désirs ! N'est-ce pas repousser ceux qui demandent, que les gourmander (et leur dire : que voulez-vous faire de ce que voifc demandez) ? »

Je n'ai plus maintenant à raconter à l'endroit de Hâtim, ce poète philosophe, cette nature si noble et si grande, qu'une brève anecdote. Màwiah se sépara de Hàtim ; elle craignit la pauvreté, et elle répudia son mari riche aujourd'hui, pauvre

(1 1 Le soir, les homme» généreux allumaient du feu ver» leurs lentes, ou sur une hauteur voisine pour appeler ainsi les voyageurs, pour servir aussi de phare directeur, et encore pour réchauffer les hôtes. On fnuoii grande flamme pour qu'elle fût aperçue de loin.

\M FEMMES AKAHES

demain, pour prendre un Mâlik riche en permanence et ne jetant pas ses outres de lait à tout venant, ;i tout mendiant. Ce privilège de répudiation qu'avaient alors les femmes, serait probablement accueilli aujourd'hui dans plus d'un pays. L'islamisme, qui n'a pas consulté les femmes pour la constitution de leurs droits, a bien vite abrogé ce privilège de répudiation dont jouissait la femme, et l'a consacré uniquement au bénéfice de l'homme. L'a aussi, l'homme s'est posé eu maître, en arbitre absolu, et comme tel il s'est légalisé seul et incommutable propriétaire du pouvoir de se débarrasser de sa partie conjointe toutes les fois qu'il en a l'envie. La femme n'a que le droit de proposer sa propre répudiation au mari ; s'il accepte, et il ne doit jamais accepter gratis, celle séparation est ce que la loi appelle le divorce.

Mois terminons ce que nous voulons dire de Hâlim.'

Dans une razia, les Anazidcs ou Béni Anazah firent Hâlim prisonnier. Ils le garottèrenl, el ils l'emmenèrent à leur tribu.

On le gardait les mains toujours liées Or, des femmes

anazidcs se mirent à entourer un chameau et à chercher à le maintenir en repos pour le saigner à la cuisse. Elles ne purent en venir à bout. Hâlim était là, les regardant, silencieux, muet. « Hâlim, dirent-elles au prisonnier, nous saignerais-tu ce chameau-là, si nous te débarrassions une main. — Oui, certainement, » répondit Hâtim. El les femmes aussitôt de lui délier une main. Lui, saisissant le couteau, l'enfonce par devant dans le cou de la hétc, et reçoit le sang dans un vase. Un moment après, l'animal, par un mouvement eonvulsif, tourne la tête de côté,, tombe et meurt. « Qu'as- tu fait là ? crient les femmes à Hâtim. — C'est comme cela que je saigne, moi, » répondit-il. Cette réponse devint proverbe. I ne des femmes, furieuse de voir le chameau étendu mort, applique un soufflet à Hâtim. « Femmes des Anazides, s'écrie le poète, vous ne comprenez rien à ce que c'est qu'un acte

AVANT 1/ISI.AMIS.MK i:t:;

d'un homme généreux ; vous n'avez pas le sens commun. » Une autre de ces lemmes, appelée Aiijizah, frappée de la réflexion de Ilâliin s'intéressa à lui et le fit mettre en liberté. Quant à la mort du chameau, personne autre que ces femmes ne la reprocha au prisonnier. A propos de cette petite histoire de *ang." Ilâtim a dit ce vers :

« Voilà comme je saigne, si tu me demandes du sang de mes chameaux ; je tire tout ce qu'ils en ont dans le corps. Le sang de la saignée, c'est indigeste. » Ilâtim mourut, à ce que l'on pense, vers 610 de 1ère chrétienne.

Comment doit se comprendre l'espèce de maxime ou d'aphorisme en manière hippocralique : « Le sang de la saignée est indigeste ? » Ces paroles font allusion à une singulière habitude des Arabes Dans leurs voyages a travers le désert, et aussi dans les stations ou camps des tribus, parfois on taillait à la cuisse d'un chameau une petite tranche de viande qu'ensuite on mettait toute saignante sur une braise à l'eu vif. On laissait cuire cl on se régalait de cette grillade. Mais plus souvent on saignait le chameau à la veine interne de la cuisse, ou à une veine du cou ; on recueillait le sang dans un vase ; on arrêtait la saignée ; puis on faisait cuire le sang, ou seul, ou avec du lait, el on se régalait, hommes et femmes. N'est-ce pas l'analogue de cela que Virgile dit du Scythe, cet autre Arabe des déserts de neige, des déserts du Nord ?

Et lac concreturn cum sanguine potat equino.

L'Arabe aussi saignait son cheval pour se préparer un mets dans les voyages. Il allumait des débris d'herbes sèches et surtout des crottins laissés sur les traces des caravanes ou des coureurs de maraudes, de razias, et il cuisinait.

Les dames anazides dont nous parlions tout à l'heure, voulaient aussï se préparer un plat ou une écuelléc de sang

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