ATTENTION
Selon l'ordonnance, deux ou cinq cuillerées à thé, à mêler avec un demi-litre d'eau.
Pour la sage-femme X...
§ 8. Avant de toucher une femme enceinte, en travail ou accouchée, la sage-femme doit se nettoyer les mains, les avant-bras et les ongles avec la brosse, le savon et la solution phéniquée à 5 p. 100, jusqu'à ce que les parties sus-nommëes soient absolument propres,
§ 11. Les cathéters, les canules, ainsi que les linges nécessaires à la toilette de la femme, seront toujours plongés dans la solution à 2 p. 100.
§ 15. La sage-femme doit tout de suite faire savoir, personnellement si c'est possible, ou par écrit au médecin régional, tout cas de maladie fébrile d'une de seé accouchées, ou tout cas que le médecin qui a été appelé déclare être de la fièvre puerpérale. ■
§ 16. Elle fera connaître aussitôt que possible et de la même manière, au médecin régional, tout cas de mort et la cause du décès.
§ 17. Une accouchée est-elle atteinte de fièvre, la. sagefemme ne doit plus lui donner de soins. . Pendant cinq jours au moins, elle ne fera plus d'accour chements.
Sur la première page de Ylnslruciion, il est dit que les sages-femmes qui ne s'y soumettront pas seront passibles d'une amende qui pourra s'élever à ISO marks, et s'exposeront à un emprisonnement dont la durée pourra être de six semaines.
, La professeur Léopold nous écrivait, au mois de juillet dernier, que malgré ces prescriptions et l'emploi de l'acide phénique, on avait encore à déplorer ,de petites épidémiesTde fièvre puerpérale dans la pratique des sages-femmes, mais qu'elles n'étaient jamais ni considérables, nide.longue durée, grâce au contrôle exercé par les médecins régionaux.
En Prusse, une instruction minutieuse du même génre a été publiée le 22 novembre 1888. EUe est conçue dans le même esprit que celle de Saxe, nous n'en citerons que quelques passages :
§ 11. La sage-femûxe évitera tout, contact inutile avec les parties du corps qui sont souillées par les lochies, ou qui sont en état de suppuration ou d'infection, avec les abcès, les fœtus morts, les linges sales.
Elle évitera autant que possible de fréquenter les personnes malades d'une affection contagieuse quelconque, fièvre puerpérale, fièvre putride, suppuration, maladie de matrice ou'de l'abdomen, rougeole, diphtérie, scarlatine, variole, choléra ou dysenterie.
§17. Les vêtements qu'une sag€-fçmme a portés, en examir; nant ou en visitant une, personne atteinte d'une des affections indiquées ci-dessus, ne doivent pas être mêlés à d'autres vêtements. Ils seront rigoureusement bouillis ou lavés aU[ savon, ou désinfectés dans un appareil spécial à la vapeur avant de s'en servir de nouveau.
De tous les côtés, dans la presse allemande et autrichienne, les accoucheurs demandent des réformes, nouvelles et disGUtent celles qui ont été proposées afin d'obtenir la dispariliôn de la fièvre puerpérale. '
Les articles publiés sur ce sujet depuis quelques années sont innombrables. Le professeur Fristch de Breslau, a été jusqu'à dire et redire : Si une sage-femme perd une accouchée, si après enquête, on ne trouve la possibilité d'aucune autre cause de mort et si l'antisepsie a été omise, cette sage-femme doit être condamnée pour homicide par imprudence. Et combien d'accoucheurs professent en Allemagne cette opinion !
Le médecin régional, écrit Yalenta^ devrait diriger les sages-femmes ; de plus, chaque médecin particulier devrait dénoncer et faire punir toute sage-femme convaincue de ne pas être antiseptique.
On va plus loin encore ; dans ce pays où le temps d'instruction des sages-femmes est bien moins long que chez nous, beaucoup de médecins disent qu'il faut avant tout qu'elles soient habituées à la pratique de l'antisepsie, le reste n'est qu'accessoire.
La propreté des mains, des bras, des instruments, des vêtements de l'accoucheuse, voilà ce qui importe ; ainsi parlent Schrœder^ Litthauer*, Solowij ^ Chazan ^ WeisF, etc.
Les vieux médecins disaient autrefois : Pour faire des accouchements, il faut deux choses : du beurre et de la patience ; un certain nombre de modernes diraient volontiers : Pour faire des accouchements, deux choses sont nécessaires : l'antisepsie et la patience. Cependant, aujourd'hui comme autrefois, un peu de science ne saurait être nuisible. La science seule permet d'avoir de la patience en connaissance de cause et de comprendre l'importance de l'antisepsie. C'est ce que pensent probablement Léopold et Fehling; Léopold recommande aux accoucheuses de suivre les progrès journel-
• Fritscu. Cent. f. Gyn.,\i%Z, p. 467.
» Valenta. Cent. f. Gyn., 1888, p. 777.
' ScHROEDER. Allgem, dent, llebammenzeitung , II Jalirang, 1887, n° 1.
* LiTTHALER. Deut, med. Woch., 1887, n" 21. ° SoLOWiJ. Cent. f. Gyn., 1889, p. 595.
» Chazan. Cent. f. Gy/i., 1889, p. 698. ' Weisl. Cent. f. Gyn., 1889, p. 697.
FEMMES EN COUCHES ET NOUVEAU-NÉS o09
lement réalisés en obstétrique ; quant à Fehling ^ il déclare que les sages-femmes qui n'ont pas appris l'antisepsie au moment de leurs études, devraient suivre de nouveaux cours pendant trois ou quatre semaines.
En Belgique, grâce surtout à l'impulsion donnée par Charles, de Liège S la question de l'emploi des antiseptiques par les sages-femmes a fait de grands progrès. « Il existe, nous a-t-il écrit, une solution ferme et identique dans toutes les provinces sans exception, il n'y a plus la moindre hostilité en Belgique, tout le monde est absolument d'accord. Cette unanimité absolue existe sur le point en discussion à l'Académie de Paris, à savoir que toutes les accoucheuses peuvent et doivent avoir recours aux antiseptiques avant, pendant, et après l'accouchement. Les Commissions médicales des neuf provinces, le Conseil supérieur d'hygiène, la Commission de l'Académie de Belgique, — celle-ci ne s'en est pas encore occupé en séance plénière, — ont admis que les sages-femmes peuvent prescrire les antiseptiques. »
Les Commissions médicales de chaque province ont envoyé des circulaires, et dans le texte de celle adressée aux sagesfemmes de la Flandre Occidentale on lit cette phrase qui montre combien est profonde la conviction des médecins qui l'ont rédigée : « Nous appelons tout spécialement votre attention, mesdames, sur les préceptes suivants, dont l'application est, pour tous ceux qui se livrent à la pratique des accouchements, un devoir d'humanité et de conscience. »
L'accord cependant n'est plus complet en Belgique quand il s'agit de l'antiseptique auquel les sages-femmes doivent avoir recours. Charles, frappé de la diminution considérable
1 Fehling. Korrespondenzbl. des Wurlemb, ^ztl. Landesvereines. Bd. LVII n" 26. '
!» Charles (de Liège). Traité d'accouchement, t. II, p. 49i et Journal d'accouchement, passim.
'Journal d'accouchement de Charles, 1886, p» 143.
UO FEMMES EN CÛ-UCHES ET' NOUVÉAU-NÉS
d& la mortalité et de la morbidité qu'il a obtenue depuis qu'il emploie le sublimé, est parvenu à faire autoriser les sagesfemmes delà province de Liège à se servir de cette substance^ Elles ont à leur disposition des solutions mères, -généralement appelées la liqueur bleue au sublimé^ dont voici la composition :
Sublimé corrosif 10 grammes.
Alcool. 100 —
Indigo q. s. pour colorer. '
Une cuillerée à café dans un litre d'eau constitue une solution à 1 p. 2000 environ et donne Veau sublimée qui sert aux différents usages antiseptiques.
Certaines Commissions n'accordent que l'emploi de l'acide phénique en solutions concentrées, qui permettent de faire des solutions étendues à 2 1/2 ou à 5 p. 400.
Enfin, d'autres autorisent les sages-femmes à se servir à la fois du sublimé et de l'acide phénique.
On a également institué en Belgique, dans certaines provinces, des conférences pour les sages-femmes. Dans la province de la Flandre occidentale \ ces conférences sont bisannuelles : chaque séance est de deux heures au minimum. Les sa^es-femmes reçoivent un jeton de présence qui varie de i franc à 3 fr. 50, suivant la distance qu'elles ont à parcourir pour s'y rendre. A la fin de l'année, des primes en argent sont accordées à celles qui se sont distinguées par leur zèle, leur dévouement ou leur mérite.
Ces conférences ont pour but de maintenir les connaissances théoriques et pratiques dés s.ages-femraes à la hauteur de la science.
L'Italie se préoccupe aussi de propager les règles de l'antisepsîe. Une commission a été nommée composée dé MM., les professeurs Tibone,: Morisani et Cuzzi : . elle a proposé un
» Journal d'accouchement,: de Chaules,. 1886, p. 168»
FEMMES EN GOPÇHES EJ NO,UVEAU-ff ÉS 511
règlement en partie , accepté, par le ministre, qui n'est pas. encore adopté définitivement. On y voit que les ^agesfemmes devront faire usage des antiseptiques : l'acide borique, l'acide phénique et l'acidfs salycilique. Toutes les fois qu'une sage-femme constatera quelque chose d'anormal pendant l'accouchement ou pendant les suites de couches, toutes les fois que' la température axillaire atteindra 38°, elle appellera un médecin ; s'il n'y a pas de médecin, elle fera sa déclaralion à l'autorité municipale. Quand elle aura donné ses soins à une femme atteinte d'affection puerpérale, elle restera cinq jours sans pratiquer : elle devra tenir un registre exact des accouchements qu'elle fera et communiquer ce registre à l'autorité communale. Toute contravention sera punie conformément à la loi.
Eu Angleterre, l'organisation des sages-femmes est toute différente de celle ^qui existe sur le continent; un nombre limité d'entre elles passent des examens. Cependant l'antisepsie leur est recommandée ; Playfair, en particulier', donne à-ses nurses deux sortes de bouteilles, l'une contenant de l'huile phéniquée, l'autre renferniant une solution colorée de bichlorure de mercure à 1 p. 100.
En France, depuis le 1" novembre 1882, l'Administration de l'Assistance publique, à la demande des Accoucheurs des hôpitaux, fournit gratuitement à ses sages-femmes agréées, pour. chaque parturiente, un litre d'une solution concentrée d'acide phénique, ainsi composée :
Acide phénique . . 2S0 grammes.
Alcool dénaturé. - . 750 —
■ .. Essence dé thym 20
Les accoucheurs, dans leur pratique civile, emploient é
,^ ^i^^iFÀmy Dr\tisfi msd. Jpurn., t. l}, p. 1,0;U.
lement l'acide phénique, le sublimé ou d'autres antiseptiques.
Afin que le maniement de ces substances par les gardes soit plus facile et moins dangereux, on fait préparer à l'avance des flacons qui renferment par exemple :
Acide phénique 20 grammes.
Alcool 20 —
En versant dans un litre d'eau, on a instantanément une solution à 2 p. 100, c'est-à-dire au cinquantième. De même, on prescrit :
Sublimé corrosif . 0 gr. 50
Alcool, l 20 grammes.
Le contenu du flacon, mis dans un litre d'eau, donne une solution de sublimé à 1 p. 2000.
De tous côtés, par conséquent, on s'efforce de supprimer les causes d'infection, de faire disparaître les épidémies de fièvre puerpérale dans la pratique des sages-femmes, et pour cela on a recours aux antiseptiques.
On a parlé d'employer l'eau bouillie ; mais si dans les cas simples, lorsque les sages-femmes se lavent les mains, les avant-bras et se nettoient les ongles avec le plus grand soin, l'eau bouillie peut suffire, elle ne saurait détruire les germes qui, mis en contact avec les organes génitaux plus ou moins lésés, déterminent l'apparition des accidents puerpéraux. La prudence veut donc qu'on y renonce.
Votre Commission considérant l'eau bouillie comme impuissante à empêcher la propagation de l'infection, se trouve unanime pour répondre à M. le Ministre : Oui, on peut autoriser les sages-femmes à prescrire les antiseptiques.
Mais les antiseptiques sont nombreux, et vouloir demander aux accoucheuses qu'elles connaissent plusieurs méthodes,
serait évidemment trop. « Beaucoup de sages-femmes, a dit en effet Fischel', considèrent l'antisepsie comme un tracas inutile. » II importe par conséquent, dans la pratique, de simplifier le plus possible. C'est pourquoi votre Commission propose de ne permettre aux sages-femmes que l'emploi d'un seul antiseptique.
Quel antiseptique doit-on préférer?
Il faut que cet antiseptique soit réellement efficace et n'expose pas trop les femmes aux intoxications et aux cautérisations; il faut qu'il coûte bon marché et qu'il puisse être aisément conservé et transporté. Toutes ces conditions ne sont pas faciles à réunir.
Nous ne ferons que citer l'acide salycilique, le chloral, l'eau oxygénée, le permanganate de potasse, l'iode, l'iodoforme, le biiodure de mercure, le chlorure de chaux, le chlorure de zinc et le thymol. Parmi ces substances, les unes sont insuffisantes comme antiseptiques, d'autres s'altèrent à l'air et ne peuvent être conservées , d'autres sont irritantes, d'autres salissent le linge ou les mains des personnes qui les emploient, d'autres enfin sont trop peu solubles et d'un maniement difficile.
Parmi les antiseptiques non toxiques, l'acide borique, la créoline et le naphtol ont été essayés.
L'acide borique est trop peu puissant pour qu'il soit permis de compter réellement sur lui.
La créoline, dont la composition exacte n'est pas connue, forme dans l'eau une émulsion dont la couleur et l'odeur sont désagréables. Les recherches expérimentales qui ont été faites, par Frascani ' en particulier, montrent que, pour être active, la créoline doit rester quelques heures en contact avec les surfaces; enfin, d'après la Commission médicale du
' FiscHEL. Cent. f. Gyn., 1888, p. 513.
• Frascani. Infezione puerpérale e creolma, Pisa, 1889.
FEMMES EN COUCUE&.
Luxembourg, elle occasionne même, à la dose d'une cuillerée à café par litre d'eau, de la cuisson èt de la douleur,
A la suite des publications de M. Bouchard sur le naphtol [3, nous avons fait, en 1888, des recherches sur cette substance, en collaboration avec M. le D' Yignal \ Le naphtol, qui est peu soluble, détermine parfois, au niveau des organes génitaux, une sensation de cuisson ou de brûlure, qui dure peu, mais n'en est pas moins désagréable. Nous n'y avons recours que dans certains cas particuliers.
Restent les deux antiseptiques qui ont été le plus employés, l'acide phénique et le sublimé.
L'acide phénique a rendu et rend encore de grands services, son action est cependant loin d'être aussi considérable qu'on l'avait cru tout d'abord : il paraît plutôt endormir les gerrîies que les détruire complètement. Son odeur forte est désagréable à certaines malades et bien souvent, dans la pratique des sages-femmes, il ne donne que l'illusion de l'antisepsie ; elles en jettent quelques gouttes dans l'eau dont elles vont se servir et, comme l'odeur est pénétrante, elles se figurent que cela est suffisant. Pour que les sages-femmes aient facilement à leur disposition la quantité d'acide phénique qui leur est nécessaire, on doit leur délivrer des solutions très concentrées ; ces solutions mères, dans l'alcool ou la glycérine, sont caustiques et toxiques, il faut donc prendre des précautions en les maniant. Quelques erreurs mortelles ont été signalées en Belgique, cependant, bien qu'on en fasse usage à' Paris depuis 1882 chez les sages-femmes agréées de l'Assistance publique, il n'est parvenu, à notre connaissance, aucun accident digne d'être noté.
<£ Au point de vue de son emploi en obstétrique, le principal inconvénient présenté par l'acide phénique, dit le Ba.v\ provient certainement de l'irritation locale causée par ce corps.
1 BuDiN et ViGNAL. Bull, de la Soc. de Biologie, 19 mai 1888.
2 Bak. Des anlisepliques en obstélrique, 1883, p. 70.
Pour peu qu'on emploie des injections un peu fortes, à 2 p. 100, pour peu que les solutions employées le soient en grande abondance, — et cela est absolument nécessaire quand il s'agit de pratiquer des lavages utérins, vaginaux ou vulvaires, — on voit souvent apparaître, au niveau des grandes et des petites lèvres, un érythème très pénible, et parfois même des plaques de gangrène qui obligent l'accoucheur à renoncer à l'emploi de l'acide phénique. Ajoutons enfin que son action sur la peau est assez irritante pour que les sages-femmes éprouvent quelque peine à y avoir recours spontanément. »
« Un fait qui est admis par tous et surabondamment démontré, écrit de son côté le Brun', c'est la susceptibilité toute spéciale que présentent les enfants ei la gravité qu'acquièrent rapidement chez eux les accidents. Lucas Ghampionnière dit avoir vu périr dans le collapsus, avec des urines noires, des enfants auxquels des nourrices imprudentes avaient appliqué une compresse d'huile phéniquée sur les fesses et sur les jambes. Rouge, d& Lausanne, a eu l'occasion de voir un enfant de cinq mois qui succomba à une intoxication phéniquée, provenant d'un pansement enveloppant la partie supérieure des bras et fait d'une compresse simple inibibée d'une solution à 2,5 p. 100. Dans un cas publié par Dreyfous les symptômes d'empoisonnement s'étaient développés rapidement et avaient pris de suite un caractère menaçant après l'application d'une simple bandelette de gaz phéniquée sur une plaie de circoncision. » Zitt^ et Genser* avaient cité des cas analogues. L'emploi de l'acide phénique n'est, donc pas tout à fait sans inconvénient.
Le sublimé a été conseillé en 1881 par M. Tarnier^ au
* Brun. Des accidents imputables à l'emploi chirurgical des anlisepiiques 1883, p. m et 57.
' ZiTT. Arch. f. Kinder heilk., 1880, Bd. I, p. 445.
. ' Genser. Ibid., \m, Bd. I, p. 459.
'■iK^mz^. Internat, med. Congress, Londreg, 1881, t. IV, p. 390.
Congrès international de Londres. Depuis, son usage s'est rapidement répandu, car il donne d'excellents résultats; grâce à lui, la mortalité s'est encore abaissée dans les Maternités, et tout le monde a présents à l'esprit les chiffres qui ont été donnés par M. Tarnier dans la leçon qui ouvrit son cours à la Faculté de Médecine. Avec le sublimé, et nous ne saurions trop insister sur ce point, on observe aussi une diminution considérable de la morbidité. Beaucoup d'auteurs ont publié des statistiques absolument convaincantes.
De Saint-Moulin ^ a donné récemment les résultats de la Maternité de Bruxelles. La mortalité puerpérale par infection, quand on y faisait usage de l'acide phénique comme antiseptique, a été de 0,96 p. 400 sur un total de 3.442 accouchements ; elle est descendue à 0 p. 100 quand on a eu recours au sublimé.
Quant à la morbidité, elle est tombée jusqu'à 8,31 p. 100.
« Depuis qu'on a adopté le sublimé au General Lying-in Hospital, dit Ghampneys% les températures prises toutes les quatre heures, jour et nuit, ont été presque uniformément normales et la morbidité a été réduite au minimum. »
Ici, à Paris, dans notre service de la Charité, depuis le mois de février 1887, pas une seule femme n'a succombé à la septicémie contractée à l'hôpital. Nous venons de relever tous les tracés du 1"" novembre 1889 au 20 janvier 1890 et nous avons trouvé que sur 13S femmes, 121 n'avaient eu aucune élévation de température ; huit ont eu une seule fois entre 38 et 39°, six ont eu plusieurs fois une température dépassant 38°.
Donc, 90 p. 100 de nos femmes ont eu des suites de couches absolument normales ;
6 p. 100 ont eu une seule fois plus de 38° ;
4 p. 100 seulement ont eu véritablement de la morbidité.
Et nous recevons dans notre service tous les cas, quels
1 De Saint-Moulin. Joicrnal d'accouchement de Charles, 15 avril 1889, p. 76.
2 Chame'Neys. In J.-W. Byehs. Brit. med. Journ., 12 novembre 1887, p. 1043.
qu'ils soient : les accouchements laborieux qui viennent de la ville et qu'il faut terminer par des opérations, les femmes qui se trouvent malades dans les services de médecine et de chirurgie et que nos collègues veulent bien nous confier pour le moment de leur accouchement.
Or, il y a une importance très grande à supprimer la morbidité dans les services d'accouchements. Je vous ai dit les inquiétudes dans lesquelles on vit quand des femmes ont de la fièvre, la tranquillité qu'on éprouve au contraire lorsque, en passant dans les salles, on voit que toutes les courbes de température sont absolument normales. Ce n'est pas tout, il est très important pour l'avenir d'une parturiente qu'elle n'ait eu aucune infection pendant la puerpéralité. Il n'est pas rare de voir une femme qui pendant ses suites de couches a eu de la lymphangite mammaire, quitter la maternité parfaitement guérie en apparencè ; mais peu de temps après sa sortie, à la suite de fatigues ou d'autres causes, des accidents inflammatoires reparaissent et il se produit un abcès du sein pour lequel elle rentre dans un service de chirurgie. De même, lorsqu'une femme, après son accouchement, a eu un peu de fièvre parce que ses organes génitaux n'étaient pas dans un état d'asepsie parfaite, il n'est pas rare non plus de voir survenir des endométrites, des inflammations des annexes, des phlegmons tardifs, qui peuvent la rendre malade pendant longtemps et qui parfois mettent son existence en danger.
Il faut donc chercher à supprimer le plus possible la morbidité pendant les suites de couches et c'est surtout avec le sublimé, les chiffres le prouvent surabondamment, qu'on peut obtenir ce résultat désirable.
Mais on fait à l'emploi du sublimé une grosse objection : A certaines doses, dit-on, il est toxique, et il peut déterminer l'empoisonnement des malades; il peut môme, des erreurs étant commises, être une source d'accidents pour l'entourage des femmes en couches.
On a beaucoup accusé le sublimé; évidemment quelques
malades paraissent très susceptibles à l'action de ce médicament, mais, en réalité, les intoxications ne sont pas fréquentes. J'ai pour ma part employé le sublimé depuis 1882, j'y ai eu presque exclusivement recours dans mon service d'hôpital et dans ma pratique de la ville : c'est à peine si, à de longs intervalles, j'ai noté un peu de gingivite ou d'érythème, et cependant au début, je ne faisais usage que de solutions à 1 p. 1000.
En relevant avec grand soin les cas de mort par intoxication qui ont été publiés depuis que M. Tarnier a conseillé l'usage du sublimé en obstétrique, c'est-à-dire depuis plus de huit ans, nous sommes arrivé à un total de seize cas, et encore quelques-uns d'entre eux nous paraissent-ils fort discutables. Quatorze fois des injections intra-utérines avaient été faites plus ou moins abondamment et avec des solutions variant entre 1 p. 1000 et 1 p. 2000 ; deux fois seulement on n'avait pas fait d'injections intra-utérines, mais comme il existait une déchirure étendue du périnée, on avait eu recours à des irrigations de sublimé à 1 p. 1000 pendant qu'on pratiquait la suture. L'existence d'une néphrite, une anémie profonde due à une hémorragie ou à la rétention du placenta dans la cavité utérine avaient, dans quelques cas, favorisé l'intoxication.
Or, il ne faut pas l'oublier, toutes les fois qu'il survient quelque chose d'anormal pendant la grossesse, l'accouchement ou les suites de couches, toutes les fois qu'il y a de la fièvre après la parturition, la sage-femme doit prévenir un docteur qui intervient ou qui prend les précautions nécessaires pour empêcher les accidents de s'aggraver; elle n'a donc jamais à recourir spontanément aux injections mtrautérines, et si elle en pratique, ce ne peut être que sous la direction et la responsabilité du médecin.
Ajoutons enfin que, contrairement à ce qui a été observé pour l'acide phénique, les nouveau-nés supportent admirablement le sublimé.
Redouter, autant' que le font certaines personnes, l'emploi du sublimé par les sages-femmes, a paru à votre Commission très exagéré ; du reste, à côté de la susceptibilité des malades, il y a aussi la question des doses, sur laquelle nous reviendrons.
. On a pensé que le sublimé pouvait être une source d'accidents pour l'entourage des femmes en couches. Jusqu'ici nous n'avons pu relever qu'un seul cas de mort rapporté par Szabo'. Une infirmière, craignant d'être enceinte et déshonorée, fit fondre dans de l'eau 10 grammes de sublimé et absorba cette dose; mais c'est là un suicide, et depuis cette époque, on ne donne plus, dans le service de la clinique de Buda-Pesth, que des solutions aqueuses et toutes préparées de sublimé.
Charles dit n'avoir jamais observé d'accidents en Belgique^ depuis qu'on se sert de la liqueur bleue au sublimé; il en est de même dans le service des sages-femmes agréées de l'hôpital Saint-Louis, auxquelles on donne, depuis quelque temps, des solutions concentrées de sublimé. Je n'en ai jamais constaté non plus, pour ma part, dans la pratique de la ville. . Du reste, M. Nocard nous a fait remarquer que l'acide arsénieux était employé dans les campagnes, au gramme, pour exciter la nutrition ahez les chevaux, et au kilogramme pour chauler les grains et qu'on ne no tait pour ainsi dire jamais d'empoisonnement. Depuis plusieurs années, a-t-il ajouté, on traite les femelles de l'espèce bovine qui viennent d'avorter, avec les injections de sublimé à 1 p. 4000 ou. à 1 -p. 2000; les cultivateurs ont donc à leur disposition le sublimé ^etM. Nocard n'a encore vu signaler aucun cas d'intoxication.
Cependant, pour éviter autant que possible tout accident, la commission ne propose pas d'employer des solutions mères alcooliques de sublimé, mais de recourir à une autre méthode.
' SzABO. Arch. Gyn., Bd. XXX,. p. 143.
M. Tarnier a bien voulu rappeler que, depuis longtemps, il m'avait vu porter sur moi des petits paquets contenant SO centigrammes de sublimé. J'ai signalé publiquement cette pratique dans une communication que j'ai faite à la Société médicale de Nice; on lit, en effet, au procès-verbal de la séance du 21 mars 1884 ; « On peut, en ville, avoir recours au sublimé. Un paquet de SO centigrammes est dissous dans une ou dans trois cuillerées d'alcool, on y ajoute un litre d'eau et on a ainsi une solution à 1 p. 2000. Le médecin ayant dans sa poche, renfermée dans une petite boîte, des paquets contenant chacun 50 centigrammes de sublimé, il lui sera dès lors très facile avec un peu d'alcool et un litre d'eau, de préparer séance tenante le meilleur des antiseptiques. » Dans mes cours je n'ai jamais manqué de conseiller ce moyen si simple, et beaucoup de mes élèves et de mes amis le mettent journellement en pratique. Au début, je faisais toujours fondre le sublimé dans un peu d'alcool ou d'eau de Cologne, mais si on emploie de l'eau chaude, cette précaution n'est pas nécessaire, car le bichlorure s'y dissout rapidement.
M. Tarnier a donc demandé à la Commission de conseiller, pour les sages-femmes, l'usage de petits paquets analogues. La composition de ces paquets a été discutée ; des expériences ont été faites et voici les résultats auxquels nous sommes arrivés.
Chaque paquet contiendra 2S centigrammes de sublimé qui devront être jetés dans un litre d'eau; on aura ainsi une solution de sublimé à d p. 4 000; les expériences et la pratique ont montré qu'elle pouvait suffire dans les cas simples.
Le sublimé est soluble dans quinze parties d'eau ; mais si, avec l'eau froide, il est nécessaire d'agiter pendant quelques instants pour qu'il fonde complètement, dans l'eau chaude et même dans l'eau tiède le bichlorure se dissout au contraire très vite.
* BuDiN. Manuel pratique de la garde-malade et de l'infirmière, publié sous la direction du D' Bourneville, 3° édition, 1887, t. 111, p. 8.
Cependant on a conseillé d'ajouter au sublimé du chlorure de sodium ou du chlorhydrate d'ammoniaque ; avec le sel marin, le sublimé se dissout rapidement, mais le mélange de ces deux substances est déliquescent et les paquets ne peuvent être conservés longtemps intacts ; il en est de même avec le chlorhydrate d'ammoniaque, qui ne rend pas du reste le bichlorure de mercure très soluble.
Laplace * a montré que l'acide tartrique, mis avec le sublimé, s'oppose à la formation d'albuminates de mercure en partie insolubles; or, l'acide tartrique en poudre et le sublimé réunis se dissolvent promptement dans l'eau froide et surtout dans l'eau chaude ; dissolution plus rapide, action plus puissante, voilà deux avantages que présente ce mélange.
Enfin, pour que les erreurs soient aisément évitées, votre Commission propose d'ajouter à l'acide tartrique et au sublimé une petite quantité de matière colorante. Après des recherches comparatives, elle a adopté le rouge de Bordeaux qui est très soluble dans l'eau. Chaque paquet comprendra donc :
Sublimé corrosif 0 gr. 25 cenLigr.
Acide tartrique 1 —
Rouge de Bordeaux . 0 001 milligr.
Et, sur chaque paquet, qui portera l'étiquette rouge exigée par la loi, on devra lire :