‹ Femmes en couches et nouveau-nés [electronic resource]Chapitre 56 sur 68 · TOXIQUE · texte numérisé non relu

TOXIQUE

En outre, comme il est nécessaire que les sages-femmes aient à leur disposition une substance antiseptique pour enduire leurs mains et les instruments, les pharmaciens pourront également leur donner des doses de 30 grammes de la vaseline au sublimé à 1 p. 100.

Ces paquets et cette vaseline au sublimé constituent donc les seules substances antiseptiques que les sages-femmes seront autorisées à prescrire; les dangers d'intoxication sont ainsi tellement réduits qu'on peut les considérer comme à peu près nuls. Du reste, on parle souvent de ces dangers du bichlorure de mercure et on oublie trop ceux de la septicémie. On peut compter, vous l'avez vu, les cas d'empoisonnement attribués au sublimé en obstétrique ; au contraire, le nombre des existences qui ont été conservées grâce à cet antiseptique est incalculable.

Votre Commission a donc Içi ferme espérance que vous voudrez bien accepter ses conclusions.

Réponse à quelques critiques adressées par M. Tarnier à la Commission de l'Académie et à son Rapporteur.

La Commission de l'Académie n'a pas été peu surprise de voir un de ses membres attaquer les conclusions acceptées par elle et votées ensuite par l'Académie.

M. Tarnier, dans son livre intitulé De l'Asepsie et de Vantisepsie en obstétrique, a critiqué à plusieurs reprises la Commission et son Rapporteur.

« L'Académie, dit-il, a autorisé les sages-femmes à ordonner des paquets de sublimé. Les paquets recommandés par l'Académie contiennent 25 centigrammes de sublimé, que les sages-femmes doivent faire dissoudre dans un litre d'eau pour obtenir une solution à 1 p. 4000. Voici la formule de ces paquets :

Sublimé corrosif 0 gr. 25 centigr.

Acide tartrique 1 —

Solution alcoolisée de carmia d'indigo

à 5 p. 100 1 goutte.

« La manière de prescrire le sublimé en paquets est très bonne, mais, selon moi, la dose prescrite l'est moins, car vous vous le rappelez, la clinique m'a appris qu'on fait aussi bien avec 20 centigrammes de sublimé pax litre qu'avec 25 centigrammes; par conséquent, il y a de bonnes raisons pour adopter la première dose qui est moins toxique. Mon opinion n'a

pas prévalu au sein de la Commission des antiseptiques et elle n'a pas été exposée devant l'Académie qui n'a pas eu à se prononcer sur elle. Je le regrette. »

Et ailleurs : « Mieux aurait valu selon moi, s'en tenir à la dose de 20 centigrammes qui avait fait ses preuves. Je l'ai dit et répété à la Commission de l'Académie, dont je faisais partie, mais ma manière de voir n'a pas été acceptée, et il n'en a même pas été fait mention dans le Rapport présenté à l'Académie.

«c En résumé, je regrette que les sages-femmes ne soient pas autorisées à prescrire deux antiseptiques au moins. C'est l'opinion que j'ai soutenue à plusieurs reprises devant la Com. mission de l'Académie, mais mes efforts ont été inutiles et mon avis n'a pas été partagé par mes Collègues. Je le regrette d'autant plus que bon nombre de médecins ont pensé, bien à tort, que c'était à mon instigation que le bichlorure de mercure avait été le seul antiseptique octroyé aux sages-femmes. Je tiens donc à rétablir la vérité afin de dégager ma responsabilité.

« En réalité, si mon avis avait prévalu, les sages-femmes auraient été autorisées à se faire délivrer deux antiseptiques : le sublimé par paquets de 20 centigrammes pour un litre d'eau, le sulfate de cuivre, par paquets de 5 grammes. »

C'est sans aucun doute le désaccord existant entre M. Tarnier et l'Académie qui a provoqué ses leçons et son livre, puisqu'il dit : « C'est même cette discussion qui m'a déterminé à choisir ce sujet pour en faire l'objet de quelques leçons, car mes idées ne concordent pas complètement avec les conclusions votées par l'Académie. »

Il résulte de ces différents passages :

1° Que M. Tarnier aurait demandé à la Commission de l'Académie d'autoriser les sages-femmes à prescrire des paquets contenant non pas 25, mais seulement 20 centigrammes de sublimé ;

2'^ Que M.. ïarnier aurait demandé pour les sages-femmes l'autorisalion d'employer un autre antiseptique que le sublimé, le sulfate de cuivre ;

3° Que le Rapporteur n'a même pas fait allusion dans son travail aux propositions de M. Tarnier.

Yoici quelques renseignements précis et quelques documents qui éclaireront le public médical, ils disculperont complètement la Commission et son Rapporteur.

Après plusieurs réunions de la Commission, le Rapport fut rédigé le dimanche 19 et le lundi 20 janvier. Le 21 janvier, il fut imprimé à la machine et reproduit à plusieurs exemplaires. Le 22 janvier, il fut communiqué à tous les membres de la Commission , ils purent ainsi le lire et l'étudier la plume à la main. Une lettre que j'ai reçue de M. Brouardel et qui est datée du 23 janvier en fait foi.

La Commission fut convoquée pour le mardi 28 janvier, à 3 heures et demie, afin de discuter le Rapport. Or, le 28 janvier, à 3 heures un quart, M. Tarnier présentait à l'Académie une infirmière de son service.

M. Tarnier. — « La malade que je vous présente est une infirmière de mon service, habituellement chargée des injections antiseptiques au sulfate de cuivre et ayant souvent les mains en contact avec une solution de sulfate de cuivre au centième. Or, on peut constater qu'elle a les mains rouges, gonflées, gercées et même un peu excoriées. Cette éruption, localisée aux mains, est accompagnée d'une analgésie générale. »

M. FouRNiER. — « Cette malade me paraît digne d'attention à deux points de vue : 1° elle présente un de ces cas de pseudo-eczéma professionnel, très bien décrit par Bazin, M. Hardy, etc. ; 2° et c'est cela surtout qui me semble important, elle a aux mains des gerçures nombreuses, des excoriations dont quelques-unes sont saignantes; or, elle est exposée chaque jour à toucher des nourrissons syphilitiques. Il y a

donc là un danger permanent pour elle de contracter la syphilis. Je pense en conséquence que puisque le sulfate de cuivre peut produire de semblables lésions, c'est un antiseptique auquel il faudrait renoncer en obstétrique. »

Aussitôt après cette communication de M. Tarnier en «éance publique, la Commission se réunit. Chaque membre avait eu le loisir de réfléchir sur le Rapport.

La discussion porta sur deux points :

1° On fit remarquer qu'il serait bon d'ajouter quelques phrases relativement aux intoxications dTies au sublimé et à l'acide phénique ;

2° M. Tarnier demanda que les paquets ne continssent que 20 centigrammes de sublimé au lieu de 25 centigrammes.

La Commission, après avoir résisté, finit par céder, bien qu'à regret, à ses instances. Mais le vendredi 7 février, à 9 heures et quart du matin, nous nous rendîmes à la Clinique d'accouchements de la rue d'Assas pour montrer à M. Tarnier les inconvénients de certaines matières colorantes. M. Yignal, chef de laboratoire, affirma devant M. Tarnier que 20 centigrammes de subHmé étaient insuffisants et il donna ses raisons. M. Tarnier revint alors sur l'opinion qu'il avait formulée le mardi 4 février devant la Commission et accepta le chiffre de 25 centigrammes. Nous crûmes devoir en avertir par lettre nos collègues.

Le dimanche 2 février, le Rapport, complété sur la question des intoxications et imprimé à la machine, fut de nouveau envoyé aux membres de la Commission.

Le mardi 4 février, la Commission se réunit : elle adopta définitivement et sans discussion les' termes et les conclusions du Rapport. A aucun moment M. Tarnier ne demanda qu'il fut ajouté un seul mot le concernant, indiquant qu'il avait désiré la dose de 20 centigrammes de sublimé et qu'il s'était ultérieurement rangé à l'opinion de la Commission, indiquant aussi qu'il avait exprimé le désir que les- sages-

femmes pussent faire usage de deux antiseptiques et qu'il avait été seul de son avis. Du reste , il n'avait jamais dit devant la Commission à quel second antiseptique il faisait allusion.

Le même jour, 4 février, à quatre heures, le Rapport fut lu à l'Académie en séance publique. Pendant que nous étions à la tribune, une lettre nous fut remise. Notre lecture terminée et pendant la petite discussion qui commença, nous l'ouvrîmes : le chef de laboratoire de la Clinique d'accouchements, M. Yignal, nous envoyait de la part de M. Tarnier des paquets contenant :

25 centigrammes de sublimé.

50 centigrammes d'acide tartrique.

1 centigramme de carmin d'indigo.

Trois de ces paquets ont été conservés, et sont encore en notre possession.

Quelques mots furent échangés sur notre Rapport, mais la discussion générale en fut renvoyée à la séance du mardi 11 février.

Or, le 10 février, à 6 heures et demie du soir, nous recevions de M. Tarnier la lettre suivante :

9 février 1890.

« Mon cher Budin, « J'attire votre attention sur les points suivants :

« 1° Cinquante centigrammes d'acide tartrique suffisent amplement, et la dissolution est plus vite obtenue qu'avec un gramme; de plus, le paquet sera moins volumineux dans le portefeuille du médecin ou de la sage-femme.

a 2° Un centigramme de carmin d'indigo paraît avoir toutes les qualités requises pour une coloration en bleu.

« 3" Je continue à penser que la Commission aurait dû proposer deux antiseptiques et je proposerai à l'Académie le sublimé et le sulfate de cuivre, celui-ci en paquets de 5 grammes.

« Je proposerai donc les solutions suivantes :

« 1° Il est indispensable de permettre aux sages-femmes l'emploi

de substances qui peuvent empêcher la propagation des maladies puerpérales.

« 2° Les sages-femmes devront recourir à l'un des deux antiseptiques suivants, bichlorure de mercure ou sulfate de cuivre, délivrés par paquets dont la dose sera toujours la même et que l'on fera toujours dissoudre dans un litre d'eau tiède.

(£ 3° Les pharmaciens seront donc autorisés à leur délivrer des paquets ainsi composés :

Sublimé corrosif 0,25 centigrammes.

Acide tartrique pulvérisé 0,50 . —

Carmin d'indigo 0,01 —

« Sur chaque paquet seront écrits ou imprimés ces mots :

Sublimé 23 centigrammes.

Pour un litre d'eau tiède.

& 4° Ils seront également autorisés à leur délivrer des paquets ainsi composés :

Sulfate de cuivre pulvérisé .... 5 grammes.

« Sur chacun de ces derniers paquets seront écrits ou imprimés ces mots :

Sulfate de cuivre 5 grammes.

Pour un litre d'eau tiède.

a 5° De plus, chaque paquet de sublimé ou de sulfate de cuivre portera conformément à la loi une étiquette rouge avec le mot toxique.

■< Q° En outre... vaseline...

». Recevez, mon cher Budin, l'assurance de mes meilleurs sentiments d'amitié.

« S. Tarnier. »

Les membres de la Commission furent immédiatement invités par télégramme à se réunir le lendemain, 11 février, à 2 heures, avant la séance de l'Académie dans laquelle on allait discuter le Rapport.

Les membres de la Commission avaient été extrêmement surpris de voir M. Tarnier proposer,- et pour la première fois, l'usage pour les sages-femmes du sulfate de cuivre. Sa com-

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munication académique du 28 janvier ne les avait guère préparés à une semblable résolution.

Les membres de la Commission présents à la réunion qui, le 41 février, précéda la séance publique, refusèrent de s'associer aux nouvelles propositions faites in exti^emis par M. Tarnier.

La discussion du Rapport eut lieu immédiatement après, en séance publique ; on réserva la question de la matière colorante et l'Académie, à la presque unanimité, vota les conclusions du Rapport.

M. Tarnier nous reproche de n'avoir pas écrit dans le Rapport qu'il avait demandé l'autorisation pour les sages-femmes de prescrire deux antiseptiques. Mais un Rapport n'est pas forcément un compte rendu détaillé de toutes les discussions qui ont lieu dans les séances multiples d'une commission. M. Tarnier ayant été seul de son avis, nous n'avons pas noté son opinion discordante. Du reste, M. Tarnier a eu à deux reprises, entre les mains, un exemplaire imprimé du Rapport ; s'il avait manifesté l'intention que nous fassions allusion à l'opinion qu'il avait exprimée,nous nous serions em pressé de déférer à son désir.

M. Tarnier reproche ài la Commission de n'avoir point accepté sa proposition de ne laisser formuler par les sagesfemmes que des paquets contenant 20 centigrammes de sublimé au lieu de 23 centigrammes. Mais M. Tarnier s'était au contraire mis absolument d'accord avec la Commission.

1° Les paquets contenant 55 centigrammes de sublimé, que nous avons reçus de lui le 4 février, pendant que nous lisions le Rapport qu'il venait d'approuver ;

2° La lettre même qui nous était parvenue le 10 février et dans laquelle il avait écrit :

a Les pharmaciens sont donc autorisés à leur délivrer des

paquets ainsi composés :

Sublimé corrosif. 25 cenligrammes .

le prouvent d'une façon indiscutable.

Ni la Commission, ni le Rapporteur ne méritent donc les reproches qui leur ont été adressés par M. Tarnier.

Cette question toute personnelle entre la Commission et le Rapporteur d'un côté et M. Tarnier de l'autre, étant élucidée, on pourrait se demander si l'Académie et la Commission n'ont pas eu tort en ne choisissant pas la dose de 20 centigrammes de sublimé et en n'acceptant pas l'usage du sulfate de cuivre pour les sages-femmes.

Si une discussion venait à s'engager sur ces points, il nous serait facile de démontrer que l'Académie de médecine et sa Commission ont eu absolument raison.

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