‹ Femmes et moralistesChapitre 6 sur 36 · FHirae · texte numérisé non relu

FHirae

pendant, sous le nœud de ce nom commun qui les lie, ne dirait-on pas une même institution à double visage, autrefois visage de jeunes filles, maintenant visage de jeunes soldats ? Forcément attaché à Tordre des temps, Lavallée nous dessine aujourd'hui le profil virginal et charmant. Le profil viril et glorieux viendra plus tard. Mais, nous devons le dire, nous souhaitons que celui-ci soit aussi ferme que celui-là est pur, et qu'il ressorte avec la même clarté d'idées et la même expérience de style, calme et simple, sur le même fond de renseignements et de lumière. Plus que personne^ Lavallée était en position de nous donner sur Saint-Cyr un livfe intéressant et riche de détails. Professeur dans la maison même dont il nous fait l'histoire, il a eu sous la main toutes les sources, même les plus cachées jusqu'ici, de la tradition à laquelle sa fonction semble le mêler. Il n'a point failli au hasard de son heureuse destinée. A en juger par ce volume-ci, nous pensons que son ouvrage n'aura pas besoin d'être recommencé : il sera complet.

Seulement, si complet qu'il continue d'être, nous ne croyons pas que la seconde partie, qui nous est inconnue, ait pour personne l'intérêt si vif et si incessamment attisé de la première, et cela en vertu d'une foule de raisons. D'abord la grande société monarchique du temps de Louis XIV est finie, et par le fait fatal et triste de cette âpre curiosité qu'on a pour les choses qu'il est impossible de revoir, et aussi par

le fait du contraste de nos mœurs avec ces mœurs évanouies, nous nous atlacherons pendant longtemps encore à remuer cette poussière et à lui demander ce qu'elle fut du temps qu'elle vivait. Eh bien, qui le croirait, ou plutôt qui ne le croirait pas, après avoir lu le livre de Lavallée ? Cette institution de Saint-Cyr, étudiée comme il nous la montre, exprime mieux la société de ce temps que toutes les autres institutions. Il n'y avait là, si on veut, qu'une poignée de jeunes filles, pauvres et nobles, à qui le roi payait le sang des pères morts pour lui, mais ces jeunes filles élevées par le roi, dirigées par madame de Maintenon, surveillées par Bossuet et par Fénelon, ces jeunes filles qui, dans leurs divertissements littéraires, avaient Racine pour répétiteur, devenaient un jour des mères par la chair ou l'esprit, — car celles qui ne se mariaient pas étaient dames de Saint-Cyr à leur tour : des mères spirituelles, — et, toutes, elles faisaient descendre dans la société, dans le sang social, par leurs enfants ou par leurs élèves, ce qu'elles avaient puisé au sein d'une éducation sensée et religieuse, où le grandiose touchait à la simplicité. Là plus qu'ailleurs, dans cette maison de deux cents jeunes filles à peine, se concentrait l'esprit du xvn« siècle dans ce qu'il avait de plus épuré, de plus nuancé, de plus ondoyant, de plus fugitif et déplus inimitable!

« La France — a dit Sterne — n'a de salique que sa monarchie. » En ce pays, qui tient les femmes tient le

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fond même de la société, le secret de la civilisation. Or, rélève de Saint-Cyr, de ]6S8 à 1715, était la civiliâatisaa fmoçaise dans unje d$ ^s plus adorables inoamatioas . Lesidées et les sentiments de ce siècle, si splendidement civilisé, se réfléchissaient et se raffinaient en ces jeunes personnes chez qui l'éducation s'ajoutait à la race, de même que les choses les plus grandes qui nous environnent peuvent se réfléchir dans une des facettes de la pierre précieuse qu'on porte au doigt, tout en sy opalisant des propres couleurs de la pierre. Assurénaent, aux yeux de qui sait discerner et sait conclurte, l'histoire de la maison de SaiAt-Cyr, du temps de liOais XJV et de madame de Main tenon, telle que LavaJiée nous la raconte, est une vue, prise par un c6té nouveau, sur l'esprit et les mœiu*s du grand siècle, saisis, comme au plus frais et au plus pur de leur source, dans Fâme des jeunes SUes qui y étaient élevées et dans l'éducation qu'on leur donnait. Si la science a quelquefois recherché les formes de l'arbre dans son germe, il semble qu'on puisse s'expliquer, par cette organisation de Saint-Cyr, la destinée et l'influence de toutes ces femmes qui allaient devenir la tige en fleurs de la société de leur pays et de l'Europe. Sans doute — et pourquoi Lavallée en fait-il la remarque ? — une telle histoire manque d'événements. Mais que sont les événements pour des moralistes d'une certaine profondeur ? Bien souvent rien de plus que les gesticulations de l'histoire. Ce qui est au-

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dessus de révéneawnt, ce qui lutte avec lui et quelquefois le otodifie, c'est Téme bomaine et le degré de développeai6Dt, de viertu ^t de vérité, que, sou« une bonne discipline, elle est capable de receToir. Or, telle est souveraiixement la question qui préoccupe et qui surexcite quand on lit Lavallée. 11 nous montre la femme du xvii^ siècle, non la femme indiTiduelle, la femme d'exception, qui déforme toujours beaucoup plus les mœurs qu'elle ne les fait, et dont les portraits ne nous manquent jamais I — car on les trouve pèle-méle dans les Mémoires du temps, léchés par la flamme de la Passion ou gravés sous les acides du Vice ; — mais, au contraire, la femme qui fait les mœurs et djont n%u ne reste quand les mœurs d'un siècle ne sont plus : la femme générale, le type de toutes les autres femmes à une certaine hauteur de société. Et ce n'est pas tout : il nous montre aussi la solution éclatante de ce terrible prc^blème de l'éducation que chaque époque pose et reprend à sa manière, et qui, grâce à une femime et à des circonstances inouïes, a été résolu une fois. Nous le répétons, voilà qui donna à ce livre un intérêt incomparable, que la suite de son histoire ne retrouvera plus, il ne s'agit pas d'opposer avec une imagination vulgaire le nid d'aiglons au nid de co* lombes. L'histoire d'une école militaire, quelques ser» vices qu'elle ait rendus à la patrie, n'est, après tout, que l'histoire d'une armée... future, c'est-à-dire, qu'on aous passe le mot ! d'une héroïque et savante spécia-

lité. Si admirablement élevés qu'aient été nos officiers sortis de Saint-Cyr depuis 1805, — et même en raison de cette éducation militaire qui passe runiforme à l'esprit, — ils ne représentent pas la société de leur temps dans toutes ses nuances, comme ces belles jeunes filles, qui touchaient, elles, par tous les points de leur éducation et de leur vie, à toutes les idées et à tous les sentiments du xvii* siècle, représentent celle du leur et la traduisent à l'Imagination charmée. Cette grande Rêveuse que chacun de nous a dans l'esprit, cette Sultane favorite de nos facultés, rimaginatioDy préférera toujours aux lignes géométriques d'un camp les arabesques infinies d'une société, à moitié effacées sous le pied du Temps, et, à cause de cela, plus mystérieuses.

Du reste, on laisserait de côté cette explication inattendue du xvii« siècle^ trop fine peut-être pour frapper et pour attirer la majorité des esprits, qu'on ne pourrait pas oublier la grande personnalité historique qui remplit le livre, et qui, à elle seule, aurait suffi pour appeler et justifier, dans l'esprit d'un homme ayant l'instinct des grandes choses humaines, l'idée d'une histoire de l'Institution de Saint-Cyr. Ici, qui n'a pas nommé madame de Maintenon ? Elle est à chaque page du livre de Lavallée, le remplissant de son action, de sa pensée, et l'on oserait presque dire de son ubiquité, tant elle est partout et s'y multiplie. L'historien de la maison qu'elle a fondée est trop

près d'elle, il a trop touché à son œuvre, —aux débris de son monument, — pour ne pas rendre justice à la hauteur de sa raison, à la fermeté de son esprit, à toutes les qualités décisives et souveraines dont elle était douée. Dominé par le cadre de son sujet, Lavallée n'avait à parler que de la fondatrice de Saint-Cyr et de cette illustre éducatrice qui, pendant de si longues années, y déploya tant d'activité et d'intelligence. Par la manière dont il s'est acquitté de sa tâche, on regrette qu'il n'ait pas eu à dire davantage, et que les limites de son livre ne lui aient pas permis de juger madame de Maintenon tout entière. Il nous met en goût d'impartialité sur le compte d'une femmç qui en a peu trouvé dans l'histoire, et qui attend encore, dans les confusions de sa renommée, l'historien à l'arrêt suprême et au burin ineffaçable qui doit définitivement la classer.

Et, en effet, jamais personne plus digne des respects de l'histoire n'a été plus maltraité par elle que cette grande femme, qui fut pendant trente-deux ans reine de France sous cet étrange nom de Maintenon, qui dit presque sa destinée. La haine et la jalousie des âmes basses que souleva l'immense Fortune qui s'abattit sur elle, comme un aigle, et qui l'enleva dans ses serres d'or à toutes les misères de la vie ; cette haine et cette jalousie semblent, après plus d'un siècle, fouler sa tombe et charger sa mémoire. Aurionsnous la simplicité de nous en étonner? Il était dans la

ddstmée de madaiBe de MaintenoD d'avoir contre elle les <ieux' plus fortes ijsiflueiices qui pusseot a^r sur la lêt^ d'un pays oomnae la France : la Philosopàie du XVIII* siècle, et, au xyu% la magie du TaJent le plus aUroce à ses ennemis qui ait peut-être jamais existé I Saint-Simon et la Pliilosophie, voilà les deux eausôs des préjugés qu'on trouve encore dans les meilleurs esprits de nos jours quand il s'agit de madan^e de Maintenon. Comment résister à l'action 4e ces deux dissolvants terriM^es?.,, Saint-SJjnaon et la Philosophie I Saint-Simon surtout, Thoinnéte homme qui n'a pas cr«aint, avec toute sa probité, «de lausser magnifiquement l'Histoire —comme Pascal, cetautrehonaéte hoimme I ^ jusqu'à la limite de sas passions. Otez Saiat-Simon et la Philosophie» et peut-étrie saadame de Mainteanon aurait-elle dans l'histoire une place aussi haute que la place qu'elle eut dans la vie, c'està-dire, selon nous, celle qu'on lui doit. Pourquoi ne le dirions-ftous pas ? La Critique doit-elle donc s'arrêter à l'épidermie des choses? N'a-t-elle pas une iai^tiative à prendre contre l&s préju^s d'opinion, les injustices et les jugements absùndes entretenus par les livres ou que les livres ne redressent pas ? Madame de Maijit(^iOd9, « cette vieille fée d, comme dit Saint- Simon, tf cette intrigante », comme l'tont écrit tant de plumes d'oie avec une insultante superficialité, madame de Mainteno^i est, en réalité, l'unedes femmes les ^us incontest^)kment supérieures de son temps

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et de to«s les temps. H y a des gloires ïK)ur les femiatïes qui fcHàt d'elles (même quand elles sont charmantes) d'horribles monstnsosltés. Mais k ^Mte de lùadame de Maintenon n'est pas de celles-là. Elle a été grande, et, chose rare parmi les créatures frappées de cette grandeur qui souvent est une plaie, elle a gardé son sexe I C'est par le génie de son sexe qu'elle a dominé. Elle en avaH tout perdu : la beauté, la jeuDesse; elle n'en avait jamais eu l'ahandon ; mais elle en avait gardé le génie. C'est par là que, n'étant plus jeune, et que, a'étant presque plus beUe, eUe »valt arraché Louis XIV -**• l'homme le plus difficile à séduire et le pli» difficile à captiver -* à la plus belle de ses maltresses, à lapltïsaltière,àfefcplus sanguinement spirituelle, à cette Arnride des Mortemart qui l'avait enlacé par plus puissant quô ses bras, — l'habitude, — et qfûi lui avait mis aux quatre membres ce boulet des enfants qui fait enfoncer un homme dans une liaison encore plus que le boulet de bronze ne fait s'enfoncer celui qu'on y jette dans la mer! C'est par ce génie, qu'aucune femme n'eut à un degré pkis élevé, qu'elle rendit Louis XIV confiant et fidèle jusqu'à sa dernière heure, lui qui pouvait tout et qui l'avait associée à sa vie de roi f

Madame de Maintenon n'efet ni une fioatlresse ni une favorite ; mais pour cela elle n'est pas moins femme, et c'est ce qu'on ne saurait trop admirer. Certes I il est assez de favorites et de maîtresses dans l'histoire du

passé, et même de maîtresses devenues des épouses ; mais prenez-les toutes et comparez-les à madame de Maintenou; vous aurez la mesure de sa grandeur I Les maîtresses ont un règne d'une heure^ orageux et quelquefois sanglant. Les favoris ou les favorites ont un règne qui dure davantage, parce qu'ils établissent leur empire non sur les fougues éphémères des sens ou du cœur, mais sur les faiblesses, à poste fixe^ de l'esprit ou du caractère. Seulement, quelle favorite ou quelle maîtresse eut jamais, comme madame de Maintenon, ce règne de trente-deux ans que la mort seule de rhomme qu'elle dominait put interrompre ?

Comparée à madame de Maintenon, qu'est, par exemple, la princesse des Ursins, sa contemporaine, malgré ses habiletés, ses profondeurs et les ambages de ses desseins et de ses conduites ? Il faut bien en convenir, ce n'est qu'une soubrette politique, « une laceuse de brodequins », ambitieuse, frémissante et fière dans son garde-infant de camerera-mayor, et qui se vengeait sur la monarchie espagnole de sa cruelle domesticité I... Que, si une favorite d'une autre époque, la Léonora Galigaï, la magicienne de Florence, accusée de philtres et de charmes pour expliquer son inexplicable puissance sur Marie de Médicis, répondait que toute sa sorcellerie était l'influence d'une âme forte sur une âme faible, on aurait pu se demander plus tard quelle devait donc être celle d'une femme sur un homme dans toute la

maturité de son àme et de son génie, sur un homme qui était le roi du bon sens, de la convenance, de la fierté et de Tennui, sur un Louis XIV de quarantecinq ans?... D'ordinaire, à cet âge-là, ce sont les hommes qui mènent les femmes au lieu d'être menés par elles, mais madame de Maintenon, de deux années plus âgée que Louis XIV, fit mentir ce qui semblç une loi. Assurément, en présence de ce prodigieux ascendant qui déconcertait Saint-Simon, et qui étonna si longtemps la France et TEurope, nous ne nierons pas qu'il y eût des manèges infinis, mêlés à des abnégations sublimes, mais, abnégations ou manèges, dévoûments et effacements ou entente de situation et habileté, quelle autre femme pourtant que madame de Maintenon, et toute-puissante comme elle, aurait eu la force d'&me romaine de jouer le rôle anonyme qu'elle consentit à jouer dans l'Histoire, et à s'enfermer modestement sous ses coiffes de veuve au lieu de vaniteusement resplendir sous la couronne qu'elle aurait pu porter ? Si, pour les hommes véritablement ambitieux, le père Joseph du Tremblay est plus beau dans sa bure de capucin que le cardinal de Richelieu dans ses flots de pourpre, si la puissance sans titre, l'influence sans nom, mais effectives, sont plus que le costume, l'éclat et l'attitude du commandement, de quel sentiment ne devons-nous pas être pénétrés pour cette admirable vieille femme que Louis XIV appelait Sa Solidité et consultait en plein conseil de ministres,

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et qui, majestueuse et discrète, « toujours vêtue d'étamiue Qoire ou feuille-morte », resta toute sa vie uœ humble chrétienne, avec des manières de femme *dB monde à tout relever I Imposante, originale et profonde %ure^ près de laquelle tes historiens liassent trop vite, et qu'ils devraient plus attentivemeiat regarder. 11 y a du Sixte-Quint adouci dans cette robe feuiUe morte, qui a la retenue de son ambition, comme le Cordelier, plus ardent et plus noir, avait Thypocrisie de la sienne. Comme lui, c'est en s'effaçant qu'elle arrive. Mais, comme lui, une fois arrivée, elle ne se redresse pas, et c'est au contraire en paraissant ne pas gouverner qu'elle gouverne. Réellejoaent, delà plupart des femmes qui ont touché de leurs mains frêles le terrible affiquet du Pouvoir, elle est la plus voilée^et la plus inexplicable. On s'explique un peu Elisabeth par Burleigh, et Catherine II par son peuple, mais on ne s'explique madame de Maintenon que par Louis XIV, le MOI solitaire et royal... ce qui redouble la difficulté. Du reste, elle n'aurait pas rencontré sur le chemin de sa renommée Saint-Simon et la Philosophie, cette grande haine et cette longue rancune, que, dans un pays comme la France surtout, madame de Maintenon n'aurait jamais été populaire. Elle devait y échouer par la hauteur et te sérieux de ses qualités. Dans le pays des choses extérieures, où les grands hommes sont tenus d'avoir de l'éclat, la simplicité et la profondeur ne feront jamais leurs affaires. Elles n'ins-

pipent pokit d'enthoasiasme et A'^ntraineot auciiae sympathie. Voyez comme La Brayàre JuHsnême, un grand esprit pmtrtaat, bien au-de^MLS às& iap|aarencefi, a traité cette porefcnide â^m^e de Goiliatimie d'Orange, qui tlinift pas* dei^enir f»oéfciqae à iopce de soocis *€(t d'Ombree redoiduléeB -siir boa ÈtooïimfQSraMài 1 Madame ^e If aintenon i'empoqrtait trop par la raison, par le caractère, parla dignité dans la vie, parle sentiment religieux qui planait perpétuellement sur son àme, et teignait ses mots et ses actes de ses reflets les plus graves et les plus solennels, pour avoir ce que Ton appelle de la grâce, ce joli mouvement des natures légères... Littérairement, il est resté d'elle des choses d'une beauté rare, une correspondance qu'aucune femme d'aucun temps ne recommencerait. Eh bien, l'Opinion, etTopinion éclairée et savante! met les lettres de madame de Maintenon bien au-dessous du gracieux caquetage de madame de Sévigné, et cela seul n'est-il pas comme une image de sa destinée et de sa vie? Le calme et la solidité qui nous donnent l'idée des choses éternelles, et qui faisaient comme la substance de l'esprit de madame de Maintenon, n'attirent guères que les esprits qui savent ce que valent, et quelquefois ce que coûtent, de telles qualités. Madame de Staël disait: « Ceux qui se ressemblent se devinent. » Aussi, pour que la gloire jaillisse bien, et dans toute sa force, du visage que l'historien a pour devoir d'éclairer, il faut, entre le peintre et le

modèle, des pentes de nalure, des analogies de tempérament au moins intellectuel, et de telles rencontres de génie ne se répètent pas à tous les siècles. Pourquoi Rembrandt nVt-il pas peint Philippe II ? Quand madame de Maintenon aura trouvé un peintre qui s'ajuste à elle, nous serons tout étonnés de n'avoir pas vu dans cette femme ce que très aisément il nous montrera.

Il est des réputations qui finissent par prendre, au bout d'un certain temps, la solidité de la gloire, et qu'il est difficile d'entamer. En France, surtout, c'est presque impossible... Le courage contre tout le monde n'est pas connu dans ce pays... Or, tout le monde a, pour une raison ou pour une autre, contribué de sa propre badauderie à ces réputations qui semblent être des préjugés venus en pleine terre, mais cultivés en pot par des gens d'esprit, et même par des connaisseurs, comme des capucines par des grisettes. Si nous voulions donner la preuve de ce que nous disons là, nous trouverions peut-être plus d'un grand exemple à l'appui de notre opinion. Mais qu'on se rassure! nous ne voulons pas faire de scandale. Nous nous contenterons de vous parler de ces fameuses lettres d'une

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