Julien, Lanier et C
gens du monde, endoctrinés par les faux docteurs du cœur humain, ont vu la passion suprême dans les pages frelatées d'une religieuse de fantaisie, inventée plus ou moins pour les besoins d'un parti ou les intérêts de la vanité d'un homme, ils pourront du moine apprendre aussi dans ces œuvres de sainte Térèse, traduites pour eux, ce que c'est qu'traie vraie religieuse, et ils en pourront étudier le merveilleux idéal.
En France, où Ton a assez d'esprit pour se permettre rignorance, on parle quelquefois de sainte Térèse, mais on ne la connaît pas, et les idées qu'on se fait de cet ange de la spiritualité sont assez confuses. Otez : Le malheureux ! il n'aime pas! en parlant du démon, et un autre mot non moins superbe, cité par madame de StaëU le brillant phalène iiQtelL^ctuel qui allait^ de plein vol^ à la ûammoie, partout où elle était allumée, et vous n'avez plus de sainte Térèse que le portrait presque populaire de Gérard, qui a'est pas elle, mais «HL mjdiisoBge.
Il y a déjà (|ueLiue temps ^e l'abbé Marcel Bouix a traduit, avec un talent éclatant de fidélité, les œuvres complètes de sainte Térèse, de cette femme qui eut deux génies, quand il n'en faut qu'un seul à un
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homme pour être innnorfeel. Et eependant en p««i se deaiander qui done s'est occiifé de celte publication parani ceus-là même dont la fonction'^ dans la littérature eontemporatfie, est d'attacher à la tè^ des livres qui en^ ^aieat la. peine tes bouffettes de la puWcité. Malgré- Fim^Ptasce et la dlffictiltédu>traYaii de Faèbé louix, 9«eBe est ht plume, se eroyant gra^ve parmi toole&celies qui se eioèent amu8aat)es> qui Bài eu seulement te* eoura^ dfen toucher deux ntets ?'Quel errtique ewis a signalé av public, d^une façon quelconque, Fesistefice d' wne traévetioa que met à sa portée une œuvre littéraire cemptée* au pvemfer rang dHins la littérature espagsolev ^ fui, de plus, 1^1 fait connaître urn de ces pro^gîeu^i? mdividualiiés^ comme on dit maifiitenanty é' autant pivs curieuse qu'eUe est inexplicable à 1(3 sagaeité purement humaime de TBistoire, mai» dottt, pouF cette raison peut-être, THistoire aime peu à s'occi^en Probablement, sur uu tel sujet la Critique a pensé cemme rHistoire*. Toujoi»^ est-il qu'elle s'est ïxm sur Fouvrage de Fabbé Bouix, et qu'il est arrivé à là traéadioo- ées^ œuvres de saiote Térèse ce qm étswt arrivé à lïi tradwdliofi dte La Somme de saimt Thomas d'Aqui». Que ^^ulezHrous dire, en effet, quané ov n'^s pevt pas rire, du travanA d'«i> jésuite sur une Sainte, cebte Sai»te-là fûA-elle saiate Térèse? CsHT, il faut em convenir, sainte Térèse, piav excep" tion, n'apasétéfrapf ée<^Fiaipop«hHrité dédaigneuse ou moqu^^e dont sent ftrappés le& autres S^iols, dans
ce siècle d'impertinentes lumières. On a même des bontés pour elle. Pourquoi? Qui sait! D'abord elle est d'Espagne. Nous nous soucions fort peu, il est vrai, de l'Espagne de saint Isidore de Séville, de saint Ignace de Loyola, de la terre catholique d'Isabelle et de Ximenès; mais, en revanche, nous raffolons depuis trente ans de l'Espagne moresque, de l'Espagne des boléros, des fandangos, des basquines et des casta* guettes, et c'est, ma foi! un avantage, même pour une sainte, que d'être du pays de la marquise d'Amaegui. Raillerie à part, d'ailleurs, sainte Térèse, qui n'est guères connue en France, comme nous venons de le dire, que pour deux ou trois mots sublimes, exprime l'amour avec une telle flamme qu'elle a vaincu, avec ces deux ou trois mots, l'ironie du peuple le moins romanesque de la terre, et elle a eupiourlui le charme du romanesque ! Elle a été pour lui la personnification traditionnelle de l'amour, et en faveur du substantif on a excusé l'épithète. On lui a pardonné d'aimer Dieu, en faveur de l'amour I Même Voltaire, qui a déshonoré Jeanne d'Arc, ne se serait pas moqué de sainte Térèse. Même les sales historiens qui ont expliqué par de la pathologie l'héroïsme surnaturel de cette autre Sainte qui n'a encore été canonisée que par la patrie, n'auraient pas osé tacher cette pure lumière qu'on appelle sainte Térèse. Même Renan, l'ennemi des Saints modernes, n'oserait pas soutenir que le bandeau de sainte Térèse n'est pas vraiment une au*
réole. C'est ainsi que la Philosophie, si elle n'est pas charmée, est au moins gênée devant les yeux baissés de Timmaculée Carmélite, qui n'est pas seulement la gloire de TEspagne, mais de la Chrétienté et de Tàme humaine, et aussi de l'esprit humain ; et c'est pourquoi, sans aucun doute, dans l'embarras où tant de gloire la jette, elle aime mieux se taire que parler. Mais, nous, nous parlerons I Sainte Térèse, grâce à cette traduction de ses œuvres complètes, peut être maintenant aussi profondément connue du public français, que jusqu'ici elle l'était peu; et nous désirons qu'elle le soit. Or, si avec ces quelques mots toujours cités, quand on parlait d'elle, elle exerçait je ne sais quel irrésistible empire sur les imaginations les plus ennemies, que sera-ce quand on pourra lire et goûter tant d'écrits marqués à l'empreinte d'une âme infinie, de celte âme qui, sans en excepter personne dans l'histoire de l'esprit humain, — quand elle fut obligée d'écrire, soit pour se soulager d'elle-même, soit pour remplir un grand devoir, — fit tenir, dans les limites étouffantes d'une langue finie, le plus de son infinité?
L'infinité I Voilà, en effet, le caractère des œuvres de sainte Térèse. Voilà la marque distinclive et à
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part de ce talent qui n'est pas ua tale&t« de ce génie qui ^n'est pas lui géftie, q4i0iqu'Qn lui dOAoe ce iH>m pour l'exprim^^ parce qu'il n'j a pas 4e nona au-dessus de ce Bom. L'in&Qité ! G^tainement, il y a de iUnôoi daiks toule àme, jaais il y est, et .même dans les plus g3Taade&, àliétatlateitt, myôtérieux, «ommeillant, cooime TËsprit dommeillait sur les eaux, taDdis que dans l'âme de TéirèBe rinfini dôchii^âon mystèsre, se lait visible, et^sse dans le langa^ où ita pensée déhOiFâe les >mots.
<]letie béroïne de la vie quritueUe est linlinie d'kituidan, de profondeur, de subtilité. Mais.ne l'entefidez pas dans le sens litléraiTe qui n^OAidrait 4iire : excessivement iatuitive, eaceseiveiKk^it profonde, •excessivement subtile. Vous vous troueriez J Elle est infiaie, infinie dans le sens métsqibysique. Elle est ini&nie comme, depuis elle, Pascal Ta été quelquefois dans quelques-Aines de ses Pensées. Seulement, -ceneiutque quelquefois, ot sainte Térèse, c'est toujours I Et ce n'est pas non plus toute la différence à mettre entre sainte Térèse et Pascal. Pascal est infini dansie doute» dans Tanxiété, dans la crainte, et sainte Térèse Test dans la foi, dans l'amour et dans l'espérance ; et de même que Fespérance, l'amour et la foi, sont au-dessus de la crainte, de l'anxiété et du doute, sainte Térèse est au-dessus de Pascal I
Je sais bien que les littérateurs qui ne sont que littérateiu*s n'en conviendront pas, ni non plus le
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Yolgaire des hojfumes; tmais c'est Ik la saison qui le prouve, au contraire, si l'on ¥eut avec force y penser. Le scepticisme, Tinquiétode et la peur, qui firent pousser de si magnifiques cris d'aigle épouvanté à Tàme de Pascal, sont plus communs que la foi, Tamour et l'espérance, et les hommes sont faits ainsi qu'ils entendent mieux la voix qui les crie. Soumis à la loi qui régit les choses pesantes, les hommes sont plus près de tomber dans les gouffres d'obscurité qui sont en bas qu ils ne sont c£^pables de s'élancer aux gouffres de lumière qui sont en haut, et -voilà pourquoi sainte Térèse, qui montait ne descendit jamais, sainte Térèse, ila Ravie et k Ravissante, l'emporte sur Pascal, dans les «envres que nous avons d'elle, autant qu'elle l'emporta dans sa vie sur le farouche Solitaire qui ne réussit pas à être un Saint.
Moins encore que Pascal, qui songeait peu à faire de la littérature lorsque dans ses Pensées il essayait de se faire de la foi, sainte Térèse, dont la littérature espagnole aie très juste oi^ueil, n'était pas littéraire, et c'est pourquoi peut-être ce qu'elle nous a laissé est si beau ! Elle était une Sainte, mais c'était là son^enre de génie. La sainteté ne se met à part de rien dans les créatures. Elle y envahit, elle y prend tout, pour peu qu'elle y entre. Elle prend le corps, le cœur, l'esprit, leur dresse un Thabor sous les pieds et les transfigure. Sans la Sainteté, que serait Térèse? Nous chercherions sans les trouver son esprit, son àme>
et ce parfum d'un corps transfiguré, — comme son esprit et son âme, — ce parfum immortel qu'exhale encore ce qui nous reste d'elle, nous affirment ceux qui Pont respiré.
Et que disons-nous? Nous ne les chercherions même pas. L'oubli l'eût dévorée. Elle n'eût point passé dans la vie en y laissant de trace, mais la vie eût passé sur elle, et en passant l'eût engloutie. Dès l'origine, rien n'annonçait dans ses facultés éphémères qu'elle était plus qu'une jeune fille, — la jeune fille-type, la jeune fille éternelle, la charmante et volage combinaison de poussière rose, qui croule si vite en cendres grises sur nos cœurs ! Légère comme la robe qu'elle portait, et -dont elle aimait l'éclat ou la grâce, vaine comme les romans qu'elle lisait, heureuse de ^plaire, inclinant, comme la fleur au vent, aux conversations frivoles, elle avait les défauts de son sexe, ces défauts presque impersonnels, mais dont elle s'accuse dans sa Vie comme s'ils n'appartenaient qu'à elle seule ! Avouant les avoir retrouvés dans l'enlre-deux de ses vertus longtemps encore après qu'elle se crut avancée dans les voies chrétiennes, elle fut peut-être, qu'on me passe le mot ! quelque chose comme une Célimène
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en herbe, — ce n'est pas assez dire I — comme une Célimène en fleur.
Mais rherbe fut coupée bien tendre; mais la fleur fut coupée à peine enlr'ouverte ; et toutes deux, à ras de terre, par une faux qui est celle de l'amour, — de cet amour fort comme la mort, et qui tranche l'âme comme la mort tranche la vie. Elle en avait senti le fil de feu s'abattre sur elle et sur son frère, à la lecture de la Vie des Saints. Aussi tous les deux^ après cette lecture, s'en étaient-ils allés chercher le martyre au pays des Maures. Rattrapés par leurs parents sur ce grand chemin du martyre au bout duquel ils l'auraient peut-être trouvé, ils se rabattirent à être ermites. Folies touchantes, héroïsme naïf et printanier d'une enfance oïl le laurier a odeur de rose et la rose odeur de laurier ! Ces deux Rêveurs, d*âge de page tous les deux, mais qui voulaient Faction, — et quelle action 1 — au sortir de leurs rêveries gardèrent en eux ce grand et précoce amour du Dieu qui les fit plus tard des Saints l'un et l'autre. Mais Térèse en particulier, Térèse surtout, fut payée de ses premières folies pour Dieu en recevant de lui le don de toutes les sagesses.
Elle devint, cette fille coquette, innocemment coquette, qui aimait le monde et les propos du monde, elle devint une épouse ardemment chaste et tendrement austère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une carmélite incomparable, qui, ne trouvant pas son ordre assez sévère, le réforma et le mit pieds nus. Elle devint
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cette petite fourndy coraBote «lie s'appelle a/vec une grâce d'humilité délicieuse ea une femnae qui avait le cœur plus grand que tous les mondes parce qiie Dieu, en Thabitant, Pavait élargi ; elle deviat, non pas Mmquement la OT^affeure d'élection etde pefrfeotion surnaturelle dont le souvenir plane '©•corc sur le monde ému, mais aussi la première, la plus grande, ia plus auguste des supérieures dX)rdres, ornée, avec toutesles vertus duCiei, de toutes les qualités prudentes, politiques, 'humaines, de la terre ! Elle *était née sains aucunemémoiire, sans aucune imagination, disait-elle, et de pias parfaitement inccopahle de discourir avec V entendement; mais ia f^ère, la Prière plus forte que toirteste sécheresses, lui donnaloutes lesfaewltésqui lui manquaient; car la^Prière a fait Térèse, plus que sa mère elle-même : «Je suis en tout de la plus grande « faiblesse, — dit-elle, — mais, appuyée â la colonne de « rOraison, j'en partage la force. » Malade, pendaut de longues années, de maladies entremêlées et terribles qui étoniîeait la science par la singularité des symptômes et par l'acuité Buraiguë dBS douleurs, Térèse, le mal vivant, le tétanos qui dure, a vécu soixante-sept ans de l'existence la plus pleine, la plus active, la plus féconde, découvrant des horizons inconnus dans le ciel de la mysticité, et, sur 1« terrain des réalités de ce monde, fondant, visitant et dirigeant trente monastères : quatorze d'hommes eitseite de •filles. Double vie, qui suppose la plus puissante tranquillité de corps et
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d'âme, ou ciuelqua chose de bien plus étonnant eneoee que cette tcanquiilité^. U est évident que, pour elle, les loi&humaine» sont renversées, et que la meilleure manière de la eomiMEendre;^ c'est de dice qu'on ne compuend plu&I
Noa I. on ne comprend plue, si Ton veut fake Tentendu à la manière humaine, si on la tire hors de son nimbe^ cette tête divinement incompréhensible q^ui doit y rester^ et qg^i se j^ue, de là, de Tobservation scientifique et des proportions naturelles. On ne comprend plus, même le langage de sainte Térèse, ce langage trop simple, trop* raréfié,, trop irrespirable pour l'épaisseur de nos esprits. C'est ici pour la première £oia q,ue la. simplicité nuit^au génie, comme un air trop pur qui serait mortel à la santé. Quand sainte Térèse, daas^ sa Fie, nous rend> compte de ses contem^plations iatérieures,.q|u'e]iÀ noua dresse une carte de mysticité comme pilote n'en dressa jamais des mers qu'il aurait parcourues, et où tout est masqué, même les plua imperceptibles écueils; quand sa pensée va du recueillement à la quiétude, de la q^uiétude à l'extase^ et de l'extase au ravissement, sainte TéBèse s'exprime raremeat pac des images, et Lorsc^'elle en a, c'est comme Dante : elle les tire des objets les plus familiers elles pkis agrestes. Mbaisv d'ordinaire, elle a la transparente splendeur de la pensée, la diaphanéité du sublime.
Dans ses ardeurs vers Dieu, le feu qui la consume,
ce feu mystique, est blanc comme la neige, à force d'être concentré, et voilà pourquoi les âmes accoutumées à la grossièreté de la terre et à Texpression violente et morbide de ses passions peuvent trouver sans couleur et sans fulgurance cette Qamme divinisée en Dieu, et qui a perdu Técarlate de la Qamme humaine î Qui voit qu'une lampe est allumée quand on la pose en plein soleil, quand on noie sa goutte de clarté dans Focéan des rayons solaires ? Et ce n'est pas tout que cette incompréhensibilité relative de langage. Il y a celle de la perfection même de l'âme qui parle ce langage, inouï d'humilité dans le fond, comme il est inouï de simplicité dans la forme.
Allez donc faire comprendre aux âmes du xix® siècle les humilités de la Sainte, qui s'appelle criminelle, elle qui n'a jamais péché mortellement selon l'église, et qui l'est h sesyeuxparce qu'elle emprunte un peu de la lumière de Dieu pourvoir l'infinie petitesse des plus grandes vertus ! Essayez I
De pitié pour tant de scrupules, le xix® siècle lèvera les épaules, ses épaules chargées d'iniquité, et passera outre, sur ces atomes grossis, comme un aveugle marcherait sur de fines perles, et il sourira de l'innocence de la Sainte, et peut-être de la rouerie paradoxale du critique qui voudrait la faire admirer ! 1 1
C'est que, pour comprendre sainte Térèse, la suprême beauté morale de sainte Térèse, il faut avoir au moins la notion de la beauté chrétienne. La profondeur de la pureté ne se révèle qu'aux yeux qui commencent d'être purs, et ils n'y pénètrent qu'en se purifiant davantage.
C'est avoir profité que de savoir s'y plaire,
a dit un poète de la lecture d'un autre poète ; mais c'est bien plus vrai de la lecture de sainte Térèse. Le Système du Monde de Laplace n'a qu'un petit nombre de lecteurs qui l'entendent et peuvent le juger, mais les écrits de sainte Térèse sont plus difficiles à comprendre, dans les arcanes de leur beauté, que les livres même de Laplace. Nous parlons sur tout de ses grandes œuvres spirituelles, sa Vie écrite par elle-même, et ce Château de Vâme sur lequel un jour nous reviendrons. Seulement, avant de terminer, nous voulons dire un mot d'un livre plus facile à comprendre pour les esprits positifs du siècle (positifs I ils le croient du moins !) et qui va nous montrer, dans la sainte Térèse entrevue, une autre sainte Térèse inconnue : c'est le livre des Fondations.
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Sainte Térèse est toujours pour rimagination ou rignorance françaises le fameux portrait de Gérard: la belle Sainte à genoux, avec sa blancheur de rose macérée, son œil espagnol qui garde, sous la neige du calme bandeau, un peu trop de cette mélancolie qui Be vient pas de Dieu, car il n'en vient nulle mélancolie, et ces mains de fille noble qui, jointes très correctement sur le sein; disent aussi un peu trop à la bure sur laquelle ellea tcanchent cp'elles étaient faites pour la pourpre.. Telle est la Térèse de Géraxd* Peinte pour Chateaubriand et pour la société qui était redevenue chrétienne en lisant le Génie du Christianisme^ «'est la sainte Térèse de ce livre rhélorico-religieux, mais ce n'est pas la Térèse de la Tradition espagsiole et de rHistoiire.
On cherche en vain éamB codJe arastocraÉîqu». rali^ giense agenouillée, sous ce visa^,. à Vovste si pw, que Tausière et strict baocteanu fi»t paraitce plu& ^pm encore, Ib Mystique dtnityàme, à^&ireedi énergie, détroisit le eerps^. la peealy tiqne: aux o& écraisés et aini nerfe tordus, cet amas sublime c^or^^ane» dissees sw léscpiels ftambayait F Extase, Tombre de fille conmir mée qiri véeui denx trous eavcots au eeenr,. les iteux troua par leaqpielB- le glaive du SésapMn avait passé,, et si physiquement et si réellement qu'auprès sa Bsorfe, sur le ceeuc mém^ on pot constetor la blessove.
Non ! la Térèse <fue vous trouiFez ici peut tout an^ bien s'appeler Héloïse. Ce n'est ni la brûlante Visi«tt-
aake de la Vie, la pluie de larme» qui coula toujours, ni TËxiatique torturée, Tardente poétesse d-' après- la GomniuBioii <pii nous a laissé ce livre des Exelamohlions où lesf phrases ne sont plus que des cris,, et ce a' est pas nen plus la sainte Térèse du livre des Fort'daii&ns. La sainte Térèse des Fondations a été dérorée peuple £eu» de Tautre Térèse, ans yeux éblouis de ces paavres homiaes <|tti répugnent toujours à. accepta dan& lin seult étire, deux grandeurs.
Ën^ effet, fermea cette poitrine entr' ouverte. E&- SttyeA ku su^ir de sang qui perLe au lia de ce basdeaa* Tarifisez ces larme» dan» ce» yeux pâmés vers le ciel, et q«i, feirmes et attentifs^ redjeseemdent tout à» coup sur la terre, el veu» avez la seconde grandeiH*' de Sûiaèe Térèse^ voiod* avei la Térèse des Fondations! La Térèse des* FondtUion'S^ est la Marthe de lai VoltMibé', calme et toute-puiseante, après la Aiarie de VAoour, api^ la Marie des Sept-Douleurs et.des-Sepb-Joies ! La Téirèse i^^ Fomiaticms est une des plus majestueuses fommes d'ËtaA quii se soient assises par terre ou simt un escabeaa au lieu de s'asseoir sur um trône I C'est une Blanche de Castille a» cloitre, mais supérieure à ku mère de saint Le%n» par cela seul qu'elle est restée ^rge et n'ea fut pas moins mèrer — la mève de tous ceux qtt'eUe enfanta k la vie religieuse et qu'elle éleva pour les cieux l
Cette sainte Térèse-là, inconnue, n'est révélée que par sa Vie. A certaines piaees de ce récit merveilteux
68 FEMMES ET MOAALISTES
OÙ le surnaturel a complètement remplacé la nature, on voit surgir du fond de cette Contemplative, éperdue et perdue dans son Dieu, une raison plus forte que toutes ces flammes, qui met la main sur le cœur qui palpite et dit à ce cœur : « N'es-tu pas ta proie à toimême ? Tes pensées sont-elles tes pensées ? N'est-ce pas le démon qui t'agite ? N'es-tu donc pas coupable de tant palpiter? » Et, effrayée, humblement et raisonnablement effrayée, elle appelle à soi la Science, la Doctrine, la paternité du Confesseur ; elle y appellerait toute l'Église, pour s'attester qu'elle ne se trompe pas, que ses visions ne sont pas des pièges de rOrgueil. Elle consulte partout et elle s'éprouve, et alors elle écrit les superbes pages de conseil et de précaution qui resteront pour l'instruction des âmes futures engagées sur ces escarpements, ces rebords de la vie spirituelle où tout pas conduit à un sommet, et tout sommet peut conduire à un gouffre. Alors apparaît et s'annonce cette grande conductrice d'âmes qui devait littéralement gouverner, du fond de son monastère d'Avila, tout un peuple de religieux et de religieuses, et déployer dans cette conduite une prudence, une fermeté, une science des obstacles, et enfin un bon sens (ce bon sens maître des affaires, a' dît Bossuet,) qu'aucun chef d'État n'eut peut-être au même degré que sainte Térèse, lExtatique, la Sainte de l'Amour.
Malheureusement, du reste, ce n'est pas dans un
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chapitre de la nature de celui-ci que nous pouvons donner une idée complète de la vie de Sainte Térèse écrite par elle-même ; il faudrait s'arrêter plus longtemps que nous ne le pouvons. Dire que c'est la vie d'une âme éprise de Dieu et de perfection, qui a monté pendant quarante ans, chaque jour, une marche du ciel, le chrétien seul nous comprendrait, le chrétien qui sait à quel prix sanglant s'achète cette lente et magnifique Assomption de l'Amour ! Or, le livre de sainte Térèse n'est pas seulement un chefd'œuvre pour les Initiés de la Foi. En restant dans une appréciation purement humaine et littéraire, et en écartant toutes les questions théologiques qui se rattachent à une existence prodigieuse et impos • sible à expliquer avec les lois physiologiques dont nous sommes si fiers, la Fi« de Sainte Térèse, confessée par elle, est un de ces grands fragments de l'esprit humain qui importent à l'esprit humain tout entier.
Si des hommes comme Cuvier et Geoffroy Saint- Hilaire sont des colosses d'investigation et de profondeur dans les sciences naturelles, dans le monde extérieur de la vie, une sainte Térèse est un colosse du même ordre, à l'opposite de ces sciences, dans le monde interne de la spiritualité. Elle a percé, comme eux ont percé, dans leur sphère. Elle a retourné les racines du cœur, en nous étalant le sien. Ce n'était pas uniquement, comme ceux qui ne Pont pas lue ont
TO FEMBiBft B3R MORALISTES
la bonlé de: le eoneéd^,. uae- femme aupémeure ]^ Fima^natioa, par la dtsfiesUÎQQ poétiq^oei, exaltée par hu Pmèjre, et trouvant, dan» réchaofiBaate- macératioa de la Eègle et da Glattite. Texpcesâioai embraeée qpij pe^emble diez elle à jm enaensair iAextiaguibLe^, le eri qui épouvante presqt^ le3> eeeurs et qui fait erôise que te Géxrie a des rugisaeflients eomme. rAmaur. No»! elle était. eii;eord:lai femmer puisgammettt: Fad&ise dans^Ia naiaoïi telle qnB kâ hommea» eoB^goiveni la paiaon cpiaiifit VExtase^ qmi: enlè^;^ Teâprit au ciel^ aee<irp& de botoe Toiatilisé dana Le^aip», la làobait etlafmettaitpartenre. C'était uae graaide^ aerutatme bumame,. um esprit tcempè et aiguisé pouA décauvcir. Cette Vo^^ntev entUmi, ne voj^t pas que le mande SHimataDelv Elle: Toyait Tautre aius»^ Elle plongeait dams les- ténèbres des àmss, pous elles tpadiâparente&. lli fallait qu'elle les sùl paur les conduiFe^^ûette. grande Dhractpice opii les a. conduibes et s^umises^ à un gouvernement inconnu des hommes, — le gouvernement de TAmouD! Sa Vie, comme ellet nous Ka. laissée, cette longue poésie éeriie tout ea élaiiâ, est un. des plus beaux livres assurément de la littérature espagnole, mais- elle est aussi la plus beau traité de psychologie appliquée qu'il y ait dans quelque littératuce que ce soitr. Les philosoplies-, qui croient avoir inventées qufils retronvent,^ s'imagiaent que la psyckobgie est d'bier. La traduction, de saÎAte Térèse pourra leur motttreny.en attendant que. Fabbé Boui^ leur traduise
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aussi le docteur Séraphique (saint Bonaventure), où elle était, cette psychologie toute vivante, avant qu'on la vît morte et disséquée dans leurs écrits, comme sur des marbres d'amphithéâtre.