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PLUSIEURS DE NOS MISSIONS. ELLE EMPORTE TOUT SUR SON PASSAGE

Une AUTRE MENACE CONTINUELLE : LE FEU.

Incendie d’une mission de la Rivière la Paix, .On ne sauva que l’autel.

AU LAC ATHABASKA

une des pièces de ia maison de pêche. Nous avons donc le bonheur d’assister chaque jour à la sainte messe et au salut.

; Il y a même un harmonium.

« La cuisine se fait en plein air. Le parquet est en branches de sapins et en fleurs sauvages !

« Nous avons quatre tentes dressées. Les garçons habitent l’une d’elles : c’est la « Villa du Sacré-Cœur ». La « Villa Sainte-Marie » appartient aux filles, avec une troisième ; la quatrième est réservée aux malades. Les sœurs couchent dans un semblant de maison ainsi que quelques grandes filles. Les drapeaux flottent sur chaque habitation. La joie est dans le camp.

« La pêche de chaque matin m’impressionne toujours. Par une heureuse coïncidence, notre pêcheur s appelle Pierre. A son arrivée, tout le monde descend au rivage. Il se fait un grand silence, puis, à chaque poisson lancé sur le bord, les enfants comptent : un, deux, trois... Si vous entendiez les cris, quand ils peuvent se rendre à cinquante et même à cent ! Les poissons se trouvent aussitôt déchiquetés, cuits et dévorés... L’autre jour, je dis à Piei're : « Les enfants n’ont pas mangé de viande depuis deux mois ; si vous alliez à la chasse? » Il y va et rapporte cinquantedeux canards... »

Ce chapitre ne saurait, nous semble-t-il. se fermer sur un spectacle plus doux que celui des Sœurs Grises recueillant le dernier soupir du Vincent de Paul, arrivé en 1875 au lac Athabaka avec les premières envoyées de Montréal : le Père Le Doussal, O. M. I.

Pendant quarante-huit ans, il fut le père spirituel de tout le couvent des Saints-Anges. Maîtresses et élèves n’eurent qu’à puiser à la sainteté de son âme. Religieux qu’on ne vit jamais manquer à sa Règle, humble parmi les humbles, mortifié, pauvre à plaisir comme un Benoît Labre, bien que toujours irréprochablement propre, aimable

envers tous, compagnon fidèle du Tabernacle, on l’appelait depuis longtemps, sans qu’il s’en doutât, le Sainl du Mackenzie. Des témoins nous ont raconté plusieurs prodiges opérés à sa prière, à son simple geste, comme des tempêtes apaisées, des incendies coupés, des maladies conjurées. La renommée de ses vertus assiège sa tombe. Sauvages et Blancs, protestants et catholiques y portent leur confiance. Sa glorification ne saurait, espère-t-on, suivre de loin celles de Mgr de Mazenod, de Mgr Grandin, du P. Albini.

Les Sœurs Grises lui fermèrent les yeux le 25 mars 1923, en la double fête des Rameaux et de l’Annonciation, soixante-troisième jour anniversaire de son ordination sacerdotale. Il avait quatre-vingt-neuf ans.

C’est à l’âge de quarante et un ans, qu’exerçant le saint ministère dans une paroisse du Morbihan, il avait entendu l’appel aux missions sous l’égide de Marie Immaculée. Avertis de sa décision, ses paysans bretons firent la haie de barrage entre le presbytère et la gare. Le prêtre dut s’évader, la nuit, par son jardin, et se rendre à un arrêt du chemin de fer plus éloigné.

Le cancer, auquel succomba le P. Le Doussal, lui avait dévoré la tête sans altérer jamais son indulgent sourire. Lorsqu’on lui proposa les derniers sacrements :

« — Oh ! enfin ! s’écria-t-il. Que je suis content ! Il y a longtemps que je le désirais. »

Tel fut son Lætaius sam. Son âme s’envola durant un Ave Maria.

Les religieuses attribuent, en grande partie, à leur saint aumônier d’éclatantes protections dont elles furent l’objet, et surtout les fruits merveilleux de piété et de vertu qu’elles virent éclore au cours d’un demi-siècle dans leur parterre des Saints-Anges.

AU LAC ATHABASKA

MacMurray.

Les Sœurs Grises du lac Athabaska essaimeront bientôt, à 295 kilomètres au sud, à MacMurray, bourgade qui marque l’extrémité nord des rapides fameux de la rivière Athabaska.

MacMurray, petit comptoir de la Compagnie de la baie d’Hudson, se contenta longtemps des visites périodiques des missionnaires passants. Mais en 1906 la vie s’empara soudain de cette solitude. L’asphalte, le pétrole, l’espoir d’autres trouvailles minières avaient alléché de puissantes compagnies. L’affluence des voyageurs s’accentua. La construction d’un chemin de fer, partant d’Edmonton et aboutissant à MacMurray, fut décidée.

Il importait à la religion catholique de s’y fixer au plus tôt. Le Père Laffont quitta donc la mission de La Nativité, pour aller fonder dans la pauvreté, — seconde nature du missionnaire, — la future paroisse.

Paroisse des plus complexes du premier coup. Outre les blancs accourant de toutes parts, MacMurray était le rendez-vous « de Montagnais, religieux par nature, doux et faciles, passionnés pour le chant des cantiques, et de Cris, superstitieux, paresseux, danseurs et muets à l’église ». Le Père Laffont y entretient son auditoire du dimanche, en français, en anglais, en cris, en montagnais. Il y ajouterait, au besoin, l’italien, l’espagnol et toute autre langue.

Or, il écrivait déjà en 1915 :

« Le missionnaire veut un hôpital — non pas lui, mais ses paroissiens. MacMurray sera une ville industrielle, par conséquent avec beaucoup de machines, qui font beaucoup de blessés ; donc il nous faut des sœurs. Ce n’est que ces médecins qui nous soigneront comme il faut. Et puis nous

sommes à 500 kilomètres de tout secours sanitaire. C’est donc une mesure sage que d’avoir un bon hôpital. Donc envoyez-nous des sœurs. Avec elles nous serons tranquilles, car nous les avons vues à l’œuvre.

« Enfin, les petits enfants, les bénis de Jésus. Il me semble le voir, ce bon Maître, caressant de sa main divine ces petites têtes innocentes. Mais ces enfants ont une âme qu’il faut nourrir. Pour cela, j’ai mon petit ciboire tout plein de petits pains bien blancs. Oui, mais leur intelligence, leur cœur... — Oh! les mamans s’en occupent! direz-vous. — Pas toujours. D’ailleurs quelques-uns n’ont plus cette maman : il faut leur en donner d’autres. Et même les mamans qui sont encore là, bien portantes, demandez-leur ce qu’elles en pensent : « On ne peut pas tout faire. On a tant de travail ! » Et alors qui apprendra à lire à ces petiots? Qui leur apprendra le catéchisme? Qui leur parlera du bon Dieu? Il nous faut une école, et nous l’aurons... »

Ces médecins et ces mamans seront encore les Sœurs Grises.

L’établissement de MacMurray sera comme naturellement la maison provinciale. Portées jusque-là par la vapeur, les jeunes sœurs missionnaires de l’avenir franchiront en un jour les 300 milles des longs et douloureux voyages d’autrefois. Du wagon « moelleux » elles salueront ces cascades, ces « rapides » mugissants, à jamais désertés. Elles respireront l’affection et la paix d’une seconde maison-mère, d’où elles s’élanceront, ainsi que leurs aînées, par le vieux fleuve calme et les grands lacs tourmentés, au secours des pauvres.

L’historien de la future fondation de MacMurray nous saura peut-être gré de lui avoir rapporté ici l’épisode de l’inauguration du fameux chemin de fer du Nord, The Gréai Waierways , en septembre 1917, par les Sœurs Grises, dans les personnes de la T. H. Mère Piché, supérieure géné-

AU LAC ATHABASKA

raie et de la Mère Saint-Jean-Baptiste, sa compagne.

Elles étaient parties, de bon printemps, pour les fêtes jubilaires de la Providence, par le chemin de fer d’Edmonton à la rivière La Paix. Elles avaient descendu la rivière La Paix elle-même, la rivière des Rochers, la Grande Rivière des Esclaves, franchi le Grand Lac des Esclaves, suivi le fleuve Mackenzie jusqu’au Fort Simpson, limite de leur course. Elles en étaient revenues, étape par étape, par les mêmes voies fluviales, laissant toutefois, sur leur droite, la trop longue et trop difficile rivière La Paix, pour traverser le lac Athabaska, et remonter la rivière Athabaska, jusqu’à MacMurray, terminus bien promis du chemin de fer. La tournée tout entière s’était effectuée, avec les misères et les fatigues inhérentes à tout long voyage, où les moyens de transport se trouvent disproportionnés aux distances, il est vrai ; mais, chose inouïe, sans aucun de ces incidents qui entretiennent, parmi les missionnaires, la redoutable réputation du « Grand Nord ». La T. H. Mère Générale, qui s’était vue servie plus qu’à souhait en aventures pénibles, dans les rapides de la rivière Athabaska, lors de sa visite de 1912, n’en était point attristée ; mais la Mère Saint-Jean- Baptiste, qui avait jusqu’au bout « caressé le rêve » de « goûter aux expériences des sœurs du Nord », dissimulait assez maladroitement son désappointement. MacMurray, avec son chemin de fer brûlant les rapides, n’était-ce pas la civilisation, c’est-à-dire la fin des épreuves de la nature, et le commencement du confort monotone, fastidieux ?

Ce fut la civilisation qui se chargea, cette fois, de faire payer le « tribut du Nord ».

D’abord, le chemin de fer n’avait pas tenu parole. Il n’aboutissait qu’à 35 kilomètres de MacMurray, au milieu du bois. De plus, on assurait qu’il fonctionnait très mal et très irrégulièrement.

La petite rivière Eau Claire, qui se jette dans l’Athabaska, à MacMurray, pouvait conduire, par 30 kilomètres de navigation, à 5 kilomètres du terminus réel. Les douze

premiers kilomètres furent des plus poétiques, et la gazoline fit tous les frais, entre les rives « enchanteresses ». Soudain, dans ce décor la poésie sombra. L’eau n’étant plus assez profonde pour le yacht, force fut de l’abandonner. On remorqua, à la rame et au collier de trait, un chaland grossier. Les voyageuses trouvèrent plus d’ennuis dans les trois lieues de cette dernière journée que dans les 3 500 kilomètres des cinq mois précédents.

Le débarcadère affleurait brusquement une côte à pic, que gravissait un soi-disant sentier tortueux, encombré, défoncé. Toute la caravane eut à escalader ces cinq kilomètres, à pied, dans la vase collante, à travers les arrachis et tous les désagréments d’une forêt vierge de l’Amérique du Nord. 11 n’y manquait que les maringouins, gelés depuis quinze jours.

Le train d’Edmonton arriva le soir même, pour ne repartir que quatre jours après. Les religieuses durent camper dans un wagon de construction ouvert, trois nuits glaciales ; mais, à l’édification de tous, leur joyeuse humeur l’emporta constamment sur la fatigue et le froid. Aingi, un matin que la Mère Saint- Jean-Baptiste faisait semblant de dire qu’elle avait grelotté, elle fut tout de suite consolée par cette réponse de la T. H. Mère :

— C’est bien fait pour vous ; vous avez fait la vaillante, hier soir et n’avez pas voulu vous précautionner !

Enfin, le train se mit en route, fit une lieue, cahin-caha, sur des rails jetés plus que fixés en un terrain tremblant de « maskeg », stoppa pour la nuit, et ne dérailla que le lendemain, après une vingtaine de kilomètres. Le premier wagon était en panne. Le conducteur attendit longtemps un secours qui ne vint pas, et, à la fin, comme la locomotive était restée sur la voie, il ordonna l’embarquement général sur le charbon et le tender. Trente personnes se juchèrent là, tels des bohémiens sur leur roulotte, moins la sécurité. Perchées, à la place d’honneur, sur le tender, les sœurs reçurent en pleine figure la première décharge de la machine

AU LAC ATHABASKA

lorsqu’elle s’ébranla, poussive et oscillante. La fumée et le charbon en poudre, lancés par le vent qui soufflait continuellement de la plus fâcheuse direction, giclaient contre les mantes, les guimpes et les yeux. Cela dura 76 kilomètres. En arrivant, toutes noires, au lac la Biche, elles se trouvèrent heureuses d’avoir échappé à un véritable danger, heureuses surtout d’avoir souffert encore une lois, en union avec les bien-aimées du Mackenzie,

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