‹ Femmes héroĭquesChapitre 18 sur 45 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Au Grand Lac des Esclaves

1903. —L'Hospice Saint-Joseph. — Au Fort Résolution. — Le plus misérable des « Bethléem ». — Le grenier. Premiers pensionnaires. — Le premier bain. Des « prodiges d’adresse ». — Les « sensualités du Mackenzie ». Église neuve. — L’universitaire converti.

L’Hôpital du Sacré-Cœur et le couvent des Saints-Anges restèrent longtemps les seuls établissements des Sœurs Grises dans l’Athabaska-Mackenzie. Mais l’année 190), qui vit se partager l’immense et unique vicariat en deux vicariats distincts : l’Athabaska et le Mackenzie, marqua aussi le commencement d’une ère nouvelle pour les missions des Sœurs Grises.

La première fondation que nous rencontrons, à cette époque, est celle de l’Hospice Saint-Joseph qui s élève aujourd’hui au Fort Résolution sur le bord du Grand Lac des Esclaves, si célèbre dans l’histoire des missions du Nord. Du seuil du couvent, se voit la baie du large, où Mgr Grandin passa la nuit du 14 au 15 décembre 1863, égaré dans la tourmente de neige. A bout de force, se croyant perdu, il confessa son petit compagnon, s’enveloppa avec lui contre le traîneau et les chiens et attendit la mort.

La mission Saint-Joseph eut pour père Mgr Faraud, qui vint planter la croix au Grand Lac des Esclaves, en 1852. Il y fit, dès sa première visite, 168 baptêmes. Déjà ces bons sauvages Montagnais avaient envoyé une députation au Père Taché, au lac Athabaska, en 1848 :

« — Hâte-toi, lui faisait dire un vieillard, mes cheveux sont tout blancs ; je crains de me coucher dans ma tombe avant d’avoir entendu ta parole. »

Le Père Gascon, décédé à Saint-Boniface en 1914, à l’âge de quatre-vingt-sept ans, et le Père Dupire, toujours joyeusement vivant, furent les colonnes de la mission, pendant les quarante-cinq années qui allèrent de 1858 à l’arrivée des sœurs. Ce fut le Père Dupire qui eut l’honneur de recevoir les premières Sœurs Grises, en 1903.

Le Fort Résolution, rendez-vous de fervents et nombreux sauvages, était l’un des sites les plus favorables à l’œuvre constamment poursuivie de l’éducation del’enfance. L’un des premiers soins de S. G. Mgr Breynat, premier titulaire du nouveau vicariat du Mackenzie, fut de solliciter de la T. H. Mère Hamel de nouvelles missionnaires. Il les obtint, aux conditions anciennes : « Prier, travailler, jeûner ensemble ».

Les Sœurs Boisvert, Généreux, McQuillan, Honorine et Ernestine quittèrent Montréal le 20 avril 1903 et arrivèrent, le 16 juin, à bord du Saint-Alphonse, au Grand Lac des Esclaves, en compagnie de Mgr Breynat et des Pères Duport et Laperrière.

Elles furent accueillies par la population avec affection et curiosité.

« — Leur habit serait bien plus beau, s’il était rouge, faisait remarquer une sauvagesse. »

Grande avait été la surprise de l’évêque et des sœurs de n’apercevoir, en approchant de la côte, qu’une demicharpente nue là où chacun croyait trouver le couvent promis.

AU GRAND LAC DES ESCLAVES 139

— Mais nous ne vous attendions pas du tout ! fut le premier mot de la réception.

Et cependant, -combien elles étaient désirées ! L’explication se fit bientôt, courte et convaincante.

L’été de l’année précédente 1902, Mgr Breynat, partant du Grand Lac des Esclaves pour la France, avait prévenu le Père Dupire que, s’il parvenait à s’assurer le concours des sœurs pour le printemps suivant, il lui écrirait de poursuivre la construction commencée. Sinon, le père emploierait l’hiver à des travaux plus pressés. Sa Grandeur eut plein succès à Montréal et écrivit immédiatement.

La lettre arriva... un mois après les sœurs elles-mêmes.

C’est ainsi que, de toutes les religieuses missionnaires, ce fut la communauté du Grand Lac des Esclaves qui trouva le plus misérable des Bethléem. A la Providence, une maison avait été bâtie pour elles ; au lac Athabaska, elles eurent un hangar à elles ; à Résolution, elles habitèrent un grenier d’emprunt.

La Sœur Boisvert écrit :

« Le 16 juin, nous arrivions enfin au cher Fort Résolution, notre terre promise. Notre première visite fut à l’église pour rendre nos hommages au divin Maître, et lui offrir nos humbles personnes pour travailler à sa plus grande gloire et au salut des âmes. Nous avions aussi les plus vives actions de grâces à rendre à Dieu de nous avoir protégées au milieu des nombreuses difficultés contre lesquelles nous avons eu à lutter, pour arriver au terme de notre voyage. Mais les fatigues, le froid surtout et le mauvais temps, loin d’affaiblir les forces, semblaient en donner à celles qui n’en avaient pas et les augmenter à celles qui en avaient déjà. La petite Sœur Ernestine, seule, fait exception à cette règle. Elle s’est sentie malade tout le long du voyage, ne pouvant même garder un peu de bouillon. A Saint-Albert, elle parut se remettre ; mais, à peine partie, une rougeur, que nous

avions prise d’abord pour une piqûre de maringouin, lui causa de fortes douleurs. Cette rougeur s’est agrandie et est devenue une plaie. Je fais reposer cette chère sœur et la soigne du mieux que je puis.

« Nous avons eu la déception de ne pouvoir habiter notre couvent : les travaux ne sont pas assez avancés. Nous y entrerons, je crois, au commencement d’août. En attendant, nous avons pour logis le grenier de la maison des Révérends Pères. Nous ne pouvions commencer une mission plus pauvrement. C’est bon signe, paraît-il. »

Le grenier en question mesurait quatre pieds de hauteur. C’était la remise pour les attelages des chiens, traîneaux et instruments divers, le garde-manger à viande et poissons secs, le dépôt des denrées alimentaires ; et au surplus, ainsi que tout bon grenier du Mackenzie, il était hanté de souris, « qui, en nombre de mouches, paraissaient mécontentes de l’intrusion qui venait troubler la liberté de leurs ébats » !

Dans ce grenier, les religieuses passèrent tout le temps de la canicule du Nord, laquelle est aiissi extrême que ses froids. Chacune gagnait, en marchant à genoux, la couchette qui lui était assignée, sous les combles.

Le 24 juillet, sonna la délivrance.

Les frères coadjuteurs, libres du service du Saini- Alphonse qui les avait retenus pour la desserte annuelle des missions, s’étaient remis à l’œuvre. Le 23, ils commencèrent à poser le plancher inférieur. Le lendemain, à quatre heures de l’après-midi, les sœurs étaient installées, avec cinq enfants, reçus le jour même de leurs parents sauvages retournant aux bois pour l’hiver : trois filles et deux garçons. Le couvent n’avait encore ni chambres, ni cloisons ; des couvertures tendues en faisaient l’office. Une échelle menait à l’unique étage.

Le premier et invariable article du programme, dans l’éducation du Nord, c’est le lavage complet des enfants.

AU GRAND LAC DES ESCLAVES

Ils arrivent déguenillés, crasseux, chassieux, grouillants de vermine, les pauvres petits. Une heure après, vous les prendriez pour des petits blancs, beaux à croquer. Mais encore faut-il les blanchir : tâche peu commode, vu leur épouvante devant ce premier bain de leur vie. Donc, Sœur Honorine, cette après-midi du 24, venait de passer à l’eau l’un des deux. L’ayant déposé délicatement dans un tas de copeaux, le temps d’aller prendre, derrière la couverture voisine, petite chemise et petit pantalon frais, c’en fut assez. Elle trouva les copeaux frémissants. Le sauvageon, épris de la forêt, s’était enfui. Un frère, par bonheur, l’avait aperçu au passage. Il le ramenait déjà.

L’aménagement et l’ameublement se poursuivirent.

Le Père Dupire, dans sa chronique, rend hommage aux vertus pratiquées, durant ces semaines : « Le 30 août, le Frère O’Connel installait les poêles dans la maison des sœurs, qui depuis longtemps grelottaient de froid dans leur palais, où tous les vents ont libre accès et où elles acquéraient des mérites dont Dieu seul connaît la valeur, en supportant, non seulement avec courage et patience, mais de très bon cœur, la privation de toutes les commodités. Chères sœurs, ma conscience me rend le témoignage que j’ai fait l’impossible pour éviter les difficultés présentes... Dieu sait que nul plus que moi ne reconnaît, dans la sincérité de son cœur, que vous êtes des auxiliaires incomparables du missionnaire, et n’apprécie à sa juste valeur votre abnégation et votre dévouement. »

Cette maison de vingt pieds sur trente fut, pendant six années, l’hospice Saint-Joseph. C’en fut trois de trop, car le nombre des recrues ne tarda guère à excéder la capacité de l’enceinte.

Le Père Mansoz, assistant du Père Dupire, lors de l’arrivée des religieuses, et témoin de toutes les épreuves, s’en exprime de la sorte :

« Ce local provisoire suffisait aux cinq sœurs et aux vingt-cinq enfants des trois premières années ; mais le personnel des religieuses s’étant porté de cinq à neuf, et nos pupilles de vingt-cinq à quarante-cinq, cette habitation n’offrait plus même le confortable le plus indispensable. Durant le jour, il était relativement facile de placer tout le monde, car les cours de récréation étaient souvent mises à contribution ; mais, le soir venu, la chose devenait scabreuse, et lorsque les sœurs, se réservant à peine un petit coin discret, alignaient tout leur petit monde, les juchant sur les tables et les armoires, ou les glissant dans les meubles, les anges gardiens étaient ravis devant ces prodiges d’adresse. Sans nul doute, Dieu se penchait alors paternellement sur nos orphelins et leurs dévouées institutrices, pour les préserver de tout danger. Cependant, était-il permis de tenter le Ciel plus longtemps? On se pressa donc, on déploya tant d’activité, que le nouveau couvent et l’évêché furent emportés d’assaut, avec décembre 1909. »

De 1906, date où le Père Mansoz dut prendre la direction de la mission, à ce mois de décembre 1909, que de labeurs et de tours de force furent accomplis ! Le couvent projeté exigeait, pour la partie principale, deux cent mille pieds de bois, et la scierie qui devait les livrer n’était pas même construite. Pères et frères, à la suite de Monseigneur, se mirent au travail. Au cours de mars et avril 1907, les fondations du moulin furent jetées, malgré le froid intense. Dès le mois de mai, il attaquait un énorme radeau de cinq cents billots. Les planches sciées, toutes les énergies se tournèrent vers le couvent et le nouvel évêché.

Monseigneur résolut de bâtir dans la forêt, parce que la propriété de la mission, dans le Fort, se trouvant trop resserrée au milieu des constructions voisines, n’eût point permis de donner aux édifices et à leurs dépendances les proportions désirables. L’emplacement choisi fut donc défriché, déblayé, et les frères purent poser les fondements, avant l’hiver.

AU GRAND LAC DES ESCLAVES

En juin 1908, les Frères O’Connell et Kérautret, M. Gagnon, brave Canadien, et quelques ouvriers indiens ou métis reprirent les travaux. L’hiver transporta sur d’autres champs, notamment celui de la pêche, très précaire cette année-là, l’activité générale. L’été 1909 passa aussi, sans que ni le couvent ni l’évêché fussent encore habitables. Pourtant il tardait à tous de vivre enfin !

« Le 2 novembre, continue le Père Mansoz, les travaux reprirent avec plus d’élan encore. Sa Grandeur, ayant prévu la possibilité d’achever l’année dans le nouvel emplacement, anima les volontés et fit déployer, en tout novembre, une activité prodigieuse dans les deux communautés Saint- Joseph. Les pères et les frères, ayant à leur tête Monseigneur, consacrèrent leurs journées aux travaux d’installation les plus nécessaires. Les sœurs, pendant la dernière quinzaine du mois, firent les derniers préparatifs. Tous les jours, on vit défiler une troupe joyeuse d’enfants ployant sous leur fardeau, heureux d’aller meubler eux-mêmes leur futur palais... Le jour de l’invasion fut vraiment un jour de joie et de fête pour tous, car tous avaient été à la peine. Le premier dimanche de décembre, une messe d’actions de grâces fut chantée dans la chapelle du couvent. Le 8 décembre, on se réunit pour les agapes. Il n’y eut pas de discours prononcés, pas de toasts pour dire la joie de tous, c’était superflu. Le joyeux gazouillis des enfants et leurs éclats de rire nous arrivaient des salles voisines, et exprimaient assez éloquemment ce que chacun éprouvait dans l’intimité. Faire autour de soi des heureux, n’est-ce pas le comble du bonheur pour le cœur de l’apôtre? »

Sœur Sainte-Albine se chargea de traduire à la maisonmère la joie des sœurs missionnaires :

« ... Depuis la visite de notre bonne Mère provinciale, notre maison a subi une grande transformation. C’est à ne

s’y pas reconnaître. Nous nous croyons nous-mêmes sous l’impression d’un beau rêve. Mais, réjouissez-vous avec nous, c’est bien une réalité ; nous habitons enfin notre couvent neuf. A son retour de France, Mgr Breynat a poussé les travaux avec une telle activité qu’en dépit des prévisions nous avons pu déménager au commencement de décembre. Ce fut un jour de grandes réjouissances et surtout d’actions de grâces. Aussi, malgré l’extrême fatigue du déménagement, la joie, le contentement se lisaient sur toutes les figures. Pour sa part, Monseigneur semblait avoir déposé un lourd fardeau qui l’accablait depuis longtemps. Il est admirable de bonté et de dévouement pour nous. La bénédiction de la maison fut faite par Sa Grandeur et fut suivie d’un salut d’actions de grâces où, de toute l’effusion de notre cœur, nous avons remercié le bon Dieu et notre père saint Joseph de l’heureuse issue de cette entreprise hérissée de difficultés sans nombre.

« Quoique à demi terminé, notre couvent est confortable ; les appartements sont vastes et bien éclairés. Notre petite chapelle est jolie et porte au recueillement. Le système de chauffage fonctionne à merveille et nous fait oublier la rigueur de nos froids polaires. Jusqu’aux mouches et aux maringouins qui, en sentant cette douce chaleur, se sont réveillés, croyant l’été arrivé. Ils bourdonnent à qui mieux mieux. C’est joli en hiver, mais ça promet pour l’été prochain. Bien sûr, il y aura de quoi expier toutes nos sensualités... »

Pauvres sœurs, les sensualités du Mackenzie !

Elles n’attendirent pas l’époque des maringouins pour les expier, ni pour apprendre qu’en cage dorée on peut encore souffrir, même de la faim.

Elles écrivaient bientôt :

« Le nombre de nos enfants est limité par notre crainte de les faire jeûner. Nous manquons de poisson ; une partie de la pêche d’automne est gâtée par le dégel. La pêche faite

La leçon de la charité.

Orphelines apprêtant les poissons dégelés pour la semaine.

AU GRAND LAC DES ESCLAVES

sous la glace ne rapporte presque rien relativement aux besoins. Il n’y a pas de rennes cet hiver, et nous sommes à bout de provisions. Notre situation est vraiment critique. Nous prions et faisons force promesses à saint Joseph... Cette détresse nous fait sentir que Dieu seul est notre protecteur, et nous sommes heureuses de souffrir pour la belle œuvre qu’il nous a confiée. »

Le chroniqueur de la mission nous dépeint lui aussi cette extrême disette, mais il finit, comme on devait s’y attendre, par une louange à l’honneur du père nourricier du Mackenzie :

« L’année 1910 fut riche en épreuves, surtout pendant les quatre premiers mois. Monseigneur fut heureusement parmi nous, pour nous encourager et nous diriger.

« Notre grenier était vide : les souris même étaient inconsolables... Nos soixante enfants durent être rationnés plus que jamais. Confiants en la Providence, nous essayâmes tous les moyens possibles pour sortir de cette pénurie désolante. Cinquante hameçons furent tendus près de l’Ile-aux- Œufs (à 30 kilomètres environ du couvent) ; plusieurs furent placés aussi, avec quelques rets, aux Iles Brûlées. Ce dernier essai étant nul, et la pêche à l’Ile-aux-Œufs sans être abondante, donnant meilleur résultat, nous continuâmes jusqu’à la fin de mars, époque du passage des carpes à la rivière au Bœuf... Lorsque, après la retraite annuelle, en février, les Frères Josso, William et Kérautret partirent pour le chantier, le Père Duport et le Frère Jean- Marie continuèrent la pêche à l’Ile-anx-Œufs, ramenant une quinzaine de truites chaque fois. N’ayant à leur service que les chiens impotents, laissés ici à cause de leur inutilité, ils passèrent de bien tristes moments sur le lac. Dieu, ayant pour agréables leur bonne volonté et les sacrifices si généreusement acceptés, récompensa leur dévouement et bénit leurs pénibles travaux. Ces deux vaillants trouvèrent pour nos enfants le pain quotidien...

« Ceux qui connaissent la truite de nos grands lacs du Nord savent qu’à la longue , ce poisson fatigue et le goût et les estomacs. Nos enfants firent une neuvaine à saint Joseph, le priant de leur trouver un morceau de viande. Le bon Patriarche s’émut sensiblement à la prière de ces petits et, le 19 mars, jour de sa fête, 'il nous envoya six orignaux. Le cher Saint reçut les remerciements et les actions de grâces de tous, surtout du bon père économe, le Père Duport, qui revoyait dans ses greniers l’abondance d’autrefois. »

Et ainsi, d’abondance à disette, dans la joie des enfants de Dieu toujours, s’écoulèrent les années.

Le couvent Saint-Joseph du Grand Lac des Esclaves, tout achevé depuis 1917, avec ses soixante embrasures, sur ses cinquante mètres de front, surmonté de son toit « français », couronné de son beffroi à la croix blanche, est sans doute le plus beau monument élevé par le Mackenzie à la gloire de Dieu et de l’Église. Dix sœurs missionnaires y préparent à la vie chrétienne 110 enfants, venus de tous es bois qui bordent la rivière et le Grand Lac des Esclaves.

A côté de ce monument est venu se placer, en 1925, la belle église neuve dédiée à saint Joseph. « La bénédiction en eut lieu le jour de la Fête-Dieu, note la supérieure. Je suis bien édifiée, ces jours-ci, de voir nos bons sauvages venir faire leurs adieux au divin Maître avant de repartir pour la forêt. Sans respect humain, ils sont tous à genoux dans le milieu des allées et prient avec une ferveur qu’il fait bon voir. On dirait qu’ils s’en vont à regret. Sur le point de franchir la porte, plusieurs se retournent et regardent encore une fois le tabernacle. »

En 1925 enfin, s’accomplit, au Fort Résolution, la conversion d’un « universitaire d’Europe », qui trouva la suprême raison de croire dans le spectacle de l’œuvre mis-

AU GRAND LAC DES ESCLAVES 147

sionnaire des Sœurs Grises. Né en Angleterre, il avait été inscrit à la secte ritualiste. Il fit toute la guerre 1914-1918. Puis il chercha la vérité. Il achevait l’étude du bouddhisme et s’apprêtait à y adhérer, lorsqu’il vit, représenté au cinéma, un départ de missionnaires pour l’Extrême-Nord canadien. « Là enfin, peut-être, se dit-il, trouverai-je l’idéal du sacrifice et du dévouement que je me suis formé et qui doit être la marque de la vraie religion. » Il écrivit à Mgr Breynat, s’offrant à travailler pour n’importe quelle mission arctique, en échange de sa simple nourriture. Le grand cœur de l’évêque du Pôle Nord pressent une âme sincère. Il l’admet dans une équipe de missionnaires qui descend vers l’océan Glacial. Notre homme s’arrête au Grand Lac des Esclaves, et là, dans une abnégation admirable, refusant tout salaire, vivant comme le plus pauvre des Indiens, il s’occupe à couper du bois. Cependant, il offre toutes ses souffrances à Dieu, en lui demandant la vérité. Au couvent, religieuses et orphelins prient pour lui. Le «savant», inquiet, observe la vie de ces femmes si différentes de tant d’autres qu’il a connues ailleurs. La piété, l’abnégation, l’humilité de nos bons frères coadjuteurs ajoutent à la force de conviction qui s’empare peu à peu de son esprit. Un jour, il s’avoue subjugué. Il reçoit du Père Coudert l’initiation au catholicisme. La cérémonie de l’abjuration, du baptême, de la première communion se déroule dans la chapelle de l’hospice Saint-Joseph, au milieu de la population transportée, en la fête de la Pentecôte 1925.

«Nous éprouvâmes ce jour-là, s’écriait la Sœursupérieure, la vraie joie des Apôtres. »

Page 1