AU CŒUR DU MACKENZIE
sur soixante. M. Card procura, en matériaux et en autres secours, tout ce que sa haute charge lui permettait. Il obtint également du gouvernement d’Ottawa les premières pièces d’ameublement.
En 1915, l’hôpital était habitable ; mais le mobilier et tout le dispensaire y furent vainement attendus. Tout sombra et fut perdu dans le naufrage du bateau Mac- Murray, sur la rivière la Paix.
En 1916, les fondatrices abordèrent a Simpson. Ce furent les Sœurs Girouard, Boursier, Latrémouille et Marie.
Elles avaient pris au passage, pour les conduire au nouvel hôpital, la plupart des malades habitués de la Providence.
Deux sauvagesses très vieilles et percluses les attendaient sur la grève de Simpson. L’une d’elles fut aussitôt jugée en état de recevoir les derniers sacrements. Pendant qu’on allait chercher le Père, la supérieure procéda à une sommaire toilette. « En retirant les méchants mocassins, continuent les notes, elle vit une espèce de sable se répandre à terie. Elle n en put croire ses yeux quand elle aperçut le sable... en mouvement. »
Mais qu’importe, si l’âme était belle !
Quelques jours après leur arrivée, le 15 août, les religieuses eurent la triste consolation de fermer les yeux au Père Ducot, Tardent apôtre des Peaux-de-Lièvre, dont le Fort Good-Hope, le Grand Lac de l’Ours et le FortNorman se partagèrent la vie, pendant quarante et un ans. Le Père Ducot s était particulièrement gagné la reconnaissance des sœurs missionnaires de la Providence, en leur envoyant de nombreux enfants de ses missions polaires, et en leur faisant, lors de la grande épreuve de 1881, le sacrifice dont nous avons parlé. Partant pour le ciel, en la fête de l’Assomption de la Très Sainte Vierge, qu’il avait tant aimée et tant fait aimer de ses Indiens, il a laissé à l’œuvre naissante des Sœurs de la Charité la bénédiction précieuse entre toutes devant Dieu, celle de la mort des saints.
L’hôpital de Simpson, à 225 kilomètres en aval de Notre- Dame de la Providence, fut jusqu’en 1925 la fondation la plus lointaine des Sœurs Grises de Montréal. Elles y déploient toujours l’ardeur de la charité pour les pauvres, qui est l’objet de leur quatrième vœu de religion. Par elles, s’accomplit chaque jour l’oracle du Sacré-Cœur: «Je régnerai, malgré Satan et tous mes ennemis. »
Tout y répond, du reste, aux souhaits des missionnaires, avides de joyeux sacrifices. La dernière arrivée écrivait naguère :
« Le voyage de Montréal à Simpson a défilé comme par enchantement. Quand on est ni scrupuleuse, ni dédaigneuse, on passe à travers tout... Ici, je n’ai encore fait connaissance qu’avec mon petit coin d’hôpital. Je vous assure que nous n’avons rien à envier aux hôpitaux des lépreux. »
Une autre, en août 1923, annonçait :
« Ouvrez l’oreille à la grande nouvelle de Simpson. Les murs d’une église viennent de surgir tout à coup. Trappeurs français, canadiens et anglais, protestants comme catholiques se sont mis à l’ouvrage avec les frères coadjuteurs et le Père supérieur. Le ministre, — brave homme, cependant, c’est donc malheureux ! — se dépense inutilement dans l’opposition. Que voulez-vous, nos gens en ont trop vu de notre sainte religion. Les voilà fixés. Ils montrent le chemin du large au pauvre prédicant. Vive le Sacré- Cœur ! Il régnera ! »