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CHAPITRE X

Chez les Esquimaux

1925. — Les « mangeurs de chair crue » d’ Aklavik. — Réconciliation des chefs Esquimaux el Loucheux. — Vaines lenlalives d'apostolat. — « Vous pouvez toujours compter sur les Sœurs Grises... » — Exploration de 1924 par la T. H. MèreDugas à Aklavik. — La prise de possession. - — Arrivée des fondatrices en 1925. — Une victoire par Sainte Thérèse de l’Enfant- Jésus. — La première longue nuit hivernale d' Aklavik. — Le premier Noël. — Jardin el cimetière. — «... Wonderful civilizers! » — Pour sauver les enfants sacrifiés. — Autres ambitions apostoliques. — Du Grand Lac de l’Ours aux Iles polaires el à la Baie d’Hudson. — « Les extrémités de la Terre ont vu le salut de Dieu. »

En 1925, d’un seul bond, des Sœurs Grises franchissent les 1 400 kilomètres qui vont les séparer de leurs plus proches voisines, celles de Simpson, pour s’arrêter à Aklavik, au bout du delta du Mackenzie, en plein souffle de l’océan Glacial.

Elles étaient devenues enfin les missionnaires des Esquimaux.

Ces Esquimaux, — Eskimantik : mangeurs de chair crue , — peuplade belliqueuse d’abord et affreusement sauvage,

avaient été rencontrés pour la première fois, au fort Mac Pherson, à la tête du delta, par le Père Grollier, le 14 septembre 1860, en l’Exaltation de la Sainte Croix, fête particulièrement chère aux Sœurs Grises.

Les deux chefs des Esquimaux et des Loucheux se trouvaient là. Ils avaient ensanglanté sans trêve les eaux du Mackenzie et se regardaient encore comme d’irréconciliables ennemis. Mais le Père Grollier leur expliqua Jésus crucifié et la loi d’amour qu’il avait apportée aux hommes de bonne volonté. Saisissant alors dans les siennes les mains droites des deux chefs guerriers, il les appuya sur sa croix d’Oblat et fit jurer à l’un et à l’autre une paix définitive.

Les grands massacres cessèrent en effet. Mais, tandis que les Loucheux se donnaient au christianisme, les Esquimaux se replongeaient plus avant dans les superstitions attisées par leurs démoniaques sorciers.

Le Père Lefebvre tenta de nouveau la conversion des Esquimaux en 1890. Personne ne se laissa toucher. D’autre part, le protestantisme tolérant encerclait peu à peu la tribu. Les missionnaires de la vérité comprirent que seule une œuvre de dévouement à toutes les misères corporelles et morales de ces sauvages, intelligents, énergiques, hardis, il est vrai, mais méfiants par-dessus tout, serait capable de les convaincre, de les gagner à l’Évangile.

Les Sœurs Grises de Montréal apprirent ce souhait des Oblats de Marie Immaculée. La réponse ne tarda pas. La supérieure générale de ce temps, la T. Rév. Mère Piché, s’écria :

« — Que Mgr Breynat fasse un signe du doigt et nous partons. »

Nous nous trouvions au Mackenzie, alors, écrivant ce livre pour la première fois. Nous nous rappelons l’enthousiasme déchaîné par ce mot de la mère générale.

« — Mais, leur disait-on, les mauvais jours forment presque tout le calendrier de ce pays ; c’est un hiver quasi perpé-

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tuel, des camps infects, des dégradations abominables que nous vous offrons. » Elles répliquaient :

« — Notre Fondatrice n’a-t-elle pas dit : Elles ne refuseront aucun travail ? »

Et nous entendions des religieuses de Providence, de Résolution, de Fort-Smith, vétérans des missions du Nord, s’exprimer sur le ton le plus tranquille du monde :

« — Que j’aimerais donc être envoyée là ! Ce serait du missionnaire, ça ! »

Et lorsque le vicaire apostolique traversait son territoire, dans toutes les maisons de Sœurs Grises les mêmes instances l’assaillaient :

« — Monseigneur, quand recommencerez-vous les Esquimaux? Ce qu’on a hâte ! Vite donc ! »

Enfin, durant l’été 1923, Mgr Breynat résolut d’établir l’audacieuse fondation. Retenu à la mission du Saint Nom de Marie, à la tête du delta du Mackenzie, le prélat envoya le Père Fallaize parcourir les avenues de l’océan Glacial et s’enquérir des besoins de corps et d’âme des Esquimaux. L’explorateur revint au bout d’un mois. Sur son rapport, qu’appuyait le Père Lécuyer, missionnaire des Loucheux et des Esquimaux voisins, depuis vingt ans, il apparut que l’on ne pouvait plus hésiter.

Il n’y avait alors ni pères, ni frères, ni religieuses, ni argent, ni aucun terrain concédé par le gouvernement. A l’unanimité cependant, il fut décidé que l’on commencerait sur-le-champ.

Quelques jours après, le Père Lécuyer atteignait Aklavik — La place de l'ours brun, — lieu le plus fréquenté par les Esquimaux du delta et de la mer Glaciale, et, avec l’aide de deux sauvages, abattait les arbres destinés à la première hutte que devaient élever, l’automne suivant, les Frères coadjuteurs William et Latreille.

Puis, l’Évêque du Mackenzie alla solliciter à Montréal le concours des Sœurs Grises. Il leur exposa, comme jadis Mgr Taché et Mgr Faraud, l’isolement, les souffrances phy-

siques et morales sans fin qui seraient le lot des nouvelles missionnaires, et leur parla de la longue période de la nuit hivernale arctique à cette latitude. La réponse de la T. H. Mère Dugas, supérieure générale actuelle, fut à l’unisson des anciennes :

« — Monseigneur, vous pouvez toujours compter sur les Sœurs Grises. Elles iront aussi loin que vous en déciderez. Plutôt que de vous abandonner, nous fermerions de nos maisons là où l’on trouverait à nous remplacer. »

La vaillante Mère générale voulut même se trouver la première au poste si avancé. Accompagnée des Mères Girouard et Saint-Grégoire, celle-ci provinciale, et sous la conduite du Père Duport, elle alla, durant l’été 1924, choisir, avec les Oblats, fondateurs, l’emplacement précis et définitif de l’hôpital des Esquimaux.

Le spectacle du parcours de MacMurray à Aklavik, « si bien nommé la Grande Voie des Eaux, The Gréai Walerways », ravit d’abord nos exploratrices :

« ... Depuis Simpson, nous longeons les montagnes Rocheuses presque continuellement. Elles aussi nous font voir la magnificence des œuvres de Dieu. Elles sont particulièrement belles l’après-midi. Certains pics s’élèvent à une hauteur prodigieuse, s’olïrant aux rayons du soleil dont les reflets les couronnent de myriades de diamants. Plus loin, ces chaînes apparaissent entièrement couvertes d’une neige éblouissante quand le soleil les caresse, mais qui perd de son éclat à mesure qu’il s’en éloigne. Plus loin encore, le long du Rapide-sans-saut, les montagnes aux roches nues se coupent à angle droit ; puis elles s’habillent complètement, de la base au sommet, de minuscules sapins. Les voilà toutes en riche verdure. Non, on ne se lasse pas d’admirer la splendeur du palais que Dieu avait créé pour le bonheur de l’homme innocent... »

Mais les notes de la Supérieure générale que nous venons de citer, et qui plaignent tout ce qui souffre autour d’elle

Les fondatrices d’Aklavik chez les Esquimaux du delta du Mackenzie.

Leur première demeure en 1925. Dès 1926, l’hôpital et l’école furent debout.

Dans la « Terri-: Stérile » (Barren Land).

Femmes esquimaudes chargées de mousse des rochers (distinguer l’enfant

transporté).

Maison de neige — iglou — des Esquimaux et souvent des

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