Epilogue
Un demi-siècle a suffi à quelques apôtres dépourvus des forces du monde, tout semblables aux missionnaires de Galilée, pour faire lever la foi de Jésus-Christ dans l’immense désert indien de l’Athabaska-Mackenzie.
Les premiers ont semé, les autres récolté. Tous, apportant l’hommage de leurs efforts au Maître de la moisson, lui redisent :
— Les pauvres sont évangélisés.
Parmi ces apôtres, apparaissent les Sœurs Grises de 1867. De ces vaillantes, quatre ont reçu leur couronne éternelle, deux ont fêté les noces d’or de la terre, l’une d’elles attend encore, ici-bas, le jour du ciel.
Ni Sœur Michon, ni Sœur Brunelle ne revirent la maison-mère.
Sœur Michon mourut à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Notre-Dame de la Providence, le 23 octobre 1896, après vingt-neuf ans de travaux dans cette mission. Elle avait demandé en grâce de n’être point rappelée à Montréal, de peur de mourir loin de ses sauvages. Sa mort fut douce comme sa vie : « Elle partit sans secousse, sans une minute d’agonie, la physionomie reposée, comme dans un sommeil. Ouvrière de la première heure du jour dans nos missions de l' Extrême-Nord, la dernière restée là-bas du groupe
des fondatrices, elle est tombée au champ d honneur, dans toute la fleur de la plus parfaite obéissance et de la plus filiale conformité à la sainte volonté de Dieu, laissant sa chère communauté tout embaumée du parfum de ses vertus religieuses. »
Sœur Brunelle, décédée le 10 décembre 1908, au lac Athabaska, donna de sa vie apostolique vingt-six années à l’Hôpital du Sacré-Cœur et quinze au couvent des Saints- Anges. Un cancer, enduré avec la résignation des prédestinées, eut raison de sa constitution robuste.
« ... Tout est sombre chez nous ; la salle de communauté est déserte ; en y entrant, le cœur se serre : celle qui y demeurait n’est plus de ce monde. Il y a deux semaines. Sœur Brunelle était encore là, à sa table de travail. Ici sont des livres sous presse : elle excellait dans la reliure ; là des fleurs inachevées : elle les confectionnait si bien. Le raccommodage du linge était son occupation ordinaire. D une scrupuleuse exactitude dans les plus petites choses, elle ne perdait pas une minute ; tout était prévu, réglé dans sa vie. Enfin, elle était pour nous le modèle de là parfaite religieuse. Chargée de la sacristie et de la chapelle, elle put à loisir satisfaire sa dévotion. Il nous semble la voir encore courbée pieusement au pied du tabernacle... »
Sœur Michon repose à Notre-Dame de la Providence, et Sœur Brunelle à Athabaska, l’une et l’autre au milieu de leurs chers enfants qui les ont précédées ou suivies au ciel. Sur leurs restes bénis, les sœurs vont prier souvent, reprendre courage parfois et s’attacher plus fortement à leur vocation. Les tombes sont les racines des cœurs.
Près de Mère d’Youville, à Montréal, furent déposées Sœur Saint-Michel des Saints, le 23 novembre 1909, et Sœur Lapointe, le 6 janvier 1911. Leur vœu de mourir au premier poste, parmi les sauvages, ne fut pas exaucé.