CHAPITRE II
Vers l'Ouest
1844. — Mgr Provencher. — Ses vaines démarches. — « Allez chez les Sœurs Grises... » — Les voyages à cette époque. — - L'adieu à la maison-mère. — Huit cents lieues en canot d' écorce, de Montréal à Saint-Boniface-Winnipeg. — - Epreuves des commencements .
Le 13 septembre 1843, veille de la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix, un grand vieillard, à la soutane usée, à la figure toute faite d’humilité et de piété, incarnation de l’apostolat infatigable, se présentait chez les Sœurs Grises de Montréal. C’était Mgr Provencher, le premier missionnaire du Nord-Ouest et évêque de la Rivière-Rouge x.
1. Nous voulons dire que Mgr Provencher fut le premier missionnaire à poste fixe. Les Pères Jésuites, venus dans ce pays au xviii' siècle, ne firent pour ainsi dire que passer et ne purent guère étendre leur ministère au delà des Forts qui les hébergeaient. Ces courageux missionnaires qui se succédèrent, de 1732 à 1751, au Fort Saint-Charles d’abord, et au Fort la Reine (Portage la Prairie) ensuite, sont : le Père Messaiger, le Père Aulneau, qui fut tué par les Sioux à Vile aux Massacres, le Père Coquart et le Père de la Morinie. L’Ouest ne revit le prêtre que soixante-cinq ans plus tard, en 1816, dans la personne de M. Tabeau, qui, d’ailleurs, à peine arrivé au lac La Pluie, s’en retourna effrayé par la nouvelle du carnage du 19 juin, au marais de la Grenouillère.
Ce fut le 16 juillet 1818 que M. Provencher arriva à la Rivière-Rouge, accompagné de M. Dumoulin.
Voir, pour détails, l’excellent ouvrage du R. P. A. -G. Morice, O. M. L; Histoire de l'Église catholique dans V Ouest-Canadien,
Il y avait vingt ans qu’il cherchait des mains maternelles, pour rompre le. pain aux petits enfants de son diocèse, et qu’il n’en trouvait pas.
Dès 1822, il en avait conféré avec Mgr Plessis, évêque de Québec, son consécrateur ; « mais, avaient-ils conclu ensemble, la pauvreté extrême et l’éloignement de ces pays ne seront-ils pas une infranchissable barrière? »
Plus tard, des négociations entreprises avec l’évêque d’Amiens et la Propagation de la Foi de Lyon n’aboutirent à aucun résultat.
En 1838, touchées des angoisses du pauvre prélat qui voyait son troupeau envahi par l’enseignement protestant, les Ursulines des Trois-Rivières s’étaient proposées. Mais elles étaient cloîtrées, et c’était la prairie sans bornes qui s’offrait à leurs pas.
Puis les Amantes de la Croix du Kentucky furent abordées. Elles n’avaient pas le nombre.
Les Soeurs de Saint-Joseph de Lyon refusèrent aussi.
Des religieuses belges de Cincinnati en devaient référer à leur maison-mère de Namur. Et le temps pressait.
A l’évêque missionnaire, las d’avoir parcouru en vain les deux mondes, presque découragé peut-être, parvint alors le dicton, déjà populaire au temps de Mère d’Youville : « Allez chez les Sœurs Grises ; elles ne refusent jamais rien. » Il s’en ouvrit à Mgr Bourget, le saint évêque de Montréal, qui l’encouragea à tenter cette suprême démarche et voulut même l’accompagner chez les Sœurs Grises.
Mgr Provencher, devant les trente-huit sœurs réunies, parla ainsi :
« Quand je suis parti de la Rivière-Rouge, je disais au bon Dieu : Mon Dieu, vous savez que j’ai besoin de religieuses. Daignez me conduire dans la maison où il vous plaira de m’en faire trouver. Puis, je partis avec la confiance
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d’être exaucé. Lesquelles d’entre vous seraient disposées à venir à la Rivière-Rouge ? »
Aucune ne dit mot sur-le-champ. Mais lorsque la Mère Forbes-Mac Mullen, élue supérieure générale depuis dixsept jours, proposa le sacrifice, toutes répondirent :
« — - Me voici ! Envoyez-moi ! »
Quatre furent choisies : Sœur Valade, supérieure, Sœur Lagrave, Sœur Coutlée (dite aussi Sœur Saint-Joseph) et Sœur Lafrance.
Le 24 avril 1844, elles partirent.
Étendu sur les divans de son char-pullman , emporté par la vapeur, de Montréal à Winnipeg, de Afyinnipeg à Edmonton, d’Edmonton à Mac Murray, le voyageur moderne se figure peu les inquiétudes, les gênes, les blessures, les déceptions, les larmes, les souffrances de toutes sortes, ensevelies dans le silence des rivières, des torrents, des « rapides », des prairies, des bois, des montagnes, qui défilent sous ses yeux reposés, pour lui servir de spectacle. Ces 3 500 kilomètres que le touriste dévore en quatre jours, quatre mois des voyages anciens les parcouraient à peine.
Quel chapelet de toutes les misères entreprenait d’égrener quiconque osait, en ce temps-là, affronter le Nord !
Cette vie de l’immensité aux âpres plaisirs et aux dures étapes, qui attire l’Indien et le coureur des bois, combien redoutable se dressait-elle devant le prêtre habitué à ses livres latins, à ses prières tranquilles, au calme de sa longue retraite ; devant la jeune sœur qui n’avait connu que les tendresses de sa mère, les douceurs de sa vie religieuse, et n’avait encore voyagé que du chevet de ses malades au tabernacle du couvent !
Canots étroits et fragiles, rude équipage, sauts périlleux des cascades, portages sans fin, lourdes charrettes, bœufs lents et têtus, marches forcées, marécages enlizants, nuits en plein air, moustiques à milliards, vent, pluie, glaces précoces, débâcles tardives, canicules, orages, naufrages, inclémences toujours assurées d’un climat extrême dans ses étés comme dans ses hivers : voilà, ma fille, lui fut-il dit un jour, voilà le prix qu’il faut mettre à atteindre les âmes. Acceptes-tu ?
Et ces âmes, poursuivit le Maître des vocations, vois-les grossières dans des corps grossiers. Elles ont les sentiments droits et ingénus de l’enfance peut-être ; mais n’attends d’elles aucune des prévenances qui enveloppèrent ta vie, à toi. Le monde civilisé les appelle sauvages. Pour demeurer au milieu d’eux, à les servir, tu auras une masure ; pour soutenir tes forces, tu devras prendre une nourriture dont se dégoûteraient les forçats des bagnes. Et quand tu auras longtemps souffert, tu mourras loin de ta patrie, loin de ta famille aimée, loin de cette maison-mère, à laquelle tant de fibres te rattachent ; tu reposeras dans un froid cimetière, sous les glaces du Nord, parmi les fauves errants. C’est l’adieu à toute consolation de la terre qu’il te faut prononcer. Ma fille, acceptes-tu ?
Elles acceptèrent. Et d’autres depuis, par centaines, ont accepté. Et tant qu’il restera des âmes abandonnées et des Sœurs Grises, elles accepteront.
Quels traits le second demi-siècle commencé dictera-t-il à la plume que l’évêque du Mackenzie chargera de fêter le centenaire des Sœurs Grises missionnaires ? Qui peut le prévoir ?
Le progrès matériel monte, envahissant. L’écrivain de 196/ dira peut-être ce que nous disons aujourd’hui de Saint- Boniface, de Calgary, d’Edmonton, que l’on croyait, il y a soixante ans, voués à la désolation perpétuelle : les privations ont fait place au bien-être ; les voies ferrées se sont
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élancées des prairies dans nos forêts vierges et sur nos larges fleuves ; les voici entourant le lac Athabaska, le Grand Lac des Esclaves, le Grand Lac de l’Ours, arrachant à leurs grèves le pétrole, la houille, le fer, le cuivre, l’argent ; les masures enfumées sont devenues hôpitaux magnifiques, écoles-palais ; les riches donnent leur or, et les pauvres ne sont qu’une charge bénie ; le temps des missions, si pénibles que leur histoire nous arrive comme fantastique, n’est déjà plus.
Oui, peut-être...
Quoi qu’il advienne, lorsque les comptes seront établis devant Dieu, il sera découvert sans doute que les souffrances morales, celles du combat livré par la cité du mal à la cité du bien, partout où le monde maudit par Notre-Seigneur porte sa menteuse civilisation, ne l’auront pas cédé aux souffrances physiques trouvées à convertir des âmes faciles, neuves, et conservées par leur pauvreté même en des pays d’horreur.
Que l’on songe aussi à ces hivers arctiques qui ne s’abrégeront point, à ces plages inexplorées de l’océan Glacial, aux steppes des Esquimaux, dont on peut bien dire qu’ils sont inaccessibles au confort du siècle, tant la désolation en paraît absolue et les peuplades farouches.
Les apôtres de l’avenir n’y dépasseront jamais, en épreuves ni en endurance, ce que nous racontons des premières missionnaires de la Rivière-Rouge et de celles du Mackenzie présent.
Le 24 avril 1844 fut donc le jour de l’adieu.
La Très Sainte Vierge reçut la prière suprême, à son autel de la cathédrale, et Mgr Bourget bénit la sainte caravane.
Les compagnies, formées pour l’exploitation des fourrures dans le Nord-Ouest, lançaient de Montréal, et par la première eau, leurs convois annuels. Les passagers, bien
rares alors, y étaient admis, moyennant de fortes sommes. Plusieurs canots en écorce de bouleau composaient la flottille.
Le canot occupé par les soeurs mesurait quarante pieds de long sur cinq de large. Huit hommes le manoeuvraient. L’embarcation emportait une cargaison de quatre mille livres, sans compter les voiles, les tentes, la literie, les approvisionnements de bouche, les ustensiles de cuisine et les outils de travail. Les religieuses furent installées, tant bien que mal, parmi les caisses et les ballots. Telle allait être leur cellule pendant deux mois. Mgr Provencher, qui devait les soutenir de sa présence et leur donner la consolation du saint sacrifice quotidien, étant tombé malade au moment du départ, elles durent s’en aller seules, privées de cette joie et de cette force, que les circonstances refusèrent si rarement, dans la suite, aux voyageuses de leur condition. A Fort-William seulement, elles devaient rencontrer M. Laflèche — le futur évêque des Trois-Rivières — et M. Bourassa.
L’itinéraire comptait près de huit cent lieues et comprenait la rivière Ottawa depuis Lachine, la Mattawa, la rivière à la Vase, le lac Nipissing, la rivière des Français, le lac Huron, le lac Supérieur, la rivière Kaministiquia, le lac La Pluie, le lac des Bois, la rivière Winnipeg, le lac Winnipeg, et la Rivière-Rouge elle-même avec nombre d’autres petits lacs et cours d’eau.
La course des canots qui se risquaient dans plus de cinquante rapides était coupée par plus de soixantedix-huit portages et presque autant de demi-portages. Le portage consiste à transporter embarcations et bagages, soit à certains endroits où les rivières cessent d’être navigables, soit dans l'espace de terre ferme qui sépare une eau de l’autre. Ces portages, variant beaucoup de longueur, sont invariablement pénibles et redoutés. Chacun des hommes se charge d’un poids de deux cents livres environ, les bateliers portent le canot, et les passagers leur sac de voyage.
Barge achevant de franchir le « Grand Rapide »
Une cascade « sautée » par les Sœurs Grises, pendant CINQUANTE-DEUX ANS.
Les barges au relais, sur la rivière. - - La vie a bord.
(Les barges des débuts étaient beaucoup plus petites et avaient plutôt la forme de chaloupes.)
En avant, pour la traversée moderne du Grand Lac des Esclaves.
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Boue, rochers, troncs d’arbres couchés, abatis qu’il faut escalader, en sont les ordinaires agréments. A l’époque des chaleurs, des nuées de moustiques y guettent le piéton haletant, suant, et le saignent au vif.
Les peuplades traversées par les Sœurs Grises de 1844 étaient presque exclusivement sauvages et païennes, plusieurs même, comme celle des Sioux, des plus redoutables. Les vestiges de la civilisation se bornaient à quelques croix plantées sur des tertres pour rappeler que des voyageurs infortunés avaient péri en vue de ces rivages, frappés par la foudre, égorgés par les Peaux-Rouges, ou engloutis dans les eaux.
Le journal de ce premier voyage des Sœurs missionnaires, rédigé aux arrêts du jour ou au bivouac du soir, nous a été conservé. Nous en détacherons de courts passages.
Sœur Valade écrit d’abord :
«A P Ile Dorval, nous étions encore assez près, et nous passâmes la nuit telle quelle; mais, lorsqu’il fallut, le lendemain matin, nous éloigner de tout ce qui nous était cher, mon pauvre cœur se gonfla. Les voyageurs chantaient pour oublier ce triste moment. J’admirais ma sœur Lagrave qui chantait : Bénissons à jamais... Pour moi, je n’avais que mes larmes pour bénir le Seigneur. »
Et voici, le 2 mai, Sœur Lagrave, cette « chanteuse » :
« Que vous dirai-je? C’est à peine si je puis trouver quelques pauvres idées ; je crois que le gros vent les emporte sur le lac Huron. Je suis assise sur le rocher, la tête me tourne, le cœur me palpite... D’abord, laissez-moi vous dire que le voyage est très pénible, et beaucoup plus même que je ne m’y attendais ; cependant Dieu me fera la grâce d’aller jusqu’au bout... Nous n’avons pas dormi, ma sœur Valade et moi, depuis notre départ ; nos deux jeunes
sœurs s’en tirent assez bien. Nous avons presque toujours eu du mauvais temps ; et quand la pluie cesse nous avons toujours vent contraire, ce qui nous retarde beaucoup ; quand il faut camper, nous sommes ordinairement pénétrées par la pluie ou transies de froid. Il est vrai que nous faisons un bon feu ; mais tandis qu’on brûle d’un côté, on gèle de l’autre. On dresse la tente, on étend une toile cirée par terre, une couverture par-dessus, et voilà le lit fait. Jugez si on y est fraîchement, surtout quand il a plu toute la journée. Quand il pleut la nuit, ce qui arrive assez fréquemment, notre pauvre maison de toile nous protège peu, et nos hardes se trouvent toutes mouillées... Malgré tout, je suis remplie de courage pour exécuter la sainte volonté de Dieu, dût-il m’en coûter bien davantage. J’ai embrassé la Croix, et je veux la porter jusqu’à la mort, s’il le faut, selon l’esprit de notre sainte règle. Sur les rochers où nous campons aujourd’hui, les serpents sont nombreux ; les hommes en ont tué quatre... Hier, nous sautâmes plusieurs rapides assez dangereux. Les bateliers poussaient des cris de joie, en franchissant ces rapides ; je riais de bon cœur, mais nos sœurs étaient pâles de frayeur... Il ne nous est encore arrivé rien de fâcheux. Les portages sont quelquefois longs et fatigants, surtout pour moi, quand il faut gravir des montagnes, se frayer un chemin à travers les branches, passer des ravins sur des arbres secs et pourris, ce n’est pas rassurant... »
Et Sœur Valade, les choses fâcheuses n’ayant point tardé davantage, continue :
« Depuis que ces lignes sont commencées, ma sœur Lagrave s’est foulé un pied, en glissant sur une roche ; deux hommes la transportèrent dans le canot... Je pense qu’elle en a pour longtemps sans marcher, et nos portages ne sont pas finis. Le bon Dieu s’empresse de nous envoyer des croix ; que son saint nom soit béni ! »
Le cas était grave, et grand fut l’embarras. Comment transporter, à travers les forêts et les fondrières, une personne dont le poids requérait la force de deux hommes . Les bateliers délibèrent. Les religieuses implorent, en larmes, la bonté de leurs guides. A la fin deux vigoureux Iroquois s’offrent contre bonne récompense, et l’on peut poursuivre.
Mais à Fort-William, le bourgeois en charge de la caravane, fatigué de la pauvre infirme, déclare qu’il faut l’abandonner. Consternées, les sœurs tentent tous les moyens de fléchir cet homme. Leur acte de résignation était fait, et leurs dispositions prises, lorsque, au dernier moment, le bourgeois revint sur sa décision.
« Vous comprenez notre bonheur, s’écrie la supérieure, surtout celui de Sœur Lagrave, qui avait passé par une véritable agonie. Pour moi, je ne mangeais plus, je n’avais plus ni faim, ni soif devant cette dernière inquiétude. »
Elles arrivèrent à la Rivière-Rouge (Saint-Boniface) le 21 juin, après cinquante-neuf jours ininterrompus de voyage, depuis Montréal.
Elles furent logées dans une maisonnette qui avait été bâtie en 1828.
«C’est vraiment l’étable de Bethléem!» écrivent-elles.
Les classes commencèrent, le 11 juillet. Cinquante-trois enfants s’y pressèrent dès l’abord, la plupart Sauteux ou Métis, et quelques Sioux.
Durant le premier hiver, le thermomètre descendit à quarante degrés centigrades au-dessous de zéro, à l’intérieur de la maisonnette. Mgr Provencher s’en étant aperçu, quoique nulle plainte n’eût été proférée, les fit venir dans son évêché, « où il faisait un peu moins froid ».
Sœur Lagrave se chargea de l’enseignement religieux au dehors. Tout l’hiver, elle alla, menant elle-même sa voiture, à trois lieues de Saint-Boniface, pour apprendre le
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catéchisme et les prières aux enfants, aux femmes et aux hommes, tous avides de la vérité. Elle était en outre le médecin de toute la région.
L’inondation de 1852 les éprouva rudement :
« Notre communauté commençait à jouir de notre grande maison, terminée l’année dernière, lorsque, le 27 avril, la débâcle vint porter l’angoisse dans tous les cœurs. Durant plusieurs jours l’eau monta de quatorze à quinze pieds ; les habitants abandonnaient leurs demeures à la fureur des eaux ; l’inondation continua jusqu’au 19 mai, emportant maisons, bâtiments, etc... Nous nous sommes réfugiées au second étage. La chapelle était inondée, la messe se disait dans le jubé. Le vent souilla si fort dans la nuit du 12 au 13 que toute la maison en fui. ébranlée ; le 18, les portes étaient enfoncées, et ce ne fut que le 6 juin que l’on put sortir de la maison... »
En 1861, l’inondation se renouvela, et ce fut à cette époque, le 13 mai, que mourut la Sœur Valade. II ne se trouva pas un pouce de terre sèche pour recevoir sa dépouille mortelle. On la déposa provisoirement auprès de Mgr Provencher, sous les décombres de la cathédrale, incendiée cinq mois auparavant.
Mgr Taché, le cortège funèbre et les porteurs marchèrent dans l’eau jusqu’aux genoux pour conduire la sainte supérieure à son tombeau.
L’œuvre de Saint-Boniface fut donc bien fondée sur la Croix, Mère d’Youville l’avait bénie d’en haut ; elle devait vivre.
Elle s’épanouit aujourd’hui dans le Manitoba en une maison Provinciale, vingt maisons régulières, et près de trois cents religieuses.