‹ FemmesChapitre 12 sur 27 · SLEEPING · texte numérisé non relu

SLEEPING

les femmes les plus chastes sont les plus tendres maîtresses, d

Tout cela ne nous parut point clair. Nous demandâmes un exemple, une application de la théorie. Et Berthold nous raconta l'histoire que voici :

a: C'est tout récent : quand je suis revenu du Midi, après les chasses de septembre. Je changeais de train à Bordeaux, et j'y prenais le rapide de nuit qui vient d'Espagne. D'avance, j'avais retenu ma place en sleeping, ou plutôt mes places, car, pour plus de sûreté, et afin de voyager seul, j'avais loué les deux lits d'une cabine. Une de mes pudeurs, cette horreur du voisinage d'un homme déshabillé. Plutôt que de coucher côte à côte avec un gros monsieur qui sue et qui ronfle, je ferais cent lieues dans le fourgon aux bagages.

€ Tranquille sur la façon dont je passerais ma nuit, j'assistai donc avec une gaîté égoïste à l'assaut du car par les voyageurs moins prévoyants. Les cinq ou six places disponibles

furent en quelques minutes occupées par les plus lestes. Les autres battirent en retraite après des pourparlers superflus, entremêlés de vaines menaces à l'adresse de la Compagnie.

€ Je me promenais sur le quai, attendant l'heure du départ, quand l'employé du sleepîng se dirigea vers moi, accompagné d'une dame grande, mince et jolie — surtout remarquable par l'abondance et la couleur c châtaigne » de ses cheveux. Elle s'arrêta à peu de distance, me considéra avec attention; et je l'entendis dire à l'employé : « C'est bien; demandez. » L'homme s'approcha :

« — Monsieur... Cette dame est seule et n'a pas de place. Elle vous demande de lui céder la vôtre.

« Je répondis que j'étais désolé de refuser, mais que je refusais. L'employé rapporta la réponse. Ce fut alors la jeune femme elle-même qui vint à moi :

(( — Je ne sais pas si l'employé s'est bien expliqué, monsieur, déclara-t-elle sans aucun embarras, accentuant un peu son parler à

Page 1