LE TANDEM
— Voîcî, reprit-elle... Vous savez que je vais me marier avec John Hewett, ingénieur. Il est très beau, très jeune, il a une très bonne santé. Il aime énormément à faire du tandem, et il aime aussi à ramer avec moi. Or, j'ai peur d'être malade, comme mes deux sœurs qui sont mortes consomptives. Durant les dernières années de leur pauvre existence, il leur était défendu de monter à bicyclette, de manier l'aviron, enfin d'exercer leurs muscles. Si pareille chose devait m'arriver, je me dégagerais aussitôt d'avec John, parce qu'il serait trop malheureux, marié à une femme condamnée à ne plus remuer. Alors, comme je ne veux pas questionner papa là-dessus et que vous me semblez un bon médecin et un brave homme, je m'adresse à vous. Voulez-vous m'ausculter?...
Que pouvais-je faire ? Je fis ce qu'elle me demandait. Parfaitement pure, elle se livra à mon examen avec une insouciance qui m'attrista, car je dus m'avouer que, pour cette jeune fiUe, un docteur de quarante-cinq ans n'était déjà plus un homme.
— Eh bien? questîonna-t-elle après l'auscultation.
Je me taisais.
— Ne faites pas de mystère avec moi. Je suis condamnée, n'est-ce pas ?
Elle fixait sur moi ses larges yeux clairs, si impérativement que je ne sus pas dissimuler mon émotion. Je murmurai :
— Il y a toujours de l'espoir... Un poumon est presque intact. Il faut beaucoup de soins.
— Si je me soigne, demanda-t-elle sans sourciller, est-ce que je suis sûre de ne pas mourir comme mes soeurs, toute jeune? Vous ne répondez pas ? Vous ne pouvez pas me promettre que je ne mourrai pas toute jeune si je m'abstiens deiaire du tandem et de ramer?
Elle me scrutait, de ses prunelles braves ; je sentis l'inutilité de toute feinte. Je baissai la tête.
— Ah I fit-elle simplement.
Elle réfléchit. Puis, elle m'interrogea de nouveau :
— Et si je me marie avec John, et que je