LA DATI
c SUS le compte... > J'achevai tout de même ma confession. Â peine avais-je fini que je vis moa oncle se lever, venir à moi, et, me tenant la main de sa ferme et rèche petite main de vieillard, me regarder dans les yeux, aussi fixement que tout à l'heure il regardait la miniature.
« — Toi, mon garçon, murmura-t-il, tu as pensé à te détruire?
€ Je répondis :
a: — C'est vrai, mon onde.
€ — Parbleu ! sans cela tu ne parlerais pas si net!
(H II quitta ma main, prit du champ, et, sans cesser de m'observer :
« — Naturellement tu vas d'abord essayer d'obtenir de M"* Smith qu'elle n'exerce pas de revendications contre toi, si, comme c'est probable, elle perd son héritage ?
c — Non, mon oncle. M"* Smith aura ses quatre cent mille francs, ou bien...
€ L'oncle ne me laissa pas achever; il revint à moi, me saisit la tête à deux mains et m'embrassa.
c — Taîs-toîl imbécile... tu sais bien que je ne te laisserai pas dans l'embarras. Tu es un vrai notaire dans la tradition des Boucart. Si tu avais commis cette pleutrerie d'implorer ta cliente, je ne t'aurais revu de ma vie... Et pourtant, la gredine, elle mériterait bien de perdre sa galette! Donner des rendez-vous à un notaire I en baignoire grillée I S'inviter à souper en cabinet avec luil lui farcir la mémoire de dates stupides, de dates de premières I Tu vois, maintenant, petit, ce qu'il en coûte à l'architecte de trinquer avec le maçon!... Moi qui te parle, jamais, jamais, je n'ai voulu savoir si une cliente avait les yeux bleus ou les yeux bruns, le cheveu roux ou noir... Et même M*"* Boucart, ma femme, je l'avais dressée à s'abstenir de provocations, à attendre mes politesses.
c L'image de la tante Boucart, évoquée par ces mots, telle que je l'avais connue, petite bonne femme sans âge, à bonnet de tulle, à costume de taffetas noir, trottinant comme une souris familière de l'office au salon, de la salle à manger au vestibule, gourmandant sans relâche
LA DATB )OI
ses gens et les clercs aux-mêmes, me parut si comique que je ne pus m'empêcher de sourire.
« — Ris! va... risl grommela mon oncle. Ton Américaine ne t'en coûte pas moins de quatre cents beaux billets, valant chacun cinquante louis. Car tu comprends bien qu'en me les prenant, c'est à toi que tu les prends. :^
Viger-Boucart acheva d'un trait son verre de kummel. Comme il se taisait, le préfet questionna :
— Est-ce que TafFaire du testament s'est plaidée?
— Non. Un arrangement intervînt, grâce à mon oncle, qui se chargea des négociations avec le fils du pyrince. Celui-ci, dans sa hâte de toucher de l'argent, — le procès pouvait durer plusieurs années, — transigea : il reconnut valable le testament en faveur de M"** Smith, moyennant un versement, comptant, de deux cent cinquante mille firancs.
— Et votre soirée à la Renaissance? demanda Maigret.
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— Il n*y eut pas de soirée à la Renaissance, mon cher Maigret. Vous allez avoir de moi la plus triste opinion, mais cette date du 21 décembre, qui m'avait obsédé au point de Tinsérei dans un acte authentique où elle n'avait que faire — je l'oubliai!... Toute ma journée, toute ma soirée du 2 1 furent absorbées par des conférences avec mon oncle et des consultations d'avocats. Je rentrai chez moi, à minuit passé, excédé, fourbu; je me couchai sur-le-champ, je dormis comme une brute, et le lendemain matin seulement, la bonne fortune manquée me vint à l'esprit. Traitez-moi comme il vous plaira, mais je ne regrettai rien.
— Et M""* Smith?
— Je la revis une seule fois. Elle avait accepté que le côté « affaire > de l'aventure f&t traité par mon oncle; solution plus pratique et plus convenable... Quand tout fut réglé et que ma cliente fiit en possession de son héritage, eUe résolut d'aller revoir son pays natal au moins durant une saison. L'ayant-veille de son départ, on la fit entrer dans mon cabinet. Elle n'était