MON PETIT VOISIN \\J
Je me retirai dans ma chambre vers une heure après minuit; et, n'étant plus inquiètej le sommeil me prit tout de suite. Il faisait grand jour quand on frappa à ma porte.
— Qui est là?
— Moil JeanI
— Vous êtes souffrant?
— Hé non? Mais j'ai la lettre du notaire, pour ma pauvre tante. Vous n'êtes pas prête, que je vous la montre?...
— Attendez... Je vais aller chez vous.
Cinq minutes plus tard, je trouvais mon petit voisin assis sur une chaise, dans sa chambre où on gelait, tenant la lettre du notaire. Il avait si peu l'air traditionnel d'un héritier, que je lui demandai aussitôt :
— La tante ne vous laisse rien, Jean?
— Hé sil fit-il... Seulement, elle avait hypothéqué ses terres... Et puis elle n'avait pas tout à fait 40.000 francs, tenez I Elle le disait, oui, pourtant, qu'elle les avait I
n me tendit la lettre. On lui demandait s'il
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acceptait la succession évaluée, après remboursement des obligations et acquittement des frais, à 2 ou 3.000 francs. Cette réduction d'actif ne me surprit pas autant que la réalité de l'héritage et de la tante elle-même. Je dis à Jean, qui méditait :
— Eh bieni Jean... mais... 3.000 francs, c'est quelque chose. Vous allez refuser?
— Sûrement, que j'accepte, fit-il. Mais voilà mon voyage dans l'eau. J'aurais voulu me payer deux ans de grande vie dans les endroits chics, Monte-Carlo... Aix... Ostende, avant de me marier. Que voulez-vous, nous nous marierons tout de suite, voilà tout.
— Vous dites?
— Je dis que j'en ai assez de cette vie que je mène, et où je risque ma santé. J'aime bien mieux faire la fin d'abord... C'est dit, Hortense, nous nous marions.
Je me sentis toute pâle, et tout tourna autour de mes yeux.
— Il ne faut pas... murmurai-je... il ne faut pas rire de ces choses-là, Jean.