‹ Femmes Poetes BretonnesChapitre 17 sur 46 · LE BAI · texte numérisé non relu

LE BAI

Heureux temps, où mes pieds dans leur folle vitesse Semblaient ne pas peser sur le parquet glissant, Où mes regards, n'ayant ni langueur, ni tristesse, Trouvaient tout ravissant !

Où je ne cherchais pas, jalouse et soucieuse, Du regard un regard, d'une main une main ; Où le bal le plus beau, pour mon âme oublieuse. Etait sans lendemain ;

Où jamais, au retour, une pensée amère, N*ayant entremêlé de pleurs un court adieu, Je m'endormais, donnant un baiser à ma mère, Une prière à Dieu.

Que l'on m'eût dit alors : <« Tu deviendras rêveuse, Puis triste, toujours triste! » oh ! j'aurais ri longtemps, Sans comprendre qu'on pût se trouver malheureuse Plus de quelques instants.

Car ma jeune âme était paisible comme Tonde Sur laquelle un beau jour, avant l'orage, a lui Et souriait au monde, hélas! tant que ce monde Pour moi n'était pas Lui I...

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