LA PREMIERE LETTRE
Je tremble, et mon cœur bat, c'est sa première lettre ! Mais je ne puis Touvrir ainsi devant témoin ; Déjà tout le bonheur qu'elle semble promettre Brille à mes yeux en pleurs ; voilons-les avec soin !
Enfin, il est donc vrai, j'ai là votre pensée, Pour moi seule enfermée en ce fragile écrit... C'est votre lettre, ami, qu*ici je tiens pressée : Vous parlez, je réponds, et ma lèvre sourit 1
Oh ! n'oubliez-vous rien ? Me dites-vous les choses Comme elles sont là-bas, le jardin, la maison ? Mesurez-moi l'espace et .comptez-moi les roses, Je veux avec mon cœur voir tout votre horizon !
Puis, dites-moi surtout quand la lumière ou l'ombre Passe à votre fenêtre à chaque heure du jour. Afin qu'au ciel brillant comme dans l'azur sombre, Je cherche le rayon qui vous voit à son tour!
De vos nouveaux amis parlez-moi sans contrainte ; Contre eux je n'aurai pas de jalousie. Oh 1 non !...
l34 LES FEMMES POETES BRETONNES
Je romps votre cachet ; voyez j'ouvre sans crainte, Et déjà de baisers j'ai couvert votre nom !
Cependant au bonheur mon cœur se livre à peine, Il sait que de hasard l'avenir est rempli...
Que la distance, hélas! rend toute lutte vaine... £t qu'il suflit d'un jour pour amener l'oubli !