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«.le crois ((ue M. le duc de Bourgogne devrait sans emprcsiicnt accoutumer le Roi à lui, et se tenir à portée d'attirer confiance, soit i)our entrer dans le conseil, soit pour souer un prince âgé. Sa modération, son respect, son esprit ervé et discret pourraient faciliter ce progrès dans des iips où le Roi ne saurait où reposer la tête ; en ce cas, vous devriez faire aucun pas marqué, qui pût donner aucun ipçon d'empressement; mais il faudrait vous tenir le plus ;s que vous pourriez avec un air simple, ouvert et affec- !ux, pour le mettre en état de vous donner sa confiance. » Fénelon passe ensuite à la piété, et là encore, il est obligé xhorter son ancien élève à la prudence et à la modéran. Ses avis sont toujours empreints d'une sûreté de vue et n tact parfait ; il est impossible d'être à la fois plus ferme plus mesui'é : « J'entends dire que M. le duc de Bourgogne jmente ses pratiques de piété. C'est pour moi un grand et de joie de voir la grâce dominer dans son cœur. Que ne Lit-on pas espérer, puisque le désir de plaire à Dieu sur- »nte en lui les passions de la jeunesse et l'enchantement m siècle corrompu ! Je rends grâce à Dieu de ce qu'il lui ionné ce courage pour ne rougir point de l'Evangile. Il est entiel qu'un prince du sang fasse publiquement des ivres qui excitent les hommes à glorifier le Dieu qu'ils jrent.
« Mais on prétend que M. le duc de Bourgogne va au delà 5 œuvres nécessaires pour éviter tout scandale, et pour re avec régularité en chrétien. On est alarmé de sa sévéé contre certains plaisirs, on s'imagine même qu'il veut tiquer les autres et les former selon ses vues scrupuleuses. 1 raconte qu'il a voulu obliger madame la duchesse de lurgogné à faire le carême comme lui, et à se priver de îme pendant tout ce temps de tous les spectacles. On
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ajoute qu'il commence à retrancher son jeu et qu'il est toujours renfermé tout seul. Enfin, on prétend qu'il a refusé à Monsei{jneur de le suivre à l'Opéra pendant le carême.
<i En écoutant de tels discours, j'ai compté sur l'exagération du monde qui ne peut souffrir la règle, qui la craint encore plus dans les grands que dans les particuliers, parce qu'elle y tire plus à conséquence. On y appelle souvent excessif en piété ce qui est à peine suffisant; mais je craindrais d'un autre côté que ce prince ne se tournât un peu trop aux pratiques extérieures, qui ne sont pas d'une absolue nécessité. Voici mes pensées que je vous propose sans les donner pour bonnes :
« 1° Je crois que M. le duc de Bourgogne ne devrait pas gêner madame la duchesse de Bourgogne ; qu'il se contente de laisser décider son médecin sur la manière dont elle doit faire le carême. Il est bon de renvoyer ainsi toutes choses aux gens qui ont caractère et autorité pour décider. On décharge sa conscience, on satisfait à la bienséance, on évite l'inconvénient de passer pour rigide réformateur de son prochain. Si ce prince veut inspirer de la piété à la princesse, il doit la lui rendre douce et aimable, écarter tout ce qui est épineux, lui faire sentir en sa personne le prix et la douceur de la vertu simple et sans apprêt, lui montrer de la gaieté et de la complaisance dans toutes les choses qui ne relâchent rien dans le fond, enfin se proportionner à elle et l'attendre; il faut seulement prendre garde de tomber en tendant la main ù autrui.
« 2° Il ne doit donner au public de spectacle sur la piété que dans les occasions de devoir où la règle souffrirait s'il ne la suivait pas aux yeux du monde. Par exemple, il doit être modeste et recueilli à la messe, faire librement ses dévotions toutes les fois qu'il lui convient de les faire pour son avancement spirituel, s'abstenir de toute moquerie, de toute conversation libre, imposer silence là-dessus aux inférieurs par
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;oii st'ricux, par sa rtîleiuic; ; tout ce\n lia (ioimcra hcaucoup i'autorit('; mais qiiaïul il fait ses dcvotious hors des {jraiids ours, il iaiil «choisir les heures et les lieux qui dérobent le (lus celle aclioii aux yeux des eourlisaus; d\i resic, il ne doit amais donner aucune démonstration de ses sentiments, on es sait assez. La seule ré()ularilé pour les devoirs (généraux, jt sa retenue à ré{)ard du mal, décideront suffisamment pour édification néc<^ssaire.
« 3° Il doit, si je ne me trompe, s'accommodera l'inclinaion de Monseijjucur, pour les choses qu'il peut faire sans lécher. Si les spectacles étaient tels en eux-mêmes que personne ne pût jamais y assister sans offenser Dieu, il ne •audrait jamais y aller, non plus au carnaval que pendant le îaréme ou la semaine sainte. Il est vrai que ce prince se propose de n'y aller pas au moins pendant les temps consacrés i la pénitence et à la prière ; mais la complaisance bien placée est une admirable vertu, et si elle sort quelquefois de la ettre de la règle, c'est pour en mieux suivre l'esprit. N'aller 3oint aux spectacles de son propre mouvement pendant le barème, et y aller en même temps pour plaire à Monseigneur quand il le propose, c'est le parti qui me semble le îlus à propos. »
Dans son ardeur pour le bien du jeune prince, Fénelon va usqu'à lui faire des représentations sur l'éclat qu'il donnait i sa passion pour sa femme, la jeune princesse de Savoie, jui tournait toutes les têtes à la cour. Le duc de Bourgogne ivait pour sa femme une véritable idolâtrie, et témoignait si )ubliquement ses sentiments qu'il en devenait parfois ridicule aux yeux des courtisans, qui ne l'épargnaient pas. On en iait ; la princesse passait pour dominer tout à fait son mari, ;t s'amusait toute la première à le plaisanter sur ce sujet, i^énelon ne craignit pas de conseiller au duc de Bourgogne le se modérer et de ne pas mettre ainsi le public dans ses confidences ; mais sur ce point il ne gagna rien, et bien des
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années après il écrivait encore des remontrances sur ce sujet au duc de Beauvilliers.
Telles étaient les instructions que rarchevéque de Cambrai faisait passer à son ancien élève. Il se crut alors bien près d'avoir réussi à en faire un homme accompli. On vantait partout les vertus du jeune prince et son ardeur à s'instruire. Fénelon espéra sans doute que le temps à lui seul achèverait l'œuvre commencée et donnerait au duc de Bourgogne cette assurance et cette confiance en lui-même qui lui manquait. Mais le temps passé à la cour dans une demi-oisiveté n'est guère propre à fortifier l'énergie morale d'un jeune homme défiant et timide. Pendant cinq ans le prince eut à subir cette épreuve, et s'il sut avec une rare persévérance rester fidèle à ses résolutions d'être homme de bien et d'honneur, il n'eut aucune occasion de se montrer à son avantage et de secouer la rései"\'e un peu triste que faisait naître en lui une vie comprimée par l'étiquette. Nous le retrouverons alors tel que nous le laissons aujourd'hui. Il fallut deux choses, la calomnie d'une part et le sentiment d'une responsabilité prochaine de l'autre, pour réussir à secouer chez lui cette espèce de torpeur et le faire pour ainsi dire sortir de lui-même.
Pendant ces cinq années, il est à croire que la correspondance entre Fénelon et le duc de Bourgogne continua comme auparavant. Aucune lettre ne nous a été conservée sur cette période si triste pour la France. Les lettres au duc de Beauvilliers font également défaut. Le public, à qui elles étaient cachées avec soin, soupçonnait cependant quelque chose des touchantes relations du prince et de Fénelon, et il entourait d'un égal respect, et le jeune prince qui avait su rester fidèle aux leçons de son enfance, et le conseiller disgracié qui supportait si noblement sa disgrâce. Pour nous, à qui le secret de cette intimité a été révélé, nous contredira-t-on si nous disons que les noms du duc de Bourgogne et de Fé-
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l<»ii t'clailciil ((tniiiu' diin dcniicr ravoii (runo f^loîre uce et t(Mii|>i''ri;e, les jours si sonihres de I;i (in du (jraud ■cle?
Le leeteui' (|ui aura \ncu voulu uous suivre daus uotre auae de la correspondance de Fénelon pendant les premières nées de sa dis(jrâce, peut maintenant se rendre facilement mpte de ce que nous appellerons, peut-être à tort, mais cune autre expression ne rendrait aussi bien notre pensée, la ; intérieure de Fénelon et les mille liens qui le rattachaient monde. Fénelon n'était, on a pu le voir, ni oisif, ni découjé. Il se prodigue dans tous les sens, donnant à tous tout qu'il j)eut donner, muUi])liant à ses amis les conseils de •ection toujours exprimés dans le lanjjajje le plus délicat, lis aussi souvent avec une vigueur, une force dans Fexpresm, dont ordinairement on attiùbue à liossuet seul le secret, mme il y joint sans cesse des avis politiques sur les évéments du jour et la conduite à tenir, sa correspondance ime un des tableaux les plus animés et les plus vrais d'une ciété qui allait bientôt disparaître, mais qui sui'vivait enre par quelques côtés.
La petite compagnie, comme on eût dit alors, des deux ics de Beauvilliers et de Chevreuse, de leurs femmes et ! quelques amis, est encore toute du dix-septième siècle ir le sérieux de la vie et la profondeur des convictions ; ais elle a déjà quelque chose de désabusé, de désenlanté sur le gouvernement politique du pavs. d inquiéde vague sur l'avenir qui est le propre d'une époque ; transition. Le dix-huitième siècle arrive, il germe déjà sque dans cette réunion de gens religieux et même îvots ; ce ne sont plus seulement le récit des efforts )ur faire le bien ou arriver à la perfection chrétienne, ce >nt les idées générales, les rêves d'amélioration, de bien Liblic, de bonheur universel, qui arrivent fréquemment )us leur plume ; on attend tout de l'avenir parce qu'on
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souffre du présent. A chaque page on sent le changement des temps, et la joie débordante de madame de Sévigné racontant les triomphes du grand roi et les magnificences de sa cour est déjà bien loin. D'un jour à l'autre, le vieux monarque peut mourir, et tout changera de face : Fénelon le sait bien, et dans le silence de Cambrai, il est attentif au moindre bruit du dehors ; il est au courant de tout, sauf des anecdotes du jour, car il n'y a, comme nous l'avons dit, dans ces longues lettres venant du centre des nouvelles, pas une seule anecdote, pas une histoire scandaleuse, rien, absolument rien sur cette vie journalière de Versailles, que les correspondants voyaient chaque jour se dérouler sous leurs yeux. Ils ne sont occupés que de trois choses : avancer dans la perfection religieuse, être utiles s'ils le peuvent à l'Eglise et à l'État, enfin diriger dans la bonne voie le duc de Bourgogne afin d'en faire un prince digne de ce nom. N'y a-t-il pas là une remarquable originalité? Nous ne croyons pas que cette correspondance, quelque soitle jugement que l'on en porte, ait jamais eu rien de semblable, et le Fénelon qui apparaît dans ce cadre n'est-il pas tout autre que ce personnage de convention qu'on nous présente d'ordinaire? Quelle différence entre cet esprit si vivant, si animé, et cet archevêque de Cambrai dont on se plaît à ne vanter jamais que la grâce et la douceur, tout en l'accusant invariablement de chimère en dévotion comme en politique !