‹ Fénelon à Cambrai d'après sa correspondance, 1699-1715Chapitre 17 sur 25 · FKNELON A CA M II II AI · texte numérisé non relu

FKNELON A CA M II II AI

lOuis XIV un spectacle ;m(|uel elle iTetait plus habituée ue la vu»! de ce couple jeune et cliarnianl. (î'etait Tavenir e la France dont les Heurs vives et hrillantes venaient cclaiîr de leur éclat la triste et sombre vieillesse du grand Roi. ussi les gens de bien suivaient-ils d'un œil ému toutes les émarches du jeune prince. Saint-Simon ne se lasse pas de ; dépeindre dans cette espèce de transformation ; jamais sa lume n'est plus abondante, et si le culte qu'il a voué au duc e Bourgogne le porte à embellir un peu la vérité, il n'en trauit pas moins fidèlement l'impression produite par la bonne ttitude du Dauphin et les espérances qu'elle faisait naître, près avoir dit comment par son respect attentif il avait su agner le Roi et madame de Maintenon, Saint-Simon contiue dans un langage qui devient presque épique ' : « Plus au irge par un si grand pas de fait, le nouveau Dauphin s'enharit avec le monde qu'il redoutait du vivant de Monseigneur, arce que, quelque grand qu'il fût, il en essuyait des broards applaudis. C'est ce qui lui donnait cette timidité qui le enfermait dans son cabinet, parce que ce n'était que là qu'il 2 trouvait à l'abri et à son aise, c'est ce qui le faisait paraître luvage, ce qui le faisait craindre pour l'avenir, tandis qu'en utte à son père, peut-être alors au Roi lui-même, contraint 'ailleurs par sa vertu, exposé à une cabale audacieuse, itéressée à l'être, et à ses dépendances qui formaient le gros t le fort de la cour, gens avec qui il avait continuellement vivre : enfin en butte au monde en général, comme monde,

menait une vie d'autant plus obscure qu'elle était plus écessairement éclairée et d'autant plus cruelle qu'il n'en nvisageait point de fin.

« Le Roi revenu pleinement à lui, l'insolente cabale tout à lit dissipée par la mort d'un père presque 'ennemi, dont il renait la place, le monde en respect, en attention, en em-

» Saint-Simon, éd. Chéruel, IX, 300.

pressement, les personnages les plus opposés en air de servitude, le gros même de la cour en soumission et en crainte, l'enjoué et le frivole, partie non médiocre d'une grande cour, à ses pieds, par sa jeune et brillante épouse; certain d'ailleurs de ses démarches par madame de Maintenon, on voit ce prince timide, sauvage, concerté, cette vertu précise, ce savoir déplacé, cet homme engoncé, étranger dans sa maison, contraint en tout, on le voit, dis-je, se montrer par degrés, se déployer peu à peu, se donner au monde avec mesure, y être libre, majestueux, gai, agréable, tenir le salon de Marly dans des temps coupés, présider au cercle assemblé autour de lui comme la divinité du temple, qui sent et qui reçoit avec bonté les hommages des mortels auxquels il est accoutumé.

« La soif de faire sa cour eut, en plusieurs, moins de part à l'empressement de l'environner dès qu'il paraissait, que de l'entendre et d'y puiser une instruction délicieuse par l'agrément et la douceur d'une éloquence naturelle qui n'avait rien de recherché, et plus que cela, la consolation si nécessaire et si désirée de servir un maître futur si capable de l'être par son fond, et par l'usage qu'il montrait qu'il saurait en faire... La joie publique faisait qu'on ne s'en pouvait taire, et qu'on se demandait les uns aux autres si c'était bien là le même homme, ou si ce qu'on voyait était songe ou réalité »

Quel rêve n'était-ce pas, en effet, pour ceux qui étaient ardemment préoccupés du bien de l'Etat, que l'avènement au trône d'un jeune Roi exclusivement occupé de ces mêmes idées ! On comprend même que la joie leur montât un peu à la tête et que leurs espérances s'exaltassent au-dessus de la vérité. Fénelon, vers qui allait l'expression de toutes les espérances, restait le plus froid de la petite société qui s'enivrait ainsi d'espoir. Il connaît mieux que ses amis la nature hésitante du Petit Prince, il l'exhorte sans cesse à ne pas

l'KNI.I.ON A CAMIIIIAI. 1^15

(•(omliiT fkiiis son indolonce iiiiliirellc. Le Koi viiil tcpciilant (luniier à son petit-fils iiiic marque de confiance é<"laanfc (jui dut rassurer Fénelon sui* la conduite du nouveau )auj)liin. Louis XIV l'associa ofliciellenuMit au gouveinenent. Les ministres durent aller travailler chez lui, et lui endre compte des affaires que le Roi lui aurait confiées. iCtte nouveauté, si contraire au soin avec lequel le Roi ivait {jardé jusqu'alors la direction exclusive de toutes les iffaires sans y admettre qui que ce fût, fît un prodigieux nouvement à la cour. Ce fut un coup de foudre pour les ninistres, dit encore Saint-Simon, qui ne manque pas d'ex- )rimer toute sa haine pour ces ministres bourgeois que le \oi mettait à la tête des affaires. « Quelle chute, dit-il, pour le tels hommes que d'avoir à compter avec un prince qui l'avait plus rien entre lui et le trône, qui était capable, aborieux, éclairé M... Ils n'eurent donc d'autre parti à )rendre que de ployer les épaules à leur tour, ces épaules oidies à la consistance du fer. » Voyant ainsi le prince ippelé par le Roi lui-même à se mêler du soin des affaires publiques, l'archevêque et ses amis comprirent qu'il était emps de former davantage ses idées sur le gouvernement, et l'attirer son attention sur les réformes de tout genre que réclanait le triste état de la France. Mais le sujet était si vaste, ;i complexe, qu'il eût été impossible de le traiter par écrit : ze travail fut donc remis à l'époque où Fénelon se rendrait i Chaulnes pour y voir le duc de Chevreuse. Là on pourrait îauser sans témoin et à cœur ouvert, et chacun aurait jusqu'à cette époque le temps de réfléchir mûrement aux différents points à traiter. 11 fallait surtout éviter à tout prix de réveiller les anciens soupçons du Roi contre l'archevêque. Fout fut ajourné à la première visite à Chaulnes. Il écrit îu duc de Chevreuse à ce sujet " : « Les conversations que je

1 Saint-Simon, éd. Chéruel, IX, 305-6.

2 Corr. g en., I, 456.

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