ÉTAT MILITAIRE
« Corps militaire. — Réduit à cent cinquante mille iiommes. Jamais de guerre générale contre l'Europe; rien à démêler avec les Anglais ; facilité de paix avec les Hol-
FÉNELON A CAMIUIAI. 321
dais; on ;uir;i lat'ilemi'iil les uns contre les autres, alliance ile avec la moitié de l'Europe.
< Peu de places. — Les ouvrajjes et les {jarnisoiis ruinent; ;s tonihent dès qu'on man(|uc d'aqjent, dés qu'il vient ; (juerre civile; la supériorité d'armée qui est facile fait t.
( Médiocre nombre de régiments. — Mais (grands et bien ;iplinés, sans aucune vénalité sous aucun prétexte; jais donnés à des jeunes {jens sans expérience, avec beauip de bons officiers, bon traitement des soldats pour la le, pour les vivres, pour les bôpitaux; élite d'hommes, is appointements aux colonels, aux capitaines, anciené d'officier comptée pour rien si elle est seule; ne point ser vieillir dans le service ceux qu'on voit sans tats; avancer les hommes d'un talent distingué. ( Projet de réforme. — Ecouter MM. les maréchaux [arcourt, de Tallard et M. de Puységur. i Fortifications. — Par les soldats, par les paysans voisins ; nées à de médiocres garnisons.
i Milices pour tout le royaume. — Enrôlements trèses, avec certitude de congé après cinq ans. c Jamais aucune amnistie ; au lieu de l'hôtel des Inva- ;s, petite pension à chaque invalide dans son village. »
)uelle singulière souplesse d'esprit ne fallait-il pas à un 1 archevêque, nourri dans les études théologiques et littées, pour pouvoir seulement indiquer aussi en quelques ts toute une organisation militaire nouvelle qui resible par quelques côtés à celle des États militaires menés! C'est presque une découverte pour le temps que vo'w compris que la « supériorité d'armée » , c'est-à-dire lombre, allait devenir chaque jour d'une importance plus nde dans les guerres futures. Remarquons aussi les prines de politique extérieure jetés comme en passant, et
qui font voir qu'il avait parfaitement compris la nécessité pour la France de maintenir l'équilibre des puissances continentales en les empêchant de s'unir trop intimement les unes aux autres. Cette phrase, « rien à démêler avec les Anglais " , montre que Fénelon eût aussi bien su que plus tard le cardinal Dubois imiter l'exemple de Mazarin, et s'appuver sur l'Angleterre afin d'achever la dissolution des anciennes coalitions contre la France.
L'ordre de dépense de la cour n'est qu'un plan d'économie et de simplicité pour la maison du Roi, où se retrouve l'auteur de Télémaque, et cet esprit trop enclin au désir d'une perfection idéale qui ne tient pas assez compte de l'état de la société ni de la nécessité de tolérer bien des abus. Ainsi cette note : « Lois somptuaires comme chez les Romains » , et celle-ci : « Exclusion (de la cour) de toutes les femmes inutiles » , prêtent trop évidemment à la critique pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Il faut remarquer cependant dans cette table ces deux titres : « Cessation de tous les doubles emplois » , et « faire résider chacun dans sa fonction» ,qui, s'ils eussent été mis en pratique, auraient tué dans son germe un des griefs les plus reprochés à l'ancienne monarchie.
De la cour et de l'économie que le nouveau Roi devrait s'efforcer d'y faire régner, Fénelon passe à l'administration générale du royaume, et ici ses vues deviennent vraiment originales et presque profondes. C'est aussi la partie des projets qui soulèvera le plus de critiques et qui paraîtra la plus chimérique à bien des esprits. Il commence par demander pour toute la France l'établissement de ce qu'on appelait alors des assiettes, c'est-à-dire d'une petite assemblée « de chaque diocèse comme en Languedoc, où l'évêque avec les seigneurs du pays et le tiers état, qui règle la levée des impôts suivant le cadastre, et qui est subordonnée aux états de la province» . Ces petites assemblées, qui eussent été