‹ Fénelon à Cambrai d'après sa correspondance, 1699-1715Chapitre 2 sur 25 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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et la fermeté presque inflexible de son caractère, le goût toujours renaissant pour les affaires, lui donnent parfois, je ne dirai pas un air de fausseté, naais de dissimulation tout à fait contraire à la vérité de sa nature. C'est tout ce travail intérieur, cette lutte qu'il eût appelée celle du « vieil homme contre l'homme nouveau » , qu'il est intéressant de connaître. Ce n'est plus ce personnage tendre, vivant dans les nuages d'une mysticité de mauvais aloi, rêvant le bonheur des peuples dans un monde imaginaire, mais un homme vivant, plein de cœur et de générosité, avec une incontestable grandeur, dont les défauts semblent rehausser en quelque sorte les vertus. En pénétrant plus avant dans la connaissance de Fénelon, il est plus aisé de se rendre compte du prestige qu il exerçait autour de lui, et plus d'une fois on croit entendre cette voix si pénétrante qui fascinait le « petit troupeau » des initiés de Versailles. Nous allons essayer, malgré la difficulté de l'entreprise et notre peu de capacité pour la mener à bien, de faire faire à nos lecteurs une connaissance un peu plus intime avec ce grand et admirable esprit.

Les lettres de Fénelon, non pas ses lettres de direction qui sont dans toutes les mains, mais sa correspondance générale, nous aideront dans notre tâche et nous donneront le secret de son cœur. Nous ferons de nombreux emprunts à ces lettres, où il s'est peint en quelque sorte lui-même : en le laissant parler le plus souvent possible, nous aurons au moins le mérite de faire repasser sous les yeux du lecteur quelques-unes des plus charmantes pages de la langue française.

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Nous avons hâte ccpeiulanL de dire (jnc nous n'avons à aïKMin dcfjiL' lo dessein (l'entreprendre une liistoire coni- |)lèle de la vie de Fénelon. Nous ne nous en sentons ni la lorce ni l'autorité. La lutte que rarchevétjue de Careibrai soutint contre liossuet sur les matières les plus ardues de la théolo^jie mystique demande, pour être bien exposée, une exactitude théologique qui n'appartient qu'à ceux qui ont fait de ces matières l'objet particulier de leurs études. Nous ne nous risquerons pas sur ce terrain glissant où peu d'esprits nous suivraient. Les années que Fénelon passa à la cour, l'éducation qui fut donnée par ses soins au jeune duc de Bourgogne, sont connues, et de récents travaux ne laissent rien à ajouter sur cette partie la plus brillante et la plus célèbre de son existence. Mais ce que, suivant nous, on connaît moins, c'est la dernière portion de cette vie qui eut tant de phases diverses, c'est celle-là même qui jette la plus vive lumière sur la personne de Fénelon.

Le lecteur sera peut-être surpris de nous voir ainsi sauter, pour ainsi dire, par-dessus toute la portion brillante de la carrière de Fénelon pour nous occuper uniquement de la fin plus obscure de sa vie. Mais si nous avons su exprimer notre pensée, il comprendra sans peine la raison de ce choix et pourquoi, comme dit Saint-Simon, « on imitera ici son silence en l'admirant, et on se transportera tout d'un coup à Cambrai après la totale fin de cette étrange affaire » . Privé, à l'heure où la vieillesse arrivait, du commerce de ces amis d'élite qu'il avait su grouper autour de lui, frappé dans son autorité morale par la cou-

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damnation de son livre, accablé par les soins incessants que réclamait un diocèse ruiné par la guerre, Fénelon vit enfin emporter par un de ces coups de la Providence qui étonne même la postérité, le duc de Bourgogne qu'il avait formé, et s'anéantir avec lui toutes ses espérances publiques et privées. Mais à tant d'épreuves il opposa le plus noble courage, sachant être à la hauteur de sa tâche, et, comme les anciens évéques de Gaule, devenir le vrai pasteur et le nourricier des fidèles. Rien ne put l'abattre ni diminuer son ardeur; mais son âme fut broyée, et, pareille au vase de Madeleine, elle répandit en se brisant tous les parfums qu'elle contenait.

L'épreuve seule peut donner la véritable mesure d'un homme et de sa valeur morale. C'est la pierre de touche qui fait reconnaître l'or pur. De sa main austère, mais toujours bienfaisante, la douleur déchire les voiles, fait voir à nu le cœur de celui qu'elle a marqué de son sceau. Jamais vie ne commença à la fois plus pure et plus brillante que celle de Fénelon pour aller finir plus tristement dans une continuelle et amère déception ; mais aussi jamais années assombries par le malheur ne furent plus actives et plus pleines. L'éclat des vertus de l'archevêque de Cambrai, l'autorité de son nom devinrent si grands que Louis XIV lui-même ne put échapper à l'admiration commune, et qu'après avoir travaillé avec tant de passion à faire condamner le livre des Maximes des Saints, il finit par écouter en secret les conseils de celui qui lui avait inspiré tant de défiance, et qu'il eut parfois recours à l'auteur du Téléma-qiie pour apprendre la vérité. C'est tout

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cet admirable dénoùment d ime vie si traversée que nous voudrions mettre un peu plus en lumière. L'histoire en a peu ou point parlé : l'ombre de la retraite couvrit Féneloii à cette époque où il fut vraiment {jrand par le cœur et par le dévouement.

Sans abandonner tout à fait Tordre chronologique, nous ne nous sommes pas cru astreint à le conserver absolument, et nous avons usé d une certaine liberté afin de donner aux hommes comme aux événements leur physionomie vraie et leur caractère propre, en groupant les faits qui les mettent dans une plus vive lumière.

Après avoir essayé de peindre Fénelon à Cambrai, son genre de vie et la petite société qui l'entourait, nous le montrerons tour à tour évéque infatigablement dévoué à son troupeau, en correspondance active avec ses anciens amis de Versailles, dirigeant de loin le duc de Bourgogne et soutenant presque à lui seul la polémique contre les jansénistes. La guerre dans les Flandres rapprochant l'élève de son maître donnera lieu à cette célèbre correspondance où Fénelon essaye en vain de faire passer dans lame indécise et timorée du jeune prince un peu de cette ardeur intérieure qui consumait la sienne, et que l'exercice le plus complet des œuvres de charité envers les pauvres, soldats ou paysans, amis ou ennemis, pouvait à peine satisfaire. Lorsque enfin la mort soudaine du premier Dauphin, fils de Louis XIV, amènera le duc de Bourgogne tout à fait sur les marches d'un trône qui devait bientôt être vide , nous verrons tout ce que cette péripétie subite causa d'émotion et fit concevoir de plans d'avenir à Cam-

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