‹ Fénelon à Cambrai d'après sa correspondance, 1699-1715Chapitre 3 sur 25 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

brai et à Versailles. Enfin, comme si toutes les espérances ne devaient être que des illusions pour Fénelon, un nouveau coup de la Providence vint encore une fois réduire tous ces rêves à néant, en enlevant celui qui en était le centre, et frapper Fénelon à la fois dans sa plus chère affection et dans ses rêves de bon citoyen.

C'est ainsi que les derniers jours de l'archevêque de Cambrai, assombris par toutes les tristesses, nous le montreront arrivé par cette série d'épreuves à cette heure où la croissance morale est achevée, où la mort détache sans peine le fruit mûr pour l'éternité.

Tel est le plan fort simple que nous avons suivi dans notre travail; il nous a paru répondre au but que nous nous sommes proposé.

Il semble que dans les heures douteuses que nous traversons, au milieu des angoisses de tout genre qui viennent assaillir le cœur d'un chrétien et d'un Français, il n'y ait pas seulement un intérêt de curiosité, mais quelque chose de singulièrement fortifiant dans cette étude qui nous fait acquérir une connaissance un peu plus intime d'un des esprits les plus nobles et les plus généreux qui furent jamais. A l'heure où, revenu lui-même de bien des illusions, ou, trempé par l'épreuve et ayant montré au monde qu'en restant Ihumble enfant de l'Église, il n'en était devenu que plus homme par la fermeté de son âme et lindépendance de son caractère, Fénelon nous apparaît comme une de ces grandes lumières qui éclairent le passé. Sa chaleur ranime ce goût pour l'enthousiasme et les idées élevées que le froid scepticisme contemporain ne parviendra jamais à

AVA.N r-i'iiopos. XI

('teindre tout à lait. Il y a plus, cette dc^niièrc; période de la vie de Fénelon correspond exactement à cette triste lin du rèyne de Louis XIV où tous les désastres semblèrent fondre à la lois sur la l'rance et lui faire ex|)ier sa {gloire passée. Mais, sous les coups de la fortune, la France entière, à l'exemple de son vieux roi, retrouva luie vijjueur (ît une énergie qui surprirent TEurope et l'aidèrent à sortir de la lutte avec une nouvelle grandeur. En étudiant les dernières années de Fénelon, nous assisterons ainsi aux deux ])lus grands spectacles qu'il soit donné aux hommes de contempler : celui d'une nation qui sait résister au malheur et lutter courageusement pour défendre son indépendance, et celui d'une âme chrétienne, qui va chaque jour s'épurant, jusqu'à ce que la mort lui fasse connaître cet état de charité pure que, dans la hardiesse téméraire de son esprit, Fénelon avait voulu établir parfaitement dès ici-bas.

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